Chapitre 2 : Magie dans un pot Mason

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La dernière fois qu'il avait pratiqué le sort de Transplanage remonte à des années. Malgré lui, il se sent anxieux, aussi agrippe-t-il le bras de Molly avec un peu plus de force que ce qui est normalement requis.

Puis, pourquoi n'a-t-il pas le droit de savoir où ils vont? Est-ce que Snape vit d'une façon si recluse que seulement une poignée de personnes sélectionnées peut connaître l'emplacement de sa mystérieuse demeure? Est-ce que cela signifie qu'il ne le juge pas digne de sa confiance? Puisqu'il n'est pas juste question d'obtenir l'information mais d'être admis par lui à le savoir... Cela l'énerve, rien que d'y penser. Pour qui se prend-il! Se croit-il si supérieur à Harry! Il respire profondément. Il doit conserver son calme, s'il espère pouvoir lui parler de nouveau. Snape a peut-être de bonnes raisons d'habiter dans un endroit retiré, éloigné de toute personne. Comme lui, par exemple. Il est au courant, à quel point il le déteste. Alors, pourquoi accepter de le voir maintenant?

Un tourbillon de vent tiède traverse le sorcier. Il ferme ses paupières et essaie de concentrer son esprit sur quelque chose d'autre; son sac-à-dos, rempli à craquer, de ce qu'il pense avoir besoin au cours des prochains jours.

Durant ce bref instant, avant qu'ils transplanent, Molly est si près de lui, qu'il peut sentir son odeur de poulet rôti. Puis, ils demeurent ainsi: dans les limbes sombres et froids, une horrible sensation de pression sur son corps.

Le soleil scintille là où ils arrivent. Le temps semble frais, l'air embaume la fumée, l'humidité du sol, ainsi que quelque chose de sucrée, les fleurs et... la citrouille?! Harry ouvre ses yeux, à lunettes rondes, avec lenteur.

Heureusement, aucun son ne s'échappe de sa bouche pantoise. En effet, il se trouve à l'orée d'une forêt, devant un charmant petit cottage. Des conifères et des feuillus peignent un tableau aux couleurs multiples, autour d'eux. Le vert est vivifiant, le jaune aussi doré que l'or, le brun se décline en plusieurs teintes: roux, marron et chocolat. Certaines sont si foncées, qu'elles en sont presque noires. ...tel son regard. Quant au rouge ainsi qu'à l'orangée, les couleurs font paraître les arbres enflammés. Bref, cela a un côté chaotique, sauvage, que le sorcier aime bien

Et au centre, se dresse une maison parfaitement entretenue. Il aperçoit des pommiers avec leurs nombreuses branches. Il y a davantage de fleurs que le Héros National a imaginé – en admettant qu'il s'attende à quoi que ce soit. Plus loin, des champs ainsi qu'un lac.

C'est un lieu... magique! Harry oublie presque qui vit ici. Il est si époustouflé par la beauté de l'endroit, si différent de Londres. Tellement paisible et accueillant.

Cependant, Boucle d'Or désenchante vite, lorsqu'elle entend la voix grincheuse de Papa Ours, derrière elle:

- Je souhaiterais vous dire, de faire comme chez vous, Potter. Mais je préférerais que non. Je ne veux pas que vous restiez aussi longtemps.

La bête fait son entrée et alors, son impression première de féerie s'effrite en mille morceaux. Les arbres ne sont que des arbres. Certaines branches des pommiers sont brisées ou mortes. Le béton de la demeure est parasité par du lierre. Les champs sont vides, dans lesquels ne se trouvent que quelques citrouilles, désormais. Le lac est vert, paraît sale. Snape, lui, est l'exacte réplique de ses souvenirs: grand, élancé, vêtu d'une simple robe de sorcier noire, ses lèvres minces dessinent un rictus, tandis que son regard ténébreux l'observe avec mépris.

Le jeune à la cicatrice sur le front, en forme d'éclair, tire sa baguette, la pointe en l'air, avant de lentement écrire.

« Bonjour, Monsieur. »

- Ceci est la manière dont vous communiquez? demande le maître des lieux, en le scrutant.

Le sorcier à la chevelure indomptable, hoche de la tête.

- Je regrette de vous dire que cela ne fonctionnera pas, ici. Il agite sa baguette et un bloc-notes apparaît, avec un crayon moldu attaché, sur le côté. Il le fourre contre son torse au tissu vert, Harry l'attrape avant qu'il tombe. Puis, la bête reprend: - À présent, vous écrirez. Proprement.

Le jeune roule ses iris, vers le haut d'abord, secoue sa tête de gauche à droite ensuite. Il pointe sa baguette en l'air et des mots rouges s'illuminent entre eux.

« Ceci est plus simple. »

Une incroyable fureur remplie les yeux ébène, de Snape. Pour un instant, une sueur glaciale parcourt Harry, il croit que l'homme le transformerait en araignée afin de pouvoir l'écrabouiller sous son talon. À la place, les longs doigts du sorcier se referment sur son poignet, l'enserrent avec force, jusqu'à lui faire lâcher prise sa baguette, qui tombe au sol.

- Si vous désirez mon aide, Potter, il y aura certaines règles auxquelles vous devrez obéir. Règle numéro un, vous ferez comme je vous dirai. Est-ce clair? siffle la voix létale, en relâchant son membre douloureux.

Le jeune se renfrogne car il ne souhaite plus se soumettre à son ancien professeur de potions. Il n'a aucune raison de le faire... sinon essayer de faire la lumière sur sa mystérieuse maladie. Ou s'y plier, pour Molly Weasley, qui a sûrement remué ciel et terre, pour réussir ce tour de force avec Snape: le convaincre de venir en aide à son élève détesté. D'ailleurs, en jetant un coup d'oeil dans les iris bleus, de la femme à ses côtés, il peut y lire de l'affection, mais son air piteux aussi. Sa mère pose sa main sur son épaule. Au bout du compte, Harry ne se sent pas le cœur de la décevoir. Alors, il accepte sa destinée qu'importe ce qu'il adviendra.

Il range sa baguette en bois d'houx. Son regard émeraude, à binocle, se tourne vers le sorcier devant lui. Il hoche sa tête, aux cheveux bruns foncés, de haut en bas. Par la suite, il ouvre l'objet entre ses mains, à la première feuille, et y écrit, avant de le repousser vers Snape.

D'autres règles que je devrais connaître?

Il étire un sourire narquois, triomphant, sur ses lèvres pâles.

- Je vous en informerai en temps approprié. Maintenant entrez, dit-il en replaçant ses bras derrière son dos.

Madame Weasley l'embrasse brièvement sur une joue puis, transplane.

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L'intérieur du cottage, en lui-même, est charmant se dit Harry et cette fois, il ne se laisse pas tromper par un miroir déformant. Snape le guide, ils traversent d'abord la cuisine. Ses iris émeraude s'agrandissent à la vue de tous les objets qu'ils découvrent. Plusieurs sont de vieux meubles. De la peinture verte s'écaille sur la porte d'un placard. Une petite table ronde est entourée par trois chaises. Des livres, des cruches ainsi que des parchemins roulés sont posés dessus. À sa gauche, se trouve un plus vaste placard, rempli de bouquins. Le Héros National laisse presque échapper un rire ironique, croyant qu'il s'agit sans aucun doute possible de livres traitant du sujet préféré de la bête: les ennuyantes potions. Mais en parcourant les différents titres, il constate qu'ils portent sur la cuisine, la manière de faire pousser des arbres, des fleurs ou sur l'art de jardiner. Certains paraissent moldus, d'autres magiques. La cuisine n'est pas grande mais quand même lumineuse, grâce à l'immense fenêtre, au-dessus de l'évier. Il y a des bouquets séchés suspendus au plafond, comme de la lavande et d'autres plantes, qu'il est incapable d'identifier. Les murs sont de couleur pêche. Quant au foyer se trouvant dans cette pièce, il est vide, froid, de taille suffisante pour qu'un homme debout puisse y tenir. Il doit s'agir de celle dont se sert Snape pour être relié au Réseau de Cheminette.

Tandis que le jeune sorcier se tourne pour détailler les lieux, il entend un toussotement derrière son corps.

- Certaines choses ne changent: vous flânez toujours alors qu'on vous a dit de suivre. Vous croyez arriver à suivre cette simple règle? Passez devant.

Harry fait face à son ennemi. Une veine saillie sur le front du Survivant à la cicatrice en forme d'éclair. Ses poings se serrent autour de son bloc-note. Il pénètre dans le salon, aux murs construits en pierre. Ici, un bon feu brûle dans l'âtre. C'est assez lumineux puisque des fenêtres donnent sur la terrasse, à l'arrière de la maison ainsi qu'un jardin. Le style des vieux fauteuils diffère de l'un à l'autre, mais ils semblent tous confortables. Harry évite de marcher sur un tapis et s'assure de demeurer sur le plancher de bois franc.

Devant, un escalier en fer forgé à la forme de spirale, grimpe à l'étage. Il hésite sur ce qu'il doit faire à présent, est interrompu dans ses pensées.

- Retirez vos chaussures et montez-y.

Le jeune s'exécute, se retrouve dans la chambre de son hôte. Cela le met mal à l'aise d'être témoin de ce lieu intime. Comme attendu, le grand lit a été parfaitement fait. À côté, des tables de chevet en bois de cerisier. La plus large est recouverte de petites bouteilles de potions, de volumes massifs ainsi que d'une paire de lunettes de lecture. Ensuite, il observe brièvement la fenêtre, les plantes, de même que le plafonnier.

Snape, pour sa part, se teint contre un mur. Il désigne la salle de bain adjacente, de son index.

Le Héros National entre dans la pièce. Il songe qu'elle doit se trouver juste au-dessus de la cuisine. Il fait face à un bain antique, en cuivre, qui a l'air d'un hippopotame nonchalant. Harry ne peut résister et sourit.

Le sorcier, à la haute stature l'y suit afin d'ouvrir les robinets et par la suite, l'un des nombreux cabinets, pour y prendre une blanche serviette. Puis, va vers un autre, retire une bouteille. Tandis que l'eau remplit l'amusante baignoire, il verse de ses gestes élégants, précis, trois gouttes de la potion au-dessus.

- Maintenant, prenez un bain, stipule-t-il, en lui offrant la serviette.

Quoi?! Pense le jeune. Aussi, il tire son bloc-notes d'une poche, écrit un bref instant. Puis, il la remait à Snape, à côté de lui.

Pardon?

- Vous m'avez entendu, je présume, répond-il, irrité. - Déshabillez-vous et prenez un bain. Mettez vos vêtements à l'extérieur de la pièce.

À ces mots, le rouge pigmente les joues d'Harry. Pourquoi faire? Je me suis déjà douché. Fut les mots qu'il inscrit ensuite, dans la page de son carnet.

Papa Ours l'observe un moment de son regard glacial, hausse un sourcil et croise ses bras.

- Parce que je l'ai dit, règle no 1. Comptez-vous m'écouter ou tergiverser ici, la nuit durant?

L'ancien Gryffondor fronce ses sourcils, ouvre sa bouche, rétorque à l'insulte de Snape, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Il lève ses bras, au-dessus de sa tête, à la cicatrice en forme d'éclair, avant de tourner sur lui-même, en tapant des pieds. Après quoi, il agrippe son crayon et le presse si fortement sur le papier, qu'il se déchire presque, le pousse contre le torse du sorcier. Je suis plus un enfant! Je ferai pas tout ce que vous me direz, sauf si vous me l'expliquez!

- Il est probable que vous n'y comprendriez rien, de toute manière. Je ne vous dois rien, Potter, rappelez-vous en. Vous êtes venu quérir mon aide.

Molly est venue, je lui ai rien demandé. Car je sais que vous vous en foutez.

- Ceci dit, elle a acheté mes services et je ne souhaite pas lui rendre.

Tous les deux se dévisagent longtemps, en silence, aucun ne veut céder le premier.

- Écoutez, si nous ne collaborons pas un minimum, nous n'y arriverons jamais. Alors que je devrais plutôt être en mesure de me concentrer, réfléchir, débute-t-il. - L'utilisation de la magie laisse toujours des traces. Je dois vous en départir, afin de pouvoir voir la magie qu'on a utilisée sur vous. C'est là le motif du bain en question.

C'est aussi la raison pourquoi vous voulez pas que j'écrive avec ma baguette?

- En partie. Puis, parce que je ne veux pas que vous agitiez votre baguette n'importe où, dans ma maison. Vous pourriez mettre le feu à quelque chose... accidentellement, bien sûr, poursuit-il un peu moqueur, sans être blessant. - Je vais avoir également besoin de plonger vos vêtements dans une potion, afin d'enlever la magie qui les aurait transformés. N'ayez crainte, je ne les abimerai pas.

Le jeune prend la serviette et la dépose sur le siège de la toilette. Il opine de la tête.

- Et bienvenue au Shelter, Monsieur Potter. Il s'incline, tel un majordome, avant de se retourner et quitter l'endroit.

Par la suite, Harry se déshabille, laisse, comme désiré, une pile de ses vêtements à l'extérieur.

Une odeur agréable de lavande s'élève de l'eau. Il s'y plonge enfin avec délice.

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Le sorcier est assis près de la potion de Purification. Les habits de Potter trempent dedans. Des bulles colorées s'élèvent en même temps que de la fumée, indiquant que les traces de magie disparaissent.

Il pousse un soupir, en apercevant le vieux matou orangé qui pénètre dans son laboratoire.

- Que fais-tu ici? lui demande-t-il mais il ne s'arrête pas, saute sur sa table de travail et renifle le chandail du Héros National. Un moment plus tard, il s'installe confortablement sur le vêtement rouge, se roulant dans l'odeur, avant de se mettre à ronronner.

- Traite... crache Severus vers lui et la bestiole touffu l'observe. L'humain tourne sa tête aux cheveux sombres et lisses de gauche à droite, avant de retirer les jeans de la potion. Il les sèche avec sa baguette maintenant propres. Il ne reste qu'une pièce dont s'occuper, malgré tout le chat ne semble aucunement disposé à lui donner.

- Assez, murmure-t-il à l'animal roux, tirant le chandail sous lui. Il parviendrait bien à s'en emparer éventuellement, se dit Severus. En s'approchant, son pelage se hérisse, ses oreilles se tournent en arrière ensuite, lui laisse une marque de ses griffes.

Il prend le tissu et le plonge dans la préparation. Puis, regarde le chat d'un regard menaçant en fronçant ses sourcils. Lorsque des bulles noires émergent soudain de la potion. D'abord, pris au dépourvu puisqu'il était presque sûr que le sorcier n'avait rien de grave, une simple plaisanterie de ses collègues. Il doit absolument les récupérer, afin de les analyser mais dans quoi… il se saisit alors de ce qui se trouve à proximité: un pot Mason. Il capture une bulle lourde et huileuse, après une autre, jusqu'à ce que le pot soit rempli. Le vêtement, lui, arrête ses bulles, semble débarrassé. Puis, Snape referme le couvercle.

- Intéressant, dit-il en étudiant le résultat final. Le range dans la poche de sa robe.

Par la suite, il saisit les habits de Potter, avant de grimper l'escalier en fer forgé. Il met de côté ceux qu'il a portés aujourd'hui, dans une pile et frappe délicatement à la porte. Il entend éclabousser à l'intérieur, il entrouvre donc, afin d'y faire léviter les vêtements à travers.

- Ils sont libres de toute magie, à présent, vous pouvez les remettre, annonce-t-il. Ils volent jusqu'au lavabo, où ils se posent en douceur, au bout. Il attend un remerciement, puis se rappelle qu'il n'arriverait pas.

Brusquement, la porte s'ouvre grand et l'homme se retrouve en face du jeune dégoulinant encore, sa serviette camouflant sa taille et ses cuisses. Il sourit de toutes ses dents blanches, tandis qu'il passe sa main dans sa chevelure brune trempée.

- Je vais porter ceux-ci ailleurs. Trois chandails et deux jeans, le plus lourd. Une main à l'arôme de lavande lui touche l'épaule. Il jette un coup d'œil en arrière. - Oui? La bouche de Potter dessine un mot: Merci. Ensuite lui sourit, il referme la porte entre eux.

Pour un moment, Severus n'est pas certain où les laisser, pour être sûr qu'il les retrouve. Il opte pour près de son sac, sur le fauteuil. Ainsi, il pourrait en faire ce qu'il souhaite.

Il ressent la pesanteur du pot Mason dans sa poche. Il le sort, avant de se diriger au dehors, sur le patio en face de la chambre et de le déposer là. Les rayons du soleil font de leur mieux afin de traverser la matière dense, mais ils ne réussissent pas. Le sorcier avait déjà vu cette magie, il y a longtemps, quand il était Maître de potion, ainsi que professeur. Et à cette période, Potter était juste un vilain fauteur de troubles. Les choses sont différentes désormais. Il est un Auror et un héros. Tel que Severus. Quoi qu'il en soit, cette magie est quand même noire et requiert les plus curieux ingrédients, pour être neutralisée. Il reprend l'objet.

Il pousse un soupir, se retourne et se précipite en bas, de ses longues foulées, dans son laboratoire. Il tire un nouveau chaudron, au fer résistant et y verse 300 ml d'eau. Quelques secondes plus tard, il allume un feu en dessous. Puis, patiente jusqu'à ce que cela bouille.

Concocter cet anti-sérum va requérir qu'il soit attentif et serein. Comme il ne le démontrait pas ces dernières minutes. Aussi, n' est-il pas vraiment surpris quand il coupe son propre doigt pâle, au lieu de la racine de réglisse. - Aïe… Il suçote le sang et après un bref sort de guérison, essaie de nouveau. Cette fois, elle est parfaitement tranchée. Alors, il entend une porte au-dessus, s'ouvrir et se refermer, en claquant. Il sursaute avant de s'accrocher et de renverser un bocal rempli de baies d'aubépine.

- Potter! s'écrie-t-il, penche son haut corps sous la table de travail. Ceci dit, l'une d'entre elles demeure entre les pattes d'une boule de poils orange qui s'est faufilée. Une guerre éclate encore entre eux. Et l'humain à la baguette noire est presque victorieux. Juste une est pelée, avant d'être léchée lentement.

Severus observe le chat qui était en sa compagnie, depuis des lustres. Il ne savait pas pourquoi. Il suspectait que même s'il essayait de s'en débarrasser, il était assez entêté pour revenir. Le vieux matou avait toujours été égocentrique, n'écoutait jamais un mot de ce qu'il lui disait. Ils se battaient avec fureur la journée durant. Le sorcier était recouvert de cicatrices rougeâtres pour le prouver. Cependant, tous les soirs, la peluche se dirigeait dans la chambre de Severus, sur son lit. Le chat recherchait un coin tranquille, puis se roulait en boule sur son oreiller, à côté de sa tête. Ils passaient la nuit ainsi, en compagnons. Il se secoue afin de revenir de ses souvenirs. Après tout, qui se souciait de savoir pourquoi il voudrait prendre chez lui, un arrogant et sauvage orphelin?

Snape laisse tomber cinq baies dans l'eau de la potion, tourne cinq fois, dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. Il lui faut deux heures pour sa réalisation, son dos courbé est dorénavant douloureux. Jusqu'à l'avant-dernier ingrédient (une chopine de noisettes de sorcière). Il lui en manque un, nécessaire, mais il n'est pas encore certain de ce que ce serait. Des tests ultérieurs seraient requis. Malheureusement, conduits sur Potter. Il ne souhaite pas passer plus de temps en sa compagnie que besoin. Plus vite il trouvait ce qu'il manquait, plus vite le Héros National quitterait sa maison, il pourrait retrouver sa quiétude, ainsi que ses habitudes.

La potion descend dans le fond du chaudron et soudain, tourne du gris à une couleur entre le mauve et le bleu foncé. Le sorcier aligne quelques récipients puis, commence à verser le contenu dedans. Au final, il se retrouve avec six petits bocaux remplis avec une curieuse mixture, qui poursuit sa transformation, peu à peu, scintille légèrement, dans la pièce sombre. À travers le verre, cela ressemble presque à des mini univers.

Satisfait de lui-même, il époussette ses robes noires. Ensuite, s'étire en écoutant le craquement de ses vieux os. Le chat n'est plus sous sa table de travail. Alors, il ferme la porte verte après lui, lorsqu'il quitte le laboratoire.

Snape appelle le nom du jeune, mais il ne répond pas. Il n'est pas encore habitué à un Potter muet. Quoique l'impossibilité de répliquer était assez séduisante. Il allait peut-être volontairement retarder la quête du dernier ingrédient, afin de jouir davantage de cet état.

L'homme tâche de percevoir le bruit, que l'autre sorcier aurait fait, n'entend rien. Il passe donc à travers la cuisine, cherche dans le salon et jette même un coup d'oeil dans la salle de bain, il ne le trouve nulle part. Puis, il se rappelle qu'il était sorti. Il fait de même, observe aux alentours, aveuglé par le soleil, mais encore une fois, rien. Une insulte lui traverse l'esprit, tandis qu'il crie son nom.

Après quelques minutes, le matou orangé et tigré apparaît, pensant qu'il est l'interpellé. Sa vue fait réaliser à Severus, qu'il était passé l'heure du repas, n'avait rien préparé pour lui. D'ailleurs, ce dernier lui fait remarquer clairement, en poussant un miaulement de frustration.

- Tu n'es pas le roi ici, pourquoi je devrais te servir? Tu devrais être au moins capable de chasser une pauvre souris, lui répond-il, avant de rentrer à la cuisine.

Il prépare de quoi les nourrir, son invité et lui. Un plateau de sandwiches aux oeufs brouillés, avec du beurre. Ajoute quelques carottes, petits oignons marinés et du thé glacé qu'il apporte sur une table extérieure, au jardin. Il sort une boîte de thon de sa robe de sorcier, ainsi qu'un ouvre-boîte, l'ouvre. Invoque ensuite de sa baguette un bol pour transvider le thon et un second pour y mettre de l'eau fraîche pour l'animal.

En effet, le jardin restait l'ultime possibilité où pouvait se cacher Potter.

Seulement en raison de ses anciens instincts d'espion, Snape note-t-il la pomme qui lui arrive rapidement, par la tête. Il se saisit du fruit de ses longs doigts, à quelques centimètres de sa figure. Il regarde devant, afin de tenter de découvrir le coupable. Un unique possible. Et celui-ci se trouve là, sur la branche d'un arbre, un panier rempli de pommes d'un côté, l'autre en partie encore vide. Il se passe une pomme d'une main à l'autre, puis à nouveau. Son visage hâlé semblait particulièrement bien-heureux. Severus profite de sa distraction apparente pour lui relancer sa pomme, à bonne vitesse mais évidemment, lui non plus n'a pas oublié ses réflexes d'ancien attrapeur, au Quidditch. Aussi, attrape-t-il sans difficulté le fruit mûr qui vole en sa direction. Avant d'y mordre à pleine bouche, tandis que du jus ruisselle un peu sur son menton. L'homme aurait dû trouver cela dégoûtant, mais ce n'est pas ce qu'il ressent. Les prunelles ténébreuses s'attardent trop. Il a passé une partie de la matinée à le voir presque nu, mouillé. C'est une évidence pour tous: il est jeune, ferme, musclé, pas qu'il y porte de l'importance, comme être attirés par les messieux. Il ne peut rien au fait de vivre seul.

Le garçon redescend avec l'élégance d'un singe, tenant sa pomme entre les dents. Severus trouve les yeux verts rieurs, les joues roses, adorables. Avant de se fustiger aussitôt. Depuis quand considère-t-on ce Gryffondor ainsi?! Tu es la honte des Serpentards, Severus Snape.

- Avez-vous utilisé de la magie pour quoi que ce soit? demande-t-il en croisant ses bras. Ses iris obscurs se détournant vers le panier.

Potter mastique et avale, reprend une bouchée, libérant ainsi ses deux mains. Il sort le bloc-notes de sa poche arrière et écrit. Il le tient ensuite de manière à ce que le sorcier puisse lire.

Vous avez dit non. Alors, je l'ai pas fait.

- Bien. N'utilisez jamais la magie dans le jardin. Cela change les saveurs.

Le jeune pose le panier sur la table, avant de saisir une bouteille de thé, de la même main, boit quelques gorgés.

- Vous souvenez-vous avoir été touché par un sort? poursuit-il.

Potter hoche sa tête à la chevelure indomptable et inscrit:

Je savais même pas que c'était un sort.

Il termine son fruit et en lance le cœur en direction d'un écureuil.

- Comment cela a débuté?

Harry dépose sa bouteille de thé sur la table, se met à griffonner un grand nombre de pages et lui remet.

Ces derniers mois, c'était tranquille au bureau. Et la seule fois que j'ai été en duel, c'était pendant notre entraînement. Mais j'ai jamais rien senti à ce moment... Ça a commencé une semaine après. C'était comme un rhume ordinaire. Mon nez coulait et j'ai commencé à tousser. Puis, avoir la gorge enflée et un matin, je me suis levé sans ma voix. Tous les autres symptômes se sont terminés. Sauf ma voix. Je suis en parfaite santé, excepté que je suis incapable de parler.

- Hum, hum, fait Snape en réfléchissant, tandis qu'il penche son haut corps vers lui, l'ausculte, tel n'importe quel patient d'un Médicomage. Il place ses larges mains sur son cou fin, soulève son menton, ensuite touche sa pomme d'Adam de lents mouvements, mais d'une ferme pression. Il ne sent rien d'anormal. Il ramène la bouche en face de lui, dans le but de l'ouvrir, puis tombe sur le regard émeraude agrandi de stupeur. Des frissons le parcourent partout.

Il enregistre enfin à quel point ils sont proches physiquement. Il tient le jeune par la nuque, son doigt toujours sur sa douce, délicieuse lèvre du bas. Il voudrait faire semblant de rien, que c'est un contact normal, mais cela ne l'est pas. Il croit que Potter va le repousser de toutes ses forces. Cependant, cela ne se produit pas. La surprise fait place à une autre émotion, plus tendre dans ses yeux. Et il s'y laisse égarer volontiers. Leurs respirations s'accélèrent, ils perçoivent leur souffle tiède sur le visage l'un de l'autre. Harry abaisse ses paupières et attend. Qu'est-ce que vous faites, imbécile, songe Severus qui mord ses propres lèvres jusqu'au sang, alors qu'il a tant le besoin de les laisser s'abattre sur sa bouche afin de la dévorer… Il ne se reconnaît plus, s'inquiète. Il a été aussi atteint par un sort: l'Amortentia car tout son être connaît les moindres détails de ses subtiles senteurs… et pire, les apprécie.

L'homme à la robe noire prend de profondes respirations, même en sachant que l'autre pourrait l'entendre. Il s'en foutait si cela pouvait l'aider à reprendre le contrôle. Il tâche de ramener le sujet, parvient à bredouiller, ébranlé:

- Je suis... parvenu... à identifier... le sort que vous avez… Il essaie d'assurer sa voix, telle qu'elle était auparavant. - Il doit laisser des résidus, qui affaiblissent votre système immunitaire. Ce serait la raison pour laquelle vous étiez malade. Mais j'aimerais conduire des tests, sur vous, pour en être certain. Avec votre permission. Puis, il attend à son tour.

Le garçon ouvre à nouveau ses paupières, fixe son regard ébène un moment, semble confus, ne pas avoir saisi ce qu'il vient de lui demander. Jusqu'à ce qu'il renoue avec leur réalité, prend son carnet pour écrire la réponse.

Faites ce que vous croyez nécessaire.

Snape observe Potter, encore une fois. Il n'aperçoit rien d'autre que de la confiance dans les yeux brillants, à lunettes rondes. Il était peu habitué à les voir ainsi, dépourvus de haine ou agités. Sans mutinerie, plutôt pleinement coopératifs.

- Ce ne sera pas agréable, j'en ai peur. Vous êtes prêt? Nous y allons.

Les deux sorciers se rapprochent. Severus empoigne solidement la main du jeune afin qu'elle ne puisse bouger, tandis qu'il prononce une incantation, de façon répétée. Son autre main sort sa baguette de sa robe, dessine des symboles de son bout, sur sa peau. Cela fait trembler partout le Survivant mais il ne peut s'arrêter, avant d'atteindre son objectif. Son ton s'amplifie progressivement.

Par la suite, une crise de toux plie le jeune en deux. Snape lui frotte un peu le dos, en attendant que le pénible moment passe enfin. Il tousse une dernière fois, s'attrape la gorge, terrorisé. L'aîné saisit un pot Mason sur la table, dans le jardin, avant de le poser devant sa bouche. Il finit par cracher une substance noire dans le contenant en verre.

Aussitôt, Severus sort de sa poche, un autre pot Mason, déjà rempli de bulles retirées des vêtements de Potter. Et il n'est pas étonné de constater qu'elles étaient constituées de la même matière.

C'est de ça dont il est question... magie noire? dit la note du jeune à la cicatrice en forme d'éclair.

- On peut affirmer, sans trop de doute je pense, qu'il ne s'agit pas de poudre de fées.

Et vous mettez ça dans des pots Mason?

- Bien… débute l'homme en sentant ridicule, tout à coup. - J'en avais quelques-uns qui trainaient autour… et par Merlin, ils se sont avérés fort utiles.

Harry éclate de rire, en silence. Avant de se calmer et de rédiger, à nouveau.

Qu'est-ce qu'on va faire maintenant?

- Je possède les ingrédients de base, afin de réaliser un antisérum. Cependant, l'un manque. J'essayerai d'autres options car il est rare et donc, ardu à obtenir. Si vous êtes chanceux, je serai capable de le substituer avec autre chose.

Chanceux? Moi? écrit-il en ajoutant un bohomme sourire.

- S'il y a bien quelqu'un qui peut l'être, ce sera vous Potter. Il relâche le jeune. - Sinon, si vous vous sentez mieux, nous pourrions finir ce que vous avez commencé. Ces pommes ne se cueilleront pas par elles-mêmes.