Le ciel était bleu, pourtant

Voilà un texte dont j'ai eu l'idée il y a un temps mais que j'ai longtemps hésité à poster car je n'ai aucune idée de la suite. Cela fait 2 ans et je n'ai toujours pas d'idée. Mais j'ai décidé de le poster malgré tout, comme ça, intégralement (d'où la longueur), et si vous voulez une suite, eh bien il faudra avoir des idées. Enjoy!


C'était une belle journée qui s'annonçait, Gray le sentait. Une belle journée d'avril, comme il n'y en a guère souvent, ni trop chaude ni trop froide, les arbres feuillus, les fleurs resplendissantes, le soleil doux, et, par-dessus tout, le ciel bleu. D'un bleu inaltéré de nuages ou de gris, un joli bleu, son bleu, à elle, le sien, celui de ses yeux.

Quand Grey sortit de chez lui ce matin-là, alors, il ne put s'empêcher d'être inhabituellement guilleret. Il prit une large inspiration, et s'en alla, jovial, vers la guilde. Quelle mission prendra-t-il aujourd'hui ? Est-ce qu'elle sera là ? Bien sûr qu'elle sera là, elle est toujours là, à l'attendre au comptoir, un thé entre ses fines mains, un sourire au coin des lèvres, de l'amour plein les yeux. Et en pensant à ça, il ne peut s'empêcher de sourire comme un idiot. C'est bête, il ne sourit pas souvent, mais ce jour-là, au milieu des rues animées de Magnolia un matin de marché, il n'y a rien pour le défaire cette espèce de bonheur inexpliqué qui s'est emparé de lui. C'est bête, mais il fait beau, et il ne lui vient pas le cœur de faire la grimace.

C'est dans cet esprit qu'il ouvrit à grand fracas la porte de la guilde, à la manière de Natsu, pas à la sienne, feutrée, discrète. Il n'avait pas envie d'être discret aujourd'hui.

Mais, d'un seul coup, ce fut comme une chape de plomb qui s'abattit sur sa bonne humeur.

L'air était lourd, si lourd, il n'est jamais comme ça d'habitude. La guilde était sombre, silencieuse, lugubre. Le monde semblait à l'envers.

Coupé subitement dans son élan, Gray s'avança néanmoins d'un pas hésitant, se sentant comme écrasé par la sinistre atmosphère qui régnait si étrangement en ces lieux. Sur son sillage, une multitude de paires d'yeux scrutait son avancée, échangeant des murmures qu'il ne sut comprendre. Son cœur battait vite, une terrible impression s'était emparée de lui. Quelque chose n'allait pas.

Enfin à quelques pas du vaste groupe amassé près du bar, il commença à entendre des bruits qu'il ne savait que trop reconnaitre. Des gémissements, des pleurs. Il écarquilla les yeux et s'arrêta brusquement en voyant Lucy en larmes, douloureusement agrippée aux bras de Natsu, et laissant échapper de rapides sanglots impossibles à réfréner. Natsu, le regard grave et les sourcils froncés, avait le visage rougit de larmes, mais tenait fermement la jeune femme dans ses bras. Il semblait s'accrocher si terriblement à elle, comme pour la protéger, comme si elle risquait de s'envoler d'un seul coup. Parfois il la berçait, lui chuchotait quelques mots, mais elle ne semblait pas les entendre, et pleurait encore plus fort, resserrant ses doigts sur sa chemise.

Le cœur battant la chamade, les mains moites et tremblantes, Gray demeura interdit face à cette scène, balayant avec incompréhension la pièce du regard pour voir tous ses camarades dans un état similaire. Quelque chose s'était produit, quelque chose de grave que Gray craignait d'apprendre.

Prenant son courage à deux mains, il commença à ouvrir la bouche, mais une exclamation de surprise, bien que rauque et troublée de larme, le coupa brusquement.

« Gray ! »

Lucy quitta l'étreinte de Natsu pour se jeter dans les bras du brun, qu'elle enlaça comme un enfant. « Oh mon dieu, Gray… »

Ce dernier laissa mollement tomber ses bras, ne faisant rien pour se détacher d'elle, mais jeta à ses autres camarades un regard troublé. « Qu'est-ce qui s'est passé ? » A cela, Natsu ne put que baisser la tête. Gray chercha ses amis du regard, à droite, à gauche, mais il faisait si sombre, et il n'était pas sûr de discerner tout le monde, d'autant plus que nombre d'entre eux cachaient leurs visages. « Répondez-moi ! Qu'est-ce qu'il se passe ? » Il s'agitait dans les frêles bras de la blonde, qui recula un peu, renifla fortement et plaça chacune de ses mains sur ses épaules tendues. Elle prit une grande inspiration, essayant de trouver les mots et balbutiant quelque peu. Mais l'attention du brun était partie ailleurs.

Il fixait un point sur sa droite. Un grand gaillard replié sur lui-même, visage entre ses mains, aux côtés d'une petite femme aux cheveux bleus qui lui caressait doucement le bras.

Gray se détacha de la constellationiste, qui tenta sans grande force de le retenir, et se dirigea comme hypnotisé vers cette scène si bizarre.

« Gadjeel ! »

L'homme de métal, au visage d'ordinaire si ferme, et à la carrure si imposante, ne broncha pas. Des larmes tombaient une à une doucement de sa tête baissée à son pantalon.

« Gadjeel ! Dis-moi ce qui se passe ! » Gray serra les dents, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes si durement qu'elles lui firent souffrir. « Toi au moins, je t'en prie » Sa voix se brisa. « Dis-moi ».

Gadjeel leva finalement la tête, et posa sa main sur celle de sa compagne près de lui. Les deux hommes se fixèrent gravement, puis Gadjeel ferma douloureusement les yeux avant de soupirer. « Elle est partie ».

Gray laissa tomber ses épaules, et écarquilla les yeux. Ses tremblements redoublèrent d'ampleur, sa respiration s'accéléra dangereusement. « Comment ça… partie ? »

Gadjeel ne répondit pas.

« Où… où ça ? ajouta-t-il d'une voix tremblante, feignant l'ignorance »

De nouveau, le dragon slayer demeura impassible, fixant de manière significative l'homme désespéré, qui ne comprenait que trop bien ce regard plein d'empathie. Il ne l'avait que trop vu dans sa vie, ce regard.

« Elle est où ? », gronda-t-il, menaçant, à l'intention de ses autres camarades qui se turent eux-aussi. « Où est Juvia ? », renchaina-t-il encore plus fort, son cri résonnant entre les murs froids et silencieux, des larmes coulant inexorablement le long de ses joues. Dans sa torpeur, il se précipita au milieu de cette foule sombre, informe, poussant les uns et les autres, à la recherche de celle dont le nom résonnait comme un marteau dans son crâne.

« Gray » s'éleva une voix ferme mais douce. Il leva ses yeux désespérés et embués de larmes vers Erza qui se dirigea précautionneusement vers lui, comme face à un animal sauvage. Il cherchait chez elle des réponses, un peu de chaleur, un peu d'espoir, quelque chose pour nier ce sentiment horrible, cette crainte sournoise qui étreignait son cœur avec violence. Mais il y avait rien de tout ça. Rien de cette raison qu'il attendait de celle qu'il avait toujours considéré comme une grande sœur. Pas de regard rassurant, seulement de la douleur, une peine immense, et une longue trainée de larme le long de sa joue droite. La rousse secoua doucement la tête, déglutit et murmura avec peine : « je suis désolée Gray ».

A cet instant, ce fut comme si une âme se déchirait, comme si quelque chose d'irrémédiable venait de se briser chez lui, comme si, quelque part, il venait de mourir, lui aussi.

Il s'arrêta instantanément, tout son corps en proie à des tremblements incontrôlés, sa respiration rapide et anarchique. Il secouait frénétiquement la tête, murmurant sans cesse « non, non ». Quand Erza tendit sa main vers lui, il la refusa énergiquement. Il ne voulait pas qu'on le console, ni qu'on le prenne en pitié, parce qu'il n'y avait pas à le consoler, c'était faux, tout cela était faux, ce n'était pas réel. Non, rien de tout cela ne pouvait être réel.

« Un cauchemar » murmura-t-il fiévreusement « Je vais me réveiller, je vais me réveiller ». Il répéta cette phrase comme un mantra, se cognant violement la tête « Réveille-toi putain réveille-toi ! ».

Tous les autres observaient la scène avec horreur. La nouvelle les avait déjà tous percuté de plein fouet, et ils savaient que Gray réagirait mal, mais cela allait au-delà de tout ce qu'ils pouvaient s'imaginer. Les pleurs s'amplifièrent, tous se resserrent en tentant de trouver un peu de réconfort. D'autres, comme Cana, n'eurent pas la force de continuer à assister à cela et décidèrent de quitter la pièce.

Erza se précipita vers le brun et se saisit de sa main « Gray arrête ! Arrête de te faire du mal ! ». Puis elle ajouta fébrilement : « elle ne voudrait pas te voir comme ça… »

Il secouait frénétiquement la tête, et Erza ne pouvait pas dire s'il s'adressait à elle où s'il avait perdu toute conscience du monde qui l'entourait. « Elle ne peut pas mourir. C'est pas possible. Ça se peut pas. Non. Non ça ne se peut pas. »

« Gray… »

« Non ! S'acharna-t-il, Si je dis que c'est pas possible c'est que c'est pas possible ! Vous délirez ! »

Erza voulu le raisonner, mais son courage s'était envolé, et elle ne savait plus que dire, ni même si elle devait réellement le convaincre que tout ceci était malheureusement bien réel.

Une main vint se poser sur l'épaule d'Erza. Luxus, d'un mouvement de tête, lui indiqua qu'il prenait le relais. Il avait le regard grave, et tentait de garder une posture un tant soit peu rassurante -lui, le maitre de la guilde- même s'il était bien sûr bouleversé par les évènements.

« Grey je suis désolé, ce que je vais te dire va être désagréable. »

« Tais-toi je t'en prie »

Mais Luxus poursuivit malgré ses implorations. « Ils nous ont rendu son corps ce matin. »

« Je t'en supplie, ne dis plus rien ».

« C'est bien elle. On a pu l'identifier. Je suis désolé, acheva le blond en baissant la tête. »

Ce fut le coup de grâce. Un énième poignard vint se loger dans ce qui lui restait encore de cœur et d'âme, ce minuscule fragment qu'il accordait à un soupçon d'espoir.

L'espoir était parti, envolé en même temps que son amour et son bonheur. Il se laissa alors mollement tomber à genoux, le regard vide, trop abasourdi pour continuer à pleurer. Lucy, la première, vint le retenir, l'enlaçant aussi fort qu'elle put de ses bras qu'elle voulut réconfortant, mais qui trahissaient en réalité son impuissance, pleurant à chaudes larmes, lui répétant qu'ils étaient là ensemble, qu'ils affronteraient cette épreuve, qu'il n'était pas seul. Mais Gray ne s'était jamais senti aussi seul et déboussolé qu'à cet instant. Aucun de ces mots n'arrivait à l'atteindre.

Wendy vint les rejoindre et renforcer cette étreinte, mais la magie de la jeune fille ne suffisait pas à adoucir sa peine immense, ce gouffre qui s'était créé au creux de son âme. Natsu s'approcha ensuite, posant une main ferme et compatissante sur l'épaule de son meilleur ami. Ce fut ensuite au tour de Erza qui le prit dans ses bras et se mit à le bercer doucement tout en lui caressant les cheveux comme lorsqu'ils étaient enfants.

Il s'était ainsi formé un véritable cocon autour de ce cœur meurtris et c'est ainsi qu'il laissa finalement échapper toute sa peine et toutes ses larmes.

« On s'était promis… hoqueta-t-il entre deux sanglots, pas une deuxième fois. Pas de deuxième fois, je lui avais fait promettre »

Il se souvenait de cette discussion houleuse qu'ils avaient eu après la guerre d'Arbaless à propos de son sacrifice. Il lui avait demandé de promettre de ne plus jamais se mettre en danger pour lui, mais elle ne pouvait se résoudre à une telle promesse, et le ton était monté. Il avait alors fini par lui promettre de tout faire pour ne jamais mourir si elle en faisait de même. Elle lui avait murmuré, toute raisonnable qu'elle était, que ce genre de promesse était difficile à tenir, mais elle l'aimait tellement, et elle avait elle-même tellement peur de le perdre, qu'elle avait fini par accepter.

« On avait… On avait commencé à… On arrivait à quelque chose, on arrivait enfin à quelque chose, balbutiait-il encore en essuyant maladroitement ses larmes qui ne cessaient de couler. Mais je suis trop con, je suis juste trop con »

Lucy comme Erza le serrèrent encore plus fort, tandis que Wendy ne put en supporter davantage et partit en pleurant. Natsu la suivit pour la réconforter, mais, pour être honnête, il était aussi soulagé d'avoir une excuse pour ne plus voir son ami si misérable.

« J'ai tout gâché, hein ? J'ai… j'ai perdu mon temps, j'ai perdu mon temps avec des conneries, et maintenant, et maintenant… »

Il n'eut pas la force de finir sa phrase, et se laissa aller dans les bras des deux jeunes femmes, pleurant de tout son saoul jusqu'à ce que la fatigue s'empare de lui, et qu'il semble qu'il ait épuisé jusqu'à la dernière goutte d'eau contenue dans son corps.

Au bout d'un moment, un peu calmé, il se décida à se lever bien que péniblement, un peu étourdi après avoir tant pleuré. Tout en portant sa main à sa tête qui le lançait maintenant atrocement, il jeta un bref « j'ai besoin de prendre l'air », avant de s'éloigner sans que personne ne cherche à le retenir.

En sortant, il fut ébloui par ce ciel qu'il avait tant admiré tantôt, et qui l'agressait désormais sans vergogne de toute sa splendeur.

Un jour si terrible, et pourtant un ciel si bleu.

Gray plissa les yeux puis, une fois accoutumé à la lumière, ne put s'empêcher de fixer de nouveau ce ciel si cruellement bleu, ce bleu si surnaturel, cette immonde beauté qui le narguait, se moquait de sa douleur, et l'effaçait, elle, si aisément. Ce ciel qui s'était si efficacement débarrassé de tout nuage et qui avait éradiqué toute pluie avec tant de plaisir, n'était plus pour Gray qu'un monstre ignoble et cruel, face auquel il ne put s'empêcher de hurler.

Toute sa rage se déversa autour de lui, et il ne s'en fallut que d'un instant pour que le quartier ne se pare d'une épaisse couche de glace. Mais ce bleu le hantait encore. Il n'avait pas bougé, pas cligné, pas frémit face à sa colère. Pire encore, la glace ne faisait que le refléter et étendre son emprise, rendant Gray encore plus seul, plus impuissant et plus misérable qu'il ne l'était déjà.

Il s'effondra de nouveau à genoux, de nouvelles larmes se mirent à couler. Il aurait tout donné pour qu'il pleuve. Ne serait-ce qu'un peu. Ne serait-ce qu'un nuage. Quelque chose qui la manifeste elle, qui l'enlace, le rassure. Il n'y avait qu'elle, que son visage, que son nom qui résonnait dans son esprit. Mais rien pour le satisfaire, que du vide, du néant, un bleu infâme, un bleu clair, comme lui, comme sa glace inutile et triste. Pas le doux bleu azur de ses cheveux qui sentaient l'océan, ni le saphir de ses yeux profonds, seulement ce bleu-là dont il avait assez, qui ne semait que le malheur sur son passage.

Il voulait la voir.

Bientôt ce fut son seul mot d'ordre.

Il n'avait aucune idée de la douleur que pourrait provoquer la vision de ce corps sans vie : parce qu'il s'en fichait ou n'en avait peut-être pas même conscience. Peut-être aussi parce qu'il semblait impossible de souffrir davantage.

Il ne savait qu'une chose, c'était qu'il avait besoin de la voir, de la toucher, de l'étreindre, sans vouloir s'avouer pour autant que ce serait la dernière fois. D'un élan instinctif, presque machinal, il se dirigea alors de nouveau vers la guilde, mué uniquement par cette idée fixe.

Lorsque Lucy l'aperçu de nouveau, elle se précipita vers lui, mais il l'ignora du même mouvement. Le regard fuyant, il se dirigea malgré tout d'un pas décidé vers Luxus qui fronça légèrement les sourcils.

« Je veux la voir »

Erza à ses côtés tenta de le raisonner : « Gray je ne pense pas que ce soit une bonne idée… »

« Je sais ce que je fais, répondit-il le regard toujours fuyant »

« Non Gray justement, je ne pense pas, tu viens tout juste d'apprendre qu'elle… ». Elle cherchait quoi dire, incapable de prononcer ces mots maudits. Elle secoua la tête. « Il vaut mieux que tu prennes du recul sur tout ça avant de… de la voir »

Cette fois-ci il releva la tête : « Du recul ? Comment veux-tu que je prenne du recul ? Elle est morte ! »

Un frisson parcouru les membres présents. C'était ce mot-là. Le mot interdit, que tout le monde avait évité depuis que la tragique nouvelle avait été annoncée. « Morte ». Conscient de cela, Gray baissa de nouveau la tête et murmura : « Autant qu'elle ne soit pas seule… »

Erza lui jeta un regard compatissant, tandis que Luxus hochait la tête. « Bien. Si c'est ce que tu veux. Suis-moi. »


Ils l'avaient placé dans un des lits de l'infirmerie. On l'avait délicatement recouverte d'une couverture. Son visage était paisible, ses traits distendus et ses yeux clos. Ses beaux cheveux bleus qui encadraient son doux visage avaient été soigneusement coiffés par une Mirajane en larme. Leur couleur intense tranchait à présent avec son teint définitivement plus pâle que d'ordinaire.

Mais on aurait dit qu'elle dormait.

Lorsqu'il pénétra dans la pièce, Gray s'arrêta à l'encablure de la porte. Luxus, un peu en retrait, surveillait avec inquiétude la réaction de son cadet, mais celui-ci demeura stoïque. Il contempla un instant la « belle endormie » le cœur lourd. Il n'en croyait pas ses yeux. Jusque-là rien n'avait semblé réel. Qu'une immense peine invisible, une douleur indéfinissable qui aurait tout aussi bien pu être un cauchemar. Mais ce cauchemar était désormais devant ses yeux, en chair et en os.

« Ecoute je… Je vais te laisser un peu seul, toussota Luxus, si tu as besoin de moi je suis juste dans le couloir ». Le blond lui tapota l'épaule en signe de soutien mais Gray ne se retourna pas et se contenta d'hocher vaguement la tête.

Une fois la porte close, Gray s'avança à pas lent. Les secondes semblaient s'écouler comme des heures. La mâchoire serrée, les yeux fixées sur son visage éteint, il parvint enfin près de son corps et sentit malgré lui ses lèvres trembler.

Il se laissa alors tomber sur la chaise derrière lui et se saisit délicatement de sa main qu'il embrassa avec tendresse. Tête baissée, il tenait sa douce main, désormais froide et sans vie, près de son visage, tout en murmurant avec peine quelques « pardon ».

Il ne savait pas quoi lui dire. Il n'avait jamais su, c'est vrai, mais à ce moment-là il n'était tout simplement pas capable d'articuler quoi que ce soit. Une myriade de sentiments contradictoires restaient coincés au fond de sa gorge, et rien d'autre que de faibles excuses ne parvenaient à sortir.

D'habitude, lorsqu'il peinait à exprimer ses sentiments, elle parvenait toujours à, sinon le faire parler, au moins le comprendre. Si elle avait vu ses yeux et ses larmes, elle aurait compris, elle aurait su, et tout aurait été plus simple. Tout était si simple avec elle. Mais elle ne répondait pas, forcément. Elle ne répondrait plus jamais, et lui ne savait plus parler non plus.

De longues minutes s'écoulèrent, peut-être même des heures, avant qu'il ne relève doucement la tête, encore douloureuse d'avoir tant pleuré. Il se redressa fébrilement, et porta son attention vers son visage qu'il n'avait osé contempler jusqu'alors, comme s'il ne le méritait pas.

Cependant c'était plus fort que lui : il porta une main tremblante jusqu'à sa joue qu'il caressa en silence, quelques-unes de ses larmes tombant sur son visage et s'écoulant jusque dans ses cheveux.

Puis un drôle de sentiment l'envahit.

Il plissa les yeux, il avait l'impression de voir trouble. Il essuya énergiquement ses larmes et se frotta les yeux impatiemment puis reporta son regard sur la bleue. Il s'approcha plus près encore de son visage et fronça les sourcils. Quelque chose n'allait pas. D'une main toujours hésitante, il écarta les cheveux de son visage.

Et puis cela le frappa. Il recula d'un seul coup, yeux écarquillés, et posa la main devant sa bouche. Puis il se rapprocha de nouveau, et se frotta les yeux encore une fois pour être bien sûr.

D'un bond, il se dirigea vers la porte de l'infirmerie et l'ouvrit avec grand fracas, le cœur battant. Luxus, face à la porte, tressaillit face à cette apparition soudaine.

« Gray qu'est-ce que…

-C'est pas elle. »

Le blond ouvrit grand les yeux, et avec lui d'autres personnes de la guilde qui s'étaient amassés non loin de là.

« Je te demande pardon ?

-C'est pas elle. »

Luxus ouvrit la bouche, abasourdi, et la referma le temps de réfléchir à ce qu'il pouvait bien répondre au mage de glace qui était sorti en trombe de l'infirmerie, les cheveux hirsutes et le regard fou. Tous les autres se jetaient des regards interloqués, oscillant entre la surprise, la compassion et la peine.

« Gray je… Luxus se racla la gorge, soudainement fatigué. Je sais que c'est dur pour toi et que… Enfin, je veux dire… elle comptait beaucoup pour toi, elle comptait beaucoup pour nous tous, mais je sais que vous aviez une relation… spéciale. Je comprends que tu ne puisses pas l'accepter mais… »

Gray secoua la tête énergiquement, comme en plein délire. « Non, non c'est pas ça ! Je… je l'ai vu… c'est pas elle je vous le jure !

-Gray on l'a identifié et…

-Non ! Réfuta-t-il avec force, Non vous l'avez pas identifié ! Parce que vous l'avez pas regardé comme je l'ai regardé ! Cette fille-là », il pointa du doigt le lit de l'infirmerie par la porte encore ouverte « lui ressemble vraiment, vraiment beaucoup, mais c'est pas elle »

« Gray je pense que tu délires et que tu es fatigué, s'avança Erza, essayant du mieux possible de paraitre compréhensive malgré son agacement. Rentre chez toi. »

« Non, non vous comprenez pas ! Juvia… Juvia elle… elle a une cicatrice au-dessus du sourcil, et là y a rien ! »

Voyant Erza comme Luxus froncer les sourcils, il poursuivit, agité : « Et puis elle… elle a un grain de beauté dans le cou, et pas près de l'œil. Et… et elle a quelques taches de rousseur normalement, et puis ses joues sont plus rondes et…

-Ça suffit ! »

La voix de Gadjeel -ou plutôt son grondement- mit un terme aux élucubrations du brun qui aurait vraisemblablement pu continuer encore indéfiniment sa liste que personne ne voulait prendre avec sérieux.

« Je comprends que tu souffres, mais nous aussi, alors arrête tes conneries ! Arrête ça, tais-toi ! Tu as le droit de souffrir, de hurler, ou même de geler tout le putain de quartier, je m'en fous, je te dirai rien. Mais au moins aie un peu de respect pour sa mémoire ! »

Les deux hommes se fixèrent avec attention : les yeux de Gadjeel étaient emprunts d'une colère noire, et des larmes coulaient silencieusement le long de ses joues tandis que Levy à ses côtés faisait de son mieux pour essayer de le calmer. Ceux de Gray en revanche reflétaient toute sa confusion. Quelques doutes lui traversèrent l'esprit, de la honte aussi : peut-être avait-il tort ? Peut-être qu'il ne voyait que ce qu'il voulait voir ? Et qu'il agissait de nouveau mal, même après sa mort. Puis il secoua la tête. Non, il était certain de ce qu'il avait vu, et quand bien même, il avait besoin de s'accrocher à ça, même si c'était vain, et stupide. Peu importe, il n'avait plus que ça.

Il réfléchit un instant et souffla un bon coup avant de poursuivre.

« Ecoutez. Elle a une immense cicatrice au niveau du ventre, juste au niveau de la mienne, articula-t-il le plus clairement possible en soulevant son t-shirt, et en pointant sa propre marque. Si j'ai raison… avec… avec un peu de chance, il n'y a rien sur son ventre à elle ».

Il déglutit et inspecta avec attention la réaction de ses camarades. Gadjeel balança son bras en l'air, en signe d'exaspération, avant de s'en aller. De son côté, Erza semblait intriguée, tout comme Lucy et Natsu à proximité. Le brun porta ensuite son regard vers le maitre de la guilde qui avait porté sa main à son menton d'un air songeur.

« D'accord, soupira-t-il finalement à contrecœur, montre-nous »

Luxus invita de la main gauche son camarade à entrer en premier à l'infirmerie pour prouver ses dires, et celui-ci hocha la tête en signe de reconnaissance. Il rentra ainsi dans la petite pièce blanche qu'il avait quitté quelques minutes plus tôt en trombe, et se dirigea de nouveau près du corps, le cœur battant la chamade. Quelques membres de la guilde le suivirent à l'intérieur, dont bien sûr Luxus, Erza, mais aussi Lucy, Natsu ou encore Mirajane. D'autres comme Gadjeel ne souhaitaient pas voir le mage de glace se donner davantage en spectacle, et choisirent de passer leur chemin.

Une fois face au corps, Gray déglutit lourdement. Si jamais il avait tort, non seulement tous ses espoirs s'écrouleraient, mais aussi, comme l'avait justement souligné le dragon slayer, il aurait ainsi manqué de respect à la mémoire de celle qu'il aimait. Erza dû ressentir son hésitation, puisqu'elle s'était postée juste derrière lui pour mieux pouvoir le soutenir, et se mit à lui frotter doucement les bras en signe d'encouragement.

Gray secoua la tête, puis ferma les yeux et inspira un grand coup avant de retirer la couverture. Observant qu'elle avait encore une chemise sur elle, il inspira de nouveau un grand coup avant de se préparer à dévoiler son flanc. Erza posa à ce moment-là sa main sur la sienne puis le fixa intensément, pour lui signifier qu'il n'était pas obligé de faire ça. A cette question silencieuse, Gray secoua simplement la tête, puis prit une grande bouffée d'air, et ferma intensément les yeux tout en soulevant le dernier bout de tissu qui le séparait de la vérité.

Quelques secondes s'écoulèrent -autant dire une éternité- avant qu'il n'ait le courage de les ouvrir. Doucement, il souleva une paupière puis l'autre avant d'enfin scruter clairement.

« Oh mon dieu, laissa-t-il échapper en portant ses mains à sa bouche. »

Sans s'en rendre compte, il s'était arrêté de respirer un instant, et il reprit alors une grande bouffée d'oxygène.

Erza se décala alors pour voir si la théorie du brun était belle et bien exacte tandis qu'il s'affaissait à genoux, le visage plongé dans ses mains, et la respiration saccadée.

« C'est pas elle, putain c'est pas elle, balbutiait-il presque hystérique tandis que de nouvelles larmes s'échappaient de ses yeux, expression tout à la fois d'un immense soulagement et d'une pression brutalement relâchée. « Bon dieu, putain, putain, merci », « merci », chuchota-t-il encore.

A côté de lui, les autres n'arrivaient pas à y croire, ébahis de la scène et emprunts d'un soulagement complètement inexplicable. Mirajane, qui avait elle-même identifié le corps, était complètement abasourdie : « Mais… mais… la marque, je l'ai vu… elle avait la marque de la guilde je… je ne comprends pas… comment… »

Erza à ses côtés fronça les sourcils. « La marque ? Comment est-ce possible ? ». Elle souleva alors le morceau de tissu qui camouflait les jambes de la jeune femme sans vie et regarda attentivement le signe de Fairy Tail effectivement apposé en haut de sa cuisse. La rousse agenouillée au niveau du lit fronça de nouveau les sourcils, encore plus perplexe. Puis elle se mit à toucher le symbole, et, trouvant la sensation étrange, la frotta quelque peu avant de reculer, l'air grave, constatant que celui-ci s'effaçait.

A ce soulagement, une question demeurait toutefois. Où était passée Juvia ?


Eh oui, où est passée Juvia ? Ne me demandez pas, je n'en ai pas la moindre idée. Si vous avez un scénario tangible, je suis preneuse. En espérant malgré tout que vous aurez apprécié la lecture !