Relecture gibbs020313. Merci pour ton aide et ta rapidité.

Le contexte de la servante écarlate dans ma fic est un peu différent de la série, je fais à ma sauce.

Bonne lecture.


Entraide


KATNISS

Les jours passent, je redoute le moment où je devrais avoir mes règles. Si j'ai du retard, je serai anéantie, si j'ai mes règles, je devrais repasser par le calvaire de la cérémonie. Cette vie est un supplice, chaque jour je me demande pourquoi je me lève. Mme Foreman me surveille, je le sens, cela me hérisse.

Les jours passent et je me sens comme hors du temps, plombée par cette vie misérable. Je ne vois pas d'avenir, je ne vois que les ténèbres. Ma sœur me manque, j'aimerais tant la revoir mais je ne sais pas où la chercher, ni comment faire. Je m'inquiète tant pour elle, pour sa santé mentale, elle n'est pas comme moi. Elle est si fragile. Et sans sa fille…

Je secoue la tête, Dewilliam est peu loquace elle aussi. Nous marchons côte à côte, passons récupérer de la viande au Touviande puis quelques fruits et légumes au marché frais. Je sillonne les rayons, prends mon temps, peu pressée de rentrer chez les Foreman. Nous ne sommes pas censés nous parler hormis pour les banalités d'usage hors je surprends une conversation qui me tétanise.

-Je sais où es ta fille, je connais la Martha qui s'en occupe.

-Tu es sûre de ce que tu avances ?

Je reconnais cette voix. Je l'ai déjà entendue.

-Oui, chuchote son interlocutrice, elle se trouve chez les Mackenzie.

J'ai envie de pousser les boites de conserves pour les voir mais j'ai peur qu'elles ne comprennent que je les ai entendues.

-Je dois y aller, répond la voix familière. Je veux la voir.

Je devine sa fébrilité et sa douleur. J'aimerais tellement savoir aussi où se trouve ma sœur. Je me rends compte qu'il y a de l'entraide, un réseau parmi les servantes et peut-être même les Martha. Pourrais-je aussi avoir des informations de ce type ?

Je contourne le rayon, je les aperçois enfin. La blonde de la dernière fois, De… De… Defred, je crois. Je ne reconnais pas l'autre. Elle est parsemée de taches de rousseur, un peu maigre, ses traits sont marqués par une douleur visible. Malgré cela, je ressens sa force. Elles me remarquent, se figent, se dispersent. J'essaie d'aller vers l'une d'elles. Je chope la fille maigre. J'ai le cœur qui bat à tout rompre car je sens que je suis sur une pente glissante, je risque gros si je ne les dénonce pas et je risque gros si je lui demande son aide. Je lui bloque le passage, elle me dévisage avec une fureur contenue.

-Béni soit ce jour.

-J'ai besoin de ton aide, murmuré-je.

-En quoi puis-je t'aider ? Dit-elle clairement. Tu n'arrives pas à choisir de bons fruits ?

-Je vous ai entendues, murmuré-je encore.

Elle devient toute blême. Elle regarde autour d'elle discrètement.

-Ce n'est pourtant pas difficile de choisir de belles oranges, réplique-t-elle à haute voix.

Elle me tire vers l'étal, fouille parmi les oranges, m'en montrent quelques-unes.

-Tu veux quoi ?

-Retrouver ma sœur, c'est une servante aussi.

-Je ne peux rien pour toi.

-Je t'en prie.

Elle croise mon regard une infime seconde puis soupire :

-Son nom ?

-Primrose Everdeen.

Elle pose quelques orange dans mon panier, fait demi-tour, contourne l'étal, se poste en face de moi. Dewilliam arrive vers moi, m'empêchant de lui poser d'autres questions.

-Tu as terminé ?

-Oui, presque. Il me manque quelques carottes et j'arrive.

-Je te suis dans ce cas, j'ai fini.

Dépitée, je suis obligée de lâcher prise. Je m'éloigne à regret de cette femme, je me recentre sur mes courses. Je respire longuement pour retrouver un peu de sérénité mais c'est difficile.

Sur la route, Defred nous dépasse encore avec son binôme, ce n'est pas celle à qui j'ai demandé de l'aide. Defred se tourne vers moi, je me glace littéralement sous son œil féroce. Ce regard est à lui seul un avertissement.

Je ralentis sans m'en rendre compte. Dewilliam s'inquiète de ma mine défaite.

-Je suis juste un peu fatiguée, éludé-je.

-Un heureux événement ? S'exclame-t-elle, soudain enthousiaste.

-C'est trop tôt pour le dire.

Elle hoche la tête et m'octroie un clin d'œil en signe de connivence. C'était la meilleure réponse à faire. Je semble partager avec elle une confidence mais en réalité je suis loin de tout ça, j'en ai rien à faire de cette femme qui aime tant cette vie de merde. Qu'a-t-elle pu bien faire pour penser qu'elle mérite cette vie ? Je lui jette un œil presque méprisant avant de me reconcentrer sur Defred.

-Tu la connais ?

-Qui ça ?

-Defred.

Dewilliam se renferme.

-Il vaut mieux l'éviter, elle n'apporte que des problèmes.

-Comment ça ?

Elle jette un œil derrière elle, des gardiens nous suivent à intervalle régulier, nous devons être prudentes dans nos paroles, et dans notre posture.

-Il se passe des choses étranges dans sa maison, elle est enceinte mais le bruit court entre certaines d'entre nous que le Commandant n'est pas le père.

Je reste muette de stupeur un instant puis je me reprends.

-Et pourquoi cette rumeur court-elle ?

-Il a déjà eu deux autres servantes et… rien. Et June arrive et…

-Qui est June ?

Dewilliam semble mortifiée. Elle n'est pas très futée de me confier tout ça alors qu'elle ne me connaît que depuis quelques semaines et elle vient de le réaliser.

-Personne.

Mais je comprends qu'il s'agit de Defred.

Je baisse la tête à l'approche des gardiens, ils nous dépassent et traversent la rue subitement en interpellant un homme. Tandis qu'il y a altercation, j'en profite (complètement insensible en apparence à la détresse du pauvre homme) pour me pencher vers elle :

-C'est qui ? Murmuré-je

Dewilliam est choquée par ce qu'elle voit. J'entends l'homme prendre des coups et se faire embarquer.

-Qui ? Insisté-je en lui tirant discrètement la manche.

-Quoi ?

-Le père c'est qui ?

-Le chauffeur apparemment, répond-elle machinalement.

Et bien…

Mon regard se porte sur June. Elle s'est arrêtée, elle observe la scène avec colère. Je ne la vois pas, cachée par ses ailes mais je le devine par son poing serré. Je me questionne à son sujet, perplexe, quand les gardiens nous dispersent avec virulence.

Je rentre et je trouve Peeta en train de nettoyer le SUV dans l'allée. Il s'immobilise net en me voyant passer la grille. Je voudrais l'esquiver mais il fait le tour, continuant d'astiquer la carrosserie et je suis obligée de passer à côté de lui. Il se tourne légèrement vers moi, je me hâte pour ne pas avoir à le saluer. Il me hèle mais je reste impolie. Sa présence me rappelle un passé que je dois oublier. Dans ma hâte, je loupe une marche vers l'accès de service et je tombe, mon épaule droite amortie la chute. Peeta accourt déjà vers moi mais je me suis déjà relevée. Ma cheville me fait souffrir subitement et je vacille. Il me rattrape par le bras gauche d'une poigne ferme. Je ne peux m'empêcher de jurer dans ma barbe tout en me dégageant brutalement.

-Ne me touche pas.

Je récupère mon sac de courses et je boitille pour entrer dans la cuisine. Il me suit au pas.

-Il faut regarder cette cheville, insiste-t-il.

-Non, ça va aller.

Je le sais, c'est surtout mon épaule qui m'inquiète. Je pose mes achats sur la table, Claire n'est pas là. Je fronce les sourcils, elle n'est jamais là quand j'ai besoin d'elle. Je sais, je suis de mauvaise foi. Elle est tout le temps dans mes pattes, à tel point que je prie le Seigneur (ou je ne sais qui de supérieur) pour qu'elle disparaisse un peu de ma route. Et pour une fois que mon vœu est exaucé, ça tombe mal.

-Viens t'asseoir Katniss.

-Defred, sifflé-je entre mes dents en regardant tout autour de nous si personne ne nous entend.

-Il n'y a personne Katniss. Le Commandant est en déplacement, son épouse est allée voir une amie qui sera bientôt mère et Claire est allée avec elle prêter main forte pour la préparation de la fête de pré-naissance.

-Et le gardien ?

-Il dort, sourit-il.

Je devrais le dénoncer ce fainéant, sérieux !

-Viens t'asseoir dans le salon, je vais regarder ta cheville.

-Tu es médecin ? Raillé-je pour me redonner contenance.

-J'ai fait beaucoup de sport, les blessures ça me connaît. Viens.

Je finis par le suivre, dépitée.

Je m'assois, je grimace quand j'enlève ma botte. Mon épaule me fait très mal. Il se penche, attrape délicatement ma cheville, je tressaille. Pas moyen de savoir pourquoi. Il l'observe à travers le bas noir, la tâte, la tourne lentement. Il prend son temps, temps qui s'étire et je me demande s'il ne le fait pas exprès. Ulcérée, je me penche pour récupérer ma cheville, en le repoussant. Je gémis, attrapant mon épaule.

-Tu as mal à l'épaule ? S'inquiète-t-il.

Je ne réponds pas. Il se relève et se penche vers moi. Il attrape ma main pour dégager mon épaule. Je résiste.

-Laisse-moi voir Katniss, soupire-t-il.

Il a une façon de prononcer mon prénom qui me stresse. Je finis par céder. A quoi bon lutter contre lui ? Il ne veut que m'aider. J'ôte ma main, il tire sur le tissu pour mieux voir mais ça ne fonctionne pas. Je passe mon bras valide derrière moi, me contorsionnant pour tenter d'ouvrir la fermeture de ma robe. Je n'y arrive pas, je sens ses doigts sur les miens, je tressaille encore.

De douleur ?

Hum.

Pas sûre.

Mais qu'est-ce que je raconte ?

Il baisse lentement la fermeture éclair et dénude mon épaule. J'attends qu'il m'ausculte mais rien ne vient. Je me retourne de profil, levant la tête dans sa direction.

Il semble hypnotisé par mon épaule.

Alors là, j'ai tout gagné. C'est un pervers !

Gênée, je le rappelle à l'ordre sans ménagement. Il croise mon regard et rougit violemment.

-Je reviens, bafouille-t-il en s'éloignant vers la cuisine.

J'entends l'eau couler, je m'agace, que fait-il ? De retour, après quelques minutes, il n'est plus tout rouge, il a des bandes de torchons dans ses mains.

-C'est pour quoi faire ?

Il ne répond pas tout de suite, se place derrière moi, palpe mon épaule et quand il appuie entre la clavicule et l'omoplate, une effroyable douleur me cloue sur le fauteuil. Je ne crie pas mais il sait. Il s'affaire alors rapidement, bloque mon épaule avec les bouts de torchons noués entre eux.

-Je vais appeler une ambulance, tu dois aller à l'hôpital.

Je panique :

-Non, je ne veux pas y aller, fais ce qu'il faut, j'ai confiance en toi.

Je suis prête à tout pour ne pas aller à l'hosto. Il me contourne, s'accroupit devant moi. Je suis encore blême de la douleur ressentie. Je secoue la tête, sous le choc.

-Tu dois être soignée correctement sinon ton épaule ne se remettra jamais.

-Comment je vais expliquer ma chute ?

-Ça arrive de tomber, pourquoi tu paniques ?

-J'ai peur des hôpitaux.

Il parait surpris.

-Pourquoi ?

Je ne veux pas lui répondre, c'est trop personnel. Il accepte mon silence, un peu déçu puis il se relève :

-Je vais les appeler.

-Non !

J'attrape sa main avec la main de mon côté valide. Je le relâche aussitôt, confuse et gênée. Qu'est-ce que je fais ! Bon sang ! Je dois me reprendre. Je ferme les yeux, complètement dépassée. Mes mains se frottent l'une contre l'autre.

-Katniss.

Je sens son souffle sur mon visage, je rouvre les yeux, plonge dans ses yeux bleus, un bleu d'une immense pureté. Il s'est agenouillé de nouveau. Il pose sur moi un regard triste :

-Je suis désolé, c'est de ma faute si tu es tombée.

-Mais non, je ne regardais pas où j'allais.

-Si je ne t'avais pas harcelée…

Il se tait un instant, ému.

-…à cause de moi tu as mal maintenant.

Je secoue la tête pour qu'il cesse de parler, je n'ai pas la force de le détromper, à la place, je pose ma main sur sa joue sans réfléchir. Il est sincère, je le sens, il se croit coupable et cela m'interpelle. Il se fige, entrouvre les lèvres comme pour dire quelque chose puis se ravise. Son regard exprime tant de choses mais je ressens surtout son affection. Il ne se cache pas, nous sommes seuls, dans une bulle hors du temps. Je ne comprends pas ce qui se passe mais je me sens apaisée. Sa peau est douce, vraiment douce. Sa proximité me bouleverse tout doucement, sans prévenir. C'est pareil pour lui, je le perçois distinctement. Je veux retirer ma main, il réagit vite, presse la sienne sur la mienne. Il ferme les yeux, je ferme les yeux.

Jamais de ma vie, je n'ai connu une telle plénitude.

-Je vais prendre soin de toi, je te le promets, déclare-t-il avec emphase.

Adieu sérénité. Je retire ma main, le vrillant du regard.

-Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir.

-Je te sortirai de là, et ta sœur aussi.

Je sursaute.

-Que sais-tu de ma sœur ?

-Ne tardons pas, élude-t-il. Je vais t'emmener, ça sera plus simple et je resterai avec toi le temps qu'il faudra. Je vais laisser un mot à Mme Foreman.


La suite quand je pourrai