LE LIEN


Une semaine était passée. J'avais dévoré le livre de la mère de Peeta 3 fois. Un livre sombre et pourtant plein d'espoir. L'amour y primait, s'y transcendait, devenant un sacrifice absolu.

J'avais moins mal à ma cheville, mon épaule me lancinait toujours cependant.

Claire arriva avec le petit-déjeuner, sans un sourire, éreintée. Je lui proposai de s'asseoir un peu, elle me regarda de travers, méfiante mais étonnamment, elle obtempéra. Je commençai à manger, elle se positionna au pied de mon lit, fixant le sol.

-Tu as de la famille qui t'attend à l'extérieur ?

-Comme tout le monde, marmonna-t-elle.

-Tu as envie de les revoir ?

Elle se focalisa sur moi un instant, les sourcils froncés.

-Comme tout le monde, répondit-elle enfin.

Elle observa mon plateau avec envie.

-Tu as déjeuné ?

-Je n'en ai pas eu le temps, je me suis réveillée un quart d'heure en retard.

Elle se levait tous les jours à 5h même le dimanche et devait rester disponible pour les Foreman même tardivement le soir. Elle manquait cruellement de sommeil. Je lui tendis une tartine beurrée. Elle eut un mouvement de recul et se leva brusquement.

-Je dois y retourner. J'ai encore beaucoup de travail et je dois aller faire les courses en plus !

Elle m'en voulait, c'était évident.

-Je suis désolée.

Ce fut tout ce que je pus lâcher. J'étais plutôt fière et je n'aimais pas me sentir coupable ou redevable. Elle hocha la tête, surprise.

-C'est la vie. Tu ne pouvais pas prévoir de tomber. Sois plus vigilante.

-Je le serai.

-Tante Irène passera te voir en fin de matinée, je vais te faire couler un bain, sois prête à son arrivée.

Installée dans la baignoire au blanc passé, écaillée, je tentai de me détendre en me frottant laborieusement. Je ne pouvais m'empêcher de penser à Peeta. Chaque jour qui passait, j'espérais sa visite avec de bonnes nouvelles mais il n'était pas venu et il n'était pas visible par la fenêtre. Pourquoi se cachait-il ? Le Commandant était revenu, certes et cela l'occupait, mais j'avais pensé qu'il trouverait du temps pour moi. Était-ce de l'égoïsme ? De la stupidité ? De l'inconscience ? Je n'en savais vraiment rien. Enfermée dans cette chambre, tout devenait flou, inconsistant, déstabilisant.

La tante m'ausculta avec minutie, elle était déjà passée plusieurs fois et parut satisfaite de l'avancée de ma guérison.

-Encore une semaine et vous serez d'attaque pour la cérémonie.

Cette idée me congela littéralement, me ramenant à une réalité que j'avais oubliée. Mme Foreman allait être fâchée. Elle m'avait fait comprendre que je devais faire perdurer mes douleurs pour éviter la prochaine cérémonie. Je parvins tant bien que mal à camoufler mon mal-être jusqu'à son départ.

Il était tard, assise à la fenêtre, je fixais la maison de Peeta. Il était rentré il y a peu, n'avait pas jeté un œil vers ma fenêtre, me laissant en plein marasme. Il m'avait redonné de l'espoir, redonné l'envie de croire en l'humanité et là, plus rien. Quand, quinze minutes plus tard, sa silhouette se matérialisa à sa fenêtre comme une ombre rassurante, je fis un bond. Sans réfléchir, je pris mes bottes et descendis à la cuisine sur la pointe des pieds. Personne en vue, j'enfilai ma cape et mes bottes fissa et m'engouffrai dans la nuit fraîche. J'eus un sursaut en heurtant quelqu'un.

Peeta.

-Que fais-tu dehors ? S'affola-t-il.

-Je venais te voir.

Que lui dire d'autre ?

-Et toi ?

-Pareil, sourit-il timidement.

Il scruta les alentours puis, contre toute attente, attrapa ma main et me tira à sa suite. Je boitillai derrière lui, exaltée. Il avait à peine refermé la porte de son logement que je le questionnai sans discontinuer. Il alla me servir un verre d'eau tout en me répondant.

Il avait retrouvé la trace de ma sœur grâce à Mayday et préparait notre fuite. Mes yeux s'embuèrent de larmes. Je n'arrivais pas à y croire.

-Où est-t-elle ?

-Chez les Lawrence à une cinquantaine de kilomètres d'ici.

-Comment elle va ?

-Elle va plutôt bien, le commandant Lawrence ne pratique pas la cérémonie, il n'est pas violent, il fait un peu ce qu'il veut, se croyant au-dessus des règles, selon sa Martha.

Il continua à me donner des informations, j'avais juste besoin de m'asseoir, d'encaisser ce qu'il venait de me révéler. Installée sur le rebord de son lit, je le dévisageais avec reconnaissance. Je pris le verre d'eau qu'il me tendit et l'avalai d'une traite.

-Je te remercie Peeta. Tu n'as pas idée…

Je me tus, bouleversée.

-Emily m'a bien aidé, elle avait déjà transmis ta requête.

-Emily ?

-La jeune femme rousse au rayon fruits et légumes.

Mes yeux s'écarquillèrent. Il continua encore son récit, rentrant dans les détails, expliquant ses absences répétées pour progresser rapidement afin d'éviter la prochaine cérémonie. Il s'était assombrit, secouant la tête de droite à gauche, fermant les yeux, ne remarquant pas à quel point j'étais revenue à la vie grâce à lui.

-Tu as fait tout ça pour moi ?

Il rouvrit les yeux, des yeux gênés. Il se gratta derrière la tête, fuyant mon regard.

-Je n'ai pas fait grand-chose.

Il n'avait pas changé, je me rappelais de lui maintenant, maladivement timide et discret quand nous étions à l'université. Je me levai sans réfléchir, allant vers lui dans un élan inexpliqué, annihilant l'espace entre nous. Mes bras se nouèrent autour de son cou. Nous nous observâmes sans un mot, surpris, inquiets, fébriles.

-C'est stupide et dangereux, réalisai-je en enlevant mes bras.

Il m'empêcha de finir mon mouvement, retenant mes bras de ses mains douces avec lesquelles il longea lentement mes bras jusque mes épaules, mon dos, mes reins. Il avait embrasé mes sens, mon corps, mon âme en quelques secondes. Il rapprocha son visage du mien et patienta, ses yeux noyés dans les miens, je perçus son souffle, son odeur masculine.

J'étais piégée. Piégée dans une spirale de bien-être, de désir, d'affection.

J'enveloppai ses lèvres des miennes avec passion. Il me répondit de la même manière, je perdis le sens de la réalité, la notion du temps, il n'y avait que lui et moi. Il m'entraina vers le lit, je le laissai faire tout en ôtant ma cape. En m'allongeant, je lui demandai d'éteindre les lumières. J'étais très pudique. Il exauça mon souhait à la vitesse de la lumière et revint vers moi. J'étais déjà en train de déboutonner ma chemise de nuit. Il m'observa dans la pénombre, respirant bruyamment.

-Qu'est-ce que tu attends ?

J'étais nue et offerte. Je voulais ce rapprochement, j'avais le choix et c'était un sentiment merveilleux. Son hésitation me refroidit quelque peu. M'étais-je trompée ?

-Tu ne veux plus ?

J'étais mortifiée. Je m'assis sur le bord du lit, couvrant ma poitrine de ma chemise de nuit. Il prit place à mes côtés, enleva lentement son pantalon, révélant sa prothèse qu'il retira méticuleusement. Il contemplait le sol, y cherchant je ne sais quelle réponse. Je me détendis, comprenant ce qui le retenait. Je l'attirai vers moi, nous allongeant l'un sur l'autre chacun son tour, dans une étreinte désespérée car c'était sûrement la seule et unique fois que nous pourrions nous unir. Sa peau était moite de sueur, la mienne aussi. Nous étions en transe, entremêlés, il voulait calmer le jeu, je voulais qu'il me malmène, que je sois similaire à une poupée de chiffon entre ses mains puissantes malgré la douleur de mon épaule. Je voulais perdre pied, hurler de plaisir, je voulais exister.

-Vas-y !

J'agrippai ses fesses.

-Plus fort !

Il se retenait encore. Je l'obligeai à changer de position, à cheval sur lui, j'étais proche de l'extase, il était immense et je l'engloutissais encore et encore, sans retenue.

Katniss, me supplia-t-il en agrippant mes hanches

-J'y suis presque, tiens encore un peu.

Il murmura un non désolé tandis qu'il se crispait dans un orgasme foudroyant. Déçue, je m'effondrai à ses côtés, plongée dans la douleur du plaisir non atteint et toujours présent. Il ferma les yeux, il allait s'endormir et me laisser comme ça. Je me résolus à rentrer, la mort dans l'âme, il attrapa mon bras :

-Tu vas où ?

-Je rentre.

-Non, reste, laisse-moi encore un peu de temps et je te donnerai ce dont tu as besoin.

Il afficha une mine dépitée :

-Ça faisait si longtemps, je n'ai pas été très résistant je le sais…

Il s'en voulait, c'était évident.

-Reste, s'il te plait.

Comment lui dire non ? Il me serra fort contre lui, toujours haletant. Je sentais battre son cœur, enfouie dans son cou, je caressai sa joue. Je ne voulais plus être ailleurs.

-Je t'aime, murmura-t-il avec un bonheur évident. Je t'ai aimé dès que je t'ai vue et je n'ai jamais cessé depuis.

Je ne sus que faire de cette information déroutante. Il ne parut pas attendre de réponse de ma part et je me détendis. Il caressa mon épaule douloureuse longuement. Si mon désir n'était pas si violent j'aurais pu m'endormir au creux de ses bras sécurisants.

-Tu t'es assez reposé. Je veux ma part maintenant.

Les heures qui suivirent furent orgasmiques.

Les nuits suivantes aussi.

OoooO

Tante Irène remarqua que mon épaule tardait à guérir. Elle se questionna à voix haute puis me demanda :

-Vous avez fait un faux mouvement ou des mouvement répétés.

-Non.

Elle soupira, voyant qu'elle hésitait, je pris le risque de mentir bien plus :

-J'ai aussi des crampes abdominales depuis ce matin, quelque chose que j'ai mangé peut-être.

Elle tâtonna mon ventre.

-Bon, soupira-t-elle. Mieux vaut remettre la cérémonie. C'est fâcheux mais les conditions ne sont pas idéales.

Je pris un air contrit.

-Je comprends votre désarroi. Dieu, dans son infini bonté, couronnera de succès votre prochaine cérémonie, soyez-en certaine. Pour l'instant, reposez-vous, je vais en informer les Foreman.

OooooO

Je pensais à ma sœur.

Jour après jour.

Nous ne pouvions plus nous voir Peeta et moi, depuis une semaine car il était parti au Canada avec le Commandant et sa femme. Je me demandais ce que ces négociations allaient donner ? J'étais très inquiète des accords qui pouvaient en découler car le Canada représentait pour moi le seul refuge possible.

Je finis par m'impatienter, je me sentais vraiment mieux physiquement et l'enfermement me pesait à nouveau. Je craignais de perdre la raison quand Peeta fit enfin son retour. Le soir même, je frappai à sa porte, exaltée. Dès qu'il ouvrit, je voulus me jeter dans ses bras mais je me retins, soudainement gênée. Il m'attira à l'intérieur, ferma derrière moi et se posta à sa fenêtre, le visage sombre.

-Qu'y-a-t-il ?

Il fourra sa main dans sa poche et me tendit une enveloppe.

-C'est pour toi.

Je ne fis pas un seul geste en sa direction, les sourcils froncés.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Un message.

J'étais perdue, de quoi me parlait-il ?

-De qui ?

-Du père de ton fils.

J'aurais été giflée, je me serais sentie pareil.

-De quoi parles-tu ?

Il posa sur moi des yeux tristes.

-Ne me fais pas l'affront de me prendre pour quelqu'un de naïf.

-Je sais que tu n'es pas naïf Peeta.

-Alors pourquoi me mens-tu ?

Il ouvrit l'enveloppe :

-Voici une photo de ton fils et un message de son père. Je ne l'ai pas lu. Je l'ai rencontré pendant une manif, il avait une pancarte avec une photo de toi. Nous avons un peu discuté et il m'a remis ce message pour toi. Il t'aime c'est évident.

Encore sous le choc, je finis par reculer.

-Je n'ai pas d'enfant.

-Katniss, s'agaça-t-il en me montrant la photo.

-Je n'ai pas d'enfant ! Hurlai-je en me détournant.

Je me mis à trembler. Je ne voulais pas pleurer pourtant je me sentais débordée. Je couvris mon visage de mes mains. J'avais tellement honte en cet instant. Et c'était Peeta qui avait causé tout cela. Je lui en voulus tellement et quand il posa sa main sur mon épaule, je le repoussai avec force.

-Ne me touche plus jamais.

Je quittai son antre sans un mot, furieuse.

Mais après plusieurs heures, à l'aube quand la colère s'estompa, il ne resta plus que le chagrin. Le chagrin lié à la trahison de quelqu'un que l'on aime.

Car je l'aimais, c'était un fait. Cette constatation me plongea en plein cauchemar.

J'étais dans la merde.