Sans plus attendre, le premier chapitre !

Bonne lecture


Chapitre 1 : Les jumeaux

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— Quoi ?

Harry, qui dévisageait les jumeaux d'un regard étonné, se laissa guider par les mouvements de Ron. Celui-ci le fit asseoir sur l'un des fauteuils avant de reprendre la conversation.

— Si je ne savais pas une partie de l'histoire, j'aurais pu te dire que ce serait faux, mais je crois qu'il dit la vérité.

— Pourquoi ? T'en es pas sûr à cent pour cent ? s'exclama-t-il en se tournant vers lui.

— Si, mais écoute-moi, ensuite Hypérion prendra le relais.

Le concerné prit place sur le canapé, Drago à ses côtés, voire totalement collé si ce n'était pas plus. Harry avait l'impression de voir double, mais les faits étaient bien là : ils étaient deux !

— Toutes les grossesses et les naissances sont automatiquement enregistrées au ministère dès leurs annonces. Je savais, de par mes parents, que Narcissa Malfoy avait donné celle des jumeaux, mais qu'un seul avait survécu. Pourtant, ma mère était certaine qu'il avait dû se passer quelque chose parce que, aucun des médicomages qui étaient présent lors de l'accouchement, n'avaient pu rapporter ce qui s'y était déroulé, hormis celui de dire que Hyperion était mort-né. Bref, Lucius Malfoy a soudoyé le ministère pour faire taire l'histoire.

Ron posa son regard sur Hyperion qui poursuivit avec la même voix de Draco. Cela en était perturbant si celui qui était à ses côtés était Draco.

— Du plus loin que je me souvienne, j'étais le plus faible des deux. Draco a toujours été là, à s'interposer entre moi et l'autorité de Lucius. Tous les coups, mon frère les a reçu en double. Au début, il a essayé de nous monter l'un contre l'autre, mais notre amour fraternel a été plus fort, et ça, grâce à notre mère.

— Mais comment as-tu pu être caché toutes ses années ? Et Voldemort ?

— Il existe une aile souterraine, cachée, que mes parents ont fait construire l'année qui a suivi notre naissance. Draco, ma mère et un précepteur qui m'apprenait les cours en reprenant ceux de Draco, venaient me voire régulièrement. Parfois, il m'arrivait de sortir en prenant la place de mon frère.

— À Poudlard aussi ?

— La dernière année seulement, dit-il dans un soupir. Quand j'ai appris que Lucius voulait le faire marquer, j'ai supplié Draco de me laisser sa place, il n'a pas voulu, lui conta-t-il en se tournant vers son jumeau qui lui serrait une main des siennes. Il avait peur que je dévoile mon identité, mais surtout, parce que je ne te connaissais pas comme lui te connaissait.

Harry repensa au Sectumsempra, au face à face avec Dumbledore et surtout au manoir. Hypérion leva ensuite son regard vers lui et Harry put y lire de la conviction lorsque son interlocuteur poursuivit :

— Parce que, si cela avait été moi quand tu as été arrêté par les rafleurs, j'aurai échangé la vie de Draco contre la tienne. Je ne te connaissais qu'à travers ce qu'il me disait, et peu m'importait qui tu étais, parce que sans Draco, je n'aurai pas existé. Ce n'est qu'en prenant sa place après la guerre que j'ai appris à te connaître. Et je comprends pourquoi il... il t'admire...

Hypérion se tourna vers Draco et lui demanda s'il allait mieux. Celui-ci hocha la tête, toujours le corps tremblant. Ce qui agaçait Harry était que Draco ne l'avait pas regardé une seule fois dans les yeux. C'était comme s'il l'effrayait et il ne voulait pas lui insuffler de la peur.

— Après la guerre ? Mais ça fait... déjà neuf ans ! Neuf ans que tu... Oh, mon dieu ! Mais pourquoi ne pas avoir revendiqué ton statut ?

Harry se tut en voyant la mâchoire de Hypérion se contracter durement.

— C'était ce qui était prévu avec ma mère. Quand mes parents et Draco sont partis avant la fin de la bataille, j'ai surpris mon père en train de s'engueuler avec ma mère. Il cherchait un moyen de redorer le blason des Malfoy. Comme je n'avais pas la marque, il voulait que je remplace Draco et que je reprenne les rênes de ses entreprises. D'entendre cette conversation m'a mis hors de moi. J'ai alors attendu que mon père quitte la pièce pour en discuter avec ma mère, mais elle pleurait tellement qu'elle n'avait rien pu me dire.

Le jumeau déglutit, prit quelques secondes pour se reprendre et ajouta :

— Ce n'est qu'en entendant Draco hurler que j'ai compris ce que mon père voulait faire. Lucius n'avait plus besoin de lui.

Harry vit Draco se tendre et remuer ses jambes. Il avait envie de le rassurer et de lui dire combien il avait été courageux. Mais Draco avait Hypérion, un frère qui, à n'en pas douter, était prêt à tous les sacrifices pour le protéger.

— Il est vrai que je suis un Malfoy, reprit le jumeau. Mais ce n'est pas Lucius qui m'a éduqué. Draco a peut-être pris les mauvais coups et des dizaines de doloris dans son enfance, c'est lui qui m'a appris à le devenir à son image, pas à celle de notre père.

En disant cela, Hypérion glissa un bras derrière le dos de Draco, déposa un baiser sur front puis, murmura d'une voix chevrotante et pleine d'amertume :

— Je ne sais combien de doloris il a reçu ce jour-là, pas assez pour qu'il perde la raison, mais les coups de cannes sur la tête avaient bien failli lui coûter la vie.

— Merde, mais quelle enflure... murmura Ron qui n'avait rien dit jusque-là.

— J'ai stupéfié mon père et j'ai emmené Draco chez Bertoli, le médicomage des aurors actuels, et ami de ma mère. Draco a été plongé dans le coma, mais les coups de cannes ont... bousillé sa mémoire, dit-il un sanglot dans la gorge. Il ne méritait pas ça. Je n'ai jamais servi à rien dans sa vie. Cela aurait dû être moi, pas lui... je te demande pardon, Draco.

Harry, les larmes aux bords des yeux, regarda le jumeau enlacer tendrement Draco qui répondit à son étreinte. Si Lucius n'était pas déjà mort, il l'aurait certainement tué de ses propres mains. Il se leva d'un coup en proposant une boisson, le temps qu'il calme ses nerfs. Ron le suivit, laissant ainsi les frères se retrouver.

— Harry, ça va ?

— Pourquoi je n'ai rien vu venir ? dit-il en préparant du thé.

— Comment aurais-tu su ?

— C'est juste que... ça me rend dingue tout ça ! dit-il en levant ses mains pour les glisser derrière sa tête en un geste énervé.

— Tu sais que je ne porte pas Malfoy dans mon cœur, mais là... ça va au-delà de tout ce que j'aurais pu voir. Il faut être un monstre pour faire ça à des gosses... Oh putain, j'ai besoin de serrer Rose et Hugo tout contre moi...

— Ouais, et les monstres, ils savent se cacher derrière de beaux visages, marmonna-t-il le cœur au bord du gouffre.

Harry servit la boisson chaude dans des tasses et les plaça sur un plateau. Il fouilla ensuite son placard et sortit une assiette de cookies au chocolat que Molly lui avait fait.

— Harry, en attendant, qu'est-ce qu'on fait ? lui demanda Ron qui commençait déjà à croquer dans l'un des biscuits.

— Ils vont rester chez moi.

— Ok, mais tu veux que je demande à Hermione ? Elle saura quoi faire.

— Ok, vois avec elle, comment faire ressusciter un mort, papiers, identité et Gringotts. Renseigne-toi sur l'état de Narcissa à Sainte-Mangouste et ressors le dossier de naissances des Malfoy.

— Super, je te retrouve mon pote.

— Ouais, et vu l'heure, je vais contacter Robards pour lui dire que je ne reviendrai que demain pour le rapport final.

— Ok, prends soins de Malfoy... enfin, des Malfoy... à plus.

Alors que Ron avait salué les jumeaux et partait par la cheminée, Hypérion s'approcha de lui, laissant Draco recroquevillé sur le canapé.

— Potter, je m'excuse de t'avoir mis dans cette situation.

— Tu n'as pas à le faire. J'imagine que ça n'a pas dû être facile pour toi de jouer le rôle de ton frère.

Harry sourit nerveusement en voyant la tête de Draco qui fixait les cookies.

— Draco, tu peux te servir, ils sont délicieux.

Son cœur bondit à l'intérieur de sa poitrine lorsqu'il l'observa se pencher très vite pour en prendre un et se recroqueviller à nouveau dans le coin du canapé pour le manger.

— Tu sais, à vrai dire, on a le même caractère, donc dire que ça a été difficile serait mentir. C'est juste que je ne voyais pas le monde comme lui le voyait. Poudlard, la guerre, les amis... le trio, toi... Quand je repense à tout ce qu'on a traversé, Draco n'a pas eu une vie facile.

— Mais toi, tu as été et es encore, caché aux yeux de tout le monde.

— Oui, j'aurais dû me douter que mon père avait un plan. Je suis sûr qu'il avait prévu de tuer l'un de ses fils pour que l'autre le remplace...

Cela lui donnait la chair de poules, rien que de l'écouter.

— Hypérion ?

— Tu veux savoir ce qu'il a ?

— Ouais, reconnait-il les gens ? Son passé ?

— Il lui a fallu des semaines pour se remettre de son état. Sa mémoire, c'est une passoire et, parfois, je remercie Merlin qu'il ne se rappelle plus vraiment des choses horribles de la guerre. C'est dur quand je le dis comme ça, mais quand je le vois, j'ose à peine lui raconter ce qu'il a fait.

— Mais il m'a bizarrement reconnu au manoir, il m'a appelé Potter...

— Il a des souvenirs de nous, enfants, quelques-uns de Poudlard. Bertholi dit que Draco n'a conservé que ce qui était important. Et ton nom est le seul qu'il a su prononcer à la sortie de son coma.

Ces mots avaient un pouvoir positif sur lui, parce que cela voulait dire qu'il avait été important pour Draco. Mais l'était-il encore après ces neuf années ?

— Potter, quoi qu'il se passe par la suite, je reste maître du balai. Personne ne touchera à un cheveu de mon frère sans mon autorisation. Il a assez souffert comme ça, je veux qu'il soit heureux, même si je dois y passer ma vie.


Harry offrit la plus grande chambre aux jumeaux, la sienne se trouvant au fond du couloir et ils seraient séparés par la salle de bain. En face de la leur, deux chambres vides étaient inoccupées et lui servaient de rangements. En attendant de pouvoir faire les travaux et aménagement nécessaire à leur installation, Draco et Hypérion dormiraient dans le même grand lit.

Après que Ron soit passé pour lui déposer un début de dossier sur l'incident, il prit une douche rapide puis, descendit au rez-de-chaussée vêtu d'un pantalon large en coton et d'un tee-shirt blanc. Il rejoignit Hyperion et le remercia d'avoir préparé le repas. Depuis la cuisine dont les murs avaient été démolis pour agrandir la pièce, il pouvait apercevoir Draco, resté assis dans le coin du canapé, les yeux rivés sur l'assiette vide de cookies.

— Est-ce qu'il va bien ? demanda Harry sans le lâcher des yeux.

— Un peu chamboulé, mais il va bien.

— Pourquoi a-t-il l'air affamé ? le questionna-t-il avant de reprendre rapidement, attention, je ne t'accuse pas, c'est juste qu'il paraît plus maigre que dans mon souvenir.

Hyperion se nettoyait les mains avec le torchon qu'il venait de déposer sur son épaule droite puis se tourna en direction dudit jumeau.

— Quand je m'absente pour me rendre à la MACUSA, il refuse de manger...

— Quoi ? Tu veux dire que depuis un an, pendant tes absences, il ne mange plus ?

— Oh, Merlin, souffla Hyperion en secouant la tête, je dois prévenir tante Andromeda, elle...

— Quoi ? gronda-t-il en dévisagea celui-ci. Ne me dit pas qu'elle était dans la confidence ?

— Ecoute Potter, elle l'a toujours été, c'est même elle qui n'a pas voulu que je te le dise à cause de... votre rivalité entre vous deux. Et parce que... c'est compliqué.

— D'accord, j'imagine que rien n'a été facile, mais maintenant que je le sais, je vais vous aider, Draco et toi, à retrouver vos identités.

— Merci, Potter.

Harry soupira et fixa à nouveau Draco. C'était étrange de le voir affaibli, tremblant et muet.

— Laisse-lui quelques jours pour s'habituer à la maison, lui dit Hyperion avant de se diriger vers le jumeau en question.

— Je mets la table, l'informa-t-il, le cœur serré.

xxx

Alors que Harry s'apprêtait à monter à l'étage pour chercher le dossier, il ne put s'empêcher d'entendre la conversation entre les frères Malfoy.

— Non, je ne veux pas rester ici, disait Draco.

— Tu te souviens, le manoir a brûlé ?

— Et chez tante Andromeda ?

— Non, Teddy ne sait rien sur nous et...

— Non, Hyperion, je ne veux pas rester ici...

— Dis-moi au moins pourquoi ?

— Potter. Potter me déteste.

Harry gonfla nerveusement sa poitrine à bloc, fit demi-tour et les rejoignit. Il détestait déjà la façon dont Draco évitait son regard, mais de là, à dire qu'il le détestait : c'était faux.

— Draco, je ne te déteste pas.

Celui-ci serrait les lèvres et si aucun mot n'en sortit, Harry imaginait sans peine le « si, on se déteste ! ». Ne tenant plus à son comportement, il approcha une main du menton de Draco et l'obligea à le fixer.

— Draco, je ne te déteste pas, d'accord.

Les yeux gris se plantèrent dans les siens. Harry sentit son cœur battre d'affolement quand il put y lire de la peur.

— Je ne te ferais jamais de mal, tu me crois ?

Draco émit un simple « Uh » puis détourna son visage et se colla à son frère. Harry maudit Lucius et ses satanées leçons d'aristocratie. Oser faire ça à son propre enfant. Pire, cet homme avait voulu l'assassiner de ses propres mains !

— Bien, dit-il, je dois récupérer un dossier, on va pouvoir passer à table.

En montant, il vit du coin de l'œil, Hyperion enlacer Draco et lui murmurer des mots à l'oreille. Cette scène le rassurait, parce qu'au moins, Draco n'avait jamais été seul. Cela le bouleversait de le voir ainsi sans pouvoir faire quoi que ce soit pour l'aider. Dans son état, qui pouvait dire ce qu'il avait vraiment vécu auprès d'un père comme le sien ?

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Après une soirée détendue et calme, Harry avait laissé les jumeaux aller prendre une douche et aller se coucher. Il était assis devant sa table basse, le dossier de Draco étalé sur la surface. Il n'était pas épais et ne contenait pas énormément d'information. Le feudeymon avait été déclaré à 16 h 15 par un témoin qui travaillait sur le domaine voisin. Il n'avait pas pu identifier le mage, mais il avait pu révéler que, durant les trois jours précédents, un homme s'était présenté pour discuter avec Draco Malfoy.

La première chose à laquelle Harry pensa était qu'une personne proche de Malfoy était derrière tout ça. Le feudeymon était certainement un rappel à ce qui s'était déroulé dans la salle sur demande. La mort de Vincent avait dû toucher plus d'un serpentard. Peut-être que Hyperion pourrait lui en dire davantage puisque celui-ci avait fait sa huitième année.

Harry se souvenait qu'à l'époque, Malfoy devait pointer chez la directrice avant le petit-déjeuner et après le repas du soir. Hyperion avait été surveillé de près par un auror, d'une part pour éviter les confrontations hostiles des étudiants et d'autre part pour vérifier sa baguette, seulement utilisable à Poudlard.

Ce fut en baillant qu'il vit l'heure qui avait bien tournée, alors il décida de ranger le dossier et de monter se coucher.

xxx

Harry jeta un œil à son réveil. Il n'était pas loin de sept heures. Depuis une demi-heure, il entendait des pas et inhabitué à avoir des locataires, il se résolut à se lever.

— Adieu mes réveil 30... se marmonna-t-il en s'étirant le corps, les mains joins vers le haut.

Il sortit de sa chambre en tenu de nuit et descendit au rez-de-chaussée en baillant. Il lui fallait une bonne dose de caféines s'il voulait être bien réveillé le matin, surtout avant d'aller au ministère. En arrivant dans le salon, il salua du regard Draco qui avait repris sa place sur le canapé, un thé et des biscuits sur la table basse.

Alors qu'il traversait la pièce pour rejoindre la cuisine, Ron sortit brusquement des flammes et hurla son prénom comme à son habitude. Harry, qui allait lui répondre, fut choqué par la violente réaction de Draco. Celui-ci venait de se recroqueviller en pliant les genoux près du torse, ses bras croisés devant le visage.

Hypérion arriva en grande enjambée, posa une main sur les cheveux de Draco et lui murmura que ce n'était rien, que personne ne viendrait lui faire du mal. Tout doucement, Draco desserra sa position de défense, le corps tremblant. Cette scène était si troublante que Harry déglutit puis s'approcha des Malfoy.

— Je veux qu'on rentre chez nous, Hypérion, chuchota Draco, les mains empoignant le haut de son frère.

— Draco... soupira le jumeau.

— Mince, je suis désolé d'avoir crié, tenta Ron qui grimaçait en reculant d'un pas, devant l'air autoritaire d'Hyperion.

— Hey, Draco ? l'appela à son tour Harry.

Le premier regard que lui décocha enfin Draco était si sombre que cela le figea sur place.

— Je ne veux pas rester chez toi ! tonna Draco sans le lâcher des yeux. Tu me détestes, et je te le rends bien ! Alors ne viens pas jouer les Saint-Potty ! Sauveur de la veuve et de l'orphelin ! Je n'ai pas besoin de ta pitié !

— Draco ! le coupa Hyperion, les yeux écarquillés, horrifié par les mots qui franchissaient de sa bouche.

Celui-ci tourna son visage dépité vers son frère, les lèvres serrées, comme pris en faute. Toutefois, il poursuivit à l'adresse de son jumeau, le regard baissé vers le sol, d'une petite voix :

— Bah quoi ? C'est vrai, il ne m'aime pas, pourquoi on devrait rester ici...

Harry, le cœur battant, les dévisageait tour à tour. C'était dingue tout de même de voir deux Malfoy identique s'affronter. Draco n'avait pas relâché le haut de son frère de toute la durée de la scène et de le voir se faire rappeler à l'ordre comme un gamin, lui offrait une perspective de l'ensemble de vie commune qu'il allait devoir apprendre à partager avec ces deux-là. C'était si inattendu et si sincère que Harry, nerveux, éclata de rire.

Hyperion lui jeta un regard étonné tandis que celui de Draco était, à s'y attendre, méprisant. Cela aurait pu être effrayant, mais c'était ce genre de situations qui avait manqué à sa vie. Pire. Draco manquait à sa vie.

— Qu'est-ce qui te fait rire, le balafré ? marmonna Draco d'une voix traînante.

Le surnom augmenta son éclat de rire qui devint soudainement contagieux. Les quatre hommes riaient alors que deux minutes plus tôt, Ron, sans le savoir, avait bien failli déclencher la troisième guerre dans son salon.

Lorsque le calme commença à revenir, Harry s'assit près de Draco qui le fusillait du regard parce qu'il osait s'approcher de lui.

— Je ne te déteste pas Draco, au contraire, dit-il tout simplement en espérant qu'il le croie.

Malfoy semblait réfléchir à ce qu'il venait de lui dire, car Harry essayait de suivre son raisonnement au travers des émotions qui s'affichaient sur son visage. Puis, enfin, un Draco aux joues écarlate, lui bafouilla :

— C'est vrai ? Tu m'aimes ?


C'était étrange comme l'atmosphère pouvait réagir à la soudaine tension que venait de créer Draco. Harry posa son regard, tantôt à Ron qui semblait figé et tantôt à Hyperion qui avait un air abattu. S'il répondait à cette question : qu'est-ce qui allait bien lui tomber dessus ? Parce que c'était de cette chose qui planait au-dessus de sa tête qu'il craignait... mais en terminant par les yeux de Draco qui commençaient à s'assombrir, Harry, le coeur cognant dans sa poitrine, répondit dans un souffle :

— Oui. C'est vrai.

Les lacs d'argent qui le fixaient devinrent doux, le rassurant au passage. Seulement, cela ne dura qu'une minute, parce qu'ensuite, Draco se détacha d'Hyperion, reprit une position correctement assise et s'approcha un peu plus près de lui. L'air était étrangement silencieux et tendu à la fois.

— J'accepte, dit Draco en lui offrant un sourire puis se leva comme si de rien n'était et alla vers la cuisine.

Abasourdi par cette réponse dont Harry ne comprenait rien, il interrogea du regard Ron et l'autre Malfoy. Le premier avait juste la bouche ouverte, l'index levé en direction de Draco, tandis que le second avait fermé quelques secondes les yeux avant de les lever au plafond.

— Ca y est, murmura-t-il, je panique. Qu'est-ce que je viens de faire ?

— Hyperion, intervint Ron qui l'invitait d'un geste de la main à lui répondre, avec ton art du savoir vivre, explique-lui, sinon Harry ne me croira pas.

— Très bien, répondit le jumeau en posant les fesses sur le bord de la table basse, les yeux vissés dans les siens. Tu viens d'avouer à Draco que tu l'aimes. Selon nos US et coutumes, la personne qui reçoit cette déclaration peut, ou ne peut pas, l'accepter.

Harry sentait comme un malaise, vu de quelle façon Hyperion était en train de faire craquer les os de ses doigts, rien qu'en les serrant sous forme de poings.

— Dans notre cas, continua Hyperion, comme mon frère l'a accepté, cela signifie que tu peux dès à présent te considérer comme son prétendant. Tu as donc –maintenant– l'obligation de le courtiser.

Harry le regarda se lever, un peu tendu le bonhomme selon lui, et il déglutit lorsque Hyperion se pencha, l'air menaçant, près de son oreille :

— Potter, ce n'est pas parce que je ne sais pas grand-chose de ta vie privée que je vais te laisser lui briser le cœur. Tu as intérêt à être célibataire !

Harry resta immobile, le cœur battant à toute allure et abasourdi. Les deux frères s'étaient rejoints et commençaient à préparer le petit-déjeuner, tandis que Ron s'installait à côté de lui.

— Pourquoi ne lui as-tu pas répondu que tu l'appréciais, lui demanda son meilleur ami, plutôt que d'affirmer quelque chose dont tu n'as même pas prononcé les mots ?

— Je ne pensais pas que... Draco aurait tourné ça comme ça... et puis, tu sais, hésita Harry en bredouillant, je crois que ce n'est pas si mal...

— Comment ça ?

— Bah, te souviens-tu quand j'ai dit à ta sœur que je préférai qu'on reste amis au lieu de poursuivre une relation qui ne nous aurait pas rendus heureux ?

— Oui.

— Je pensais être attiré par quelqu'un d'autre, un homme, puis après, j'ai cru que je m'étais trompé, que ça venait de moi, que tout ce qu'on avait vécu pendant la guerre, ça m'avait désorienté.

— Malfoy ? questionna Ron.

— Heu, ouais, sauf que, apparemment, je me sens vraiment attiré par lui, parce que Hyperion, lui, il ne me fait rien ressentir, c'est pour ça que je ne me suis pas fixé avec quelqu'un, que je n'avais plus confiance en mes sentiments.

— Bah, t'es pas dans la merde... lui murmura-t-il en glissant nerveusement une main dans ses cheveux roux.

— Pourquoi ?

— Harry ? Aurais-tu oublié que Ginny sera là ce week-end pour les dix ans de Teddy ? Que si, tu es encore seul, elle va encore croire qu'elle est faite pour toi ?

— Merlin, maugréa-t-il.

Il avait beau lui dire qu'il n'y aurait jamais rien d'autre entre eux, elle essayait toujours. Harry était toujours célibataire et, jusqu'à ce qu'il revoit le Malfoy qui arrivait à lui faire battre le cœur comme personne, il était marié à son poste.

— Harry, parla doucement Ron. Sans parler que ce soit Malfoy, et honnêtement, après ce je sais aujourd'hui de lui, je me fous que tu l'aimes, mais saches que si Malfoy a accepté, ça ne veut pas dire qu'il t'aime, mais que tu es suffisamment bien pour qu'il veuille de toi dans sa vie. N'oublie pas qu'il a grandi avec les préceptes de son père, qu'il a été éduqué pour survivre, et malheureusement, l'amour n'en fait pas partie.

— Oui, mais... regarde, Ron, il n'a gardé que peu de souvenirs, et Hyperion lui montre de l'amour, tous les jours...

— Ouais, j'espère pour toi... sinon, prie pour qu'il refuse tes présents...

— Des présents ?

— Oui, Harry. Courtiser, c'est offrir des cadeaux qui ont de la valeur à tes yeux, c'est partager des moments à deux, surtout que le sexe : c'est non, non, non, non. Courtiser, c'est montrer à l'autre que tu es capable de subvenir à ses besoins. Tous ses besoins.

— Oh, Merlin... je vais avoir besoin d'aide, Ron.

— Ça se dit chef des Aurors, sauveur du monde sorcier et... ça a peur de courtiser...

— Ron, grommela-t-il, un brin stressé.

— Ok, t'inquiète, rappelle-toi que je suis aussi un sang-pur...

— Oui, mais tu n'as pas eu à courtiser Hermione...

— Ok, mauvaise réponse... Bill a courtisé Fleur.

Harry leva les yeux au plafond et se dit qu'au moins, Draco ne quittera pas sa demeure sous l'impulsion.

xxx

Une demi-heure plus tard, Harry en tenue d'auror, se tenait dans l'atrium en compagnie de Ron. Ensemble, ils s'étaient mis d'accord pour garder le secret sur les jumeaux, en attendant d'avoir tous les documents liés à leur naissance. En attendant que Hyperion les rejoigne d'ici là une bonne dizaine de minutes, Ron et lui devaient regrouper les dossiers.

— Bonjour, chef Auror Potter ! le salua Nathalie avant de se tourner vers Ron, à toi aussi, Weasley.

Ron haussa un sourcil et la salua juste d'une main. Harry les appréciait chacun, mais entre ces deux-là, il y avait toujours eu une étrange relation. Parfois, il avait l'impression d'être encore à Poudlard.

— Bonjour Auror Beck, répondit-il en laissant son meilleur ami se diriger vers son bureau. Que personne ne me dérange, sauf en cas d'urgence.

— Attends, comment Malfoy a-t-il pris la nouvelle ? l'interrogea la jeune femme, visiblement inquiète.

— Pour l'instant, il s'en remet et va rester vivre chez moi, le temps qu'il trouve un autre logement.

— Bien.

— Nathalie, dit-il en lui signifiant qu'il lui parlait en tant qu'ami. Samedi soir, je fête les dix ans de mon filleul, tu y es invité.

— C'est de ta part ou celle de Teddy ? lui demanda-t-elle sur un ton suspicieux.

— C'est lui, Nath.

— Oooh qu'il est adorable, minauda-t-elle, il a pensé à moi... Oooh je l'aime ce gosse !

Harry rit en secouant la tête et partit rejoindre Ron. Nathalie avait toujours été folle de son filleul. Parfois, elle se comportait comme une mère, faute de trouver l'homme de sa vie et d'être très prise par son travail. Pourtant, en dehors, c'était une jolie jeune femme ; blonde aux yeux bleus, le corps svelte et élancé, elle avait tout pour plaire. Bon, il était vrai qu'elle n'avait pas un caractère des plus simples, mais c'était ce qu'il fallait pour être aussi un bon auror.

— Oh, Harry ! le rappela-t-elle avant qu'il ne pousse sa porte.

— Oui ?

Tout en lui parlant, celle-ci l'agrippa par la manche et l'obligea à entrer dans la pièce d'en face.

— Qu'est-ce qui te prend ? lui demanda-t-il alors qu'elle vérifiait sous les battants qu'il n'y avait personne.

Nathalie s'adossa à la porte, bloquant ainsi l'accès aux toilettes et jeta un silencio.

— Depuis quand, nous connaissons-nous ? l'interrogea-t-elle.

— Trois ans.

— T'ai-je, une seule fois, donné l'impression de manquer à ta confiance ?

— Non, mais viens en au fait, Nath.

— Je sais que je ne pourrais jamais rivaliser avec Ron ! Et, je ne suis pas jalouse, juste contrariée que tu ne me donnes pas assez de crédits pour me faire confiance.

— Beck ! dit-il en montrant son impatience.

— Qu'est-ce que tu cherches sur Malfoy ? Parce que, hier, j'ai croisé Ron par deux fois en train de consulter les archives et...

— Beck, soupira-t-il fortement, je le connais assez pour savoir qu'il est très prudent quant à mes demandes, mais n'oublie pas que je te connais aussi.

Il se tut quelques secondes, parce qu'il n'avait aucune envie de s'emporter.

— Bordel, ta forme d'animagus est essentielle sur le terrain, pas pour espionner tes collègues.

— Je le sais, Harry, mais je veux faire partie de l'équipe.

— Tu en fais déjà partie, dit-il avec soins.

— Non, Harry. Pas de cette équipe, mais de ton duo.

— Qu'est-ce qui te fait dire que...

— Harry, le menaça-t-elle d'un regard sombre, je sais qu'il se passe quelque chose autour de Malfoy et je veux l'aider.

Elle n'était pas du genre à supplier et Harry n'était pas du genre à la faire plier. Puis, il lui devait bien ça. Si Teddy adorait Nathalie, c'était parce qu'elle l'avait sauvé, deux ans et demi plus tôt.

— Très bien, dit-il à peine qu'elle plia un coude en signe de victoire, mais personne ne doit être mis au courant. Rejoins-moi dans dix minutes dans mon bureau. Essayons d'être discret.

— Merci, Harry, lui chuchota-t-elle à l'oreille alors qu'il ouvrait la porte.

— Ouais, grincha-t-il en sortant.

Harry sentit un vent d'hiver lui parcourir le dos quand il tomba face au regard noir de Hyperion.

— Tiens donc, siffla celui-ci en croisant les bras. Potter et Beck, vous m'en direz tant.

xxx

Et voilà, prochain chapitre dans une bonne semaine !