Un mois s'écoula.
Les entrevues oniriques se poursuivirent. Chaque nuit.
Chaque nuit, Nikita activait tout son art d'Occlumens pour tenter de bannir George de son esprit, souvent au terme d'une longue lutte acharnée. Il se sentait de plus en plus épuisé, de plus en plus… absent lorsqu'il était éveillé. En ce laps de temps assez court, il avait perdu quatre ou cinq kilos et gagné quelques cheveux blancs. Eztli ne pouvait qu'assister à cette sinistre métamorphose, impuissante.
Sa transformation mentale, cependant, était encore plus inquiétante que les changements physiques : la Brésilienne le surprit à de nombreuses reprises se parler à lui-même à voix basse, le regard animé d'une espèce de joie sauvage inexplicable, ou recroquevillé dans un coin à ruminer de sombres pensées, les yeux noyés dans le vague, à peine conscient de son environnement. Ces moments d'absence semblaient arriver de plus en plus fréquemment ; ensuite, lorsqu'il parlait avec des gens, il se montrait exagérément exubérant, faussement blagueur, presque excentrique. Ses méthodes de négociation s'avéraient de moins en moins efficaces – il lui arriva même une fois de manquer de se faire tabasser par un groupe de trafiquants (il ne fut sauvé qu'in extremis par l'arrivée menaçante de la Chasseuse). À présent, elle préférait le laisser chez elle lorsqu'elle partait braconner, de peur qu'il ne commette une action insensée qui le mettrait en danger.
Il avait lui-même conscience de perdre peu à peu le contrôle et cela le rendait d'autant plus nerveux et fragile psychologiquement. Lors des visites de George dans ses rêves, la nuit, il se montrait de plus en plus irritable – ce dont l'Anglais avait su prendre avantage. Nikita n'avait à présent aucune idée de ce que George pouvait bien penser ou planifier et ce manque d'informations le rendait fou. Jamais il n'avait été aussi démuni face à quelqu'un. George était une boite noire impossible à ouvrir. Une boite noire qui se faisait une joie de s'amuser avec ses nerfs.
Puis, une nuit…
Ils étaient tous les deux dans le Parc de Poudlard, assis sur un muret en ruine du haut duquel on pouvait apercevoir la Forêt Interdite au loin. Comme d'habitude, il n'y avait personne à part eux deux dans leur rêve partagé. Pour la première fois depuis longtemps, Nikita décida de se détendre, d'étirer ses bras, de ne plus chercher à empêcher George de lire ses émotions – puisque de toutes manières, ça ne marchait pas. Ses barrières d'Occlumancie amaigries s'abaissèrent complètement et il laissa ses pensées à découvert, sans se cacher davantage.
« C'est de la torture psychologique, ce que tu fais, dit-il d'un ton léger. C'est très mal – tes parents ne seraient pas fiers de toi ! »
George lui adressa un grand sourire, nullement offusqué.
« Heureusement, grâce à toi, je n'ai plus vraiment de parents puisqu'ils ne me voient plus comme leur fils ! Mais c'est mignon de ta part, d'essayer de me blesser… Tes potes de Serpentard seraient si fiers de toi !
« Navré que tu sois désormais immunisé à mon venin, soupira Nikita. C'était quand même le bon vieux temps, hein ! » changea-t-il de sujet en désignant d'un grand geste le Parc.
George se contenta d'acquiescer sombrement. Le château lui rappelait énormément de bons souvenirs… tous contrebalancés par un seul mauvais, affreusement mauvais souvenir. Il ferma les yeux un moment pour s'empêcher de pleurer.
« Dis, Niki… tu serais capable d'effacer ma mémoire ? »
Nikita lui jeta un coup d'œil, étonné.
« Après t'avoir privé de ton corps, tu veux que je te prive de ton esprit ?... étrange requête… »
George sourit mélancoliquement et secoua la tête.
« Hmm… oublie. Après tout… j'ai appris à tourner la page. Grâce à toi, sans doute. Je ne sais pas si je dois t'en être reconnaissant, vu le prix que j'ai payé pour ça…
« Dans quel état est mon corps ? s'enquit soudain le Russe, une lueur indéchiffrable dans le regard. Selon mon Guérisseur, tu aurais dû être mort il y a plus d'un mois… qu'est-ce qui s'est passé ? »
Le rouquin se tourna vers lui et s'étira langoureusement les jambes, comme un chat paresseux.
« D'après ce cher Todd Wilson, qui est venu me rendre visite il y a deux semaines, ton corps s'est… stabilisé, pour des raisons obscures. Ça l'a beaucoup fasciné, il a fait venir d'autres Médicomages – je me sentais comme une bête en cage qu'on expose dans un cirque –, ils ont passé deux, trois heures à débattre, puis ils m'ont dit de continuer mon traitement et ils sont tous partis. »
Il s'interrompit. Nikita le dévisageait avec des yeux ronds.
« Et ? le poussa-t-il à poursuivre.
« Et… et depuis, rien de nouveau. Wilson vient me rendre visite de temps en temps, il me sonde un moment et m'examine, puis il secoue la tête en marmonnant quelque chose dans sa barbe, me salue puis repart. Madame Pine est tout aussi déboussolée que moi, mais elle est manifestement très heureuse que ton corps n'ait pas l'air de vouloir mourir… »
Nikita secoua la tête et se frotta pensivement le menton, n'y comprenant plus rien. George aurait dû être mort et enterré depuis longtemps… peut-être était-ce effectivement le cas, peut-être ne parlait-il qu'avec son fantôme, ou… ou peut-être qu'il avait définitivement perdu la raison et qu'il hallucinait ces conversations depuis le début !
Il croisa le regard de son voisin, qui souriait en coin, l'air de deviner ses pensées troublées. Cela ne fit qu'augmenter son niveau d'angoisse et d'irritation.
« Quoi ? siffla-t-il d'un air mauvais.
« Elle est comment, ta copine ? demanda innocemment George. Montre-la moi, fais-la apparaitre devant nous ! »
Ce n'était pas la première fois que l'Anglais abordait le sujet de son amante. À chaque fois, Nikita avait rapidement détourné le fil de la discussion pour éviter au mieux de divulguer la moindre information sur Eztli : si jamais George parlait de l'échange de corps à sa famille et que cette dernière partait au Brésil pour se venger, il ne souhaitait pas que la Chasseuse soit impliquée.
« Ça ne te regarde pas, maugréa-t-il dans sa barbe.
« Elle est jolie, au moins ? Allez, tu peux me le dire ! Plus, ou moins jolie qu'Angelina Johnson ? »
Nikita fronça les sourcils, étonné : en général, George évitait soigneusement le sujet de sa femme qui l'avait quitté pour son meilleur ami – et il respectait ce choix. Il ne parvenait pas à discerner les intentions de l'Anglais sur son visage impassible.
Ce dernier finit par se justifier :
« Oh, c'était pour savoir si une jolie fille comme Angelina n'est pas trop gênée par mon physique pour sortir avec moi ! À un moment, après notre rupture, j'ai envisagé qu'elle était partie pour ça, parce que j'étais un rouquin pas très grand, pas spécialement beau, avec le visage littéralement envahi de taches de rousseur… j'ai même songé à prendre du Polynectar pour ressembler à quelqu'un de plus attirant, tu te rends compte, ha ha ! »
Son rire était empreint d'une forme d'acharnement désespéré qui traduisait sa détresse émotionnelle liée à cet événement traumatisant. Pendant un bref instant, Nikita eut l'aperçu d'une grande femme noire aux longues tresses qui criait sur un George brisé, recroquevillé sur son siège, puis claquait violemment la porte dans une envolée dramatique du tissu vermeil de sa robe.
Il cligna des yeux, chassant cette vision d'une seconde : un souvenir de George. Ils étaient liés par l'esprit, après tout.
« Oui, murmura-t-il. Oui… elle est jolie. Comme Angelina. »
George hocha gravement la tête puis leva les yeux au ciel pour cogiter. Méfiant, Nikita se demanda l'espace d'un court instant si le rouquin avait autant accès à ses souvenirs que lui aux siens… mais abandonna vite l'idée. Lui était un maitre Legilimens de haut niveau, George n'était qu'un boutiquier d'un magasin de Farces et Attrapes. Aussi ingénieux et malin qu'il puisse être, il ne pouvait pas le battre sur son propre terrain…
… Et pourtant, quelque chose lui disait qu'il était autant à découvert que son interlocuteur, et cela fit monter une bouffée d'angoisse dans sa poitrine. Même s'il l'avait voulu, en ce moment, il n'aurait pas pu remettre en place ses barrières d'Occlumens. Qu'est-ce que George pouvait bien savoir sur lui, au juste ?
L'Anglais fit mine de ne pas s'apercevoir de sa nervosité et se mit à siffloter. L'environnement autour d'eux devenait plus sombre et plus flou de seconde en seconde ; tous deux avaient vécu cela d'innombrables fois : étant dans un rêve en commun, l'aspect qu'il prenait se modifiait parfois en fonction de leur humeur – en fonction de celui qui perdait le contrôle et de celui qui le reprenait naturellement. C'était au tour de George de donner sa version.
Le Parc de Poudlard disparut pour laisser place au Chemin de Traverse, à Londres. Il y avait de nombreux détails puisque Weasley connaissait par cœur cet endroit. Les deux hommes regardèrent tout autour d'eux avant de se mettre tranquillement à marcher, côte à côte, comme deux bons vieux amis.
« Tu sais, parla George tandis qu'ils passaient devant Chez Fleury et Botts, je ne suis même pas vraiment sûr de t'en vouloir. Je veux dire… j'en sais tellement sur toi maintenant que je te considère presque comme un ami proche ou un membre éloigné de ma famille ! À force de m'ennuyer seul, j'en suis même venu à lire tes notes – celles qui étaient en anglais et dans une écriture à peu près lisible en tous cas – et j'ai trouvé tout ça… confus, mais bizarrement cohérent. Mais t'es quand même un sacré tordu, ça doit être le foutoir dans ta tête… »
Ne sachant trop s'il se moquait ouvertement de lui ou s'il était au moins à moitié sincère, Nikita bafouilla quelques mots inintelligibles avant de dire :
« Euh… merci… en fait, ce n'est pas encore assez fourni pour être rendu public, alors si tu pouvais éviter d'en parler autour de toi… je ne m'étais pas attendu à ce que tu les lises…
« Hmm… oui, bien sûr. Est-ce que tu as continué ?...
« Continué quoi ?
« Tes recherches ? Oh… je vois… tes yeux me trahissent que non.
« Qu'est-ce que ça peut faire ? Je n'allais pas faire ça toute ma vie, si ?
« Ça te manque. Ton ancienne vie te manque, même ton corps te manque – bien que je sois incroyablement beau ! Tu ne vois donc pas ? Tu devrais retourner en Grande-Bretagne pour qu'on fasse l'échange inverse…
« Pour que je meure ?! Non, merci !
« Ton état s'est stabilisé ! Les Guérisseurs sont optimistes ! Si tu les aides, je suis sûr que vous trouverez un remède à ta maladie…
« Non, non et non ! Je ne reviendrai pas ! Tout ça, c'est fini pour moi ! J'ai refait ma vie ici, je suis heureux ! »
George soupira longuement avant de poser une main sur son épaule.
« Très bien… tu ne me laisses pas le choix, dans ce cas.
« De… de quoi tu parles ?! »
George se contenta de claquer les doigts.
Aussitôt, Nikita se sentit pris dans un étau et sa vision se troubla. Par réflexe, il cria, bien qu'il sache pertinemment que ça ne servait à rien ; il mit quelques secondes à calmer la bouffée de panique qui s'était emparée de lui et à se concentrer pour réfléchir à ce qu'il devait faire.
George était devenu fort en maitrise des arts de l'esprit, il devait bien l'admettre. Après leur première entrevue involontaire – due à l'évanouissement du Russe, qui s'était retrouvé projeté en plein dans un rêve de l'Anglais – c'était George qui l'avait contacté à chaque fois, puisqu'il était éveillé lorsque Nikita dormait à cause du décalage horaire. Bien qu'il y ait un lien entre leurs deux âmes, il fallait tout de même déployer une grande force de volonté pour parvenir à communiquer ; de plus, George avait eu un libre accès à tous ses livres et tous ses travaux de recherches sur la Legilimancie pendant plus de quatre mois – sans compter le fait que le corps qu'il utilisait était celui d'un ancien maitre en la matière, donc probablement naturellement propice à l'utilisation de ce type de magie (le rapport entre corps et magie demeurait flou et insaisissable, mais il existait sans aucun doute possible).
À présent, la question était : qu'avait-il employé comme sort pour l'emprisonner ainsi ? Était-ce une simple illusion – un classique cent pour cent Nikita – ou quelque chose de beaucoup plus réel, voire dangereux ? Connaissant George, cela pouvait être aussi bien l'un que l'autre : l'homme avait beau être un ancien Gryffondor ayant combattu des mages noirs, sa dépression l'avait drastiquement marqué et il était sans doute prêt à tout pour parvenir à ses fins, quelles qu'elles puissent être…
Le Russe tenta de remuer, sans succès : son « corps » spirituel avait disparu. Il était enfermé en tant qu'essence pure, en tant qu'âme, déconnecté du monde physique… ça avait tout l'air d'une Possession, mais est-ce que George était désespéré au point de s'adonner à de la magie noire de si haut niveau ?
Ce n'était pas impossible…
Il fallait envisager toutes les éventualités ; premièrement, ce qu'il savait : George voulait récupérer son ancien corps. Pour cela, il devait contraindre Nikita de quitter le Brésil pour revenir en Angleterre. Bien. Pour atteindre cet objectif, la Possession était effectivement un moyen efficace, quoique risqué : si Eztli s'apercevait du moindre détail louche, elle comprendrait immédiatement…
Mais elle ne pourrait aucunement lui venir en aide, n'étant pas une spécialiste de la magie noire ou de la Legilimancie. Nikita ne pouvait donc compter que sur lui-même pour s'échapper de cette prison immatérielle – si c'en était bien une, et pas simplement une illusion destinée à le faire craquer, ce qui serait aussi envisageable.
Il restait toujours un problème : il n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis l'interruption de son « rêve » commun avec George. Cela pouvait aussi bien faire trente secondes que dix minutes… son esprit, déjà perturbé à l'origine, avait totalement perdu ses repères.
Il était inutile de se débattre ou de chercher à lutter : contre quoi, de toutes façons ? C'était l'erreur que commettait la plupart des victimes de Possessions : elles imaginaient qu'en déployant une grande énergie, elles réussiraient à repousser leur Possesseur – mais c'était faux, le Possesseur prenait soin de les isoler spirituellement de lui, même en ayant des barrières d'Occlumancie faibles il n'était nullement affecté par le comportement du Possédé. C'était comme être enfermé dans un placard en béton armé, chercher à se débattre ne pouvait amener qu'à se blesser soi-même…
Non, ce qu'il fallait faire tout d'abord, c'était s'échapper, atteindre une zone moins reculée de l'inconscient et reprendre contact avec le monde matériel – au moins avec un sens. Étant une âme intangible dans un néant tout aussi intangible, l'affaire n'allait pas s'avérer aisée, mais il ne servait à rien de tergiverser. Plus longtemps il resterait ici, plus George aurait de chances d'exécuter des actions dans la vraie vie…
Nikita se concentra comme jamais il ne s'était concentré auparavant : il était très dur d'imaginer quoi que ce soit lorsqu'on était littéralement entouré par le vide, mais il fallait qu'il parvienne à atteindre un niveau de visualisation supérieur à celui qu'il utilisait pour produire des illusions. Il put profiter de cette expérience inédite pour se rendre compte à quel point le fait d'avoir un corps pouvait aider pour se focaliser sur une tâche, grâce à des tics banals en apparence comme fermer les yeux, se gratter la tête ou triturer ses doigts… avec une âme dématérialisée, dépourvue de ces capacités, se concentrer sur une idée fixe devenait une tâche très ardue, quasiment impossible !
Enfin, au prix d'un immense effort, il y parvint : il venait de quitter le dernier plan de son inconscience pour un stade un peu plus éveillé – celui des émotions primitives. C'était peu, mais cela allait suffire à le faire rebasculer dans un état conscient : ce que George percevait en ce moment même se traduisait en son for intérieur, d'une manière ou d'une autre, sous forme d'impulsions instinctives ; par exemple, s'il voyait un objet issu de son passé, cela activait la zone liée aux souvenirs et éveillait alors en lui soit de la nostalgie, soit des regrets, de la colère ou de la joie selon la nature du souvenir associé. Grâce à ces menus indices, Nikita espérait pouvoir déduire ce que George faisait dans le monde réel et ainsi s'agripper à un état un peu plus conscient.
Il en avait la certitude, à présent : George l'avait Possédé. C'était très étonnant venant de la part d'un sorcier opposé à la magie dite « noire » : la Possession était considérée – à juste titre – comme l'une des magies les plus dangereuses et pernicieuses qui soit. Il ne s'agissait pas seulement de contrôler quelqu'un à distance ou de lire dans son esprit : c'était carrément reléguer une victime au fin fond du gouffre de son coin d'inconscient le plus reculé pour prendre sa place au niveau de sa conscience. L'âme du Possesseur ne voyageait nulle part durant le rituel, mais celle du Possédé était brimée, emprisonnée et perdait souvent très vite tout espoir d'émerger à nouveau un jour – énormément de victimes avaient perdu la raison de la sorte, même après avoir été libérées de l'emprise de leur bourreau.
Nikita se fustigea mentalement : comment avait-il pu se montrer aussi naïf, aussi distrait pour ne rien voir venir ? Une Possession, ce n'était pas rien à réaliser correctement ! Des indices, même minimes, auraient dû lui indiquer ce que George préparait durant leur conversation ! Maintenant, Eztli était peut-être en danger…
Eztli… Eztli, Eztli… Non ! Il ne devait pas penser à elle ! George le surveillait peut-être, d'une manière ou d'une autre, la moindre information sur elle, sur ses faiblesses… Heureusement, cette nuit-là, elle n'était pas chez elle car elle était partie chasser un Mapinguari. George ne pourrait rien contre elle. Mais s'il attendait trop longtemps, si la nuit s'écoulait…
Soudain, il ressentit une vive émotion qui n'était pas la sienne : de l'émerveillement, mêlé à de la méfiance. Oh. Moins de temps qu'il ne l'avait craint s'était écoulé : George venait sans doute d'ouvrir les yeux et de découvrir le cadre paradisiaque dans lequel siégeait la maison d'Eztli.
Avec une force toute nouvelle, Nikita se concentra pour visualiser ce décor dans ses moindres détails : l'absence de deux murs remplacés par des rideaux de lianes et de branches d'arbres ou d'arbustes, l'attrape-rêves géant accroché au plafond, les poutres de bois sombre, luisantes… Chaque élément, même le plus subtile, de cette chambre dans laquelle il logeait depuis ce qui lui semblait être toute une vie désormais s'afficha avec une intense netteté dans son imaginaire : c'était comme s'il s'y trouvait, comme s'il était éveillé et parfaitement conscient de ses mouvements…
… et soudain, il réussit.
« Qu'est-ce que… ? s'exclama une voix dans sa tête.
« Dégage ! » cria Nikita en s'attrapant par les cheveux.
Il se tenait debout au beau milieu de la chambre, près du lit. George n'était pas allé bien loin : il avait certainement eu tout juste le temps de se lever et de faire deux pas.
« Qu'est-ce que tu as… ?! Peu importe, tu m'expliqueras ça la prochaine fois, en rêve…
« Il n'y aura pas de prochaine fois, siffla Nikita. Ça y est, tu m'as convaincu : je retourne en Grande-Bretagne dès que possible ! Et ce ne sera pas pour refaire l'échange… »
Et, sans attendre la suite, il activa brusquement d'un coup toutes ses barrières d'Occlumens, projetant loin de son esprit celui de George Weasley.
