One-shot écrit dans le cadre de la cent-cinquantième nuit d'écriture (du Chaos) du FoF (Forum Francophone), avec pour contraintes "Famille" et Interdiction d'écrire sur des relations familiales.
Entre 21h et 4h du matin, un thème par heure et autant de temps pour écrire un texte sur ce thème. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un MP !
Il était 2h40 du matin et, pourtant, Loris le prêtre était encore réveillé, allongé sur le dos dans son lit aux couvertures épaisses, les mains croisées sur le ventre, laissant à peine déborder de ses doigts le chapelet scintillant, tout de perles vertes et bleues, qu'il avait trimballé partout durant ses nombreux périples.
On aurait presque dit qu'il priait et c'était à moitié le cas. Mais il ne suppliait pas une instance divine de lui venir en aide, non; il savait que jamais Célestelle ne viendrait le sauver maintenant. Il espérait plutôt de toutes ses forces, puérilement, que Daisy ne viendrait pas le voir cette nuit. Il espérait à chaque seconde qu'elle ne découvrirait jamais ce qu'il avait fait, parce que sinon, elle le tuerait. Ou pire encore.
Le jeune prête prit une profonde inspiration et rajouta encore un peu d'huile dans la lampe qui se trouvait près de lui. Voilà que maintenant, il avait aussi peur du noir ! Mais il fallait dire que son amie lui avait déjà occasionné des trouilles terribles en surgissant brusquement de nulle part, son regard vert, sauvage et vague, posé sur lui même s'il ne pouvait pas distinguer ses yeux. Elle semblait se fondre dans tout, en ce moment… Les replis de tentures, les renfoncements d'escaliers, derrière les trappes inaccessibles… C'était véritablement terrifiant. La beauté hypnotique de ses longs cheveux de soleil ne parvenait pas à lui faire oublier que la jeune Gardienne lui rappelait désormais un démon.
Quand une souris se glissa sous la table de sa salle à manger pour récupérer quelques miettes, Loris sursauta, croyant un instant que c'était l'ombre de son amie qui s'étirait dans la lumière de la lampe.
Le jeune prêtre ferma les yeux pour se calmer. C'était terrible. Il n'en pouvait plus. Daisy lui faisait déjà peur avant, mais depuis qu'il avait caché Aquila, son maître, pour qu'elle ne puisse pas envoyer le fantôme de MacLéo le provoquer en duel et l'occire, il craignait à chaque instant qu'elle apparaisse pour le tuer, ayant découvert sa traîtrise. Elle ne le louperait pas, c'était sûr. Leur seule chance, c'était qu'Aquila recouvre assez de forces pour braver la jeune Gardienne et la réduire à l'impuissance. Ça avait marché la première fois; en vertu de leurs lois sacrées, quand son mentor lui avait ordonné « Obéis à ton maître ! », elle n'avait pas pu l'attaquer. Mais, intelligente et, depuis peu, vicieuse, elle avait envoyé Calipso sur lui.
La jeune voleuse ne pouvait absolument pas rivaliser avec le maître-Célestellien, mais elle était un bon assassin. Elle avait réussi à le blesser presque à mort et Loris l'avait caché quand Daisy s'était persuadée qu'il avait succombé à sa blessure.
Un grincement de parquet retentit derrière la porte de sa chambre. Loris referma presque spasmodiquement ses doigts sur son chapelet. Dans peu de temps, il allait mourir de peur, c'était sûr ! Daisy n'aurait même pas à l'occire de ses mains.
Malgré tout, il restait. Il aurait pu trouver une protection à Kilimagmaro : la ville perchée sur le volcan était puissante, fortifiée, et elle lui avait proposé l'asile. Mais il restait. D'une part, parce que Daisy était trop dangereuse pour qu'il laisse passer une occasion de surveiller ses allées et venues. D'autre part, parce qu'Aquila se trouvait toujours caché quelque part et qu'il devait se rendre régulièrement à son chevet pour le soigner. Et, de toute façon, il ne pouvait pas laisser tomber ses villageois; il était leur prêtre, ils avaient besoin de lui !
Alors, Loris se contentait d'attendre dans le noir. De craindre à chaque instant que Daisy vienne le tuer. Ou fasse pire. Comme lui infliger la même chose qu'à Calipso. La même chose qu'à… elle-même.
