16 décembre - Approvisionner


Après une longue conversation avec Kingsley, Harry avait quitté le ministère avec la certitude qu'une fois Astoria en sécurité chez lui, son père ne pourrait plus l'atteindre.

Il s'était également assuré que personne ne pourrait nuire à Drago Malefoy d'une façon ou d'une autre. Kingsley lui avait assuré que la vindicte populaire était une chose, mais les lois en vigueur étaient claires : puisque Drago Malefoy avait été jugé et déclaré innocent, il ne pourrait plus jamais être accusé d'exactions en lien avec la guerre ou son passé de Mangemort.

Malheureusement, le ministère ne pouvait pas pénétrer chez les Greengrass pour vérifier si Daphné était prisonnière ou juste résignée à son sort. Kingsley avait cependant promis de garder cette famille sous surveillance discrète, afin de s'assurer que rien d'illégal n'était en cours. C'était bien peu de choses compte tenu de la situation, mais Harry ne perdait pas espoir d'aider ses anciens camarades d'école. Après tout, il s'était battu pour survivre, pour ses amis, mais également pour le monde magique dans son intégralité. Il avait espéré que les choses changeraient pour le mieux et il était toujours déterminé à se battre pour un monde meilleur.

Harry regardait le sapin richement décoré à l'entrée de la rue marchande qui conduisait à sa boutique. Il avait grandi depuis son premier vrai Noël, lors de sa première année à Poudlard, mais il était toujours autant fasciné par la période.

Même en ayant la magie dans sa vie, il avait l'impression qu'il y avait quelque chose en plus, quelque chose de spécial.

Il ne put s'empêcher de sourire comme un enfant avant de reprendre son chemin, le cœur empli d'espoir et de joie.

Son sourire se fana légèrement en arrivant devant sa boutique, puisque Drago Malefoy l'attendait, le visage renfrogné et les bras croisés sur sa poitrine.

Harry eut un instant d'hésitation avant de le rejoindre, essayant de garder un air avenant. Il ne comptait certainement pas être celui qui déclencherait les hostilités.

Drago le regarda approcher et il hocha légèrement la tête lorsqu'il fut à proximité.

– Potter.

— Malefoy ? Tout va bien ? Il y a un problème ?

L'ancien Serpentard l'examina pensivement, puis il haussa les épaules.

— Astoria m'envoie. Apparemment, elle devait te remettre des papiers signés pour son nouveau travail. Son père l'empêche de sortir désormais, comme elle le craignait.

Harry soupira et il hocha la tête.

— Ce n'était pas urgent. Tu veux entrer ? Je peux t'offrir un thé si tu veux.

Drago hésita, puis il hocha la tête.

— Pourquoi pas, je ne suis pas pressé de rentrer.

Ils entrèrent et Veronica les salua joyeusement. Plutôt que de s'installer dans la salle, Harry entraîna Drago à sa suite, jusque dans l'arrière-boutique.

Harry servit du thé en silence, avant de s'installer en face de son ancien camarade. Ils se dévisagèrent longuement jusqu'à ce que Harry ait un sourire malicieux.

— Dois-je en conclure que tu viendras me voir régulièrement pour t'approvisionner en thés ?

Drago leva un sourcil moqueur.

— Ne t'emballe pas Potter. Tes produits sont corrects, mais n'oublie pas que je ne suis que le messager d'Astoria.

Harry eut un rire amusé et il hocha la tête.

— Bien évidemment, un messager.

Ses yeux pétillèrent, alors qu'il s'apprêtait à plaisanter, mais Drago se redressa, le visage sérieux.

— Potter… Tu as conscience que notre plan ne peut fonctionner que si les parents d'Astoria et mes propres parents ne se doutent de rien ?

Harry fronça les sourcils et hocha la tête.

— Bien sûr. Pourquoi ?

Drago grogna en reposant brusquement sa tasse de thé vide, puis il se pencha vers Harry en plissant les yeux.

— Dans ce cas, peux-tu m'expliquer comment mon père a eu vent d'une mise sous surveillance de la famille Greengrass ?

Harry lui rendit un regard aussi innocent que possible.

— Vraiment ? C'est un hasard… curieux.

Drago roula des yeux et se laissa aller dans son siège avec un soupir fatigué.

— Bon sang. Tu ne peux vraiment pas t'en empêcher ! Sérieusement, Potter, qu'est-ce que tu as fait ?

Harry haussa les épaules avec un petit sourire en coin.

— Rien de spécial. Vraiment. Je me suis juste renseigné.

Drago le fusilla du regard, puis il renifla avant de répondre, d'un ton empli de sarcasme.

— Juste renseigné. Évidemment. Mon père… est devenu très nerveux, Potter. Au point de me poser des questions sur les sœurs Greengrass.

Harry le fixa longuement, avant de demander, curieux.

— Et tu as répondu quoi ?

Après un instant, Drago croisa les bras sur sa poitrine, le regard mauvais.

— À ton avis ? J'ai prétexté que je ne me souvenais plus vraiment d'elles, puisque je les fréquentais peu à Poudlard. Deux filles sang-purs discrètes. Cependant, mon père se pose des questions sur la disparition de Daphnée et sur la raison pour laquelle ma… « fiancée » est soudain devenue Astoria ! S'il annule tout…

Harry secoua la tête avec un rictus satisfait.

— Ton père ne va pas annuler. S'il n'est pas stupide… Il va se douter qu'il doit faire profil bas et qu'il ne doit pas attirer l'attention sur lui. Par exemple en annulant soudain un mariage prévu de longue date.

Drago se massa les tempes du bout des doigts et il souffla doucement.

— Tu es exaspérant. Qu'est-ce que tu espérais accomplir ?

Harry fixa Drago droit dans les yeux et murmura, toute trace de plaisanterie disparue.

— Aider la sœur d'Astoria. Tu sais ce qui lui est arrivé, je suppose. Son père s'en est peut-être tiré à bon compte à la fin de la guerre, en réussissant à cacher ce qu'il était, mais… c'est l'occasion idéale de lui faire payer ses crimes.

L'ancien Serpentard se leva nerveusement, les poings serrés. Il fit quelques allées et venues devant Harry, en marmonnant indistinctement, avant de s'arrêter devant son rival d'autrefois.

— Je ne peux pas nier que tu as de nobles intentions, Potter. Comme toujours, je devrais dire. Toujours un foutu héros, n'est-ce pas ? Mais comme toujours, tu fonces tête baissée, sans te soucier des conséquences !

Harry fronça les sourcils.

— De quoi parles-tu ?

— De ma famille, Potter ! De ma famille qui va être encore une fois sur le devant de la scène. J'ai tout sacrifié pour protéger mes parents, ce n'est pas pour les voir… risquer la prison à cause de toi !

Harry se leva à son tour pour lui faire face, s'approchant presque jusqu'à le toucher. Il le fixa dans les yeux avant d'afficher un rictus satisfait.

— Ni ta famille ni toi ne risquez rien, Malefoy. Je m'en suis assuré. Vous avez été jugé et tant que vous respectez la loi en vigueur, personne ne peut vous poser problème. Même si Greengrass se met à lister tous les crimes de ton père durant la guerre… il ne se passera rien du tout.


prompt de demain : tradition