One-shot écrit dans le cadre de la cent-cinquantième nuit d'écriture (du Chaos) du FoF (Forum Francophone), avec pour contraintes "Variant(e)" et Faire un acrostiche.
Entre 21h et 4h du matin, un thème par heure et autant de temps pour écrire un texte sur ce thème. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un MP !
Malgré tous les sermons qu'il se faisait, comme quoi ce n'était absolument pas raisonnable de sa part de rester là au lieu de reprendre son chemin, Geralt ne pouvait pas se résoudre à emballer ses affaires et partir. Échapper à ses obligations de meilleur ami maintenant lui donnerait l'impression de trahir Jaskier.
Et pourtant, le barde n'avait absolument pas besoin de lui à l'heure actuelle. Le Sorceleur était presque sûr que, au contraire, il râlerait beaucoup de le trouver encore là à son réveil.
Iridescentes étaient les robes des jeunes femmes, créatures des glaces à moitié humaines, qui se trouvaient là, parmi les villageois. Superbes étaient leurs yeux, irréelles était leur grâce. Voilà ce que ne manquerait pas de déclarer le poète ! Geralt entendait déjà ses badinages dans sa tête et ça ne manquait pas de lui faire lever les yeux au ciel.
Le barde, c'était sûr, aurait bien envie de passer quelques semaines supplémentaires auprès de ces nymphes, faisant sûrement du patin avec elles sur la glace et emmenant à chaque fois une fille différente pour faire des promenades, selon ses goûts variant d'un jour sur l'autre.
Le Sorceleur, lui, n'aurait qu'un souhait, c'était de repartir ! Mais Jaskier serait totalement incapable de retrouver son chemin vers le continent tout seul, il serait obligé de l'attendre parce que, après tout, pourquoi un villageois prendre le risque de quitter leurs terres s'il pouvait repartir avec son accompagnateur ?
Et voilà, Geralt était obligé de tourner en rond dans ce village, certes pas désagréable mais dans lequel il ne pouvait pas faire son travail. Les monstres de glaces étaient assez paisibles dans cette région. Et, les rares qui ne l'étaient pas, il les avait déjà occis.
« "Utopie se dévoilant derrière un songe, villégiature de tous les heureux et les poètes", tu parles, marmonna le Sorceleur en se remémorant les premiers mots de son ami quand ils avaient découvert le village, quelques heures avant qu'une créature maléfique ne lui injecte son venin et le plonge dans le coma. »
Rares étaient les contacts que Geralt avait avec les autres villageois. Il était plutôt solitaire et, quand il n'était pas avec Ablette, il passait du temps au chevet de Jaskier. Le barde avait beau être un idiot, c'était son ami.
Alors, jours après jours, pendant plusieurs mois, le Sorceleur observa le ciel changer de teinte au-dessus de sa tête. Elles étaient très nombreuses, enchanteresses et variantes : les nues avaient généralement cette même couleur bleu pâle presque blanc, mais, souvent, des traînées de teintes différentes le traversaient. À l'été, quand ils étaient arrivés, elles étaient saumon ou dorées, parfois couleur agrume. Durant l'automne, c'était autour des carmes, des pourpres, de toutes les nuances de mordoré de prendre possession du ciel. Et, en hiver, les nues se paraient de magnifiques éclats bleus, violets ou blancs, parfois violets quand on avait de la chance.
Mais, au bout du compte, il ne regretta pas d'avoir attendu aussi longtemps quand Jaskier finit par entrouvrir ses iris d'un bleu presque irréel. Geralt sourit, se pencha au-dessus de lui et nicha sa main dans le creux de son épaule. Comme ça lui avait manqué de voir ces yeux !
Immédiatement que ses pensées furent plus claires, Jaskier se redressa et se jeta dans ses bras. Il se blottit contre lui sans dire un mot – Ce qui était assez exceptionnel, venant de lui ! –, et laissa sa tête contre sa poitrine. Geralt l'étreignit à son tour. Visiblement, ça avait aussi manqué à son ami de le voir, même s'il était inconscient.
