Duplicité
Abraxas Malfoy observait son camarade, méfiant.
Alors en troisième année, il n'avait pas été difficile pour le blond de comprendre que cet élève de première année avait vécu dans le monde non magique toute sa vie et donc de déduire qu'il venait de découvrir qu'il était un sorcier. Mais ce qui avait été le plus étrange, c'était que passé sa première année, il avait continué à fréquenter ouvertement le professeur qui l'avait introduit au monde sorcier, Albus Dumbledore.
Il était tout à l'honneur de Tom d'avoir obtenu sa confiance, malgré la méfiance de toute la maison Serpentard, mais Abraxas sentait qu'il se voilait la face concernant son protecteur. Il ne notait même pas le mépris avec lequel étaient traités les vert et argent et les punitions toujours plus dures que les autres maisons, même quand ils n'avaient rien fait.
Mais ce qui attirait la suspicion d'Abraxas, c'était le fait que Tom, âgé de quatorze ans, venait de découvrir qu'il était le descendant de Salazar Serpentard … et que cela n'avait pas fait broncher Albus Dumbledore qui avait pourtant des oreilles partout.
-Tu as entendu ?
Abraxas se tourna vers James Yaxley, un de ses amis.
-Dis toujours, fit Abraxas.
-Riddle dit que les « moldus » devraient être empêchés d'approcher des sorciers, railla James.
- « Moldu » ? releva Abraxas
-Une façon méprisante d'appeler les non magiques, c'est une insulte à la mode, renifla James.
-Tu sais pourquoi Riddle pense ça ? demanda Abraxas
-Ce n'est un secret pour personne que ça se passe pas aussi bien que ça là où il vit, fit James. Il se pense assez intelligent pour croire qu'il a réussi à nous le cacher mais c'est faux. D'ici à ce qu'il pense que tous les non magiques doivent être éradiqués de la surface de la terre …
-Personne ne l'a introduit dans une famille sorcière ? demanda Abraxas
-Je ne crois pas, réfléchit James. Je dois avouer que ses airs hautains n'attirent pas vraiment la sympathie, même s'il est doué en magie.
-Tu peux m'obtenir ses résultats ? demanda Abraxas
-Pourquoi ? s'étonna James
-Il semble avoir confiance en Dumbledore, déclara Abraxas. Mais il n'écoute pas vraiment ce que les Serpentards ont à dire. S'il est aussi doué que tu le dis, je pense pouvoir négocier avec mon père pour lui proposer un apprentissage … et lui montrer ce qu'est le véritable monde sorcier.
§§§§§
-Tu veux me jeter en pleine figure ton argent ? cracha Tom Riddle. Tu oublies à qui tu parles, je suis l'héritier de …
-Oui, je pense que nous l'avons tous compris depuis le temps que tu nous chantes que tu es le descendant de Salazar, coupa Abraxas. Malheureusement, celui qui te l'a révélé a oublié certains … détails.
-Comment ça ? fit Tom, fronçant des sourcils
-Tu vas voir, sourit Abraxas. Bonsoir, gardien, j'ai rendez-vous avec le généalogiste.
-Héritier Malfoy ? grinça le gobelin
-C'est exact, confirma Abraxas.
-Veuillez décliner votre identité, ordonna le gobelin.
Tom voulut s'indigner mais Abraxas l'arrêta et fit ce qu'on attendait de lui, c'est-à-dire fournir une goutte de sang et un échantillon de magie.
-Votre invité sera-t-il présent ? demanda le gobelin
-Nous sommes là pour lui, précisa Abraxas.
-Suivez-moi, fit le gobelin.
Tom attendit que le gobelin soit à bonne distance d'eux pour s'en prendre à Abraxas.
-Tu le laisses te parler comme ça ? s'indigna Tom. Cette sale créature n'a pas à te donner d'ordre, tu lui es supérieur ! Si c'était à moi qu'il avait parlé comme ça …
-Mais bien sûr, railla Abraxas. Qu'est-ce que tu aurais fait, toi, petit sorcier de quinze ans qui maîtrise à peine ses pouvoirs, tout descendant de Salazar Serpentard que tu es, en pleine nation gobeline ? Tu es sur leur territoire, Riddle, tu n'auras jamais gain de cause, encore plus si c'est toi qui les attaques les premiers. Tu es tellement imbu de ta personne que tu n'as même pas pris la peine de te renseigner correctement sur les êtres magiques qui peuplent le monde. Les gobelins ne s'embarrassent pas de manières, ils sont pour l'efficacité, peu importe comment leur interlocuteur prend leurs paroles. Maintenant tais-toi et tiens-toi tranquille, les gobelins ont beau te paraître rustres, ils ne tolèrent aucunement l'irrespect à leur égard.
Mouché, Tom se renferma et suivit Abraxas jusqu'à une pièce richement décoré qui aurait facilement relégué les trésors de la famille royale à de vulgaires babioles. Le plus jeune s'impatienta de devoir attendre l'accord de créatures inférieures pour s'asseoir mais son vœu se réalisa rapidement à son plus grand soulagement.
-Héritier Malfoy, je suis Ugir Presse-Crâne, généalogiste en chef à Gringotts Grande Bretagne, se présenta le gobelin assis derrière le bureau. Quelle est votre requête ?
-Mon camarade ici présent se prévaut d'un héritage prestigieux chez les sorciers, expliqua Abraxas. Je préfère le confirmer avant qu'il ne soit accusé de spoliation d'héritage.
-Ce serait plus sûr, en effet, confirma Ugir.
-Mais … protesta Tom.
-Si cela ne vous dérange pas, je vais fournir quelques explications pendant que vous préparez le nécessaire, proposa Abraxas en coupant l'indignation de son camarade.
-Faites, décréta Ugir avant d'ériger un mur de magie entre eux.
Abraxas se tourna vers Tom et le fusilla du regard.
-On peut savoir ce que tu ne comprends pas dans « les gobelins ne tolèrent pas l'irrespect » ? siffla Abraxas. On n'interrompt pas quelqu'un qui parle, tu es assez grand pour le savoir !
-Mais je suis l'héritier de Serpentard ! s'écria Tom. Je n'ai pas besoin qu'une créature inférieure vienne me le confirmer !
-Qui te l'a dit ? demanda froidement Abraxas
-Hein ? sursauta Tom. Tu n'as pas besoin de le savoir, uniquement qui je suis.
-Et c'est pour cette raison que personne n'en a rien à faire de ce que tu racontes, renvoya Abraxas. Gringotts est la garante de nos héritages. Elle seule peut confirmer ou non ton statut d'héritier, avant même le ministère ou tes soi-disant preuves. Elle a l'aval de la Magie dans ce domaine donc je te conseille d'être respectueux, encore plus si les gobelins sont entre toi et ton héritage. Donc réponds à ma question, qui t'a dit que tu étais héritier de Salazar Serpentard ?
-Le professeur Dumbledore m'a affirmé que seuls ses descendants pouvaient parler fourchelangue, se buta Tom.
-Être fourchelang est un don rare mais clairement pas réservé aux descendants de Salazar, renifla Abraxas. De toutes les façons, pour un sorcier qui déteste les Serpentards, je trouve qu'il s'avance drôlement sur cet héritage. Si on suit cette ligne de conduite, ses chers amis Charlus et Fleamont Potter seraient également les descendants de Salazar Serpentard.
En vérité, si Albus Dumbledore cherchait impérativement à bien se faire voir des tenants du titre du clan Potter, Charlus et Fleamont n'avaient que du mépris pour lui car il déclarait haut et fort que les cérémonies d'hommage à Magia ne servaient à rien et ce n'était que de la magie « noire », pour ce que cela voulait dire.
-Mais … ce sont des Gryffondors ! balbutia Tom, surpris
-Les maisons de Poudlard ne sont rien par rapport aux grandes familles magiques, railla Abraxas. On dit que les Potter sont les descendants de Godric Gryffondor et qu'ils sont dans cette maison depuis le début mais pour autant, ils sont tous fourchelang et ne sont pas descendants de Salazar Serpentard. Si tu veux une véritable reconnaissance aux yeux de la société sorcière, commence par faire les choses dans l'ordre et pas te vanter de quelque chose sans preuves concrètes, sauf les dires d'un professeur lambda qui se fait rejeter par les véritables arcanes du pouvoir parce qu'il bafoue la Magie pour sa propre gloire.
-Le professeur Dumbledore veut amener les sorciers à leur grandeur ! assura Tom
-Comment est-ce qu'il veut réussir ce coup de maître ? ricana Abraxas. Ce n'est pas en déconseillant Dippet d'ouvrir la résidence d'été de Poudlard aux élèves qui vivent dans des foyers à problèmes qu'il va réussir, il me semble.
Abraxas se retint d'agrandir son sourire en observant l'air troublé de son camarade. Comme James Yaxley l'avait dit quelques semaines plus tôt, Tom croyait qu'aucun Serpentard ne se doutait qu'il vivait dans le monde moldu et pire, dans un foyer violent, alors que toute sa gestuelle le criait. Le blond ne s'était également pas trompé en devinant qu'il avait une certaine reconnaissance et de l'admiration pour le professeur qui l'avait introduit dans le monde sorcier. Mais maintenant qu'il savait que ce même professeur avait toujours détenu la solution pour qu'il ne souffre plus l'été et qu'il ne lui en avait jamais fait part égratignait son image de parfait protecteur.
-Tu sais, si tu as l'autorisation de ton responsable légal, tu peux parfaitement passer l'été chez tes camarades, ajouta sans en avoir l'air Abraxas. Personne ne pourra rien trouver à y redire car tu n'es plus sous la responsabilité de Poudlard l'été.
-Mais le professeur Dumbledore … souffla Tom.
-Oui ? pressa Abraxas
-Il disait que c'était une obligation de rentrer à l'orphelinat … souffla Tom.
Abraxas serra les dents. Plus que le monde moldu, l'orphelinat était le pire endroit où pouvait se retrouver un sorcier. C'était d'ailleurs en priorité pour eux que la résidence d'été de Poudlard avait été ouverte, pour éviter les accidents graves durant l'été.
-Et ça ne t'est jamais venu à l'idée de vérifier le règlement de l'école pour ça ? railla Abraxas. Ou même, de demander à des Serpentards leur avis sur la question ? A moins que …
-Héritier Malfoy ? interrompit Ugir. Nous sommes prêts.
-Merci, fit Abraxas. Suis-moi, Riddle, et fais exactement ce qu'on te dit. Parce que ce n'est clairement pas avec le soutien de Dumbledore que tu ne pourras faire quoi que ce soit dans la vie.
L'adolescent, encore un peu bouleversé par ce qu'il venait d'apprendre, le suivit docilement.
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Albus Dumbledore vit Tom Riddle sortir du manoir de son père et de ses grands-parents paternels d'un pas énergique et transplaner dès le portail passé. Il lança sur la demeure un sort de révélation et fut surpris de voir que les Riddle étaient tous vivants.
Comment était-ce possible que Tom les ait laissés en vie ? Il avait pourtant assez excité sa colère pour qu'il tente de se venger de ce qu'ils avaient fait à sa mère mais ça n'avait pas été assez. Il avait besoin de créer le prochain mage noir maintenant qu'il avait vaincu Gellert Grindelwald !
Après lui avoir révélé ses origines, Albus avait cru que Tom foncerait chez sa famille paternelle pour exiger des explications mais il avait attendu sa dernière année – et sa majorité – pour s'y rendre … et ne rien faire. Qu'est-ce qui avait raté dans ses consignes mentales ? Il avait fait en sorte de jouer sur sa peur des bombes qui pleuvaient sur le Londres moldu pour le pousser sur une pratique très sombre qu'il voulait tester pour obtenir l'immortalité, les horcruxes. La mort de ces moldus insignifiants auraient dû permettre la création du premier d'entre eux. Le professeur avait pensé que faire tomber dans un piège Myrtle Warren, la seule amie de Tom Riddle, aurait pu pousser ce dernier à utiliser sa mort pour la création d'un horcruxe mais cela ne s'était pas fait. C'était donc la deuxième fois que l'adolescent le décevait. Pourquoi ?
Maugréant sur les marionnettes qui ne faisaient pas ce qu'on leur ordonnait, Albus entra à son tour dans le manoir et lança le sort de mort sur les trois membres de la famille avec une baguette neutre qui avait une copie de la signature magique de celle de Tom Riddle. Il se rendit à son rendez-vous galant et rentra tranquillement à Poudlard aux premières lueurs du jour mais fut surpris d'être convoqué dès le matin dans le bureau du directeur Dippet.
-Armando ? fit Albus en entrant dans le bureau. Un problème ?
-Oui, confirma Armando Dippet. Ces messieurs dames sont ici pour vous poser quelques questions supplémentaires concernant votre victoire sur Gellert Grindelwald.
-Mon compte-rendu était des plus complets, il me semble, assura Albus d'un air affable.
-Disons qu'il n'est pas cohérent avec les déclarations de Gellert Grindelwald sous cercle de vérité, expliqua Armando. C'est pour cela qu'il a été sorti de sa prison.
Albus fronça des sourcils.
-Il me semblait qu'il avait déjà été condamné, fit Albus.
-En vérité, non, fit l'un des inconnus présents dans le bureau. Steeve Brington, de la cellule juridique du conseil international magique. A l'origine, l'audience à laquelle vous avez témoigné devait effectivement déterminer la culpabilité ou non de monsieur Grindelwald ainsi que sa condamnation définitive. Mais de nouveaux éléments nous ont poussé à réexaminer les preuves et les témoignages à notre disposition et à approfondir l'enquête. Nous vous prions donc de nous suivre.
Un frisson glacé coula dans le dos d'Albus.
-Allons, messieurs, sourit Albus. Vous oubliez qui je suis. Je ne suis pas votre ennemi.
-C'est vrai, concéda un autre, sous sa capuche. Mais cela n'empêche que certains de vos actes, en plus d'être assez obscurs, ont poussé des personnes à vous considérer comme tel.
-Qui ? s'irrita Albus. Et à qui est-ce que je m'adresse ?
-Toutes mes excuses, fit l'inconnu à la capuche.
Inconnu qui était visiblement bien connu d'Albus Dumbledore qui eut un mouvement de recul terrifié.
-Vous vous connaissez ? s'étonnèrent Steeve et Armando
-Il s'avère que ce cher Albus est mon fils, révéla machiavéliquement Perceval Dumbledore. Peu avant la mort de ma fille Arianna, j'ai été arrêté pour avoir attaqué des moldus qui l'auraient eux-mêmes attaqué. Les preuves étaient là … jusqu'à ce que je saisisse après ma peine de prison le conseil international des sorciers qui a découvert que même si j'étais le seul sorcier adulte qui aurait pu être coupable dans la zone, je n'étais pas le seul sorcier. Puisque les moldus étaient encore ensorcelés, il n'avait pas été difficile de prouver que ce n'était pas moi qui les avait attaqués mais l'un de mes fils, puisque ma fille n'était pas en capacité de le faire. Abelforth a été rapidement innocenté, il ne restait plus que mon aîné qui avait coupé les ponts avec sa famille pour suivre un certain Gellert Grindelwald. Cela fait donc une quarantaine d'années qu'il n'a plus mis les pieds à Godric's Hollow et donc, qu'il ne sait pas que je suis vivant et mieux, membre du conseil international magique après avoir été innocenté de ce crime. Malheureusement, il y a prescription mais pas pour le meurtre d'Arianna, mais nous y reviendrons après l'affaire qui nous concerne.
Les menottes d'anti-magie se refermèrent sur les poignets d'Abus qui commença à se débattre.
-Pour le moment, reprit Perceval, nous nous demandons comment, alors que le rapport de force est clairement en la défaveur de mon fils, Grindelwald a pu être vaincu par un petit professeur de métamorphoses.
-De plus, ajouta Steeve, certains clans britanniques ont déposé plainte contre vous pour diffamation et abus de pouvoir, notamment concernant les célébrations magiques que vous dénigrez ouvertement. Pour l'abus, après étude préalable, on devrait plutôt parler d'usurpation de fonction car l'un de vos élèves, Thomas Riddle si mes souvenirs sont exacts, a révélé être surpris d'avoir été sous la tutelle sorcière d'Albus Dumbledore sans en avoir été avisé officiellement.
Le regard d'Albus s'agrandit de surprise. Il s'était fait prendre !
D'un signe de tête, les aurors qui avaient arrêté Albus Dumbledore saisirent le prisonnier par chaque bras et disparurent dans le réseau de cheminée.
-Nous allons y aller, fit Perceval. Merci de nous avoir reçu, directeur Dippet.
-Ce fut un plaisir, sourit Armando.
-Si je peux vous offrir un conseil … fit Perceval.
-Je vous écoute, fit Armando.
-Je n'ai fait que survoler les accusations contre votre professeur de métamorphoses et je crains qu'il ne doive répondre à de nombreuses questions, avoua Perceval. Vous devrez certainement vous trouver un nouveau professeur dans les plus brefs délais.
-Il arrive demain, sourit Armando. Dumbledore m'a été imposé par l'actuel ministre de la magie parce qu'il s'est arrangé pour incapaciter le maître de métamorphoses que je voulais. Cela faisait trois fois que je refusais sa candidature et la quatrième a été la bonne. Il est le seul professeur à recevoir autant d'avertissements et de blâmes que les élèves mais j'étais obligé de le garder. Il s'est constitué une cour où il décrédibilise sans se cacher les célébrations magiques et certaines us et coutumes mais avec les autres professeurs, on a pu limiter les dégâts. Maintenant que je ne l'ai plus dans les pattes, je vais enfin pouvoir apprendre aux élèves à rendre hommage à Magia et ne pas entendre des voix discordantes pour le plus grand Bien !
Perceval ne put s'empêcher d'éclater de rire.
Fin
