Hello !
L'inspiration m'a frappée de nulle part (la flemme de réviser, sans doute), donc je vous sors un petit OS pour lequel je met un Trigger Warning pas hyper spécifique parce que ce serait du spoil, haha.
C'est peut-être un tout petit peu gore? Mais y'a rien de décrit, donc c'est pas mon gore trash habituel, promis!
Bonne lecture !
"Le premier amour ne dure jamais".
C'est sûr. Le premier amour ne peut pas durer, pas quand il peut tuer.
J'ai su que j'étais amoureux de lui dès que je l'ai vu.
Avec son indolence et son insouciance bienheureuse, je n'avais pas d'autre choix que de l'aimer.
Mais, parce que Demyx est inconscient de mes sentiments, et qu'il ne les retournera jamais, j'ai gardé le silence.
Je l'ai vu aimer éperdument et passionnément, je l'ai écouté se lamenter après une énième rupture et j'ai toujours gardé mon secret.
Un secret qui grandit au creux de mon corps comme un poison.
J'ai su que j'étais amoureux la première fois que je me suis étouffé autour de pétales blancs tachés de sang.
J'ai su lorsque j'ai découvert avec effroi que de mon amour à sens unique, qui avait germé comme une graine dans mon cœur, avait fait pousser des glycines dans mes poumons.
C'est une maladie rare, la maladie de Hanahaki. Les médias aujourd'hui l'appellent la maladie d'amour, comme si elle était le signe d'un amour pur et plus fort que tout, le genre à propos duquel on crée des séries télé avec des acteurs débutants qui n'ont pour seul avantage qu'une jolie gueule.
Il n'y a rien de romantique à se savoir mourant.
… Surtout que je déteste les glycines.
Je hais leur odeur. C'est une odeur écœurante, trop douce, trop sucrée, qui me donne l'horrible et distincte sensation de me noyer dans du miel collant, gluant et visqueux.
De nos jours, elle se mélange presque toujours avec l'odeur métallique du sang ou de la bile, si quelques jours j'ai la chance immense de les vomir plutôt que de les tousser.
J'ai rencontré Demyx il y a environ deux ans, pour un projet de groupe à la fac.
J'ai immédiatement été ébloui par son sourire quand, en riant, il s'est exclamé "Whoah, la chance ! On va travailler avec le premier de la classe !"
Les autres personnes avec qui on travaillait ne s'étaient pas montrées aussi heureuses, mais il faut dire que ma réputation à la fac n'est pas très bonne. Zexion, l'intello froid et anti-social, probablement pas celui avec lequel ils rêvaient de bosser en groupe.
Mais Demyx m'a tout de suite accepté, et malgré ma timidité maladive et ma maladresse sociale et émotionnelle, il m'est rapidement devenu indispensable.
Il y a eu des moments gênants, où mon introversion se heurtait violemment à son caractère extraverti, mais avant que je ne m'en rende vraiment compte, il était devenu mon meilleur ami et je vomissais des grappes de glycines.
Il ne sait pas. Que je suis malade, je veux dire. Il ne sait pas non plus que je l'aime.
J'aurai pu lui dire, c'est pas les occasions qui ont manqué puisqu'on est presque tout le temps fourrés ensemble.
Mais Demyx a aimé beaucoup de gens. Beaucoup de filles, surtout, et malgré tous mes efforts, je n'en suis pas une.
Et la peur d'être rejeté pour mon homosexualité est presque aussi grande que l'amour que je lui porte. Je l'aime trop pour le perdre.
…
Je vais le perdre de toute façon.
La glycine est une plante grimpante. Elle pousse sur des vignes et fleurit en grappes.
Ma maladie a commencé dans mes poumons, et c'est là qu'elle s'est enracinée, mais les fleurs poussent maintenant aussi dans mon estomac et les vignes se sont enroulées autour de mon cœur, qu'elles serrent maintenant comme un étau.
La douleur est infernale. Aucun mot ne peut lui faire justice.
J'ai la sensation constante que la plante me perce de toutes parts, au plus profond de mes organes.
Ça fait des mois que je ne sors plus de chez moi. Je ne peux plus vraiment manger, car je finis toujours par vomir ces putains de fleurs blanches trop souvent couvertes de sang et de bile.
J'ai perdu du poids. Je suis squelettique, aujourd'hui.
Le manque de soleil m'a fait pâlir considérablement, j'ai l'air mourant, je veux dire, ça se voit.
Et je sens, comme un pressentiment sordide, que ma fin est proche.
Je sais, je sais, ça a l'air hyper dramatique. Ça ferait une bonne épitaphe "Zexion, Drama Queen Extraordinaire et Intello".
Mais l'amour que je lui porte va me tuer. Je le sais. Et lui n'en a aucune idée.
Il ne sait pas pourquoi je refuse de le voir depuis des semaines. Il n'en sait rien, et je sais qu'il en soufre.
Je sais que Demyx m'aime. Sincèrement et tendrement. Mais seulement comme un ami.
Pas comme moi, je l'aime. Il n'y a aucune passion dans l'amour qu'il me porte, et j'ai fait le deuil de cette information.
Mon amour pour lui va me tuer, et je ne m'endeuille plus.
Parfois, je rêve de juste aller le voir, lui vomir mon amour en forme de glycines dégoûtantes et ensanglantées et lui dire tout ce qui me serre – littéralement – le cœur.
Parfois, je rêve juste que je suffoque, la gorge étouffée par les pétales devenus rouges et que la mort me prend sans que Demyx ne sache jamais rien de ma souffrance. Je crois qu'il ne supporterait pas de me savoir souffrir de la sorte.
Oui, je crois que la mort serait la meilleure option. Je n'aurai alors pas à m'humilier devant lui en lui professant un amour impossible et ineffable, ni à voir une expression repoussée sur son superbe visage.
Et je serai mort depuis longtemps quand il apprendra mon décès, donc je n'aurai même pas à regarder son cœur se briser dans ses yeux clairs.
Une nouvelle quinte de toux me prend.
La toux de la maladie de Hanahaki est étrange. Elle n'est ni vraiment grasse, ni vraiment sèche.
Elle est encombrée et douloureuse, mais différente de toutes les autres toux. Elle est spéciale, parce qu'elle s'accompagne de pollens et de morceaux de feuilles.
Elle est spéciale parce qu'en plus de faire mal aux bronches, elle fait mal au cœur.
Si mal.
Et attendre la mort d'amour est une souffrance douce et amère. J'imagine, alors que j'extirpe de ma bouche une énième grappe de fleurs ensanglantées, la paix infinie qui m'envahira quand je rendrais mon dernier souffle tremblant et sifflant.
Il ne peut pas arriver assez vite.
J'ai appris la mort de Zexion quelques jours après qu'elle soit arrivée.
Il m'avait écrit une lettre. Une putain de lettre.
Il aurait pu, aurait dû, m'en parler de vive voix, face à face, mais il a préféré m'écrire une putain de lettre.
Je l'ai tellement lue au fil des années que je la connais maintenant par cœur, à la virgule près.
Demyx, je t'aime. Je crois que je t'ai toujours aimé. Et mon amour pour toi va me tuer. Tu peux garder les fleurs, elles sont pour toi, après tout. Mais, je t'en supplie, Dem, si un jour tu dois visiter ma tombe, ne la fleuris pas de glycines. Je hais leur odeur.
Elle était courte, pour un gars comme Zexion, qui devait connaître par cœur le dictionnaire.
Il n'avait pas écrit un mot de sa souffrance, et même aujourd'hui, toutes ces années après que mon meilleur ami soit mort, il m'arrive encore d'essayer d'imaginer à quel point il a pu souffrir.
D'imaginer le bois des vignes déchirer les fibres fragiles de ses poumons, griffer sa gorge à chaque fois qu'il toussait ou qu'il vomissait ces infernales fleurs blanches.
J'imaginais aussi, à mes heures, la souffrance indicible qui a dû être la sienne, à chaque fois que je lui racontais mes déboires amoureux.
À chaque fois que je venais chialer dans ses jupes parce qu'une énième fille m'avait quitté.
Dire que le jour où j'ai reçu sa lettre, j'allais débarquer chez lui malgré ses refus répétés pour lui dire que j'allais demander à ma copine de l'époque en mariage, en plus. Ça aurait été si cruel…
Finalement, cette fille m'a quittée. Horrifiée que mon meilleur ami se soit laissé mourir de la "maladie d'amour" sans que je ne m'en rende compte.
"Demyx, comment t'as pu ne pas voir qu'il était en train de mourir ?"
Honnêtement ? Question légitime.
"... Demyx, s'il t'aimait tant que ça sans même que tu le saches, tu devais pas lui porter beaucoup d'attention, tu sais."
Ouais, c'est ma croix, poupée; c'est pas les glycines mais bien la culpabilité qui me tuera.
Évidemment, aucune femme ne veut être avec un gars aussi inconscient que moi. Si j'ai même pas assez aimé mon meilleur ami pour voir sa souffrance, je ne verrais jamais celle d'une fiancée.
Raisonnement légitime.
J'ai gardé les fleurs.
Longtemps.
Elles sont toutes desséchées, maintenant, devenues brunes et cassantes, mais il y a toujours le souvenir de son sang sur les pétales alors j'arrive pas à m'en séparer.
La lettre jaunie, un peu déchirée sur le bord droit et gondolée là où elle a été le réceptacle de mes larmes, a passé toutes ces années sous mon oreiller.
C'est pas comme si je pouvais oublier, Zexion. Tu imagines, comme la culpabilité me ronge ? Je sais que l'empathie c'était pas ton fort, mais je comprends pas pourquoi t'as juste décidé de pas m'en parler.
Pour être honnête, je sais pas comment j'aurai réagi. Tu savais que je t'aimais, je crois. C'était pas l'amour passionnel ou romantique que tu voulais, mais c'était de l'amour quand même. Je t'aurai pas abandonné.
On aurait essayé de trouver une autre solution, ensemble. Et ç'aurait été mille fois mieux que de survivre alors que ta mort pèse si lourd sur ma conscience.
Tu sais, une de mes ex's est venue à ton enterrement. Parce qu'elle t'aimait bien, déjà, et parce qu'elle se demandait si savoir que tu m'aimais "comme ça" allait me traumatiser ou quoi.
Ça m'a pas du tout traumatisé, Zex. J'étais honoré qu'un gars aussi incroyable que toi ait eu des sentiments pour un loser comme moi, vraiment.
Genre, ça a pas vraiment provoqué d'épiphanie du style de "oh, j'aurai pu l'aimer en retour", parce que je vais être honnête avec toi, Zexy, t'as beau avoir été l'homme le plus adorable que j'ai jamais connu, juste de m'imaginer avec ce genre de relations intimes avec toi me donne envie de rire.
Tu sais, la maladie de Hanahaki, la maladie d'amour, si elle est provoquée par l'amour romantique, personne a jamais dit qu'elle pouvait pas être guérie par une autre forme d'amour.
Ça fait probablement de moi un sacré fils de pute, juste à cause d'à quel point c'est égoïste, mais j'aurais essayé de te guérir avec l'amour que je te portais déjà.
C'est pas très important, de toute façon.
T'es déjà parti.
Ah, et un dernier truc.
Près de ta tombe, y'a un arbre maintenant.
Couvert de glycines.
Blanches.
Pures.
Parfaites.
Qui couvrent ta pierre tombale de pétales blancs.
On sait tous les deux que t'étais le plus intelligent de nous deux, mais même moi j'ai pu apprendre à faire un nœud coulant.
J'ai juste à donner un petit coup de pied, et je vais te rejoindre, Zexion.
Ah, et.
T'avais raison.
Je hais l'odeur de la glycine.
Ta-dammmm.
Évidemment que c'est de l'angst - du hurt sans comfort, mais qui est surpris, vraiment?
Du coup, le TW c'est pour le suicide sous-entendu de Demyx, à la fin.
Oh, et petit point intéressant, j'avais juste envie d'écrire sur la maladie Hanahaki, parce que c'est un trope un peu connu mais toujours cool parce que l'angst c'est la vie.
Et, pour votre parfaite information, je déteste vraiment l'odeur des glycines, et elles sont en fleur en ce moment, ce qui a motivé l'écriture de ce texte.
La glycine blanche signifie la pureté, l'innocence, la longévité et la noblesse, même si c'est pas pour ça que je l'ai choisie, l'ironie reste trop présente pour ne pas être notée ici.
En tous cas, j'espère que ça vous a plu ! Bisous, et à la prochaine !
