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Résumé : Shouto n'avait jamais cautérisé une plaie. / spoilers chapitre 289

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Horikoshi Kouhei.

Hello !

Me revoilà avec une idée s'inscrivant dans le chapitre 289, juste avant que tout ne brûle pour les personnages :') Tout s'est enchaîné très vite dans le manga mais supposons qu'ils avaient plus de temps pour que cette scène puisse se produire haha

Il n'y a rien de graphique, mais cette fic traite tout de même de cautérisation et un paragraphe vers la fin mentionne Todoroki en train de vomir.

Bonne lecture !


One-shot : Lueur de braise

Des nuages de poussière se soulevaient. L'odeur persistante de la fumée résiduelle des flammes d'Endeavor et le goût métallique du sang rendaient la concentration difficile. Shouto ne parvenait pas à déterminer si le sang souillant son costume était celui de son père, de Midoriya ou de Bakugou. Une constellation de taches rouges.

Midoriya ne savait jamais quand s'arrêter. Il grognait et crachait et sifflait, poussant désespérément sur ses bras pour se relever et retourner au combat. Agenouillé à côté de lui, Shouto ne supportait pas de le voir dans cet état.

— Midoriya, tu dois rester à terre, lui dit-il doucement.

— Shigaraki doit être arrêté, lança Midoriya avec hargne. On doit l'arrêter…!

Les lèvres de Shouto se retroussèrent, adoptant une grimace de peine. Les poings serrés, Shouto se sentait hors de son élément et complètement inutile ; ils étaient tous blessés et incapables de se battre. Un rapide coup d'œil autour de lui lui montrait les renforts prendre la relève du mieux qu'ils le pouvaient, mais cela n'égalait pas la puissance d'Endeavor et les opportunités d'attaque que Midoriya leur avait données.

Shouto devait aller aider Iida et Hadou. Ils avaient besoin de toute la force de frappe dont ils disposaient pour se débarrasser de tous les vilains ; sa glace et son feu serviraient de diversion pendant que les autres enchaîneraient les attaques, et il pourrait également faire déferler ses flammes au moment opportun pour à la fois protéger leurs alliés et affaiblir leurs ennemis. Mais un seul regard vers ses compagnons le retint de courir vers le danger — il devait les soigner avant qu'ils ne se vident de leur sang. Ses oreilles bourdonnaient et il avait l'impression qu'il n'y avait que du plomb dans sa poitrine.

Il tâtonna sa ceinture et attrapa tous ses étuis métalliques. Il prit celui accroché à sa droite, contenant du désinfectant, mais le trouva vide. Il serra les dents et chercha son deuxième étui, situé dans son dos, mais celui-là aussi ne contenait plus rien. Un son étranglé s'échappa de sa gorge, discordant et hystérique, réprimant son envie de hurler. Il se passa une main dans les cheveux et tenta de ne pas se laisser envahir par une vague de panique.

Il arracha les étuis situés à sa gauche, en temps normal remplis de bandages. Il ne pouvait pas avoir épuisé tout son stock, il était toujours préparé avant de venir sur le terrain. De ses doigts tremblants, il pinça les bouchons et les fit tourner. Ses doigts glissaient sur les parois et il dut s'y reprendre à plusieurs fois, comme s'il n'avait jamais manipulé ces contenants auparavant. Au bout de la troisième fois, il était prêt à les incinérer pour les ouvrir, mais par miracle il parvint à dévisser les bouchons et—

— Putain !

Il jeta les étuis au sol, et le vacarme qui s'ensuit au milieu des débris était plus retentissant que les déflagrations de leurs attaques. Les étuis étaient tous vides.

Tout avait été utilisé pour soigner Aizawa-sensei et les autres héros.

Midoriya continuait à s'acharner sur ses bras, et avait commencé à pousser sur ses jambes aussi. Bakugou restait à peine conscient, ses yeux se fermant et se rouvrant à tout bout de champ, comme s'il essayait de ne pas s'évanouir en usant de sa seule volonté. Shouto pressa ses poignets contre ses paupières, appuyant et appuyant jusqu'à ce qu'il ne voie qu'une infinité blanche, jusqu'à ce qu'un tiraillement pénètre dans ses yeux. Cela n'allait pas du tout. Il n'avait pas le droit de paniquer. Il régula sa respiration, une grande inspiration puis une expiration, une fois, deux fois, et il compta jusqu'à cinq. Il devait faire quelque chose.

— Cautérise…

Abruptement, sorti de sa torpeur, Shouto laissa tomber ses mains sur ses genoux et fixa Bakugou du regard. Bakugou semblait utiliser toute son énergie pour lui lancer un regard noir.

— … le putain de trou…

Même dans la confusion et le tourbillon de désespoir de son esprit, Shouto comprit les mots de Bakugou. Et cela sonnait complètement dément.

— Non, répondit Shouto, la mâchoire crispée. J'ai jamais fait ça. J'ai jamais cautérisé une plaie.

Il savait qu'il s'agissait d'une opération d'urgence qui se pratiquait sur le terrain, lorsque personne ne pouvait administrer les premiers secours ou lorsque la blessure s'annonçait beaucoup trop critique. Malgré la nature offensive des flammes, Endeavor lui avait rabâché les multiples utilisations de son alter, adapté à toutes les situations sur un champ de bataille. Burnin' et les autres sidekicks avaient probablement recouru à cette méthode lors de missions dangereuses.

Le bourdonnement dans ses oreilles se fit plus intense et sourd. Les yeux de Shouto glissèrent sur les blessures de Bakugou, sur le tissu de son costume qui continuait à devenir de plus en plus foncé malgré sa couleur noire, et regardait avec une fascination morbide le sang qui se répandait, affluait, se déversait. Le flux ne s'était jamais arrêté.

Bakugou amorça un mouvement dans sa direction, le poing serré, mais bouger lui demanda un effort surhumain et un sifflement de douleur passa entre ses dents. Shouto secoua la tête frénétiquement.

— Bakugou, je peux pas faire ça, répéta-t-il. Je risque de te cramer. Il faut que je demande à Iida de t'évacuer toi et Midoriya—

— Cautérise ce putain de trou ! gronda Bakugou.

Bakugou ferma violemment les yeux, jurant et criant tel un homme possédé. Ce hurlement lui coupa le souffle et il retint un gémissement de douleur. Il n'y avait aucune épouvante dans sa voix ; il prononçait ces mots avec sa détermination et son entêtement à rester en vie.

Shouto se sentait à la fois surchauffer et geler, comme s'il ne contrôlait plus son alter. Il déglutit difficilement, incapable de regarder le visage de Bakugou.

— Tu vas…

— Double Face, j'te jure… j'vais t'exploser… si tu fais pas…

Parler requérait toute l'énergie de Bakugou, et Shouto le savait pertinemment. Il ne devrait pas le laisser gaspiller inutilement ses forces. Il ne devrait pas perdre de temps à se disputer avec Bakugou sur ce sujet.

Bakugou prit une grande inspiration, saccadée et brusque, et expira d'une manière tout aussi irrégulière. Instinctivement Shouto tourna la tête vers lui. Bakugou ouvrit ses yeux et les braqua sur Shouto. La flamme qui y brillait ne s'éteignait pas.

— Todoroki. Vas-y.

Minutie et alter de feu n'étaient pas deux termes qu'il associait dans son vocabulaire. Le feu détruisait, réduisait en poussière tout ce qu'il touchait, ne faisait aucune distinction. Seule la souffrance et la douleur étaient laissées derrière.

Shouto tremblait. Le regard d'acier de Bakugou le clouait sur place.

— La cautérisation ne se fait pas en un claquement de doigts, dit-il.

— J'te demande pas… un travail de pro… putain…

— Tu sais que je contrôle moins bien mes flammes comparé à ma glace.

— Tu vas pas foirer.

Shouto ferma les yeux. Le combat faisait toujours rage, au-dessus d'eux, autour d'eux. A cet instant, Shouto ne pensait plus à rien, écoutant simplement la respiration de Bakugou qui devenait de plus en plus lente et faible. Le sang coulait sans répit.

— Comment est-ce que tu peux le savoir ? demanda Shouto.

— Parce que t'es un idiot… qui abandonne pas. Maintenant vas-y, merde !

Midoriya les observait avec insistance. Shouto était incapable de discerner l'émotion qui dansait dans ces iris verts.

S'il ne faisait rien, Bakugou allait peut-être mourir. S'il commettait une erreur, Bakugou mourrait également. Agir soi-même dans l'espoir de sauver, ou sauver en prenant la décision la plus sensée.

Être un héros demandait de faire des choix difficiles.

— Ça va faire mal, avertit Shouto tout en prenant un mouchoir de sa poche.

Il crut voir l'esquisse d'un sourire sur les lèvres de Bakugou.

Bakugou accepta le mouchoir qui vint s'insérer entre ses dents. Shouto essaya de ne pas laisser ses tremblements transparaître, mais Bakugou était déjà presque inconscient — il ne voyait probablement pas ses doigts hésitants. Shouto agrippa l'épaule de Bakugou avec sa main droite, et après un moment d'incertitude, il plaça sa main gauche au-dessus de la plaie au niveau du flanc. La blessure faisait à peine la taille de trois doigts. Il lança un dernier regard en direction de Bakugou.

— Okay ?

Bakugou hocha imperceptiblement la tête.

Shouto fit abstraction de tout ce qui se passait autour de lui. Il oublia Shigaraki et l'Alliance des Vilains, Midoriya et Endeavor n'étaient que des pensées lointaines. Il infusa sa main de son alter de feu, concentra son énergie sur un seul point. Il n'avait besoin que d'un seul doigt. Un seul doigt pour cautériser une plaie. Plus il serait précis, plus la cautérisation serait réussie et plus vite il pourrait retourner au combat.

La chaleur émanant de sa main fit grimacer Bakugou. Shouto rapprocha son doigt et la braise qui y brûlait au bout, et le posa sur la plaie.

Les cris étouffés de Bakugou furent presque assez pour lui faire perdre aussitôt sa concentration. Shouto sursauta, son cœur tambourinant dans son crâne et son esprit se transformant en coton, alors qu'il continuait à brûler, brûler des centimètres de peau. S'il ne faisait pas attention, il pourrait détruire trop de tissu et provoquer plus de dégâts qu'il n'y en avait ; s'il hésitait trop, il ne refermerait pas correctement l'ouverture laissée par la plaie. Il devait se concentrer, rester déterminé, rester stable.

Jamais il n'avait placé autant de confiance et de prière dans son alter de feu.

L'odeur du sang mêlée à celle de la chair brûlée lui donnait la nausée. Shouto avait envie de vomir. Les tressaillements des jambes de Bakugou trahissait la douleur qu'il endurait, et Shouto ignorait s'il devait s'asseoir sur lui pour éviter qu'il ne se blesse davantage en bougeant violemment. Shouto n'avait aucun désir à le restreindre de la sorte. Bakugou contenait ses cris et refusait de se laisser aller, et pour ça Shouto sentit son coeur à la fois se briser et se remplir d'un acharnement renouvelé. Si Bakugou n'abandonnait pas, Shouto n'avait aucune raison de baisser les bras.

L'opération n'avait duré qu'une ou deux minutes, tout au plus. Shouto avait l'impression d'avoir passé des heures à calculer chaque millimètre de la progression de sa flamme. La braise mourut en un mouvement de poignet. La plaie et le périmètre l'entourant arboraient cette couleur rougeâtre caractéristique des nombreuses brûlures qu'il avait vues dans sa vie. Abominable, cruelle et pénible.

— Bakugou, je… je dois refermer l'autre côté, aussi, murmura-t-il.

La lame noire l'avait transpercé de part en part. Il devait s'occuper de son dos également.

Bakugou émit un faible grognement. Shouto ne s'autorisa pas une seconde d'hésitation et roula Bakugou sur le côté, aussi habilement et doucement que possible, et s'attela aussitôt à la tâche. Peut-être était-ce dû à l'adrénaline, à la pensée qu'il oublierait comment procéder dans les prochaines minutes, mais il fit naître la flamme au bout de son doigt en un rien de temps et l'appliqua contre la plaie.

La douleur maintenait Bakugou éveillé, mais Shouto soupçonnait qu'il s'évanouirait dès que la cautérisation serait terminée. Ou il s'évanouirait pendant l'opération tant la brûlure serait insoutenable. Shouto n'entendait plus rien, pas même les cris étouffés de Bakugou, et encore moins les ordres et les directives donnés pour le combat. Une perle de sueur tomba sur ses cils et il cligna des yeux, insignifiante devant l'immensité de la tâche sous ses mains. Il se focalisa uniquement sur la trajectoire de sa flamme et du chemin qu'il traçait sur cette peau qui ne faisait qu'accumuler bleus et cicatrices.

Son doigt atteignit le bas de la plaie et le feu vacilla. Instantanément, comme si un bouton venait d'être appuyé, toute la tension dans les épaules de Shouto s'envola et il rejeta violemment la tête sur le côté pour régurgiter bile et salive par terre. Son corps fut secoué par une toux humide, désagréable et maladive, mais étrangement il respirait mieux.

— Bordel de merde…, jura-t-il.

Ses yeux piquaient. Sa tête tournait. Mais il avait accompli sa mission, il avait retardé l'inimaginable, et il devait s'en réjouir. Il cracha une dernière fois ce que son estomac avait décidé d'évacuer, puis jeta un coup d'œil à la silhouette immobile de Bakugou. Ce dernier s'était évanoui.

Shouto essuya sa bouche avec le revers de sa main, et se hissa sur ses jambes chancelantes.

Un autre combat l'attendait.


Merci d'avoir lu ! Les reviews sont toujours les bienvenues :D

Bakugou a perdu conscience pendant quelques minutes mais il se réveille pour contre-attaquer comme dans le manga. Todoroki ne va probablement pas revivre cette expérience de sitôt aha