Chapitre 7 : Fin de jeu
Jusque là, John n'avait été inclus dans le jeu de séduction entre Moriarty et Sherlock que comme spectateur, accessoire la plupart du temps inutile, au même titre que Scotland Yard d'ailleurs. Son statut change peu, même s'il a parfois l'impression d'avoir glissé du rôle de vieille maîtresse indésirable à celui de partenaire potentiel et ponctuel pour une partie à trois. Sherlock ne lui pose aucune question sur son don, Moriarty non plus. Seulement, les énigmes changent légèrement, requérant parfois son aide pour conduire Sherlock à la solution.
« Que se trouve-t-il dans la boîte qui est scellée dans le mur ? » Ils n'ont pas le temps de la desceller et Sherlock a besoin de connaître son contenu pour déduire la localisation de l'indice suivant.
« Comment s'appelait le propriétaire de ces ossements ? » C'est une information que Sherlock prendrait trop de temps à rechercher, il est vrai, et qui de toute façon ne mène vers aucune autre piste. Cette fois-ci, c'était John qui était testé.
« Où se trouvera la prochaine bombe ? » Moriarty a déjà deviné que c'était exactement le genre de questions auquel John ne peut pas répondre, sans doute parce que Moriarty s'est adapté pour garder toutes les possibilités ouvertes, et Sherlock et lui sont contraints d'attendre la prochaine vidéo, le prochain indice.
Les questions sont fournies par Moriarty, et dans les règles du jeu qui ont évolué depuis leur « triche », il est bien entendu exclu d'en poser d'autres pendant qu'ils courent après les bombes. Sherlock et John se savent surveillés, et Moriarty a déjà prouvé qu'il n'hésitait pas à sacrifier des innocents s'ils ne respectaient pas les règles.
Le jeu se finit en quelques jours tortueux par un nouvel enlèvement – John doit reconnaître que cela devient presque une habitude depuis qu'il connaît Sherlock, il n'en était pas coutumier avant leur rencontre.
John, séparé quelques heures plus tôt de Sherlock, est entraîné dans une piscine désaffectée, ceinturé d'explosifs, tenu en joue, et surtout regardé exactement comme il a redouté l'être à partir du moment où il a compris que son don était inhabituel : comme un cerveau à disséquer, à user et abuser, une boule de cristal que l'on voudrait fendre en deux, une chose à exploiter. Il n'est plus humain, il est une mine d'informations possibles que Moriarty ne dédaignerait pas de torturer s'il n'était pas à la poursuite d'un cerveau qu'il estime plus précieux. C'est Sherlock que Moriarty veut, John n'est qu'une trouvaille sur le côté, une paillette faussement précieuse, potentiellement utile, mais très secondaire par rapport à son but principal. Un levier de plus pour jouer avec Sherlock, un levier qui a d'ailleurs déjà montré les limites de ses capacités. Alors, une fois qu'ils sont finalement face à face, Moriarty ne lui pose aucune question sur son don, sa curiosité déjà satisfaite par les observations des jours précédents. Mais en attendant l'arrivée de Sherlock, il essaye de le blesser, de lire les réponses sur son visage, de provoquer une réaction avant de se débarrasser de lui.
« Sherlock se tournera-t-il un jour vers le crime ? »
« Quelle est la probabilité que Sherlock t'abandonne un jour, lassé de toi ? »
« Quelle est la probabilité que Mycroft Holmes, le gouvernement anglais, t'exploite comme source de renseignements ? »
« Comment réagirait le public s'il découvrait ton existence ? »
« Es-tu la raison pour laquelle ta famille s'est séparée ? »
John a trop d'expérience pour laisser échapper plus que des micro-expressions. Mais d'une part, Moriarty est capable de les lire, d'autre part ces questions blessantes font ressortir toutes les incertitudes qu'il étouffe habituellement. Et pendant ce lent interrogatoire qui n'a pour objectif que de le torturer mentalement, il s'efforce de repousser aussi bien les insécurités qui lui montent au cerveau que les réelles possibilités qui affleurent à sa conscience. Ce n'est pas le moment de douter. Moriarty et lui attendent le protagoniste principal de leur final explosif.
Sherlock arrive. John devient le jouet par lequel Moriarty interpelle Sherlock avant de se révéler. Mais Sherlock a non seulement apporté les plans requis par Moriarty, mais aussi les renforts fournis par Mycroft. Moriarty se retire du jeu et Sherlock et John plongent dans la piscine pour échapper à l'explosion qui suit sa fuite.
