Chapitre 8 : Ensemble

Deux jours seulement après la disparition de Moriarty, John est à nouveau enlevé, par Mycroft Holmes. Il est conduit à son bureau du club Diogène par sa secrétaire, où Mycroft le dévisage silencieusement pendant de longues secondes, comme pour soupeser à nouveau sa valeur. Puis Mycroft lui demande de conserver la discrétion dont il a fait preuve jusqu'ici, en gardant pour lui les possibles informations confidentielles dont il pourrait prendre connaissance. John n'est pas surpris que Mycroft soit désormais au courant de son don Moriarty n'était pas le seul à les surveiller. Il s'attend à des demandes pour exploiter son don en cas de besoin, mais elles ne viennent pas et John est relâché sans autre commentaire. En retournant au 221b Baker Street, il se demande si c'est parce que Mycroft est certain que John aidera le gouvernement anglais s'il en est besoin, ou parce que Mycroft a bien d'autres moyens de réunir les informations qu'il pourrait fournir. John est assez modeste pour imaginer qu'il existe d'autres personnes aux dons similaires au service de l'Angleterre. Il n'est certainement pas assez extraordinaire pour que Mycroft change ses plans d'action.

Sherlock le voit rentrer sans réelle surprise. Il connaît bien les méthodes de son frère. Ses excuses prennent la forme d'une nouvelle information : il annonce en quelques mots à John que son frère Mycroft est doué d'un don pour influencer les gens qu'il faut, et il espère que John saura résister à son influence maléfique, même s'il en doute. John se demande alors si Mycroft le considère comme la chasse gardée de Sherlock et refuse de s'embarrasser de lui.

Mrs Hudson, pour la deuxième fois en deux jours, monte ensuite leur apporter du thé et des petits gâteaux pour assouvir son besoin de vérifier par elle-même leur état de santé. Elle leur fait confiance, mais elle aussi a été secouée par les derniers événements. John la remercie vivement et s'installe en face de Sherlock pour les déguster. Comme d'habitude, le thé est parfaitement infusé, ni trop léger ni trop fort, et les petits gâteaux sont parfaitement cuits, moelleux sans être secs. Quand il en fait la remarque oralement, pour essayer d'inciter Sherlock à se servir, le « évidemment » condescendant du détective fait jaillir une évidence en lui voilà donc le don possédé par Mrs Hudson. Dans leur modeste entourage, Sherlock, pour tout son caractère extraordinaire, semble donc le seul à ne posséder aucun don.

Sherlock d'ailleurs, ni ce jour-là, ni les jours suivants, n'évoque le don de John. Il ne peut pas l'ignorer, et il doit, tout comme Moriarty, en avoir deviné les ressorts et les limites. Mais il semble mettre un point d'honneur à ne pas questionner John, à tourner ses phrases en déclaratives ou exclamatives. Et les inquiétudes qui avaient surgi en John lors de l'interrogatoire malveillant de Moriarty finissent de s'apaiser devant cette délicatesse.

John s'imagine que ce qui plaît à Sherlock, c'est la recherche, la poursuite des solutions aux énigmes que lui posent l'analyse des différents indices qu'il récolte à travers Londres. Pourquoi renoncerait-il au plaisir de chercher, découvrir, solutionner ? Pourquoi s'abaisserait-il à demander l'aide d'un oracle, quand il a si bien affûté son esprit qu'il peut toujours réussir à trouver les solutions par lui-même ? John ne lui est d'aucune utilité, et c'est très bien ainsi. Sherlock l'apprécie en dépit de son don, dans la limite de son humanité.

Non, Sherlock n'a pas besoin de lui. Mais il a fait de John une partie de sa vie.

« John, quelle est la concentration en cyanure de cette solution ? »

Y compris quand il a cassé ses instruments de mesure et qu'il est trop impatient pour sortir en racheter.


Merci à tous ceux qui ont lu ce petit texte jusqu'au bout, et notamment à Orthon McGraw, Kalane, scribendpen et Nympha-san qui ont choisi de le suivre. Bonne journée à tous !