Fields of gold-Sting


Bucky ne sut pas exactement durant combien de temps ils roulèrent afin de s'éloigner le plus possible des flammes, des tremblements de terre, du champ de bataille d'où s'étaient enfuis leurs nouveaux ennemis. Il faisait froid dans la voiture. Même l'ambiance était glaciale. Personne n'avait prononcé le moindre mot depuis le départ précipité de l'équipe. Morgan s'était endormie sur les genoux de Natasha, qui lui caressait doucement et distraitement les cheveux en regardant à travers la vitre arrière. A ses côtés, Thor était nerveux et fixait un point invisible droit devant lui. Loki était silencieux également, et regardait les lumières de la ville défiler tranquillement au fur et à mesure qu'ils progressaient dans les rues assez calmes. Assise devant, Pepper était perdue dans ses pensées et profitait de cet instant de répit pour remettre un peu d'ordre dans ses pensées confuses et enfin, Bucky restait focalisé sur la route.

Il aurait aimé qu'ils soient invisibles, là-bas. Là où leurs problèmes s'étaient déclenchés. Echapper plus rapidement à cette terreur, ce chahut, ce danger environnant. Avec le temps, il se battait de moins en moins, ce qui ne lui déplaisait pas. Mais ce soir, il s'était senti particulièrement démuni, inutile même. Qu'aurait-il pu faire afin de contrer ces deux divinités avides de pouvoir dont il ne savait pas grand-chose ? Il savait bien que son aide avait été plus précieuse aux côtés de Pepper et de sa fille, qu'il avait bien fait de les protéger et les surveiller pendant que Thor et Loki se chargeaient de leurs redoutables adversaires, mais il aurait aimé pouvoir en faire davantage. Il avait bien trop souvent la désagréable impression de ne pas être à la hauteur, même si Natasha passait le plus clair de son temps à lui rappeler qu'il avait d'innombrables qualités qu'il ne devait surtout pas négliger, car il était essentiel à la survie du groupe.

Il s'engagea enfin sur Lexington Avenue en soupirant de soulagement. Ils approchaient de l'adresse inscrite sur la carte de visite, ce qui le rassura grandement. Il ne savait trop à quoi s'attendre une fois qu'ils seraient arrivés, mais il espérait ne pas être déçu. La dernière fois qu'il s'y était rendu, ç'avait malheureusement été le cas et il était rentré chez lui bredouille. L'Avenue était presque vide, même s'il n'était pas encore trop tard. Il était à peine vingt heures quarante-cinq. Pourtant, tout Manhattan semblait s'être couché de bonne heure. Au moins, il n'y avait pas d'embouteillages, comme ça. Tout était plutôt tranquille, ce qui faisait du bien à tout le monde. Le ronronnement de la voiture de Pepper était apaisant, il avait un effet relaxant sur Bucky et ses nerfs en pelote. Ce soir, il avait vraiment eu peur de perdre d'autres amis. Mais pour une fois, la chance leur avait souri et ils s'en étaient tous sortis indemnes.

Il bifurqua à droite, sur la quatre-vingt-troisième, puis il se gara. Pendant quelques secondes, tout resta silencieux et personne n'osa bouger un seul orteil, de crainte que quelque chose ne surgisse de l'ombre une fois qu'ils ne seraient plus à l'abris dans le véhicule. Bucky finit par regarder Pepper du coin de l'œil, soucieux, et cette dernière tourna la tête vers lui d'un air un peu inquiet. Jamais le soldat ne l'avait sentie aussi tendue. Il y avait de quoi, après tout. Il souffla un bon coup avant d'ouvrir la portière et de sortir. Il commença par regarder attentivement tout autour avant d'aller ouvrir à Pepper, qui était resté à l'intérieur de la voiture, perdue dans ses songes. Les deux dieux sortirent également, puis ce fut au tour de Natasha en dernier lieu. Elle remit Morgan à sa mère et s'approcha de Bucky. Elle aussi était tourmentée, mais elle savait mieux le cacher et faire croire qu'elle gérait le stress. Qu'elle tenait le coup.

Ils firent quelques pas sur le trottoir, entendant des sirènes de police au loin. C'était chose commune, à Manhattan. Ils s'arrêtèrent ensuite sous un porche dont la peinture noire était écaillée, abîmée par le temps et les intempéries. La porte d'entrée n'était pas fraiche non plus. En tête de file, Natasha et Bucky échangèrent un bref coup d'œil tandis que Thor couvrait leurs arrières, les sens en alerte. Il était prêt à se battre à nouveau si l'occasion se présentait, même si le premier affront l'avait plus fatigué qu'il n'y parut. Loki et lui avaient repris une apparence plus banale, passepartout. Le soldat frappa alors doucement contre la porte, qui s'ouvrit lentement, n'étant pas totalement fermée, comme si le verrou avait sauté. Ils n'étaient vraiment pas au bout de leurs surprises, ce soir. Tout devenait de plus en plus étrange au fur et à mesure qu'ils progressaient… Le brun poussa la porte et ils se retrouvèrent devant un long couloir plongé dans la pénombre.

Loki se servit de sa magie afin qu'ils y voient un peu plus clair et, n'ayant de toutes façons nulle part où aller, ils se décidèrent enfin à entrer. Lorsque ce fut chose faite, la porte se referme d'elle-même sur eux, faisant sursauter Pepper. Fort heureusement, elle ne brusqua pas Morgan, qui commençait déjà à se réveiller après ne s'être reposée que très peu de temps. L'enfant se frotta les yeux et regarda avec surprise autour d'elle, ne voyant que des murs décrépit au papier peint qui se décrochait. Les lieux semblaient abandonnés depuis longtemps. Pourtant, ils continuèrent à progresser dans ce long couloir, croyant discerner quelque chose au bout de celui-ci. Une autre porte, toute aussi vieille que l'autre. Les lattes de plancher craquaient sous leurs pieds, les incitant à marcher très lentement. De plus, ils ignoraient à quoi s'attendre et préféraient rester sur leurs gardes, surtout après ce qu'il s'était produit au gala.

Un courant d'air les fit frissonner, mais aucun ne sut d'où il provenait, puisque toutes les issues semblaient fermées. Ils avaient l'impression de ne pas être seul dans ce bâtiment qui paraissait pourtant vide de toute autre forme de vie. Ils progressèrent davantage, les yeux rivés sur cette porte peinte en gris foncé et derrière laquelle ils espéraient pouvoir trouver refuge, même s'ils n'avaient pas la moindre idée de ce qu'il y avait de l'autre côté. Lorsqu'ils ne furent plus qu'à deux mètres d'elle, ils arrêtèrent de marcher et se regardèrent tous, préoccupés. Tout ce qui les entourait aurait dû leur crier de fuir, mais ce n'était pas le cas. Ils avaient le sentiment qu'une fois qu'ils auraient franchi cette porte, ils seraient en sécurité. Bucky, un peu nerveux, s'approcha et se saisit de la poignée, la tourna et poussa doucement la porte. Ils furent alors tous surpris de ne découvrir qu'un simple placard à balais poussiéreux.

Natasha fronça les sourcils en regardant Bucky refermer, et elle ressortit la petite carte afin de l'examiner, se souvenant alors de la série de chiffres qui y était notée. Elle prit la place de l'homme et balaya l'encadrement de la porte du regard, habituée à ce que les choses ne soient pas toujours visibles au premier coup d'œil. Sur la droite, dans le mur, elle vit qu'une plaque de bois semblait plus enfoncée que les autres, alors elle poussa doucement dessus et un panneau s'ouvrit, dévoilant ainsi un clavier digital qui avait l'air de dater de l'avant-guerre. Elle entra alors ce qui, selon elle, devait être une sorte de code d'accès. « 33-555-666-777-2-3-666 ». Un code qu'elle trouva quelque peu bizarre, mais elle se garda de commenter quoi que ce soit à ce sujet. Elle tourna à son tour la poignée avant d'enfin jeter un rapide coup d'œil de l'autre côté et elle s'empressa de refermer, visiblement perturbée. Son attitude surprit ses amis.

–… Ça, ce n'est pas normal, déclara-t-elle en ayant du mal à trouver les mots, tout en désignant la porte. Je… Je dois avouer que je ne comprends pas trop, poursuivit-elle en rouvrant, pour retomber cette fois-ci sur le placard à balais. … J'ai l'impression d'avoir fait un plongeon dans un des livres de J.K. Rowling… soupira-t-elle, déstabilisée.

–Pourquoi ? lui demanda Bucky d'un air inquiet, se demandant ce qu'elle avait bien pu voir.

Elle voulut lui répondre, mais les mots restèrent coincés au fond de sa gorge, alors elle se contenta de taper une seconde fois le code et cette fois-ci, elle ouvrit la porte en grand afin d'illustrer les propos qu'elle tenait. Ils n'étaient plus dans un immeuble abandonné sur la quatre-vingt-troisième rue. Ça, non. A la place se trouvait ce qu'ils auraient pu qualifier de « paradis ».

Des arbres si grands qu'ils pouvaient presque toucher les nuages cotonneux. Une végétation si luxuriante que les feuilles des arbres semblaient être couvertes d'une mince couche d'or. Des plaines verdoyantes à perte de vue. Ici et là, quelques grandes maisons en bois à première vue très accueillantes. Un ciel d'un bleu aussi pur que celui des lacs immenses situés non loin des champs, cultures et vignes. Un soleil déclinant vermillon. En quelques mots, un tout nouveau monde s'offrait à eux.

Les quatre adultes se demandèrent sérieusement où ils venaient de mettre les pieds tandis que la petite fille s'émerveillait sur ce splendide paysage. Lorsqu'ils entendirent la porte se refermer derrière eux, Loki rebroussa chemin afin de voir s'il y avait toujours le couloir sombre de l'autre côté, mais il remarquait qu'ils paraissaient sortir de l'une de ces grandes cabanes en bois de saule. Plus de couloir, plus d'immeuble. Plus de Manhattan non plus. Juste un Univers à l'aspect presque irréel tant il était parfait. Pepper posa Morgan à terre, ébahie. Elle se sentit immédiatement bien en ce milieu si différent, qui lui rappelait un peu son propre chez-elle. Discrètement, Natasha se pinça l'avant-bras et constata qu'il s'agissait bien de la réalité, qu'elle ne rêvait pas. Bucky, peu habitué à dévoiler ses émotions, était aujourd'hui scotché. Thor et Loki, eux, avaient grandi dans la merveilleuse cité d'Asgard, mais jugèrent que cet endroit rivalisait bien avec le Royaume de leur enfance.

–… Où-ce qu'on a atterri… souffla le soldat en mettant sa main en visière afin de mieux observer l'horizon.

Grimpant la colline au sommet de laquelle il se trouvaient, une femme vint à leur rencontre. Elle était grande et avançait d'un pas tranquille mais déterminé. Une démarche fière, sûre d'elle. Son épaisse chevelure gris foncé lui donnait un peu une allure de fauve indomptable, mais son regard était bienveillant. Des yeux bruns qui semblaient tout connaitre sur la Vie et ses origines. Un teint éclatant, un nez droit, une bouche souriante. Cinquante ans, peut-être cinquante-cinq. Elle avançait, les mains dans les poches de son pantalon en toile kaki un peu trop grand retenu à sa taille grâce à une ceinture de cuir. Une chemise beige, une veste en jean sans manches par-dessus, un foulard coloré dénoué autour de son cou. A son poignet, un bracelet tressé. Des bottes noires usées mais d'aspect confortable. Tout chez elle inspirait la confiance, la gentillesse, l'altruisme.

Par réflex, Morgan se réfugia derrière la jambe de sa mère en voyant cette inconnue s'approcher, même si elle demeurait quelque peu curieuse, autant que l'étaient les adultes qui l'entouraient. La quinquagénaire continua d'avancer et ne s'arrêta qu'à quelques mètres d'eux, ne voulant pas trop envahir leur espace. Natasha en profita pour mieux l'examiner de la tête aux pieds. Elle remarqua une petite tresse dans les cheveux de la nouvelle arrivante, qui était blanche. Elle avait quelques rides au coin de ses yeux, ce qui ne tarissait en rien sa beauté naturelle. Thor et Loki eurent l'étrange sensation de retrouver, d'une certaine façon, leur mère à travers elle. Elle dégageait la même douceur que Frigga. Pepper, elle, sentit qu'ils pouvaient lui faire confiance alors que les présentations n'avaient pas encore été faites, mais elle espérait que cela ne saurait tarder. Bucky tardait à déterminer ce qu'il pensait de l'individue.

–Bienvenus à vous, Mesdames Natalia et Virginia, déclara-t-elle d'une voix chaude et chantante, surprenant tout le monde par le fait qu'elle connût les véritables prénoms des deux femmes. Bienvenus à vous, Messieurs James, Thor et Loki, poursuivit-elle, avant de poser les yeux sur l'enfant. Et bienvenue à vous, Mademoiselle Morgan, acheva-t-elle avec un grand sourire. Je m'appelle Ana, se présenta-t-elle ensuite, avant de désigner d'un simple mouvement de main le décor somptueux autour d'eux. Bienvenus sur les terres d'Eldorado.

Natasha secoua légèrement la tête, craignant d'avoir mal compris.

–Eldo… Quoi ?

–Je vous en prie, suivez-moi. Vous avez très certainement beaucoup de questions, et cela sera un plaisir pour moi d'y répondre et de vous expliquer ce que vous souhaitez savoir, poursuivit-elle en leur faisant signe de la suivre, ce qu'ils se décidèrent à faire, n'ayant de toutes façons rien d'autre à faire dans l'immédiat. Cet endroit tire bien évidemment son nom du mythe. Je l'ai créé il y a de ça de nombreuses années dans l'unique but d'y accueillir tous ces qui en avaient besoin.

–Excusez-moi, mais… Où est-on, exactement ?

–Toujours sur Terre, expliqua-t-elle, mais… Sur la Terre telle qu'elle aurait été aujourd'hui si les hommes ne l'avaient pas conquise, leur dit-elle, ce qu'ils comprirent en voyant qu'en effet, la végétation semblait être maitresse des lieux et que les humains y résidant ne se trouvaient qu'au plan secondaire. La légende a pris racine au seizième siècle, et je me suis basée sur les nombreux récits rédigés par diverses personnes afin de façonner un endroit hors du temps où chacun y trouverait sa place. J'ai gardé son emplacement secret, et je suis la seule à accorder ou non le droit d'y entrer.

–Donc… Vous nous avez invités ? l'interrogea Loki.

–C'est exact, confirma-t-elle avec un sourire. Vous avez dû recevoir l'adresse ainsi que le code permettant d'entrer sur nos terres ? leur demanda-t-elle, ce à quoi Natasha acquiesça, comprenant alors que sur le clavier, la suite de chiffres correspondait à une série de lettres formant le mot « Eldorado ».

–C'est vous qui avez envoyé l'armure ? Comment l'avez-vous récupérée ?

–Vous le saurez en temps voulu. En attendant, il est important que je vous explique comment fonctionnent les choses ici. Nous vivons relativement simplement sans nous préoccuper du monde extérieur. Toutes les personnes que vous croiserez ici sont des individus qui, autrefois, ont désiré qu'on leur accorde une seconde chance, ou ont voulu changer de vie. Je peux exaucer ce souhait en leur offrant une nouvelle identité au sein de notre communauté, après avoir effacé de leur mémoire tous leurs tourments. Une chance, donc, de recommencer à zéro, de repartir sur de meilleures bases dans un groupe qui les soutient et les comprend sans jamais porter le moindre jugement. Vous trouverez toutes sortes de profils, allant d'anciens criminels repentis à des mutants désireux d'apprendre à vivre en harmonie avec leurs talents spéciaux.

–Vous effacez la mémoire des gens ? répéta Bucky.

–C'est généralement plus simple pour eux d'oublier afin de débuter une nouvelle vie… soupira-t-elle. Moi-même, je fais partie de ces personnes atteintes d'amnésie, et c'est ainsi que j'ai eu l'idée de mettre en place ce système, qui semble satisfaire tous ceux qui se trouvent ici.

–Comment font les gens pour vous trouver si l'adresse est maintenue secrète ?

–De la même manière que vous. Je peux sentir à distance ceux qui ont désespérément besoin de changer radicalement de vie, et je leur fais parvenir le moyen de me rejoindre. Tous ceux que j'ai appelé ont décidé de rester. Ce lieu est… Une sorte de sanctuaire.

–Alors vous… Avez créé tout un monde ? souffla Thor, ne pouvant cacher son admiration. De quel genre de pouvoirs disposez-vous pour parvenir à faire cela ? la questionna-t-il, désormais plus curieux qu'autre chose.

–Comme je vous l'ai dit, je souffre d'une certaine forme d'amnésie depuis plusieurs années. Je me suis réveillée un beau jour au beau milieu de Central Park à Manhattan avec pour seule chose en tête la forte conviction que mon but était de venir en aide à tous ceux qui ne pouvaient trouver du soutien ailleurs, et je me suis rendue compte du potentiel que j'avais. Ainsi, j'ai créé l'Eldorado et depuis, nous vivons de manière prospère, dit-elle alors qu'ils entrèrent dans l'une des habitations.

C'était un chalet rustique typique de ceux que l'on pouvait retrouver dans les montagnes. Chaleureux et convivial. Brut et authentique. Les poutres apparentes, du parquet en noyer, des murs clairs, une large cheminée, de grandes fenêtres, des canapés et fauteuils à l'aspect confortable recouverts de plaids douillets et coussins rembourrés, d'épais tapis en fausse fourrure, un buffet et des tabourets hauts en bois, une imposante table de ferme où le service était dressé… Il y avait une belle véranda à l'arrière, où quelques personnes discutaient calmement. Ana proposa à ses invités de prendre place dans le salon, mais tous restèrent debout. Thor, lui, admirait la beauté de l'habitation.

–Vous êtes ici chez vous, énonça Ana. Vous pouvez rester aussi longtemps que vous le désirez, nous nous arrangerons pour vous trouver un lieu où dormir. Nos chalets sont assez grands pour héberger de nouveaux venus.

–L'armure, insista Pepper. Où l'avez-vous trouvée ?

–Je pense qu'Amy saura vous aiguiller à ce propos, déclara calmement Ana en tournant la tête vers la véranda. Claire, peux-tu venir une minute, s'il te plait ?

Une jeune femme aux longs cheveux blonds et raides les rejoignit avec un grand sourire. Elle les salua d'un simple signe de la main.

–J'aimerais que tu conduises nos invités jusqu'à chez Amy, s'il te plait. Jeunes gens, poursuivit-elle en s'adressant à nouveau au petit groupe, je vous reverrai bientôt. En attendant, prenez le temps qu'il faut pour vous reposer et vous ressourcer. Vous n'avez plus à vous occuper de ce qui rôde en dehors de ces terres, vous êtes désormais en sécurité.

–Venez, leur lança la dénommée Claire en marchant vers la porte d'entrée restée ouverte. C'est par là !

Ils durent se dépêcher de la suivre car déjà elle disparaissait de leur champ de vision. Loki accorda un dernier regard soucieux à Ana, qui se contenta de lui sourire gentiment. Il ne savait que penser de l'endroit et de ses habitants. Tout lui semblait presque trop beau pour être vrai. Et pourtant, il se sentait effectivement à l'abris de toute forme de danger. Il décida donc de laisser ses doutes de côté pour le moment et simplement profiter de la vue, de l'air frais véhiculant des odeurs florales, de la chaleur des derniers rayons du soleil qui disparaissait à l'horizon. Pepper tenait Morgan par la main, sans quoi la petite fille se serait déjà sauvée pour courir derrière un papillon.

–Vous… Faites partie de cette communauté depuis longtemps ? demanda Natasha.

–Sept ans, leur apprit Claire. Alors, quels sont vos noms, à tous les six ?

–Hum… Natasha Roma…

–Non, non, nous n'utilisons qu'un simple prénom, ici. Les noms de famille sont inutiles, entre nous, expliqua-t-elle. Nous n'en avons tout simplement pas, poursuivit-elle. Donc, Natasha, répéta-t-elle. Je tenais à dire que j'adore votre robe, lui dit-elle et c'est à cet instant seulement que l'espionne russe se rappela qu'ils venaient de quitter une soirée plutôt chic et qu'ici, leurs vêtements ne collaient pas trop.

Les autres se présentèrent tour à tour, soucieux pour les adultes mais de manière enthousiaste pour l'enfant, qui adorait vraiment l'endroit.

–Nous subsistons aux besoins des uns des autres, reprit-elle. Nous produisons tout ce dont nous avons besoin sur ces terres, qui nous fournissent assez de ressources pour vivre aisément et avons recours au troc entre nous. Rien ne nous appartient, tout est à tout le monde. Nous nous contentons de nous répartir les tâches. Certains s'affairent aux champs tandis que d'autres vont cueillir des fruits dans les vergers. Nous avons des menuisiers, des apiculteurs, des tuteurs pour les plus jeunes… Chacun a un rôle ici. Si vous décidez de rester, je suis persuadée que vous parviendrez également à trouver votre place, affirma-t-elle gaiment.

–Nous… ne sommes que de passage, lui indiqua Bucky.

–En effet, enchaina Loki. C'est très aimable à vous de nous accueillir, mais nous devrons repartir dès que nous aurons trouvé une solution à nos problèmes. Nous avons des obligations à l'extérieur de ces terres.

–Je comprends. J'espère que vous apprécierez néanmoins votre séjour parmi nous, déclara-t-elle alors que le soleil disparut derrière les arbres et qu'un vent frais se leva.

–Ana nous a dit avoir créé ce monde. C'est donc une mutante, en déduit Thor. Il y a-t-il d'autres mutants, dans les environs ?

–Des tas ! Nombreux sont ceux à avoir un jour désiré oublier ce qu'ils étaient mais en arrivant dans l'Eldorado, ils ont compris à quel point ils étaient spécieux et uniques. Ana aide tous ceux qui ont besoin qu'on leur rappelle qu'ils ont de la valeur. Oublier peut paraitre comme étant le chemin le plus facile, mais c'est ainsi que nous fonctionnons. Nous ne pouvons repartir sur des bases plus saines que si nous faisons abstraction d'un passé trop lourd à porter et qui ne définissait pas notre identité. Aucun de nous n'a jamais cherché à se souvenir. Nous savons que nous avons oublié, mais nous savons pourquoi nous ne voulons pas nous rappeler. Ana est un peu comme notre ange gardien. En plus de ne pas vieillir, elle nous garantit toute la sécurité dont nous avons besoin.

–Elle ne vieillit pas ?

–Cela fait plusieurs décennies qu'elle est là, apparemment, mais elle reste la même. Bien sûr, elle ne sait pas quel est l'élément qui lui permet de vivre plus longtemps que les autres, mais ça la satisfait grandement de pouvoir partager ses capacités à volonté avec les autres.

–Une vraie sainte, résuma Natasha. Qui est Amy ?

–Probablement l'une de nos meilleures ouvrières forestières. Elle s'occupe autant des plantations que des travaux de coupe et d'entretien. Je n'ai jamais vu une personne fournir autant d'énergie en une journée, et si Ana estime qu'elle saura vous aider, alors c'est forcément vrai. Par ici, leur indiqua-t-elle en empruntant un sentier sur la gauche. Amy ! appela-t-elle tandis qu'ils entendaient des coups portés sur du bois. Elle doit être à l'arrière, venez.

Ils arrivèrent devant un nouveau chalet similaire à celui d'Ana. Même taille, même couleur, même aspect chaleureux. Plus ils s'approchaient du porche, plus ils entendaient distinctement le son d'une hache fendant des bûches. En parlant de hache, Thor avait toujours la sienne à la main, même s'il avait récupéré une apparence quelque peu basique. Claire leur indiqua qu'ils pouvaient contourner le chalet et qu'ils atterriraient directement dans le jardin, où devait être en train de travailler Amy, tout en ajoutant qu'ils pouvaient venir la solliciter à tout moment si besoin, après quoi elle s'en alla en les saluant une dernière fois. Voilà qu'ils étaient livrés à eux-mêmes, mais bien moins inquiets qu'à leur arrivée.

Ils suivirent les indications de Claire, Bucky et Pepper ouvrant la marche. Morgan suivait sa mère de près, Natasha la surveillait du coin de l'œil tandis que les deux divinités restaient légèrement en retrait. Les sons s'intensifièrent. Décidément, quelqu'un en voulait beaucoup à ces pauvres bûches… Un lampion extérieur à détecteur de mouvements s'alluma sur leur passage, leur éclairant le chemin. Au moins, ils ne se prendraient pas les pieds dans les racines et ronces qui s'entremêlaient un peu partout sur le sol terreux. Pepper mourrait d'envie de se débarrasser de ses chaussures et profiter du contact avec cette terre, mais elle était plus curieuse encore de rencontrer cette femme vers qui Ana les avait tous envoyés. Si elle répondait à ses questions, peut-être prendrait-elle le temps de profiter un peu de l'endroit.

Ils débouchèrent sur un bosquet magnifique aux mille et unes plantes exotiques. Partout, les lilas, dahlias, orchidées, coquelicot et héliconies étaient en fleurs, apportant diverses couleurs explosives à cet ensemble de verdure. Plein d'arbres fleuris et épanouis. La nature semblait avoir repris ses droits ici aussi. Les herbes hautes se balançaient au gré de la douce brise. Les branches des saules effleuraient délicatement le sol. Le tout était éclairé grâce à un millier de lucioles qui voletaient sous les yeux écarquillés de Morgan. Son visage s'illuminait sur chaque nouvelle plante qu'elle découvrait. Elle tourna sur elle-même, éblouie par tant de beauté. Natasha fut alors tentée de faire de même. Bucky siffla même d'admiration. On entendait déjà le hululement d'une chouette effraie au loin. Et enfin, au centre de ce jardin, juste derrière une pile de bois, une femme de dos, hachant des troncs.

Elle ne semblait pas encore avoir remarqué qu'elle n'était plus seule et poursuivait son travail. Le petit groupe fit donc quelques pas dans sa direction et ce fut lorsque Thor marcha sur une branche craquante que l'individue se redressa, l'ayant entendu. Elle s'essuya le front du revers de la main et, temps qu'elle était de dos, Pepper en profita pour l'analyser visuellement. Elle avait des cheveux brun foncé, presque noirs et bouclés qui atteignaient le bas de ses épaules et elle était vêtue assez simplement : un pantalon en toile noire, un débardeur blanc, une chemise à carreaux nouée à la taille et des ranger de couleur marron. Parfait pour travailler en plein air. Elle portait également une paire de gant en cuir usé pour protéger ses mains des éventuelles échardes. Elle avait une brûlure sur l'avant-bras droit, semblable à l'empreinte d'une main. Et au bout de quelques secondes, elle tourna lentement la tête vers eux.

Natasha sentit son cœur s'arrêter de battre pendant un court instant. Elle entrouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, bien qu'un milliard de choses lui traversât l'esprit à ce moment-là. Stupéfait, le soldat retint son souffle, ayant l'impression d'être en plein rêve. La main de Pepper se resserra autour de celle de sa fille, qui fit un grand sourire. Loki fit son possible pour rester de marbre et cacher sa surprise, tandis que Thor resta interdit face à cette inconnue qui ne l'était pas vraiment. Ce fut par ailleurs lui qui prit la parole en premier.

–… Madison.