Voilà enfin un OS sur Ludwig et N que je voulais écrire ! J'en ai déjà fait un qui concernait l'avenir de Ludwig après les évènements de Pokémon Noir et Blanc, donc cette fois-ci cet OS se concentrera sur l'histoire tout au long du jeu.


Une voie différente

Ce n'était pas ainsi que devait se passer son voyage initiatique.

Rencontrer fréquemment une organisation criminelle qui voulait séparer les humains et les pokémon tout en recherchant un Dragon légendaire ne faisait certainement pas partie de ses projets.

Il pensait qu'il voyagerait avec ses amis de ville en ville, rencontrant des pokémon plus étonnants les uns que les autres et affronteraient des Champions d'Arène dans l'espoir d'atteindre la Ligue d'Unys.

Sans qu'il le réalise, tout avait changé dès l'instant où son chemin avait croisé celui de N, à Arabelle. Depuis le début, ses plans étaient voués à l'échec : il ne serait pas comme les autres dresseurs de son âge.

« Tant que les pokémon seront enfermés dans leur Poké Ball... Ils n'auront pas d'existence propre. Je suis l'ami des pokémon. Et pour eux... je dois... changer... le monde. »

Le Pokédex et les Poké Ball étaient des outils qui asservissaient les pokémon et les rendaient malheureux ?

C'était la chose la plus ridicule qu'il ait jamais entendu de sa vie… du moins le pensait-il au début. Les propos de la Team Plasma et surtout de ce garçon bizarre du nom tout aussi étrange de N étaient restés gravés dans son esprit.

Était-ce possible qu'il soit dans l'erreur et qu'il fasse souffrir ses pokémon ?

Tous ses doutes s'étaient volatilisés lorsqu'il avait découvert le vrai visage de la Team Plasma. Il fut enragé d'avoir ainsi été manipulé, d'avoir crû un bref instant leurs sales discours hypocrites.

Quelqu'un se souciant vraiment des pokémon n'oserait jamais les frapper. Cette Team Plasma n'est remplie que de menteurs et voleurs…

. . .

Ludwig n'était pas un héros, juste un jeune dresseur originaire de Renouet qui avait commencé son voyage initiatique avec ses amis au mauvais moment.

Il ne comprenait pas ce que N voyait en lui. Ils seraient antagonistes, car leurs visions du monde ne correspondaient pas ? Ça n'avait aucun sens mais N prenait toute cette histoire de héros très – trop – au sérieux.

Cela lui rappelait Tcheren quand celui-ci perdait : à chaque défaite, il réagissait comme si toute son existence devait être remise en question car seule la victoire assurait d'avoir raison. Le plus fort l'emportait toujours, que cette force soit une puissance brute, une supériorité intellectuelle ou une volonté inébranlable guidée par de nobles convictions. Un prodige, un élu ou un héros, ce n'étaient que divers termes pour qualifier un seul type de personnes : ceux qui réussissaient là où les autres échouaient.

Contrairement à eux, Ludwig n'avait jamais vu son rêve d'un œil aussi drastique.

« Ludwig… toi aussi, tu as un rêve ? »

Oui, il possédait un rêve mais en ce moment celui-ci paraissait bien loin et inaccessible. D'une certaine façon, il en était même devenu… terne.

Cela le rendrait heureux de réaliser son rêve mais pas autant que N ou Tcheren. Il ne voulait pas devenir Maître pour prouver la valeur de son existence ou ses intentions. Ce n'était qu'un rêve de gosse, une concrétisation qui comblerait de joie cet enfant de six ans qui regardait des matchs pokémon à la télévision et voulait voyager à travers Unys pour rencontrer plein de pokémon et vivres des aventures merveilleuses avec ses amis.

Maintenant il avait grandi et il ne se sentait plus aussi enthousiaste qu'avant à cette perspective.

Pouvait-il encore affirmer avoir un rêve ? Il n'en était pas certain.

. . .

Revoir N à Parsemille fut presque un retour dans le temps pour Ludwig, qui lui rappela leur première rencontre à Arabelle, notamment lorsqu'il s'agenouilla devant Mateloutre pour discuter avec lui.

L'expression de son visage n'avait alors plus rien à voir avec l'air grave et interrogateur avec lequel il dévisageait Ludwig depuis qu'il l'avait désigné comme son antagoniste. Dans ses yeux se reflétaient une douceur sans égale et le sourire qu'il esquissait était le plus sincère qu'il soit.

Ludwig aurait souhaité que cet instant dure pour toujours, qu'ils oublient cette histoire de héros et se contentent de passer du bon temps ici, comme de vieux amis.

C'était chose impossible parce qu'ils n'aspiraient pas aux mêmes buts : Ludwig préférerait poursuivre en toute sérénité son voyage à travers Unys tandis que N désirait plus que tout concrétiser son ambitieux rêve.

Mateloutre et lui le regardèrent donc partir avec une pointe de regret. Il voulait le retenir, le résonner sur toute cette histoire et le convaincre du lien entre les humains et les pokémon mais il savait que ses mots seraient sans effets sur ce garçon.

Les propos de N lui revinrent à l'esprit.

« Pour communiquer, les Dresseurs font des duels qui blessent les pokémon... Suis-je le seul à trouver cela cruel...? Quoi qu'il en soit... J'aimerais pouvoir communiquer avec l'un de tes pokémon... J'ai été élevé avec des pokémon depuis que je suis né... Je trouve plus aisé de parler avec eux qu'avec les gens... Car contrairement aux humains... ils ne mentent jamais...! »

Les gens ne se ressemblaient pas. C'était une leçon que Ludwig avait appris en grandissant : certains te tendront la main avec bienveillance, d'autres te cracheront au visage avec mépris.

Ludwig voulait croire que les humains n'étaient pas aussi mauvais que le pensait N et le lui prouver mais comment le convaincre d'une telle chose quand il semblait que l'idée de la cruauté humaine était ancrée en lui depuis des années ?

N paraissait pourtant être convaincu du lien que Ludwig forgeait avec ses pokémon mais pourquoi était-ce si difficile pour lui de comprendre que ce n'était pas un cas isolé, qu'il existait bien plus de dresseurs qui aimaient leurs pokémon et passeraient leur vie avec eux que des monstres sans coeur qui se servaient d'eux ?

Que lui était-il arrivé pour qu'il ait si peu foi en l'humanité ?

. . .

Le Galet Blanc était en sa possession mais Reshiram ne s'était pas encore manifesté.

Ludwig se demandait pourquoi mais ne s'en inquiétait pas plus que nécessaire : s'il le fallait, Reshiram se montrerait mais il préférerait ne pas en arriver là. Tous semblaient déjà prévoir le combat entre les deux Dragons légendaires d'Unys, l'affrontement inéluctable entre l'Idéal et la Réalité.

Il ne voulait pas que cela ait à se produire. Devait-il forcément y avoir un vainqueur entre eux, une vision du monde l'emportant sur l'autre ?

Goyah avait dit qu'il s'occuperait de défaire N pour lui démontrer le lien qui existait entre les humains et les pokémon mais Ludwig sentait qu'il était voué à l'échec. Même si le Maître l'emportait face à N et Zekrom, cela ne changerait rien à ses convictions car ce n'était pas ainsi qu'ils pourraient lui faire ouvrir les yeux sur le monde. Si c'était aussi simple, Ludwig l'aurait résonné depuis bien longtemps déjà.

Ce n'était pas Goyah l'antagoniste qu'il devait vaincre pour prouver la légitimité de son rêve mais Ludwig. Cela voulait dire qu'il l'attendrait à la Ligue Pokémon, pour le grand final de cette épopée.

. . .

Quelques mois plus tôt, il aurait pleuré d'émotion en accédant à la Ligue d'Unys. Sauf que rêve n'était plus le même qu'avant le début de son voyage et l'idée même de devenir Maître le laissait désormais indifférent.

Ce qu'il ressentait en cet instant, c'était de l'appréhension. Son coeur tambourinait dans sa poitrine et son sang bouillonnait d'impatience. Derrière ce lieu si symbolique pour tout dresseur pokémon, N l'attendait pour ce qui serait probablement leur dernier combat.

Tout se jouerait ici.

. . .

« Le moment décisif est arrivé. Je suis prêt. Je surmonterai ma répugnance à blesser mes amis Pokémon ! Toi non plus, tu ne reculeras plus devant rien ? Alors, viens me le prouver ! »

Il ne voulait pas avoir à se battre contre N mais on ne lui laissait pas le choix. Tout devrait-il vraiment se régler par un combat pokémon ?

Ce fut presque avec regrets que Ludwig contempla Reshiram s'éveiller pour se joindre à lui, acceptant de lui prêter sa force. Le Dragon Blanc de la Réalité comprenait-il ce qu'il ressentait en ce moment ? Son regard perçant et impérieux semblait lui crier de ne pas renoncer maintenant, d'affirmer sa volonté et de ne pas se laisser prendre à ce jeu malsain qui voulait faire de lui un héros au destin déterminé par d'autres.

La Réalité n'est pas une chose immuable. Régie par des rêves et des convictions profondes, elle appartient à ceux qui ne la voient pas comme une fatalité mais l'acceptent pour ce qu'elle est et pourra être.

Ludwig ne sut pas si ces mots provenaient de Reshiram lui-même ou si, dans l'exaltation procuré par le fait qu'ils en étaient au point culminant de toute cette histoire – celle qui allait décider du sort d'Unys –, il ne faisait que répéter de manière détournée ce qu'il ne cessait de penser depuis que N voulait faire de lui son rival idéologique mais ils retentirent dans son esprit et lui montrèrent la voie qu'il devait suivre.

Il se dressa alors face à N, prêt à le vaincre pour le prouver que ce monde n'était pas aussi perdu qu'il le pensait. Cette Réalité était imparfaite et parfois cruelle mais elle valait la peine d'être défendue : pour tous ces moments de joie, toutes ces rencontres gravées dans son coeur, ces liens tissés et ces amitiés gagnées, Ludwig se battait pour cette Réalité dans laquelle il vivait et voulait continuer de vivre.

Ludwig se dressa alors face à N, prêt à le vaincre pour lui prouver non pas que son Idéal était mauvais mais que cette existence tordue n'était pas aussi vaine et perdue qu'il le pensait.

Et une fois que toute cette histoire sera finie, plus rien ne les empêchera d'être amis.

. . .

Ludwig était las. Il sentait qu'enfin son voyage touchait à sa fin, non pas parce qu'il était techniquement le nouveau Maître de la Ligue puisque que Reshiram et lui l'avaient emporté sur Zekrom et N mais parce que la Team Plasma n'était plus.

Ghetis avait révélé l'être monstrueux qu'il dissimulait sous sa façade de Sage luttant pour la libération des Pokémon et resterait longtemps derrière les barreaux pour ses crimes. La Team Plasma arrêterait enfin d'essayer de couper les liens unissant les humains et les pokémon.

Pourtant, il ne pouvait se résoudre à s'en réjouir.

« J'aimerais te parler... »

L'expression qu'affichait N la confondait, un mélange d'une paix nouvelle qu'il avait trouvé en reconnaissant que sa vision du monde n'était peut-être pas la seule voie possible pour aider les Pokémon mais aussi d'une douleur qu'il ne pouvait dissimuler, celle d'un fils manipulé par un père insensible et démagogique.

Ludwig voulait lui parler, lui dire n'importe quoi pour le réconforter mais n'y parvenait pas. Ses mots restèrent coincés dans la gorge alors qu'il entendait ce que N lui disait, lui racontait ce que son voyage lui avait apporté – ce que leur rencontre lui avait apporté.

« Je n'avais aucune chance de te vaincre, toi qui as rencontré autant de Pokémon et qui as tant d'amis... »

Cela lui donna presque envie de rire. N parlait comme s'ils n'étaient pas amis mais pour Ludwig, ils l'étaient depuis aussi longtemps que le Roi de la Team Plasma avait décrété qu'il serait son rival. Il n'y avait qu'un pas entre les deux et Ludwig l'avait franchi sans la moindre hésitation.

Ils s'approchèrent de la faille béante derrière le trône de N, que le soleil baignait d'une douce clarté.

« Le Maître m'a pardonné... Mais... je dois décider par moi-même de ce que je dois faire... »

Il fronça les sourcils, n'aimant pas la manière dont N se mettait à parler, de ce ton détaché qu'il utilisait à chacune de leur rencontre… juste avant de s'en aller, perdu dans ses réflexions.

Il n'allait tout de même pas… ?

« Tu m'as dit que tu avais un rêve. Réalise-le ! Un rêve ou un idéal assez beau peut donner la force de changer le monde ! »

Ludwig sentit son coeur tomber.

Non…

« Ludwig, je sais que tu en es capable ! »

N le regarda et lui sourit. Jamais Ludwig ne le vit lui sourire avec tant de sincérité mais plutôt que de s'en sentir heureux, ce sourire fut la chose la plus douloureuse à voir.

« Je te dis... Adieu… ! »

Pas ''au revoir'' ou ''à notre prochaine rencontre'' mais ''adieu''.

Adieu… ?

Il voulut crier, supplier N de ne pas s'en aller mais s'en trouva incapable. Comment le pourrait-il ? N semblait… en paix avec lui-même, prêt à redécouvrir le monde sous un jour nouveau et plus favorable.

C'était tout ce que Ludwig souhaitait pour lui. L'arrêter maintenant serait égoïste, trop égoïste. N avait vu en lui un digne rival. Ce n'était pas sa faute si Ludwig pensait qu'ils pourraient être plus que ça, qu'ils pourraient ressortir amis de cette histoire.

Rien ne le retenait ici et si Ludwig se prétendait vraiment son ami, il devait le laisser partir.

Alors il regarda N prendre son envol sur le dos de Zekrom jusqu'à ce que la lumière le fasse disparaître derrière l'horizon, en essayant d'ignorer le cri strident et blessé que laissa échapper Reshiram qui semblait trop faire écho à ce que son âme ressentait en cet instant.

. . .

« Ludwig ? Où est N ? Il n'est pas avec toi ? »

Il faillit ne pas entendre Tcheren, ses yeux toujours rivés vers l'horizon. Il était encore hébété, se sentant comme prisonnier d'un rêve où le temps s'était suspendu, un mauvais songe dont il ne parvenait pas à se libérer.

Il trouva néanmoins la force de lui répondre, d'une voix si basse et faible que lui-même fut surpris en l'entendant :

« Non… N est parti.

— Parti ? Comment ça, il est parti ? répéta Tcheren, sidéré. Sans prévenir ? »

Il rabaissa encore plus sa casquette, comme si elle pouvait lui permettre d'oublier un instant le monde qui l'entoure. Il craignait la question de Tcheren et finalement, celle-ci vint :

« Tu n'as pas essayé de le retenir ? »

Il laissa échapper un rire étranglé : il aurait aimé protester, défense virulemment que oui, il avait essayé de l'empêcher de partir mais c'était faux.

Autrefois, N aspirait à un idéal et Ludwig à la réalité. Désormais, il cherchait sa place dans cette réalité et lui était en quête d'un idéal. Pourquoi cela les avait-il séparé plutôt que de les rapprocher ?

Ce n'était pas ainsi que les choses devaient finir, pas après qu'ils aient prouvé que l'Idéal et la Réalité n'étaient pas des antagonistes mais les unités d'une seule et même dyade, d'un idéel qui ne pouvait se concrétiser qu'ensemble.

Les mots refusèrent de sortir de sa gorge mais il se força à se reprendre et esquissa un sourire résigné, parvenant enfin à prononcer ces paroles fatidiques :

« Il est parti pour trouver sa voie… Je n'avais pas le droit de l'en empêcher. »

Il entendit son ami s'approcher, jusqu'à sentir sa main sur son épaule.

« Ne t'en fais pas, je suis sûr qu'il reviendra. »

Peut-être mais combien de temps cela prendra-t-il avant qu'ils se revoient ?

À cette question qui se lisait dans ses yeux, Tcheren n'avait aucune réponse à offrir. Il lui sourit piteusement et dit plutôt :

« Allez, ne restons pas là. Il y a beaucoup de monde qui s'impatiente de te revoir. »

Il jeta un regard objurgateur à la salle avant de prendre la direction de la sortie.

Ludwig resta quelques instants là, à observer une derrière fois le panorama derrière lequel N avait disparu avant de tourner les talons, offrant une promesse silencieuse à cet endroit symbolique car il refusait que tout se finisse ainsi.

Tu n'as pas le droit de disparaître comme ça après tout ce qu'on a vécu. Tu m'entends, N ?

Si tu ne reviens pas… c'est moi qui irai à ta rencontre !

Même si cela devait prendre des années et le faire parcourir le monde entier, ils se retrouveraient. Ludwig en fit le serment.


Une fin un peu abrupte mais… mais j'ai eu un mal fou à conclure cet OS – je pense que ça se voit dans les dernières scènes. C'est d'ailleurs très ironique car c'est parce que je n'arrêtais pas d'imaginer la scène finale avec le départ de N que j'ai eu la motivation d'écrire cet OS.