La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.
Il s'agit ici d'une Fanfiction.
Zakuro Ruby Kagame
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L'Art de dompter la Reine
Byleth se demanda pourquoi elle se retrouvait seule, devant les portes de la salle du trône d'un palais impérial dans lequel elle n'avait pas une seule fois mis les pieds. Elle se rappelait parfaitement les paroles de ses camarades de combats, ses frères d'armes qui « l'accompagneraient envers et contre tout ! » comme avait par exemple hurlé Caspar avec son expression conquérante et son désir d'en découdre. Seulement, « envers et contre tout » n'impliquait visiblement pas le fameux « tout ». Tous les Aigles de Jais s'étaient mis d'accord pour envoyer la mercenaire botter le cul de l'impératrice de l'empire ou à défaut, pour lui faire entendre raison. La raisonner, la calmer, en d'autres termes : communiquer. Bien-sûr, à la base l'équipe entière avait été partante jusqu'à ce qu'Edelgard ne se change en quelque chose… d'encore plus terrifiant qu'Edelgard. Byleth n'entendait pas par là que la souveraine lui faisait peur, non, seulement qu'elle savait se faire entendre, particulièrement lorsqu'elle maniait une hache ou toute autre forme d'objet tranchant – ou non d'ailleurs – sur un champ de bataille. Ou en dehors. Quoiqu'il en fût, il ne resta plus qu'elle.
Les immenses portes s'ouvrirent sur les grincements désespérés des gonds qu'il fallait changer de toute urgence au risque qu'un soldat si ce n'étaient deux s'en prenne une sur la pomme pour se changer en une bouillie grotesque. Mais même les gardes impériaux avaient fuis le Palais. Edelgard devait certainement être effrayante pour les gens normaux et la plèbe. Il n'y avait vraiment plus que la mercenaire dans ce palais désert en dehors des quelques corps ci-et-là puisque la guerre n'épargnait personne hélas. Mieux valait croire en la réincarnation que culpabiliser pour toutes les pauvres hères condamnées sous les coups plutôt brutaux d'une dame élevée parmi des hommes négligés et bestiaux.
Beaucoup se demandait d'ailleurs pour quelles raisons tout aussi douteuses qu'énigmatiques, mais pour autant fascinantes, l'impératrice en personne s'était éprise de pareil animal. Certainement parce que la mercenaire avait été la première personne à s'interposer sans raison valable moyennant finances devant un type armée d'une hache pour la protéger façon bouclier humain. Ce geste de la bleue avait été idiot lui aussi et laissait à penser qu'en dehors d'un gout très prononcé pour la prise de risque et les choix inconsidérés : elle n'avait vraiment rien pour elle. Cela arrangeait toutefois bien les affaires de Byleth qu'une femme aussi belle et intelligente qu'Edelgard, aux ambitions honorables et démesurées, lui accorde un regard. Ce qui était plutôt problématique cependant était son entêtement car cette femme si petite par la taille (mais grande par l'esprit) était vraiment butée. Elle n'avait eu que le mot « guerre » aux lèvres plutôt que « dialogue » ou bien « négociations » mais ces deux derniers n'étaient pas non plus le fort de la mercenaire qui préférait souvent également les solutions plus rapides. Et rapides sous-entendais régulièrement violentes.
Byleth, hésitante et réticente d'aller à la rencontre de sa dame – du moins de celle qui aurait pu l'être si elle n'avait pas décidé de mettre à feu et à sang un continent entier – se retourna une dernière fois avant d'entrer. Peut-être que ses camarades des Aigles de Jais qui avaient préféré l'épée de leur professeure à la hache de leur souveraine auraient changé d'avis. Hélas le seul oiseau présent à plusieurs dizaines de mètres voire plus de là était Dorothea, flanquée derrière une énorme colonne, le pouce levée et le visage armée d'un grand sourire d'encouragement. « Vous pouvez le faire ! » lisait-elle dans son regard. Ce à quoi Byleth répondit seulement « Je vous déteste » d'un seul sourcil levé.
Après cette voute silencieuse d'échanges et de communication mimée et peut-être mal interprétée aussi, la mercenaire n'eut d'autre choix que de remplir son rôle puisqu'elle avait après tout accepté la mission (on l'y avait surtout poussée). Alors, elle se raidit comme un panneau de sens interdit le long d'une route et fit un premier pas théâtral à reculons toutefois sur le long tapis rouge. L'écho de chacun raisonnait pour tendre l'atmosphère et la rendre un peu plus lourd encore.
—Professeure… grommela une Edelgard plus tout à fait humaine puisque son visage se recouvrait peu à peu d'écailles sombres.
—Edelgard.
Un silence s'installa très vite. L'impératrice déchue n'était dans son meilleur jour : les traits de son visages étaient tirés et ses yeux parme devenus rouges. L'une de ses cornes ornementales et symbole de la guerre (encore) s'était brisée certainement dans la bataille et libérait ses longs cheveux blancs. Quant à Byleth, elle n'avait jamais été très loquace. Une caractéristique héritée de son rustre de père.
—Je savais que vous viendriez.
Sous sa nouvelle forme, l'Adresrtienne s'était peut-être vu offrir la faculté de clairvoyance ou de divination puisque la mercenaire aurait préféré se trouver n'importe où ailleurs pour laisser à cette dame le temps nécessaire pour se calmer. Cela sans compter sur les Aigles qui l'avaient littéralement jeté en pâture à leur « Reine ». Quoi de mieux qu'un monstre pour affronter un autre monstre, avaient-ils prétendu après que leur professeure ait fait pleuvoir le sang dans des gestes insensibles et froids mêlant violence et folie sur les nombreux champs de bataille. Toutefois, au lieu de dégainer sa lame, Byleth préféra se gratter nerveusement le crâne. Un geste qui interpela l'impératrice si cela était encore possible puisqu'elle semblait privé de toute humanité. Au moins de moitié.
—Êtes-vous celle qui parviendra à me tuer ? Professeure… Vous savez que c'est la seule façon de m'arrêter.
—Vous tuer ? Je ne ferai jamais ça.
La bleue repensa aux paroles de Dorothea, du moins à ses très nombreux opéra où elle chercha inspiration. Les mots n'étaient pas son fort après tout, mais elle voulait éviter un combat même si en découdre avec une Edelgard gonflée aux sombres hormones ou toute autre forme de malédiction restait intéressant. Pas une seule fois l'élève n'avait jusqu'ici triomphé face au maître mais cette-fois ci, Byleth n'était par certaine de pouvoir se relever si défaite devait suivre.
—Edelgard… Je ne suis pas ici pour vous tuer. Ce n'est pas là la femme que je suis devenue. Avec vous. En marchant avec vous. Et en croyant en vous.
Mais la plupart des opéras chantés par Dorothea avaient depuis longtemps quitté sa tête et pour la plupart d'ailleurs, elle avait fait semblant d'écouter. Byleth n'eut donc d'autre choix que d'improviser pour avoir une chance de raisonner la souveraine.
—Je sais que vous avez toujours recherché mon soutien mais ce que vous ignorez est qu'avant de vous connaitre, je n'avais aucun but alors… D'une certaine façon, c'est vous qui m'avez sauvé. Comment pourrais-je vouloir votre mort alors que c'est bien là, la seule chose que je désire empêcher !
Mais les mots glissaient sur une Edelgard possédée dont le corps se recouvrait de miasmes noirs comme ceux qui embrasaient les paumes de son ombre, Hubert, qui était probablement assommé quelque part entre deux trois cadavres agonisants. Le choc au réveil serait rude mais il s'agissait seulement de « rendre la pareille ». Une expression que la mercenaire et sa team venaient de découvrir et qui voulait plus ou moins dire la même chose que se venger mais en plus délicat et fairplay. Ca passait mieux ainsi.
—Vous avez pourtant préféré vous ranger du côté des ennemis. Du côté de l'église. Aux côtés de Rhea.
La dernière partie de la phrase avait été prononcée avec bien plus de véhémence et d'hostilité que la première ce qui en disait plutôt long sur les sentiments qu'Edelgard n'avait jamais cherché à nier. Mais comment justifier le fait que la mercenaire avait surtout été prise de court et que dans la panique elle s'était faîte submergée ? Et puis, pas une seule fois Edelgard ne lui avait parlé très franchement de ses plans pour certains abracadabrants avant de s'allier elle-même aux ennemis. Aux serpents ! Un choix désespéré, sa seule chance de gagner de surcroit mais tout-de-même. Byleth, pour qui réfléchir n'était jamais la première option (pas même la dernière), s'était laissée porter en pensant qu'elle arriverait simplement à la faire changer d'avis. Cinq ans plus tard et un continent à sang ravagé, elle commençait toutefois à douter. Etait-elle seulement capable de raisonner sa reine ?
—Il n'est pas encore trop tard, Edelgard. Vous pouvez encore faire marche arrière !
—Hélas, cela est impossible… Je suis… Je suis devenue un monstre. Un monstre que rien ni personne, pas même vous, ne pourra arrêter.
—Vous n'êtes pas un monstre… Seulement une femme. Une impératrice bien trop têtue et toujours aussi petite.
—Comment osez-vous ?!
—El.
Mais la colère de l'Adresrienne se figea sur son visage et la mercenaire approcha. Elle n'avait toujours pas dégainée, trop confiante peut-être, convaincue de pouvoir gagner. Malgré la silhouette grimée d'Edelgard, elle ne pouvait s'empêcher de croire en elle. Derrière les billes carmin elle savait que demeurait encore son élève. Cette jeune femme suffisante qui masquait une innocence qu'elle avait été seule à comprendre. Des failles et faiblesses, des doutes et des craintes dont elle avait refusé de faire part. Edelgard était une femme blessée, brisée, dont la dernière option avait simplement été de se sacrifier. Une option que la mercenaire ne pouvait accepter. Une décision stupide comme elle-même en avait tant prises par le passé et encore aujourd'hui. Peut-être que se faire qualifier de monstre n'était par la seule chose que les deux partageaient. Il y avait aussi l'idiotie.
—Edelgard… Je vous en prie.
La mercenaire était déjà assez proche de l'Adestrienne et ce dernier pas allait peut-être lui coûter la vie. Si Edelgard était une femme d'ordinaire plutôt calme et réfléchie rien ne suggérait que sous cette forme elle le soit encore. Après tout, préférer se changer en monstre à la défaite était une option plutôt… radicale. Même si, pour Byleth, rapidité rimait aussi avec efficacité alors elle la comprenait quand même un peu. Qui n'aurait pas rêvé de pouvoir éliminer d'un seul souffle tous ces ennemis ? A bien y réfléchir, la mercenaire préférai la méthode à l'ancienne qui consistait à couper des têtes, trancher des corps, pour se tracer un chemin plutôt que de simplement tout détruire. Finalement, cette réflexion silencieuse qu'elle se passa de partager à haute voix lui fit se demander s'il n'existait pas une certaine forme de délicatesse dans la violence et l'art de tuer.
La réflexion philosophique que Byleth se fit lui noua le cerveau. Réfléchir n'était jamais la meilleure solution. Elle préférait laisser cela aux plus instruits du groupe, même si dans son cas, le plus instruit était également le plus fainéant donc il ne réfléchissait pas beaucoup non plus. Ferdinand était lui trop occupé à admirer les traits de son visage dans un miroir pour s'afférer à de quelconques réflexions. Quant aux autres… Les théories de Petra auraient été incompréhensibles, Dorothea en faisait part en chanson, et Caspar n'avait que le mot « castagne » à la bouche. Byleth, qui oubliait sûrement quelqu'un, ne pouvait vraiment compter sur personne pour établir un plan d'action. Alors, la facilité revenait simplement à foncer dans le tas sans réfléchir.
N'ayant plus d'autres options ni choix, la mercenaire se contenta d'attraper fermement le col d'une Adrestienne qui par instinct bestial grogna… Ses lèvres s'entrouvrirent à peine sur des petites canines que sa nouvelle forme lui avait imposée et que la bleue trouva… d'une certaine façon, adorable. Edelgard se voyait tel un monstre gigantesque prêt à frapper, mais Byleth la regardait comme un petit poussin armé de dents pointues. Les deux reflets s'opposaient dans une situation cocasse et particulièrement risible, alors que la bretteuse tenait l'impérialiste comme si elle s'apprêtait à la secouer comme un cocotier à Brigid.
—Et maintenant, Professeure. Que comptez-vous faire ?!
La question ne trotta pas de longues secondes dans la tête de la mercenaire qui se contenta – comme d'habitude – de foncer dans le tas et ses lèvres s'écrasèrent contre celles de la blanche qui en perdu souffle et mot. Un peu violent comme premier baiser mais elle n'avait pas eu maintes expériences et venait d'improviser. Un mot qui faisait sens dans son esprit et qui finalement était bien plus efficace que « réfléchir » qui lui ne trouvait ni grâce ni définition à ses yeux.
—Qu- Qu- Qu'est-ce que vous venez de faire ?!
Les joues de l'impératrice étaient aussi rouges que ses yeux et sa tenue mais son visage affichait une expression mi gênée mi accidentée. Elle ne savait plus si elle était choquée par le geste, vexée qu'une simple d'esprit si rustre ait osé, ou bien tout simplement… Surprise. Prétendre ne pas avoir déjà une fois imaginé pareille scène aurait été mensonge mais jamais elle n'aurait pensé à la salle du trône du palais impérial, jamais ainsi, et pas comme ça. La seule chose qui collait finalement était la délicatesse (absente) de la bleue, bien inhérente à elle comme dans tout ce qu'elle faisait d'ailleurs.
—Ca suffit maintenant, El ! Je suis fatiguée des champs de bataille, de tuer, des campagnes qui ne s'arrêtent jamais, de tuer encore. De subir les menaces de Hubert ! J'aimerais simplement pouvoir me reposer ! Serait-ce seulement possible ?
La main de la bleue glissa ensuite dans celle de la blanche comme une mère le ferait avec son enfant à la sortie de l'école. Un enfant qui aurait fait une terrible, ô terrible bêtise. A peu de chose près, c'était un peu pareil. Du moins c'est ce que la souveraine ressentait. Une souveraine penaude, outrée, à qui ne restait que peu de dignité après cela. Envisager de sortir du palais lui parut… impossible.
—Pourquoi ? Pourquoi ne m'avez-vous jamais…
—A quel moment aurais-je pu le faire ?! la coupa impérieusement une Byleth très agacée. Vous êtes partie vous faire couronner en secret et vous n'avez même pas pensé à m'inviter afin de toiser tous ces nobles !
—Je n'ai pas réussi à vous trouver afin de vous le proposer ! invectiva la blanche aux joues encore très parsemées de rougeurs.
—Comme cela vous arrange bien maintenant ! Et si ça ne suffisait pas vous vous êtes dévoilées sous les traits de l'Empereur des Flammes dans le tombeau sacré comme une fleur fraiche s'épanouissant à la rosée du matin ! Quand aurais-je bien pu vous dire quoique ce soit concernant mes sentiments avec tout ça ?!
—Vos… sentiments…
—Vous êtes une idiote, Edelgard ! Une impératrice mais une idiote ! Votre force est immense mais votre perspicacité est ridicule. Maintenant, rentrons.
—Professeure…
—Tous vos amis vous attendent.
Edelgard ne remarqua pas les écailles sombres qui disparaissaient une à une depuis que Byleth avait entrelacé ses doigts dans les siens, ni d'où provenait cette chaleur diffuse. Sa forme la priva d'une réflexion, qui pour l'heure, fort heureusement, préservait sa fierté. Les deux formaient une belle paire d'idiote prête à affronter le monde – ou pas – qui ne s'imaginait probablement pas le beau merdier qui les attendait là dehors. Faire la guerre, c'était bien. Mais puisqu'il ne fallait plus abattre la reine, comment la remporter ? Beaucoup trop de questions se formaient dans la tête de la mercenaire qui n'avait qu'une envie : dormir. Et puis, elle gérerait ça façon Byleth : elle improviserait. Après tout, Fódlan était seulement sans dessus-dessous. Mais ça, elle s'en occuperait demain.
