Une Playlist que j'ai faite pour être dans le mood :) : playlist/09slp3tJ5ZnvmKX23ZntBG?si=rMg75p0PTP-oEDkpJGuFsA&utm_source=copy-link
3h48 - Agence des Détectives Armée
L'agence était fermée depuis maintenant plusieurs heures, Kunikida le bourreau du travail était même parti, laissant donc un Dazai complètement irresponsable et imprévisible seul dans les bureaux. Celui-ci disait qu'il faisait son travail, il remplissait la paperasse tant demandée par son collègue, enfin c'est surtout ce qu'il cherchait à se convaincre qu'il était en train de le faire. Parce qu'en y regardant bien, Dazai faisait tout sauf compléter ses rapports de missions pour le patron. Non non, comment on pouvait s'y attendre de sa part, le jeune homme était avachi sur sa table, à fixer un point dans le vide tout en chantonnant son habituel chanson et en réfléchissant de quelle manière il pourrait mourir de manière indolore dans les jours qui suivent
Il n'avait toujours trouvé personne avec qui mourir et pour parler honnêtement, ça le faisait chier. Profondément chier.
Il voulait son suicide romantique, il ne demandait rien de plus. Mais tout portait à croire que sur cette stupide planète personne n'était près à partager son opinion.
Le stylo qui faisait d'incessant cliquetis témoignait de l'ennui de Dazai qui bien qu'il n'avait rien à faire ne voulait pas pour autant partir de l'agence. Par paresse probablement.
Si son partenaire de l'ADA pouvait le voir, il lui gueulerait dessus à coup sûr.
Il entendait déjà la voix de ce cher Kunikida Doppo, et il serait toujours aussi agréable qu'à son habitude. Enfin bon, leur caractères sont diamétralement opposés alors comment voulez-vous que le travail acharné que son collègue réalisait puisse également être fait par Dazai ? C'était tout bonnement impossible. Dazai était quelqu'un de bordélique et ce que ce soit dans sa vie ou dans sa manière d'être tandis que son partenaire de l'ADA lui ne l'était pas le moindre du tout.
"Si Kunikida-Kun avait eu la chance de venir dans mon ancienne maison il aurait surement fait une crise cardiaque" Pensait subitement Dazai à voix haute en ricanant
Et il avait raison, Kunikida n'aurait pas supporté la vue des bandages trainant partout, les vêtements en boule sur le semblant de canapé, la pile de vaisselle qu'il laissait s'empiler de jours en jours, la mini fenêtre complétement crade, les bouteilles vides sur le sol, la corbeille à papier pleine de lettre de suicide qui n'ont jamais aboutis, les photos avec ses anciens amis de la mafia, et surement plein d'autres trucs qui dégouteraient Kunikida et qu'il avait oublié.
Parfois Dazai avait envie d'y retourner, y récupérer quelques souvenirs chers à son cœur, faire le tri, et d'y mettre le feu afin de définitivement tourner la page et de finir ce chapitre de sa vie qu'il avait marre de voir revenir constamment.
Mais il ne pouvait pas s'y résoudre...
Parce que tout brûler du sol au plafond revient à devoir dire au revoir à ses plus précieux souvenirs. Et ces souvenirs-là, il n'était pas prêt -et ne le sera jamais- à leurs dire au revoir. Non il ne l'était définitivement pas. Trop important pour lui, trop important pour ses anciens amis, il ne voulait pas qu'ils leurs restent plus rien de l'existence futile et inutile de Dazai Osamu. Parce que quand bien même Dazai Osamu n'était qu'un égoïste jusqu'à la moelle, il ne voulait pas partir sans rien laisser pour les autres. Enfin peut-être bien que ce geste était bien plus égoïste que tous les autres ? En laissant des souvenirs, les gens se souviendront éternellement de lui, et ça ... C'était affreusement ingrat de sa part ... Parce qu'ils ne pourront pas l'oublier.
Mais qu'importe, il n'irait pas brûler son vieux conteneur.
Mais ... Peut être qu'il irait y faire un tour.
Ça lui trottait dans le crâne depuis maintenant plusieurs jours. C'était rare que Dazai ait envie de faire autre chose que d'essayer de se suicider sans se faire mal.
Par contre, l'odeur du bâtiment devait être immonde.
"J'y vais, je n'y vais pas, j'y vais, je n'y vais pas ... "Il arrachait les feuilles de sa vieille plante déjà morte qu'Atsushi lui avait offerte, même elle était morte avant lui "Pfft ... Il ricana Même cette stupide plante s'est suicidée sans grande difficulté"
Il ne bougea pas après cette constatation, il soupira en fixant un point invisible sur le mur face à lui, il n'avait clairement pas le courage de bouger. Il faut dire que le mur de l'Agence était particulièrement beau le soir.
Dazai soupira de nouveau, levant ses yeux au ciel exaspéré par lui-même. Fallait vraiment qu'il se secoue. Du moins il devait partir de là avant que le blond arrive à l'agence et le trouve avachi sur son bureau comme à son habitude.
Après avoir poussé un long râle, s'être fait craqué les trois quarts des os de son corps, et avoir hésité à se lever pendant 15 minutes. L'homme aux mille bandages décida de se bouger l'arrière-train. La nuit était si calme, à 4 heure du matin rare étaient les personnes qui ne dormaient pas, la lumière apaisante des lampadaires hideux de Yokohama envoyaient des halo lumineux dans la pénombre et servaient de Soleil artificiel quand la Lune seule ne suffisait pas. Dazai aimait le calme et la noirceur de la Lune.
Il ne pouvait s'empêcher de trouver chez elle un certain réconfort. Aussi longtemps qu'il marcha, en arpentant et voguant à travers les rues, Dazai ne pouvait s'empêcher de lever son regard vers elle. Majestueuse la nuit seulement, la Lune lui rappelait certains de ces amis, elle était belle, dominait le ciel pendant un temps, et ne semblait pas aussi seule que le Soleil qui par son écrasante brillance effaçait tous les autres astres. La Lune, elle, laissait la place aux étoiles pour briller, et il appréciait ça chez elle.
Tout en marchant le long des quais du port de la cité portuaire, Dazai laissait son oreille associer le bruit de l'eau s'écrasant sur les brises vagues et qui faisaient de petit clapotis agréables à entendre, à l'image sublimante du satellite de la planète bleu. Le faisant se sentir plus calme, plus à l'aise et en symbiose avec lui-même alors que rare était les moments où il se sentait en paix avec sa propre personne, Dazai essaya un maximum de ressentir ce sentiment qu'il ne connaissait que trop peu.
L'air marin frappait son visage quand il se tenait face à l'horizon, les yeux fermés. Pour une personne qui savait qui était Dazai et son désir si grand de mourir, dans cette position, la face en tête à tête avec la profondeur et l'infinité du ciel et de la mer, iel aurait pu croire qu'il s'apprêtait une énième fois à tenter de mettre fin à ses jours. Et certes en tant normal il l'aurait certainement chercher, cette fin qu'il veut tant. Après tout, quel était le sens de sa vie même ? Il ne savait pas trop, et n'avait pas du tout envie d'y penser là maintenant alors qu'il se sentait tranquille à l'heure actuelle. Il appréciait juste la beauté et la quiétude du lieu. Et surtout il cherchait à prendre le plus son temps, parce qu'il savait pourquoi il était venu là, et il n'avait pas trop envie d'affronter ce qu'il voulait faire. Ca lui faisait peur.
Peur de remettre les pieds là bas, un lieu chargé d'émotions, et de souvenirs qu'il aurait tant voulu oublier. Comme il avait tant de fois souhaité être capable d'oublier le souvenir de son visage mourant qui était ancré dans son esprit depuis quatre ans maintenant. Mais tout c'était soldé par des échecs, et même ses innombrables tentatives ne lui avaient jamais permis d'aboutir à une simple amnésie.
Mais il savait qu'il avait déjà fait un grand pas en avant.
C'était la première fois en quatre années qu'il arrivait à revenir dans ce qui pouvait s'apparenter à son ancien quartier -quand bien même il était le seul à vivre là-.
Et il se savait assez détendu pour tenter d'ouvrir la porte de son ancienne demeure.
Quand bien même sa respiration se ferait courte, peu importe si ses mains se feront moites, peu importe si la transpiration coulait le long de ses tempes, peu importe s'il se met à pleurer, le jeune détective connaissait un besoin d'aller sur les traces du lui d'une époque qu'il avait voulu oublier.
Et d'une certaine manière il avait envie de renouer un lien avec son passé, il voulait que Dazai Osamu ne soit plus qu'une moitié de lui même, il voulait avoir un Dazai Osamu complet, un Dazai qui accepte son passé, un Osamu qui soit fier de soi et qui arrête d'être une simple façade de lui même.
"Es tu content de moi Oda ? Du gars que j'essaie de devenir ?"
Dazai savait que la réponse ne se ferait pas entendre, mais il savait que son ami le soutenait, qu'il était derrière lui à surveiller qu'il ne fasse pas de connerie pour le rejoindre.
Et bon Dieu, qu'est ce que Oda devait soupirer en voyant ses vaines tentatives.
Mais si Dazai savait une chose c'est qu'Oda était celui qui mettait toujours un obstacle en travers de ses techniques pour s'enlever la vie. Et même s'il ne l'avouerait jamais à personne, Dazai était gratifiant envers son ange gardien qui essayait de lui montrer que la vie méritait d'être vécue et que non il n'était pas seul, des gens comme Atsushi était là pour lui maintenant.
"Je suis devenu ce que tu voulais que je sois, j'ai lâché la mafia, et j'ai rejoint l'agence des détectives. Dazai s'asseya sur le bord de la digue, les pieds au-dessus de l'eau et continuait de parler avec un fantôme Pour être honnête, je ne sais pas trop ce que j'y fais... Je ne tue plus certes, mais ... Tout est exactement pareil que dans la mafia portuaire. Je me lève, j'ai envie de crever, je vais dans les bureaux de l'agence, je feins travailler, Kunikida gueule car je fous que dalle, un peu comme Ango d'ailleurs, le boss m'envoie en mission, je réussi la mission puis je tente de mourir, ça ne marche pas alors je vais chez Lupin, je bois un coup jusqu'à être un peu saoul puis je rentre en titubant jusqu'à mon appartement et je m'écroule sur le canapé. Il soupira C'est pas exactement ce que je pensais que ça serait, travailler pour le bien c'est mieux je ne le nie pas mais ... Non rien oublie, je divague et j'ai pas envie d'être triste cette nuit." Il sourit tristement en regardant l'horizon et s'autorisa à rester quelques minutes supplémentaires assis.
Quand il se leva, une demi-heure plus tard, en regardant sa montre, Dazai vit qu'elle affichait cinq heures et vingt minutes du matin, il avait décidément pris tout son temps. Peut être qu'il serait temps d'aller faire ce pour quoi il était venu ici en premier lieu. Parce que dans moins d'une heure la ville commencerait à se réveiller et à venir travailler sur le chantier naval, et il n'avait clairement pas envie de justifier sa présence sur celui-ci. Parce qu'il n'aurait rien à répondre. Personne ne le prendrait au sérieux s'il disait qu'il vivait ici.
Le lieu était toujours calme, seul le bruit de ses pas résonnaient sur le macadam.
Au fur et à mesure qu'il avançait vers son ancienne demeure abandonnée, il sentait la tension parcourir ses doigts sous forme de fourmillement, il avait peur, il fallait l'avouer
Dazai était effrayé.
Effrayé à l'idée de regretter la mafia et tous ces moments qu'il y avait vécu, effrayé que revenir soit la pire décision qu'il ait pu prendre, effrayé de ne pas pouvoir supporter toute la nostalgie.
Effrayé de retomber sur ses affaires.
Mais il fallait qu'il le fasse
Qu'il accepte son passé et qu'il aille de l'avant, c'était le seul moyen pour lui de se dépêtrer de ce sentiment qui le prenait à la gorge depuis la mort d'Oda, ce sentiment d'être comme un imposteur au sein de l'Agence. Cependant est ce que y remettre les pieds ne renforcerait pas cette impression ?
C'était du cinquante/cinquante il ne pouvait pas savoir comment son esprit réagirait face au flot d'émotions qui le guettait. Et là, face à la porte du bâtiment de ferraille vert dans lequel il avait logé pendant une dizaine d'années, il ne savait plus, sa main tremblait de plus en plus et il avait du mal à déglutir. Il avait tellement peur de se noyer dans un abîme sans fond, les souvenirs sont une chose que le jeune homme au tempérament suicidaire appréhendait plus que tout et de se retrouver dévoré par le monstre de culpabilité qui le surveillait constamment depuis le jour dont on ne parlait jamais dans la mafia. Alors... oui, l'envie de fuir le tentait fortement mais en même temps il y avait cette tentation d'ouvrir la porte comme il avait l'habitude de le faire qui surgissait doucement dans son subconscient.
Alors il décida d'écouter la petite voix dans sa tête qui lui disait d'ouvrir la porte, celle qui lui disait depuis le début de la soirée qu'aujourd'hui était le jour parfait pour replonger dans ses souvenirs, de sombrer sous la nostalgie quitte à pleurer, à paniquer et à regretter. Et puis bon maintenant qu'il avait réussi à se pointer devant son vieux logis, autant faire ce pourquoi il était venu.
Il plongea sa main avec une certaine pointe d'hésitation dans sa poche et en sortit son trousseau de clé sur lequel était toujours suspendu celle qu'il cherchait. Il n'avait jamais eu le cœur à s'en séparer, tout comme il n'avait jamais eu le cœur à brûler ses souvenirs.
Dazai était un sentimental, ce que les rumeurs avaient pu dire sur lui n'était pas fondé et servaient juste à former une image déformé de la réalité, le présentant comme quelqu'un sans port d'attache quand il était encore très fortement attaché à son ancien lieu de vie.
Sa main se resserra autour de la clé tandis qu'il prenait une grande inspiration, il pouvait le faire, il allait le faire. Il l'enfonça dans la fente de la serrure, la tourna, une fois, deux fois, jusqu'à entendre le petit cliquetis indiquant l'ouverture de la porte.
C'était fait, l'entrée était déverrouillée. Il lui suffisait juste de la pousser pour replonger dans un monde qu'il avait essayé d'enterrer en même temps qu'on avait plongé le cercueil d'Odasaku dans ce trou sous le grand arbre de la colline.
Hors il n'avait jamais réussi à entièrement laisser derrière lui ça puisque sa présence devant sa maison prouvait entièrement que la page n'était pas tournée.
"Allez Dazai ! Tu peux le faire" Fit il en posant sa main doucement comme si le battant de bois allait tout à coup le mordre, il prit une grande inspiration, secoua ses mains par réflexe pour se donner du courage puis il entama de pousser la porte. Il suait à grosses gouttes, il était rare que Dazai soit si angoissé par une situation dans laquelle il s'était lui-même mit.
Au fur et à mesure que la porte se faisait de plus en plus pousser vers l'intérieur, la pénombre de la pièce laissa une douce lueur la pénétrer, la lumière artificielle des vieux lampadaires au fonctionnement douteux illuminait une bonne partie de la chambre. Cependant le ciel étant parfaitement dégagé, la Lune pouvait éclairer à son plus fort potentiel et se reflétait dans le miroir d'eau des géants, la lumière de l'astre était donc un éclairage majeur de l'ancien appartement de Dazai.
"Je suis rentré !" Cria la voix du jeune Dazai, ou plutôt celle du souvenir du jeune Dazai.
Il se revoyait, à quinze ans, rentrant en trombe dans son appartement toujours en hurlant à qui voulait l'entendre qu'il était rentré chez lui. Il se rappelait comment le jeune lui aimait bien faire comme s'il était un adolescent comme les autres quand ce n'était pas le cas , il s'imaginait avoir des parents à saluer quand la seule personne qui aurait pu faire office de figure parentale était Mori.
Le voile qui était posé sur ses souvenirs et qui occultait cette partie de sa mémoire était en train de tomber en lambeaux, de voler en éclats. Il posa un pied à l'intérieur de la pièce encore sombre et chercha de sa main gauche toujours tremblante l'interrupteur principal, l'électricité devait toujours fonctionner puisqu'il n'avait jamais eu la foi de résilier son contrat pour l'électricité et l'eau, alors que ce même contrat faisait chaque mois des prélèvements automatiques pour que justement tout continue de fonctionner. Et en effet, quand sa paume effleura l'interrupteur la lumière fût.
Rien n'avait bougé, tout était encore là, il était de retour ? Vraiment ?
Il entra entièrement dans la pièce, referma la porte derrière lui "Plus d'échappatoire possible" murmura le jeune homme aux mille bandages pendant que son sourire apparaissait doucement sur son visage. Il essayait fortement de ne pas pleurer, il ne voulait pas, pas encore. Et il s'avança vers son lit, les draps étaient propres et le couchage semblait refait, ça lui semblait bizarre mais il ne s'attarda pas sur ce simple détail puis s'asseya sur le matelas tout en prenant le soin de regarder plus en détail la pièce.
Et elle lui semblait si propre comparée à son appartement actuel, est ce que travailler pour l'Agence l'avait rendu plus bordélique ? Il n'en savait rien, il savait juste qu'il n'aimait pas ranger et nettoyer.
Son regard tomba sur le mur au-dessus de son lit, il y avait quelques photos d'accrochés. Un tsunami de souvenirs le submergea. Il y avait cinq polaroids d'exposé, il y en avait une avec Oda et Ango chez Lupin, une avec Akutagawa, parce que oui, quand bien même Dazai avait été une ordure avec le jeune garçon il appréciait suffisamment l'orphelin pour garder de lui une trace de leur lien dans sa maison, puis il y avait celle où il était seule avec Ango pendant qu'il l'embêtait dans son bureau, faut dire que la grimace sur le visage de l'employé à lunette le prouvait amplement, celle qu'il préférait était la suivante, c'était lui, Oda et les orphelins qu'il avait recueilli, tous étaient souriant et Dazai aimait beaucoup l'ambiance qui s'en dégageait.
Et puis il y avait celle avec l'autre nabot de Chuuya, et à en juger par leurs tenues ils devaient probablement avoir 16 ou 17 ans. C'était bizarre de revoir cette photo, ils avaient l'air si proche là dessus. Qui avait pris cette photo déjà ? Parce que ce n'était clairement pas un selfie, dans ses souvenirs ils avaient demandé à un passant, mais c'était il y a si longtemps qu'il n'était plus bien sûr.
Chuuya souriait timidement, pendant que Dazai lui affichait le sourire d'un abruti heureux, et pour une fois ils ne semblaient pas s'être crêpés le chignon.
Qu'est ce qu'il aimerait retourner à cette époque... Ca lui manquait plus qu'il pouvait en paraître.
"Oh non, Dazai ne commence pas à regretter la mafia, ça ne va pas le faire" se conseilla t-il en sentant les larmes et la culpabilité monter en lui.
Il réalisait tout ce qu'il avait perdu à la mafia, enfin il n'avait pas perdu grand chose. Juste l'amitié de Chuuya, sa complicité avec lui, son meilleur partenaire, et tous les moments passés avec lui.
Avec Oda ce n'était pas pareil, il n'avait rien perdu en quittant la Mafia puisqu'il n'était plus parmi eux, alors Dazai avait précieusement conservé tous les souvenirs communs qu'il possédait au creux de sa mémoire de peur d'oublier sa voix, son visage, ses manies et tout était resté avec lui comme un trésor empoisonné qui l'empêchait d'aller de l'avant.
Alors oui actuellement, assis sur son lit, dans son ancien logement, il regrettait sa décision, il regrettait d'avoir écouté Oda et d'avoir laissé Chuuya. Mais bon, il se devait de respecter les souhaits de son meilleur ami, mais aussi d'écouter les derniers conseils de l'homme le plus respectable de la mafia. Et rejoindre l'Agence, c'était certainement ce qui lui avait permis de rester vivant plus longtemps que s'il était resté dans la Mafia.
Il arracha les photos du mur, et il les posa sur la table de chevet, avant de partir à la recherche d'un sac ou d'un quelconque objet capable de contenir quelques souvenirs qu'il aimerait bien emmener.
Et en se baladant dans l'appartement il remarqua à quel point il était propre, la vaisselle était faite, les bandages usagés avaient disparu de chaque recoins de cette grande pièce à vivre et tous déchets qui autrefois occupaient le sol n'étaient plus là.
"Quelqu'un est définitivement venu vivre là..." Constata Dazai en attrapant un pochon en plastique dans le placard de l'évier. Ça ne le gênait pas vraiment, d'autant plus que la personne qui est venu vivre ici n'avait rien touché sauf pour nettoyer.
C'était bizarre de se dire que quelqu'un d'autre que lui avait réussi à vivre dans un pareil taudis, il pensait sincèrement que personne d'autre que lui pouvait réussir à vivre là.
En un certain sens, ça le faisait rire d'imaginer un inconnu entrer ici voir l'état misérable de la chose et entreprendre de tout ranger pour y vivre sans même savoir si le vrai propriétaire allait revenir.
Il venait de mettre les photos dans le sac, il trouva en chemin une des chemises qu'il avait volé à Oda et qu'il n'avait jamais récupérer après son départ précipité, il l'embarqua aussi ainsi qu'une vieille peluche qu'il avait depuis son plus jeune âge, au bout de dix minutes à chercher en vain son appareil photo il finit par le retrouver dans un carton sous son lit à côté d'une tonne de cartons pleins de bandages.
Puis il s'approcha de son bureau à lettre de suicide. Il ne voulait pas les lire, il n'avait pas envie, il voulait récupérer son kit d'écriture qu'Ango et Oda lui avait offert pour sa promotion au poste de chef de brigade dans la mafia.
Mais son attention se porta vite sur un tas de feuilles dispersées sur la table de bois. Il ne laissait jamais autant de lettre de suicide sur son bureau, il y en avait toujours une, si jamais il y arrivait, mais quand il échouait il la jetait automatiquement comme si celle ci lui avait porté la poisse dans sa tentative. Alors la corbeille devait être pleine mais le bureau vide. Et puis il remarqua vite que l'écriture sur le papier était beaucoup plus soignée. Ce n'était pas la sienne, lui il avait une écriture de cochon que peu de personne arrivait à déchiffrer, seuls ses proches amis y arrivaient, soit Oda, Ango et Chuuya.
Curieux, il s'asseya sur la chaise pliante bleu, et n'hésita pas à rentrer dans l'intimité de la personne qui était rentrée dans la sienne.
Il prit la dernière de la pile, supposant que c'était la plus ancienne. Et comme il le pensait c'était la plus vieille comme le prouvait la date inscrite à l'encre bleu.
12 Janvier 20XX
C'était deux jours après le décès de son ami. Deux jours après qu'il ai quitté la mafia. Personne ne pouvait savoir en si peu de temps que le logement serait vide. Personne sauf des membres de la mafia qui était proche de lui, donc des amis, et des sous-fifres.
Il continua sa lecture. C'était une lettre, elle lui était adressée mais il n'était pas sûr que son propriétaire voulait réellement que Dazai la lise.
Putain de merdeux de Dazai ! Comment as-tu osé faire ça à la Mafia ? Nous lâcher ? Sérieusement ! Tu pensais réellement qu'on prendrait cette nouvelle bien ?! Putain mais comment tu as pu ? Je pensais que la mafia était l'une des seule chose qui te rattachait à la vie !Enfin non je sais que ce n'est pas le cas mais ... Est ce que la mafia , ou au moins certains de ses membres ont compté à tes yeux ? Nous planté comme ça, parce que ton ami est mort pour notre organisation ?Tu te foutrais pas de ma gueule ? Putain mais va bien te faire foutre !
La première lettre était courte, mais surtout pleine d'incompréhension de la part de son auteur. Sous le coup de la colère, la lettre avait été écrite.
"C'est un peu pitoyable" soupira Dazai, il ne pensait pas vraiment que les membres de la mafia avaient pris son départ aussi à cœur. Et comme le montre cette lettre qui était délibérément laissée là, la personne qui l'avait écrite était tellement déçue du départ d'un des membres les plus fidèles de la mafia qu'elle avait juste réussi à s'exprimer sous le coup de la colère.
Et plus il lisait les lettres qui trainaient sur le bureau plus il se doutait de qui avait tout écrit. Mais celle qui lui avait vraiment mit la puce à l'oreille c'était certainement celle-là. La colère qui jusque là était maîtresse dominatrice des missives de l'auteur.e fut dans celle ci remplacé par des sentiments plus vrai, cette personne s'était mise à écrire à cœur ouvert.
14 janvier 20XX
Ça fait deux ans... Deux ans Dazai ... Tu te rends compte bordel d'à quel point deux ans c'est long ? Je ne sais même plus pourquoi je continue d'écrire, pfft comme si t'allais lire ça... Je crois que je continue d'espérer que tu reviennes, je sais que je ne devrais pas mais c'est plus fort que moi... Ca fait deux ans que tu as disparu ... Je n'ai aucune idée d'où tu te trouves et pourtant comme un idiot je continue de d'attendre désespérément que tu franchisses soi cette porte, soi celle du batiment de la mafia. Tu me rends fou, complètement fou... PUTAIN ... Pourquoi es- tu parti ? J'étais un si mauvais ami que ça ? Je comptais si peu pour toi ? Je crois que ... le pire c'est d'attendre ton retour sans savoir si tu es encore en vie ... Je veux dire en deux ans ... Peut être que l'une d'elle a fonctionné alors constamment j'achète le journal pour vérifier si des suicides ne sont pas annoncés ... Et quand c'est le cas j'ai toujours peur de voir ton nom d'écrit ... Je veux être le seul qui puisse écrire ton nom... Puisque ça voudra dire que tu n'es pas mort, ni en prison pour ton passé de mafieux, ni porté disparu. Ça doit sonner tellement psychopathe surtout venant de la part de la personne qui passe trois quart de son temps dans ce bâtiment miteux dans lequel tu vivais dans l'espoir de nouveau te voir rentrer chez toi. Mais souvent... Oui souvent , quand j'arrive à trouver le sommeil sans trop de difficulté, je me fais réveillé par un stupide rêve idéaliste dans lequel tu reviens, dans lequel j'ouvre les yeux et te vois allonger à mes côtés comme quand tu étais encore là. Bordel Dazai, je veux te revoir ! Tu es l'idiot qui m'a fait me noyer dans la mafia et tu as osé te barrer sans moi ? Tu m'as laissé me démerder seul dans le merdier dans lequel tu m'avais mis ? T'es tellement égoïste ! Mais j'aimerais tant que tu reviennes ... parce que nos disputes de gamins stupides me manquent. Mais tu sais quoi ? Ce que j'ai compris du fait que tu ne m'ais jamais donné de signe de vie c'est que pendant que TU me manques , ce n'est pas ton cas, JE ne te manque pas et je devrais me rentrer ça dans le crâne parce ça ne changera pas. J'ai l'habitude tu sais ... d'être le second choix. Parce que pendant que pour moi tu étais LA personne , je n'étais pour toi qu'un autre idiot que t'avais réussi à manipuler. Et c'est sûrement comme ça que tu me vois. Mais tu vois Dazai ... même si ton nom, oui ton putain de nom me fait mal, je continue de l'écrire, je continue de le prononcer dans mon sommeil ou dans mes putains de crises de paniques, attendant que tu viennes, que tu me sauves mais ce n'est pas le cas et ça ne le sera pas. PUTAIN, je t'ai laissé toucher mon âme, je t'ai laissé voir ma Corruption... je t'ai offert ma confiance ... et ça signifie peut être rien pour un stupide maquereau comme toi mais pour moi ... ça voulait tout dire ...Et en réponse tu es juste parti... Bordel je te hais tellement ... Tellement que je pense à toi tout le temps, à chaque moment de ma vie, dès que je fais une crise, que je pleure, cris, que je n'arrive pas à trouver le sommeil, quand je suis bourré, quand je suis avec quelqu'un d'autre à essayer de t'oublier je n'y arrive pas. Parce que ton putain de visage apparait dans mon esprit à chaque fois... Tu étais ma bouée de sauvetage et tu es partie me laissant dériver, couler. ... Tu me manques ... Vraiment
Dazai pleurait, son visage s'était décomposé au fur et à mesure qu'il avait avancé dans sa lecture. Il avait tant blessé Chuuya ? Parce que oui c'était lui, il l'avait déjà plus ou moins deviné grâce aux précédentes lettres mais celle ci, oui celle ci confirmait tous ses doutes. Il avait attendu ici pendant plus de deux ans qu'il revienne. Et Dazai n'était jamais revenu avant aujourd'hui. Il s'en voulait affreusement.
Il s'imaginait à la place de Chuuya, à attendre sans même avoir la certitude que la personne partie était encore vivante. Putain pendant quatre ans Chuuya a vécu dans le doute de la mort de Dazai, il ne l'avait appris que récemment qu'il était encore vivant, et en plus de ça chez l'ennemi.
L'illusion du jeune Dazai qui gambadait dans la pièce avait disparu, et bien qu'il n'était pas sous l'emprise de l'alcool, ou d'une drogue quelconque. Dazai voyait maintenant le spectre d'un Chuuya complètement abattu assis dans son lit. Et là, l'homme bandé de mille tissus usagés voulait juste prendre ce fantôme de son imagination dans ses bras et le câliner, le rassurer, de l'embrasser. Comme avant, quand il devait faire face au Chuuya perdu dans sa propre personne après une utilisation de sa Corruption. Et lui dire que maintenant il ne le laissera plus.
Mais il ne pouvait pas, il ne pouvait pas revenir dans la vie de Chuuya et avoir le culot de s'excuser, parce que ça voudrait dire qu'il regrettait la mafia.
Son téléphone vibra dans sa poche arrière, et vu le soleil qui était déjà levé depuis au moins trente minutes, il savait que ça devait être Kunikida qui venait l'engueuler. Alors il attrapa son portable et décrocha.
"-DAZAI Putain espèce d'abruti ! Pourquoi je t'ai fait confiance hier soir ! Bien évidemment que tu n'allais pas faire ton boulot , et maintenant je me retrouve avec deux fois trop de travail ! Ramène toi ! En plus le chef à une mission à te confier, Atsushi t'attends déjà devant son bureau ! Dès fois je me demande si c'était une bonne idée blablablablablabla... Kunikida continuer de radoter, Dazai ne l'écoutait plus, il se contenta juste de répondre
-J'arrive dans dix minutes... Désolé Kunikida-san, il renifla un coup et enfonça les feuilles de Chuuya dans le pochon ainsi que son set d'écriture.
-Hum hum dépêche toi ... "Puis il raccrocha au nez de Dazai.
Il était maintenant sept heures quarante, le temps plongé dans l'abîme de souvenirs était passé en un clin d'œil, et Dazai entreprit à travers ses larmes de laisser un petit mot avant de partir.
Je suis désolé, vraiment désolé Chuuya, je ne me rendais pas compte du mal que j'ai pu te faire. Si jamais tu vois ça, appelle moi, je viendrais ... Mais sache que tu m'as aussi énormément manqué Chibi ;)
En bas de son mot, Dazai laissa son nouveau numéro de téléphone. Et puis il partit, le cœur lourd, mais plus complet qu'à son arrivée. Il essuya les perles d'eau salées d'un revers de manches et referma de nouveau la porte de l'appartement, le jeune Dazai lui faisait signe de la main, il lui répondit puis laissa derrière lui de nouveau tous plein de souvenirs qu'il n'avait pas eu la foi ou l'idée de récupérer. Il reviendrait, il en était sûr.
Il avait confiance en Chuuya, il savait que le rouquin reviendrait dans ce bâtiment. Après tout la dernière missive datait d'il y a seulement une semaine.
Alors patiemment il attendrait de recevoir cet appel.
Et en attendant il allait revêtir son costume de clown suicidaire de l'Agence des Détectives Armés et il irait de nouveau ennuyer Kunikida Doppo.
"-Et voilà Odasaku, je suis revenu... Je ne regrette rien... C'était cool de se replonger dans tous ces souvenirs enfouis. Mais maintenant je repars le cœur plus lourd, tourmenté par l'image d'une limace en train de couler à cause de mon égoïsme." Murmura Dazai en poussant la porte des bureaux de l'agence prêt à entamer une nouvelle journée de dur travail avec des gens qui ne le connaissaient pas autant que ce qu'ils voulaient croire.
~Fin~
milixtair s'excuse des potentiels larmes qui ont pu couler, mais j'aime beaucoup imaginer ce genre de scénarios, essayant de plonger un peu plus dans la psychologie de Dazai et Chuuya, bien évidemment je sais que canoniquement ils ne sont pas entièrement comme ça, mais j'aime bien imaginer des Dazai et Chuuya complétement bouleversé par la fin brutale de leur duo. En tout cas dans ma tête, je vois vraiment ces deux personnages comme ça.
