Après une journée à s'entraîner, il était très agréable de prendre une douche.

Les recrues en formation de l'armée furent invitées à en faire autant.

« Un bon soldat doit être en bonne forme physique. Vous devez donc avoir une hygiène impeccable ».

Une douche collective et en vitesse pour ne pas gaspiller l'eau et, bien sûr, en guise de vestiaire, une salle avec des bancs.

Les garçons se retrouvèrent dans le vestiaire un tantinet gênés. Soudain, le silence fut brisé.

– Bon allez ! Il y plus qu'à !

Conny ne semblait pas le moins du monde perturbé.

Il se déshabilla rapidement et entra dans la douche armé de son savon.

– Chouette ! Je vais avoir toute l'eau chaude, lança-t-il ironique.

Les autres suivirent le mouvement.

Une fois passé le moment de gêne, la plupart n'y pensaient plus.

– Vous allez voir, elle est super bonne, les encouragea Connie.

Armin, mortifié, se glissa dans un coin avant de se dévêtir.

Eren se posait moins de question. Il était surtout pressé d'en finir. Mais il faisait attention à garder ses yeux loin bien en hauteur et sans contact visuel direct avec les autres.

Eren se plaça sous le jet de d'eau et poussa un cri.

– Mais elle est glacée !

Le rire de Conny fut la seule réponse.

– Je ne m'étais pas lavé avec quelqu'un depuis que je sais marcher, marmonna Armin.

– Ah bah moi, commença Eren.

– Comment ose-tu ? s'écria soudainement Jean. Je suis sûr que tu as pris un bain avec Mikasa ! Comment as-tu pu la mater ?

– Quoi ? Mais qu'est-ce que tu raconte, espèce de malade ?

– Ah ! Ça me rappelle que les filles font pareil en ce moment, déclara Marco rêveur.

– Tu l'as dis ! J'ai envie de voir si il y a un trou dans le mur de leur coté, se dit Connie.

– J'en connais une qui t'arracheras la tête si t'essaie, commenta Reiner.

– Ouais j'avoue, Ymir est flippante.

– Comment peuvent-ils parler de ça aussi librement ? se demanda Armin en regardant obstinément le mur devant lui.

– Eren ! Si j'apprends que tu pense à Mikasa, je t'en colle une tellement forte qu'elle te reconnaîtras pas, cria Jean.

– Mais ferme la !

– Mauvais plan Jean. Si tu fais ça, non seulement elle t'en voudras mais en plus elle aura pitié de lui et le soignera comme un oisillon.

– Je suis pas un oisillon ! protesta Eren. Et je peux très bien me défendre !

– N'empêche, continua Conny. Si ça se trouve, les filles ont la même discussion de leur coté.

– Je ne crois pas une seule seconde que Christa parlerait d'observer les garçons sous la douche.

– Ah bah, les filles ont l'air innocentes mais faut pas croire.

– Ymir a sûrement pas l'air innocente. Elle me regarde comme si elle voulait me tuer.

– Annie aussi a l'air de vouloir ma peau, je sais pas pourquoi. C'est pas celle que j'irais mater, moi, ajouta Marco.

– Nan mais elle fait la tronche tout le temps, dit Franz.

– Tout le contraire de Sacha.

– T'irais mater laquelle du coup, Marco ?

Marco prit un air rêveur.

– Hé bien…

– On devrait peut-être s'arrêter là, l'interrompit Reiner mal à l'aise.

– Je suis d'accord, approuva Armin.

– Oh allez c'est bon, lança Milius. On rigole juste.

– Ouais eh ben ce serait pas mal de passer à autre chose.

– Rabat-joie !

Reiner soupira, exaspéré.

– Franchement, réfléchissez un peu. Pensez aux conséquences de cette discussion ! Imaginez si l'une des filles en entend parler et décide de se venger ! Ou bien si l'un de nous tombe amoureux de l'une des filles et ne supporte pas la façon dont vous en parlez. Ça pourrait créer des tensions entre nous.

Un rire général accueillit son petit discours.

– C'était donc ça ! Tu veux pas que l'on parle de ta chérie !

– Alors c'est laquelle ? Christa ? Hitch ?

– N'importe quoi, protesta Reiner en rougissant légèrement.

– C'est bientôt fini ! s'écria Eren exaspéré.

Surpris, les autres restèrent sans réaction.

– Vous vous croyez où ? On est pas là pour s'amuser ! On s'est engagé pour apprendre à affronter les titans et reprendre le territoire qu'ils nous ont volé. Gardez vos délires pour vous et bouclez la !

Calmés, les autres ne dirent plus rien et continuèrent de se savonner.

– Hé Bertolt, ça va ? demanda Thomas. Tu dis rien depuis tout à l'heure.

– C'est bon, je vais bien.

– Non mais il est juste timide, plaisanta Samuel. T'inquiète pas ! On est tous fait pareil !

Nack s'approcha pour lui tapoter l'épaule dans un geste qui se voulait réconfortant mais qui fit sursauter Bertolt.

– Tu m'as fais peur, reprocha-t-il.

Nack rit mais s'arrêta d'un coup.

– Heu je rêve ou t'as pas de nombril ?

– T'es obligé de m'observer ? Ça me met mal à l'aise, là !

– Non mais c'est dingue ! Hé regardez ça !

Reiner se retourna vers Nack.

– Mais fiche lui la paix !

– Ah mais toi aussi !

La plupart des jeunes recrues s'approchèrent avec curiosité.

Reiner leur tourna le dos.

– C'est grotesque !

De nombreux commentaires se firent entendre.

– Vous êtes vraiment fatigants, déclara Reiner. On a été blessés et la blessures s'est refermée en recouvrant le nombril, c'est tout. Pas la peine d'en faire une histoire.

– Je pensais pas que c'était possible, commenta Conny.

– C'est quand même bizarre.

Refusant de prendre part à une conversation aussi insignifiante, Eren repartit se sécher dans les vestiaires.

– Hé mais Eren aussi, s'étonna quelqu'un.

Machinalement, Eren baissa la tête et constata qu'en effet, il était pas tout à fait pareil que les autres.

– Ah bah ouais tiens. Bah peu importe !

Armin arriva sur ses talons.

– Eren a raison. On s'en fiche complètement.

Très rapidement, Eren n'y pensa plus.

Reiner et Bertolt vexé de la curiosité dont ils étaient l'objet ne remarquèrent rien.

Peu à peu, les recrues parlèrent de l'affaire du nombril. Si trois personnes avaient perdu leur nombrils, alors ça devait être possible même si ça semblait bizarre.

Ils étaient troublés par cette idée.

Ce ne fut que des années plus tard qu'Armin fit le lien avec la capacité de régénération des titans.

– C'est vrai que ça fait bizarre de ne plus avoir de nombrils, avoua-t-il devant Annie dans son cristal. N'empêche, si Reiner ou Bertolt avait remarqué pour Eren, ils auraient compris tout de suite. On aurait pas échappé au carnage.