/!\ AVERTISSEMENT /!\
Cet OS est la traduction de l'OS en anglais Science écrit et publié par RedQ.
Comme une traduction reste une interprétation et surtout parce que le travail de cette autrice est phénoménale, je vous invite à aller lire l'original. Vous trouverez le lien ci-dessous.
https/s/12608263/
Joe inspira une grande bolée d'air avant de frapper prudemment à la porte du laboratoire de la scientifique. Barry ne fermait que rarement la porte pendant qu'il travaillait, mais Joe n'était pas surpris de la trouver fermée ce jour-là. Il aurait été plutôt surpris de la trouver ouverte.
Comme la porte ne s'ouvrit pas, Joe releva la main, s'apprêtant à réitérer son appel. Mais il s'interrompit, le poing à quelques centimètres seulement de la porte métallique, préférant retenter sa chance non pas en frappant à nouveau mais plutôt en parlant.
- Barry ? appela-t-il d'une voix tristement calme. Je sais que tu es là.
Il ne reçut aucune réponse.
Joe soupira et ouvrit la porte par lui-même. Elle n'était pas verrouillée. Barry ne verrouillait jamais la porte. Quand il ne voulait pas recevoir de visiteur parce qu'il avait besoin de se concentrer ou de s'isoler du reste du monde, il se contentait de fermer la porte. Tout le monde au poste comprenait le message. Quand la porte était fermée, tout le monde préférait éviter de déranger leur d'ordinaire amical jeune laborantin. Tout le monde, sauf Joe.
Joe entra avec prudence dans le laboratoire. L'inspecteur trouva Barry exactement là où il s'attendait à le trouver : penché sur son microscope.
- Barry ? l'appela-t-il à nouveau.
Encore une fois, il n'obtint pas de réponse. Barry ne lui adressa même aucun regard. À la place, il se tourna vers son ordinateur pour saisir les nouvelles données qu'il avait trouvées, tapant frénétiquement sur son clavier. Joe laissa échapper un nouveau soupir et s'avança.
- Bar ?
Joe posa gentiment une main sur l'épaule du jeune homme. Quelque chose se brisa chez l'inspecteur lorsque Barry se retourna violemment vers lui, haletant, le regard exorbité par l'affolement.
- Joe !
Joe dévisagea Barry. Il ne l'avait pas ignoré. Trop absorbé par son travail, le jeune laborantin n'avait tout simplement pas remarqué son arrivée.
- Désolé, je ne voulais pas te surprendre, s'excusa Joe. Je voulais juste voir comment tu te sens.
- Pourquoi ? demanda Barry, retournant à son microscope pour ne pas avoir à affronter le regard de Joe.
Joe soupira à nouveau, ostensiblement cette fois.
- Barry, ce que nous avons vu ce matin, je sais que ça t'a bouleversé.
- Comment veux-tu qu'il en soit autrement ? rétorqua le jeune sans interrompre son observation microscopique, l'amertume résonnant dans sa voix. Il faudrait être un psychopathe dépourvu d'empathie pour ne pas être bouleversé par… ça.
Joe prit le temps d'inspirer et d'expirer profondément. Barry avait raison. Tout le monde avait effectivement été bouleversé par ce qu'ils avaient vu. Même Joe. Cela faisait longtemps que la police n'avait pas eu à traiter une affaire aussi traumatisante. Et Joe voyait bien que Barry en était le plus horrifié de tous. Il l'était toujours avec de telles affaires.
- Barry, tu devrais faire une pause, suggéra-t-il. Tu n'as pas quitté ton labo depuis que nous sommes rentrés de la scène de crime.
Barry secoua la tête, haletant.
- Je ne peux pas Joe, marmonna-t-il douloureusement. Tu sais que je ne peux pas.
Joe baissa tristement la tête. Barry faisait toujours ça. Intervenir sur une scène de crime aussi macabre et révoltante poussait le jeune homme à se retrancher dans son laboratoire et à se plonger corps et âme dans son travail jusqu'à la résolution de l'enquête. Barry n'avait jamais laissé une affaire non résolue. Il en était incapable. Pour beaucoup, c'était parce qu'il était perfectionniste. Il l'était. Mais Joe savait que ce n'était pas la seule raison.
- Barry, ce n'est pas sain d'agir ainsi, l'avertit Joe. Tu fais un travail remarquable, Bar. Tu es un des meilleurs techniciens de la police scientifique, si ce n'est le meilleur. Mais tu as encore des progrès à faire en ce qui concerne cet aspect du métier. Je sais que ta passion fait ta force, mais tu dois apprendre à prendre du recul. Nous avons des entraînements pour…
- Tu ne comprends pas Joe, souffla Barry, accordant enfin un regard à l'inspecteur. Je sais tout ça. J'assiste aux mêmes entraînements que vous tous. Mais… ce n'est pas pareil.
- J'étais également sur cette scène de crime, Barry. Ce que tu as vu, je l'ai vu aussi, rappela douloureusement Joe. Alors je comprends très bien ce que tu ressens.
Barry secoua la tête alors que son regard s'assombrissait.
- Non, tu ne comprends pas. Tu ne peux pas comprendre…murmura Barry. Bien sûr que nous avons vu la même chose. Mais toi, tu n'as pas eu à observer, prélever, analyser, hypothétiser… Tu n'as pas eu à comprendre la science qui se cachait derrière.
- Barry… intima Joe. Ce que nous avons vu, c'est affreux, épouvantable même. Mais…
- Combien de temps peux-tu rester sur la pointe des pieds ? demanda subitement Barry.
Joe écarquilla les yeux. La question semblait venir de nulle part.
- Comment ça ?
- Combien de temps peux-tu tenir en équilibre sur tes orteils ? répéta Barry, amèrement.
Joe haussa les épaules, fixant Barry, troublé.
- Je ne sais pas trop, sûrement pas très longtemps, avoua-t-il.
- Et si ta vie en dépendait ?
Joe fronça les sourcils, la confusion se lisant dans son regard.
- Où veux-tu en venir, Barry ?
- Tu sais, c'est stupéfiant ce que l' être humain est capable de faire lorsque sa vie en dépend, murmura Barry. Dans ces circonstances, je suppose que beaucoup de personnes peuvent tenir en équilibre sur leurs orteils bien plus longtemps que ce dont elles se croient capables. En tout cas, une petite fille de onze ans le peut.
Joe sentit son estomac se serrer.
- Que veux-tu dire ? demanda le détective dans un souffle.
Barry ferma ses poings mais Joe remarqua quand même que les mains du jeune homme tremblaient comme les feuilles jaunies par l'automne secouées par la brise.
- La corde. Elle n'était pas assez courte, révéla Barry, la voix étranglée et les yeux embués. Elle était juste assez longue pour que ses orteils touchent la table. Le tueur voulait qu'il en soit ainsi. Après avoir tué sa famille, sous ses yeux, il voulait qu'elle reste pendue à cette corde, à se maintenir sur la pointe des pieds pour ne pas tendre la corde, corde qui a inévitablement fini par se tendre lorsqu'elle n'a pas eu d'autre choix de lâcher prise, exténuée. Cinq heures, Joe… Cinq heures d'agonie avant qu'elle ne meure ! Et lui… il a tout regardé !
Barry renifla et chassa la larme qui dévalait sa joue.
- C'est la science. Elle nous raconte ce qui s'est passé, cracha-t-il. Toi et les autres policiers, vous ne voyez que les conséquences, le résultat. Mais moi, je dois analyser tout ça, et trouver l'histoire qui se cache derrière ! Ce… ce n'est pas pareil.
- Barry… souffla Joe, affligé.
L'inspecteur n'avait jusqu'alors jamais réalisé l'investissement que chaque enquête demandait à Barry. Il était incapable d'imaginer tout ce que le laborantin voyait et devait voir, toutes ces horreurs que lui et les autres policiers ne pouvaient pas voir. Joe avait toujours pensé que Barry était chanceux. Il a toujours cru que, caché derrière la science, Barry était protégé de la violence et de la souffrance. Le jeune homme n'avait pas à interroger les témoins, les suspects, les criminels. Il n'avait jamais à enquêter sur la victime, apprenant alors malgré lui à la connaître, ou à poser les questions délicates. Pour Joe, Barry avait juste à se concentrer sur la science.
Mais il comprenait désormais. C'était la science, la véritable malédiction.
- Je ne peux pas faire de pause. Pas maintenant, avoua Barry, la gorge serrée. Je dois trouver une correspondance ADN. Je dois l'attraper.
Barry reporta son attention sur son microscope sous le regard attristé de Joe.
- Tu as trouvé de l'ADN sur la scène de crime ? demanda l'inspecteur avec intérêt.
Barry acquiesça sans relever les yeux.
- Du sperme, déclara-t-il en grinçant des dents. Il a fallu que ce salop prenne du bon temps.
Joe sentit son estomac se nouer. Il pouvait clairement entendre le dégoût dans la voix de Barry, la haine aussi. Venant du jeune laborantin, cette haine sonnait faux. Barry avait le cœur sur la main, ne voyant que le bon en chacun, n'éprouvant que rarement du ressentiment et de l'hostilité envers quelqu'un. Joe détestait voir Barry dans cet état, état dont la cause était son travail. Ce n'était pas juste.
- Barry, je pense que tu devrais vraiment faire une pause, prendre du recul, insista Joe. Je sais que tu veux faire la lumière sur cette enquête, trouver et arrêter ce gars. Je le veux tout autant que toi. Mais...
- Je ne veux pas, rétorqua Barry brutalement. Je ne veux pas le faire. Mais il le faut. Technicien de la police scientifique, ce n'est pas que collecter et analyser les preuves. Il faut aussi rentrer dans la tête du gars. Je dois comprendre sa façon de penser. Pour connaître le comment, je dois comprendre le pourquoi. Je ne veux pas. Je ne veux pas comprendre toute cette malveillance, cette colère, cette cruauté. Je ne veux pas résoudre des enquêtes. Je veux les stopper. Je voudrais pouvoir prévenir ce genre de choses, intervenir avant qu'elles se produisent.
- Je sais, Barry…
Joe savait. Joe connaissait parfaitement ce sentiment. Il le ressentait lui-même. La police pouvait résoudre toutes les enquêtes du monde, mais ça ne serait jamais suffisant. Si seulement il était possible d'agir avant. Mais la police était alors impuissante. Ils ne pouvaient agir qu'après la tragédie.
- J'ai toujours aimé mon travail, déclara Barry. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours apprécié la science. Mais après toutes ces heures passées sur le terrain, après toutes les horreurs que j'ai dû voir, je commence à détester la science plus que tout. Quand j'ai choisi ce métier, je ne m'étais pas rendu compte de cet aspect-là. Toutes ces effusions de sang et de violence, toute cette impuissance.
- Nous ne sommes pas impuissants Barry, contredit Joe. Tout le monde dans la police finit, à un moment, par le croire. Mais ce n'est pas le cas. Et même si nous n'empêchons pas les crimes de se produire, nous pouvons au moins mettre ces criminels hors d'état de nuire. Nous pouvons les empêcher de récidiver et faire de nos rues un endroit un peu plus sûr. Nous aidons les gens, Barry. Nous les aidons, les familles et parfois les victimes elles-même, à trouver la paix.
- Ils ne trouvent pas la paix, murmura Barry. Ils obtiennent justice, mais jamais la paix, Joe.
Les yeux de l'inspecteur s'assombrirent.
- Barry…
- Ce n'est pas à propos de ma mère, réfuta le jeune homme, reportant son attention sur son rapport.
C'était faux. Joe le savait. Cela concernait toujours sa mère.
- Si tu le dis, Bar, souffla Joe, l'estomac noué.
L'inspecteur ne voulait pas batailler avec Barry, pas sur ce sujet-là, pas une nouvelle fois. Et il semblerait que le jeune homme non plus, puisqu'il changea de sujet.
- Je vais quitter la ville pour quelques jours, annonça-t-il. Il y a moyen que tu me couvres ?
Joe soupira.
- Et où vas-tu aller cette fois ? demanda-t-il avec lassitude.
- Starling City. Il y a eu un cambriolage dans un entrepôt de Queen Consolidated. Je vais y aller, pour leur donner un coup de main sur l'enquête.
Joe lui jeta un regard sévère.
- Une nouvelle "enquête impossible" ? supposa-t-il, exaspéré.
- Quelque chose comme ça, admit Barry en marmonnant. Toujours d'accord pour me couvrir ?
Joe soupira mais accepta.
- Le capitaine finira par le savoir, tu sais, l'avertit-il. Il finit toujours par le savoir.
- Merci Joe, répondit Barry, ignorant tout simplement la mise en garde de Joe.
Joe n'insista pas. Il l'aurait fait d'ordinaire. Mais, cette fois, il pouvait sentir que Barry en avait besoin. Il avait besoin de se rendre à Starling City. Changer d'air l'aiderait sûrement à se vider la tête, à retrouver sa passion aussi.
Sentant que Barry avait besoin de se retrouver seul, Joe se dirigea vers la porte en soupirant. Barry qui l'appela l'interrompit dans sa marche.
- Joe.
L'inspecteur se retourna pour le regarder à nouveau. Son cœur se serra un peu plus encore, douloureusement, en voyant l'abattement dans le regard du laborantin.
- Est-ce qu'il disparaît ? voulut savoir Barry. Ce sentiment ? Est-ce qu'il finit par disparaître ?
Joe lui adressa un sourire, sourire rempli de tristesse.
- Non, avoua-t-il. Mais avec le temps, ça devient plus facile, une fois qu'on réalise une chose.
Barry le fixa, confus. Joe laissa échapper un long soupir.
- Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, Barry.
Barry grimaça, insatisfait. Joe reconnaissait cette expression. Il l'avait déjà aperçu de si nombreuses fois… dans le miroir. C'était un conflit douloureux pour l'âme. Joe aurait préféré que Barry, dont le cœur était aussi si tendre et l'âme aussi pur, n'ait jamais à l'affronter. Et il savait aussi que ces mots ne viendraient pas réconforter le jeune homme. Pourtant, ils étaient sincères. Ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir. Il n'y avait rien de plus que la police ni même Barry ne pouvait faire. Et ils devaient simplement l'accepter.
Et c'est alors que l'éclair frappa.
