Salut ! Aujourd'hui, pour fêter la fin de mes vacances (la bonne blague !), je vous propose un OS ! J'espère que vos vacances à vous se sont bien passées ^^

Le titre de ce chapitre est une référence au premier épisode de "Sur la terre des monstres disparus" (Walking with beats en VO). Pour ceux que s'en rappelle, j'avais déjà fait référence à cette série de documentaire dans le titre d'un chapitre de TMHB.

Bonne lecture !


A l'aube des temps nouveaux

-Tu es un idiot, Taiga, soufflât Seijuro.

Le concerné fut prit d'un rire triste.

-Je pensais que c'était acté depuis longtemps, capitaine.

Depuis le premier jour. C'était même sa bêtise qui avait été remarquée. Dans cette rue, face à ce garde royal. Kagami Taiga s'était interposé entre lui et une femme qui se faisait injustement accusée de vol à l'étalage.

Le garde l'avait violemment rembarré et menacé de le faire emprisonner lui aussi. Kagami se souvenait du visage apeuré de cette femme. Elle était à terre, dans la boue. Le garde le frappait et le marchand continuait à râler, disant qu'il l'avait vu voler une pomme. Kagami lisait dans les yeux de cette femme que c'était faux. Elle allait injustement être châtiée. Il ne pouvait laisser faire ça.

Même si le garde l'avait repoussé et menacé, Kagami revint à la charge. Il saisit le bras du garde. Une petite foule commençait à se masser autour d'eux. Il était si rare de voir quelqu'un s'opposer aux gardes royaux. C'était un spectacle qui allait ravir tout le monde. Kagami savait qu'au fond, beaucoup de spectateurs aimeraient le voir gagner.

Le garde le repoussa une seconde fois et décida de ne plus faire de cadeaux. Le père de Kagami s'interposa alors entre le garde et lui.

-Veillez pardonner mon fils ! Il est indiscipliné et vraiment très stupide. C'est un vrai benêt. Je vous promet de le punir correctement.

Le garde baissa son arme.

-Quitte a ce qu'il soit punit, je préfère le faire moi-même, paysan. Pousses-toi.

Le garde écarta le père et donna un violent coup de pied dans le ventre du fils qui tomba à terre. Puis, il le frappa avec la paume de son épée avant de faire demi-tour, d'attraper la femme par les cheveux et de la traîner sur la place principale de la ville. Kagami avait perdu connaissance. Aidé d'un autre paysan, son père le porta jusqu'à sa maison.

Quand Kagami reprit connaissance, la nuit été tombée. La femme qu'il avait défendu avait été exécutée sur la place.

-Ne refais plus ça, Taiga, lui dit son père en lui apportant à manger.

-Alors il faut laisser les innocents mourir ? Pourquoi tu t'es interposé dans ce cas ?

-C'est différent. Tu es mon fils. Et je n'ai plus que toi.

Kagami regarda le visage vieillit de son père. Des coups, il en avait reçu. Son visage était marbré de cicatrice. Il s'était battu, fut un temps, pour le Roi. Il n'avait récolté que des blessures. Et pendant qu'il était à la guerre, sa femme était morte. Il avait obtenu le rapatriement pour s'occuper de Kagami encore tout jeune.

Kagami n'avait jamais demandé à son père pourquoi il s'était battu pour le Roi. Il préférait penser que c'était par obligation. Mais au moins, il était revenu de cette guerre. Ce n'était pas le cas de plus de la moitié des soldats engagé dans le conflit. Tout ceci pour s'emparer d'une petite île.

Malgré sa tête encore douloureuse, Kagami quitta la maison pour prendre l'air. Son père ne pouvait le retenir. Le jeune homme avait l'âge de prendre ses décisions. Il ne restait dans cette petite ferme que pour aider son père. Sinon, il aurait déjà quitté le pays.

Les rues la nuit était le royaume des rats. Ils venaient manger ce qui traînait par terre. Il valait mieux ne pas regarder ce qui passait entre les maisons. C'était là que les parents désespérés laissaient leurs enfants mourir. Une bouche à nourrir coûte cher. Trop cher pour la majorité de la population.

Ce pays était prospère auparavant. Il y a deux-cents ans. Avant qu'une nouvelle dynastie ne s'installe, renversant l'ancien souverain. Un Roi aux cheveux rouges comme le sang était monté sur le trône et ainsi commencèrent deux siècles de terreur et de guerre. La guerre avait entraîné la famine. Depuis quelques années, la situation était pire que tout. On avait parfois l'impression que le Roi laissait tout simplement tout le pays mourir. Les frontières rétrécissait à mesure que l'armée perdait du terrain.

Mais à vrai dire, le peuple avait plus peur d'être envahis par les autres nations que de voir le Roi tomber. L'inconnu faisait plus peur à la majorité que la famine. On se dit qu'il suffit qu'une partie de la population meure pour qu'il y ait de nouveau à manger.

Kagami n'était pas d'accord avec ce point de vue. La famine n'était qu'un problème parmi tant d'autres. Dans tout le pays, c'était la loi du plus fort. Kagami avait de la chance d'être grand et avec des épaules assez larges pour qu'on ne l'embête pas.

Aujourd'hui, il avait tenté de s'opposer aux gardes et il avait perdu. Résultat, une innocente s'était fait tuer.

Perdu dans ses pensées, Kagami ne remarqua pas tout de suite la petite silhouette encapuchonnée qui avançait vers lui. La personne, de presque trente centimètres de moins que lui, s'arrêta à sa hauteur. Sous la capuche, Kagami distingua un visage jeune, aussi jeune que lui et de grands yeux bleus.

-Suis-moi.

Ce personnage l'intrigua. Mais pour autant, Kagami savait qu'il ne fallait surtout pas faire confiance aux inconnus. Même quand ils n'avaient pas la carrure pour se battre. Les faibles sont fourbes, a-t-il finit par apprendre. Et le poison se vend bien.

-Pourquoi ?

-C'est bien toi, le benêt qui s'est opposé au garde ? Alors, suis-moi.

Le jeune garçon remua son bras sous sa cape et sortit sa main. Il tenait un petit bout de tissu avec un écusson brodé dessus. Une croix rouge. L'emblème des révolutionnaires. Kagami se décida à suivre l'inconnu.

Il l'entraîna vers la périphérie de la capitale. Au milieu des immenses champs, de la fumée des forges. L'inconnu se rendit vers une petite ferme, environ de la taille de celle du père de Kagami. Là, il parla à un homme bedonnant qui lui amena un cheval.

-J'espère que tu sais monter, dit-il à Kagami en lui tendant les rênes.

Fils de fermier, Kagami savait monter depuis qu'il savait courir. C'était une seconde nature chez lui.

Avant de quitter la ville pour s'enfoncer dans les bois, Kagami regarda une dernière fois derrière lui. Il aurait bien voulu informer son père qu'il allait bien et qu'il ne partait pas définitivement. Mais était-ce le cas ? Dans quoi s'embarquait-il ?

-Où on va ?

-Je t'emmène à notre base.

-Tu es sûr ? C'est pas censé être secret ce genre de trucs ?

-Tu t'es opposé à un garde et tu m'a suivis quand je t'ai montré l'emblème. Si tu n'es pas de notre côté après tout ça...

Ils galopèrent pendant deux heures avant d'arriver dans un petit camp perdu aux pieds des montagnes. L'aube pointait le bout de son nez. Kagami somnolait sur son cheval.

Ils déposèrent leurs chevaux devant un écuyer. L'inconnu invita Kagami à le suivre à travers le camp. Il y avait plusieurs petites maisons en bois, aux toits de pailles, quelques tentes militaires et, au fond du camp, une maison plus grande en pierre. À l'intérieur, une grande table avec un plan du pays clouée dessus. Autour, des garçons en train de discuter. Ils portaient tous des capuches.

-Tetsu, tu as ramené un chien errant.

-Non, un benêt.

Le dénommé Tetsu se tourna vers Kagami.

-Il s'est opposé à un garde royale à deux reprises pour sauver une femme.

-Joli ! S'exclama un garçon.

-Intéressant, dit un autre. Ton nom ?

-Kagami Taiga.

-Taiga... pourquoi nous avoir rejoint ?

-Pourquoi ? Tetsu m'a juste dit de le suivre. Alors, je l'ai suivis.

Il y eu un petit moment de silence.

-Moi qui me disait qu'il était courageux en s'opposant à un garde... en fait, il est juste débile, dit l'un des garçons en remontant ses lunettes sur son nez.

-Tetsuya, la prochaine fois, assures-toi que la personne qui te suis sais ce que cela implique. Enfin, tant pis. Un écuyer de plus, ce sera toujours utile.

-Non ! Protesta Kagami. Je ne veux pas juste être écuyer. C'est vrai que je n'ai pas vraiment réfléchis à ce que cela impliquait de le suivre. Mais j'approuve vos actions. Je veux m'opposer au Roi. Je ne veux plus vivre dans un pays où les hommes partent à la guerre, où on a tout le temps faim, où les gens sont injustement exécuté, où les enfants meurent dans les rues. J'en ai marre de ces visions horribles !

Un petit silence suivit sa déclaration. Les encapuchonnés se regardèrent.

-D'accord, Kagami Taiga. Nous allons voir le rôle que nous allons t'attribuer.

Un des hommes se décala et s'avança vers Kagami.

-Je suis Akashi Seijuro. Le capitaine de cette révolte. Voici les autres dirigeants : le vice-capitaine Midorima Shintarô. Kise Ryota, Aomine Daiki et Kuroko Tetsuya, qui t'a amené ici.

-Pourquoi vous portez tous des capuches ?

-Pour dissimuler au maximum nos visages. Si nos hommes se font prendre, même sous la torture, ils ne pourront nous décrire. Cela nous permet de nous déplacer librement dans le royaume.

Le dénommé Akashi se tourné vers Kuroko.

-Tetsuya, il va rejoindre ton unité provisoirement. Je te laisse le soin de lui faire découvrir notre monde.

-... pourquoi moi ?

-Parce que tu l'as amené ici. Allez, nous devons reprendre notre réunion.

Kuroko acquiesça et indiqua à Kagami la porte par laquelle ils étaient entrés. Les deux hommes ressortirent. Kagami, à ce stade, ne savait plus vraiment quoi penser. Il avait l'impression de s'être embarqué tout seul là-dedans et en même temps, il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il ne s'était pas sentit un peu forcé de suivre Kuroko.

Kuroko était le chef de l'unité de renseignement. La petite troupe sous ses ordres logeait dans des tentes au fond du campement. Il n'y avait qu'une petite quinzaine d'autres membres. Autant de femmes que d'hommes et personnes d'encapuchonné hormis Kuroko, le chef.

Ce dernier passa un long moment à présenter tout le monde à Kagami. Le but de l'unité de renseignement était d'espionner les faits et gestes du roi, de ses partisans et de sa garde ainsi que les déplacements de l'armée pour suivre l'avancement des conflits. Les résistants avaient également créé une unité tactique et diplomatique, dirigée par Midorima Shintarô et Aomine Daiki.

Les autres membres de l'unité se trouvèrent être sympathiques. Kagami se trouva vite à l'aise avec eux. La plupart faisaient parti de la révolution depuis plusieurs mois. Kagami participait aux tâches et attendait avec impatience qu'on lui confit sa première mission. Chaque soir, le garçon se couchait en pensant à son père qu'il avait laissé à la capitale sans même lui dire où il allait.

Kagami posait toute sorte de questions à ses camarades. Les chefs, toujours capuchonnés, l'intriguait énormément et quand l'un d'entre eux passait près de sa tente, Kagami se sentait obligé de le regarder jusqu'à ce qu'il disparaisse. Il avait d'ailleurs l'impression qu'entretenir ce mystère les arrangeait bien. Cette fascination, cette dimension presque mystique qu'ils avaient devaient leur permettre de garder leurs recrues en haleine. Kagami ne pouvait le nier : il avait envie de voir à quoi ressemblaient ces visages qui se battaient contre le roi.

Environ deux mois après son arrivée dans le camp, les choses accélérèrent. L'armée bougeait beaucoup depuis quelques semaines. Des déplacements apparemment étranges ou du moins, qui ne montraient pas la même logique que d'habitude.

L'unité de Midorima quitta le camp pour une mission secrète. Kagami regarda les cheveux s'élancer dans les montagnes avec envie. Le jour-même, Kuroko décida de lui confier sa première mission.

-Tu va te rendre à la capitale. Un de nos espions a des documents à nous remettre.

Avec un sourire, Kuroko ajoutât :

-Profite-en pour aller voir ton père.

-Oui...

Il y avait au total quatre espions infiltrés dans l'armée du roi. Un était actuellement à la capitale, dans une unité de garnison. Les trois autres étaient au front. Le pays était entouré de trois autres avec qui il était en guerre. Une guerre qui n'avançait plus depuis quelques temps. L'armée qui avait volée beaucoup de terre s'épuisait à la conquête.

Kagami monta sur le cheval qui l'avait amené ici. Il avait hâte de retrouver la capitale. La mission ne devait pas prendre longtemps. Kagami devait retrouver le garde espion à l'arrière d'une taverne le soir même et rentrer le plus tôt possible. Ce rapport de l'espion était très attendu par les chefs.

Kagami connaissait bien cette taverne dans la capitale. Il n'eut aucun mal à y aller. Il retrouva les rues puantes, les corps entassés entre les maisons, les visages fatigués des travailleurs. Tout était si différent de la petite forêt où séjournait la rébellion. Pouvait-il faire partir son père d'ici ? Que dirait Kuroko et le capitaine s'il revenait avec lui ?

Le garçon s'acquitta de sa mission en vitesse. Il trouva le garde en question qui lui remit un petit rouleau de parchemin. Le garde, dans l'ombre, était presque invisible. Kagami avait eu du mal à le voir. Il avait les cheveux et les yeux gris, effacés. Il ressemblait drôlement à Kuroko.

-Ne traîne pas pour remettre ça au capitaine.

-Oui, je sais.

Le garde acquiesça.

-Est-ce que Kuroko va bien ?

-Kuroko ? Euh, oui...

Leur ressemblance avait peut-être une raison...

-Vous êtes de sa famille ?

-Oui, son cousin. Ça fait moins suspect quand on s'envoie des lettres. Allez, dépêches-toi de partir.

Kagami remercia le garde et s'en alla. Il fallait qu'il retrouve son père avant de repartir. Quand il entra dans la petite rue qui menait la ferme, Kagami sentit l'odeur de brûlé. Il se mit à courir mais ne pu que découvrir, impuissant, le cadavre brûlé de sa maison. Il ne restait que du charbon de la ferme dans laquelle il avait grandit.

-Papa ! Hurlât Kagami.

Il souleva les piliers noircis. Le charbon colla à ses doigts. Parmi les débris, il trouva ce qui semblait être un os. Kagami n'eut pas le courage de chercher plus. Il ne restait rien de son père. Rien de sa maison.

-Pourquoi... soufflât-il.

-Malheureusement, c'est parce que tu avais disparu.

Kagami sursauta et se retourna. Il reconnu, dans la pénombre de cette nuit sans lune, la silhouette encapuchonnée et la voix d'Akashi.

-Capitaine ? Que faîtes-vous ici ?

-J'avais quelque chose à faire en ville. Je t'ai aperçu et voyant que tu ne prenais pas le chemin pour rentrer, j'ai préféré te suivre.

-Vous avez eu peur que je vous trahisse ?

-Non. Mais j'avais entendu parler de maisons que les gardes avaient brûlés. Dans la ville, la rumeur dit que les gardes brûlent les maisons des familles de tous ceux qui nous ont potentiellement rejoins. Tu as disparu deux mois sans laisser de trace. Les gardes ont conclus que tu avais rejoins nos rangs, sûrement à cause de l'altercation que...

-Alors mon père est mort par ma faute ?

-Si tu veux te torturer à le voir ainsi... à ta guise. Mais tu ne savais pas ce qui allait arriver. De plus, je pense que tout parent doit être fière de voir ses enfants affirmer leurs idées et les suivre, peut-importe les danger.

Ce n'était pas ce que Kagami était prêt à entendre pour le moment. Il entendit les pas d'Akashi derrière lui, puis une main se posa sur son épaule.

-Recules.

Comme un automate, Kagami s'éloigna de quelques pas. Il vit Akashi plonger ses mains dans ses décombres et ressortis un à un les ossements. Il les emballa dans un tissu. Ceci fait, il tendit le tissu à Kagami.

-Donnes-lui une sépulture digne de ce nom, Taiga.

Il restait immobile, regardant Akashi comme s'il ne le voyait pas. Il semblait hors de lui. Akashi se montra alors plus ferme.

-Allons, debout. Des amis, des parents, tu en perdra d'autres. Si tu te laisses abattre à chaque fois, jamais tu n'avancera. Maintenant, debout. Tu dois être digne.

Il attrapa le vêtement de Kagami et tira pour le forcer à se relever. Malgré sa petite taille, Akashi disposait d'une force impressionnante. Dans cet angle, avec la légère lueur de la ville et de la lune, Kagami pu apercevoir une partie du visage du capitaine. Un instant, il ne pensa qu'à sa beauté. Il avait des yeux rouges qui semblaient flamboyer.

Le capitaine était habité par une flamme ardente. C'était cette flamme le moteur de la rébellion. Kagami se sentit admiratif de sa force. Akashi lui déposa le tissu contenant les ossements dans ses bras puis s'éloigna vers son cheval. Il leva ensuite la tête vers les étoiles et fit quelques mouvements avec ses doigts, tournés vers le ciel.

-Nous avons encore du temps avant le matin. Je peux te montrer un endroit où ton père pourra reposer en paix.

-... merci, soufflât simplement Kagami.

Il fit un pas vers Akashi et grimpa sur son cheval. Ils retournèrent vers le lieu où Kagami avait laissé le sien avant de rejoindre le soldat qui lui avait donné le document. Puis, les deux garçons filèrent dans la nuit vers les montagnes. Kagami se contentait de se laisser guider. Il se savait complètement passif.

Akashi l'emmena au cœur de la chaîne de montagnes qui divisait le pays en deux. Au nord, les grandes plaines qui menaient à la mer. Au sud, les montagnes. D'abord, abruptes puis plus douces jusqu'à devenir de petites collines bordées de lacs et rivières. Une de ces huit rivières servait de frontière avec un des pays ennemis.

C'était au milieu de ces collines féeriques qu'avaient lieux les féroces combats pour la conquête de territoires.

Akashi stoppa son cheval près d'une falaise de grès. Ils gravirent un escalier naturel dans la roche que l'érosion avait formé. L'escalier les menèrent vers le sommet, là où une plate-forme rocheuse dominait une petite vallée. Cette vallée était uniquement couverte d'arbre fruitier. Au printemps, raconta Akashi, cette vallée était parés de milles couleurs de fleurs. Et en été, elle regorgeait de vie.

N'ayant rien pour creuser la terre, Kagami se contenta de rassembler des pierres. Il forma un petit tas au-dessus des ossements de son père puis lui accorda une prière jusqu'à ce que le jour se lève. Akashi resta patiemment derrière lui.

Quand les premiers rayons du soleil chauffèrent leurs dos, ils surent qu'il était temps de rentrer. Ils retrouvèrent leurs chevaux en train de brouter l'herbe fraîche.

Avant de remonter à cheval, Kagami se rappela l'existence des documents qu'il devait justement remettre aux chefs. Il les sortit de sa veste et les tendis à Akashi. Sur le chemin du retour, le capitaine les consulta. Kagami aurait aimé profiter de ce temps seul avec Akashi pour lui poser des questions. Il semblait venir d'un autre monde. Il semblait être inatteignable. Avait-il des peurs ? Avait-il déjà perdu quelqu'un qu'il aimait ? Il s'était montré brusque mais également attentionné envers Kagami. Le jeune homme lui en était reconnaissant.

Quand ils arrivèrent au campement, celui-ci semblait en proie à une agitation interne et inhabituel. Chaque tente semblait frissonner. Il y avait des murmures partout. Aucune voix, aucun regard ne s'élevait. Akashi confia son cheval à un écuyer et d'un pas rapide, disparu vers la maison principale, son QG.

Kagami alla rejoindre l'unité de Kuroko. Tout le monde semblait inquiet.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-On ne sait pas. Mais un éclaireur est revenu en panique tout à l'heure. Il a demandé à s'entretenir de toute urgence avec le capitaine. On l'a conduit à la maison. Il n'est toujours pas ressortit. On ne sait pas ce qu'il a vu... Et le capitaine n'est toujours pas...

-Il est revenu. Il va gérer. Si c'était grave, tout le monde serait déjà au courant, non ? Demandât Kagami.

-Pas sûr...

Les visages étaient inquiets. Kagami s'assit avec ses camarades. Pour tenter d'alléger l'atmosphère, ils demandèrent à Kagami comment s'était passée sa première mission. Le garçon n'eut pas le courage de parler de son père. Il resta évasif.

Après environ une heure dans l'insupportable attente, Kuroko entra dans la tente.

-Kagami-kun, tu veux bien venir avec moi ?

Sans demander pourquoi, Kagami se contenta d'obéir. Avait-il fait une bêtise ? Le document qu'il avait rendu n'était pas le bon ? Il s'était fait dupé ? Akashi allait-il le disputer car, par sa faute, il était arrivé en retard pour régler le problème ? Kagami sentait bien qu'il se passait quelque chose de grave.

Dans la petite maison, le silence était étouffant. L'ambiance était solennelle.

-Félicitation, Taiga, lança Akashi, tu viens d'avoir une promotion.

Et sur ce, le capitaine disparu par une porte au fond de la maison. Ne restait que les autres chefs.

-Euh... qu'est-ce qui se passe ?

Aomine releva un peu la tête et croisa les bras sur sa poitrine.

-L'unité de Midorima a été massacrée. Ils devaient se rendre dans le pays voisin pour une mission diplomatique mais en raison d'un glissement de terrain, ils ont du changer de route et ont croisé l'armée royale.

-Alors... Midorima est mort ?

-Oui.

Kagami baissa les yeux. Kise s'approcha de lui et lui tendit une veste dotée d'une large capuche, comme la leur.

-Tu n'es pas obligé.

Mais le garçon sentait encore dans ses bras le tissu et les os de son père. Son père mort pour rien. Mort par sa faute. Il ne pouvait pardonner ce qu'on lui avait fait. Trop longtemps il s'était contenté d'obéir, d'attendre qu'on lui confis des responsabilités. Voilà enfin l'occasion de devenir acteur dans ce conflit. Il n'hésita pas avant de prendre la veste que lui tendait Kise.

Étant désormais un chef, Kagami pu en apprendre plus sur les autres. Il n'osa pas demander pourquoi on l'avait choisi lui. Déjà, beaucoup de gens connaissaient son visage. Ce n'était justement pas le principe.

Au cours du premier dîner qu'il partagea avec les chefs, Kagami eu l'occasion d'avoir la réponse à cette question. C'était Kuroko qui avait choisi de faire de Kagami un chef et Akashi avait adhéré à l'idée. Normalement, les chefs étaient choisis parmi une unité spéciale, toute petite, qui restait en retrait pour que personne ne connaisse leurs visages. Mais cette petite unité avait subit de lourdes pertes. Faire partis des chefs ne mettait pas à l'abri du danger.

Désormais, Kise était le sous-chef à la place de Midorima. Aomine étant normalement, avec Midorima, le chef de l'unité de diplomatie et stratégie, il allait couper l'unité en deux et ne gérer que la diplomatie. La stratégie, Akashi allait la gérer seul.

Akashi se joignit au repas à sa toute fin. Le capitaine resta silencieux. Il était clair que la mort de Midorima l'affectait. Mais le temps du deuil était passé. Inutile de pleurer plus longtemps.

-Demain, je partirai pour rencontrer l'ambassadeur, annonça Akashi.

Aomine acquiesça. Kagami n'était pas encore à l'aise, comme s'il ne se sentait pas à sa place. Pourtant, il avait vraiment envie d'agir.

-N'est-ce pas à l'unité diplomatique de s'en charger ?

-Non, rétorqua Akashi. C'est trop délicat. De plus, Aomine ne peut se permettre de parler en notre nom.

-Je suis du pays des Pêchers, expliqua Aomine. Je suis moi-même ambassadeur de la reine Momoi. Cela fait cinq ans que la reine s'est alliée à Akashi.

-Dans quel but ?

-Si nous parvenons à renverser le pouvoir avec l'aide du pays des Pêchers, les terres prises lors de la guerre seront rendues.

Akashi acquiesça.

-Inutile de garder ces territoires. Ils ont été conquis depuis peu et l'oppression que leur a fait subir le Roi a rendu ces contrés hostiles. Autant les rendre à leur pays et leur culture d'origine. De plus, pour reprendre le contrôle de ce pays après la chute du Roi, il vaudra mieux garder un pays d'une taille convenable, plus simple à redresser. Le premier problème sera le manque de nourriture. Moins on aura de bouche à nourrir, mieux ce sera.

-Je comprend. Et... quel sera mon rôle ?

-Pour le moment, Taiga, j'aimerai que tu m'accompagne demain. Si nous ne rencontrons pas de problèmes sur la route, le voyage nous prendra au total trois jours.

Kagami ne dit rien. Il ne savait pas si c'était une bonne nouvelle. Est-ce qu'il accompagnait Akashi parce que ce dernier lui faisait confiance ? Ou bien au contraire souhaitait-il le garder à l'œil ? Il ne savait pas. Il allait bien voir lors de ce voyage diplomatique.

À la fin du repas, Kagami observa un peu la pièce principale de la maison, là où se tenait la table avec la carte du monde alentour. De petits bouts de bois sculptés étaient placés à certains endroits, indiquant les positions de l'armée royale. L'avancée de la conquête était suivie avec attention par la rébellion.

Kagami eut également l'occasion de consulter le document que le cousin de Kuroko lui avait remit la veille. Il s'agissait d'une retranscription des ordres qui avaient été transmis au front. L'armée allait bouger. Certaines garnisons devaient bouger, se relayer, ect... ce genre d'information permettait de connaître l'emplacement des trois espions actuellement au front.

Kagami s'éloigna de la table et alla observer un panneau en bois sur lequel des documents et des portraits étaient accrochés par des clous. Qui étaient ces personnes ?

Le garçon sursauta quand il entendit un souffle près de lui.

-Murasakibara est le premier homme que j'ai perdu.

Akashi parlait à voix basse. Kagami tourna légèrement la tête vers lui. Le capitaine sortit un clou d'une petite boîte en bois et accrocha le portait d'un garçon au regard sévère.

-Voici Midorima, expliquât-il.

-Et les autres ?

-Ce sont tous les autres chefs qui ont été tués.

Une dizaine de portrait. Kagami se demanda si le sien sera un jour accroché sur ce panneau.

-C'est toi qui les dessine ?

-Je suis le seul à connaître le visage de tous mes hommes. Nous partirons tôt demain matin, Taiga. Va dormir.

Akashi quitta la petite maison, sûrement pour aller préparer le voyage du lendemain. Kagami décida de lui obéir et d'aller se coucher. Étant désormais un chef, il avait droit à une chambre dans la maison.

Akashi, Kagami et cinq autres cavaliers quittèrent le camp vers six heures du matin le lendemain. Il voulaient traverser les montagnes avant le lever du soleil. Kagami portait désormais tout le temps la capuche des chefs. La nouvelle de la mort de Midorima s'était rependue dans le camp. Akashi s'était chargé de l'annoncer avant son départ à tous ceux qui étaient debout.

Le trajet dans les montagnes dura une journée pour atteindre la frontière. Les cinq qui accompagnaient Akashi et Kagami se relayaient pour aller éclairer le chemin, vérifier l'absence d'ennemis ou d'obstacle.

Ainsi, ils purent atteindre la frontière avec le pays voisin. Il était prévu qu'Akashi rencontre le prince de ce pays dans un des campements. Dès qu'ils furent à quelques kilomètres du campement, Akashi accrocha un tissu blanc à la selle de son cheval.

Un cavalier vint à leur rencontre. Akashi lui présenta la missive qu'il avait reçu du prince en réponse à son premier message. Le cavalier les guida à travers la petite forêt jusqu'à un campement situé sur les berges d'un lac rougeâtre. La zone, riche en métaux comme tout le reste du pays, disposait de lac de couleurs très particulières. Kagami savait qu'on pouvait trouver des lac de soufres, de mercure, de sel, d'oxyde de fer, ect... C'était la première fois qu'il voyait un lac qui semblait si peu naturel. La chute d'eau qui alimentait le lac ressemblait à une cascade de sang.

Les cinq cavaliers restèrent aux abords du campements tandis que Kagami et Akashi s'enfonçaient à l'intérieur jusqu'à atteindre la grande tente principale où se trouvait le prince. On le surnommait le prince d'Or. Pourquoi « or » alors qu'il était le dernier de sa fratrie ? Ne doit-on pas réserver l'or au premier né, à l'héritier ? Kagami avait bien envie de poser la question à Akashi. Mais peut-être ne le savait-il pas non plus. Akashi donnait l'impression de tout savoir du monde, mais ne c'était peut-être qu'un illusion pour rassurer tout le monde.

Ils entrèrent dans la tente après qu'on les ait annoncé au prince d'Or. Kagami découvrir une tente richement décorée : des meubles en bois, des belles étoffes, des bibelots en or, des armes étincelantes. On n'avait soudain plus l'impression d'être dans un campement de guerre mais dans la pièce d'un château.

-Akashi, je t'attendais.

Le prince d'Or était un garçon qui ne devait pas avoir plus de trois ans de plus que Kagami. Il était grand, blond aux yeux verts. Ses cils étaient aussi blonds que ses cheveux et rétrécissaient ses yeux. Il avait le visage long et une large bouche. Mais il était plutôt beau. A vrai dire, le plus impressionnant chez lui était ses larges épaules et ses grandes mains. On sentaient qu'elles avaient déjà menées de rudes combats.

Le prince s'assit dans un fauteuil recouvert de fourrures et de peaux d'animaux.

-Tu as parlé d'une alliance dans ton message.

-En effet. Et je vous remercie de prendre le temps de me recevoir pour en discuter plus en détail. Ce que je souhaiterai, ce serait une aide militaire venant de votre pays. Avec cette aide, je compte renverser le trône. Une fois le nouvel ordre établis, nous rendrons à votre pays les terres qu'il a perdu au cours des ans. Je sais que parmi ces terres se trouvaient des mines de métaux précieux.

-Et tu renoncerai à ces mines ?

-C'est un sacrifice que nous sommes prêt à faire.

-Combien d'hommes aimerais-tu ?

-Au moins deux-milles.

Le prince d'Or eut un petit rire.

-Tu penses vraiment que je vais envoyer deux-milles de mes hommes au sein du pays adverse pour se battre contre votre roi tyrannique ?

-Oui.

Akashi avait répondu avec fermeté et assurance. Cette réplique coupa le rire du prince qui considéra son invité avec intérêt.

-Si vous refusez cette alliance, nous irons la proposer au pays de Kumonosu. Vos pays sont en guerre depuis plus de trente ans si je ne m'abuse.

-Pour commencer, j'aimerai voir le visage de la personne avec qui je négocie.

Kagami, qui restait en retrait, regarda longuement le dos d'Akashi. Allait-il le faire ? Il semblait accorder une importance extrême à son anonymat. Mais il s'agissait là de la demande d'un prince. Et qui plus est, un prince avec qui il souhaitait nouer une alliance durable.

Akashi se tourna vers Kagami.

-Veux-tu bien sortir ?

-Ah... mais...

-C'est un ordre, Kagami. Sors.

Le garçon obéit et se retrouva hors de la tente. Les toiles étaient épaisses. Même à quelque centimètres de l'entrée, Kagami ne pouvait entendre ce qui se disait.

Kagami fit des allers et retours devant la tente jusqu'à ce qu'Akashi sorte, au bout de ce qui lui sembla être une éternité.

-Alors ?

-C'est bon. Nash va nous envoyer trois-milles hommes de sa garde personnelle.

Akashi semblait soulagé. Les négociations avaient dû se passer mieux qu'il ne l'espérait.

-Parfait.

-Oui. Nous allons passer la nuit ici puis nous repartirons demain matin.

Kagami acquiesça et suivit Akashi vers la périphérie du camp, là où attendait leurs camarades. Akashi leur annonça la bonne nouvelle. Il semblerait que Kagami ait sous-estimé l'importance de cette alliance pour la rébellion. Les autres semblaient extrêmement soulagés et très heureux.

Le soir venu, on les installa dans une tente au fond du camp. Devant, ils allumèrent un petit feu pour faire cuir de la viande et des légumes. Certains soldats du camp, curieux, venaient leur parler.

-Je me demandais, Akashi... tu sais pourquoi le prince est appelé « Le Prince d'Or » alors qu'il est le benjamin ?

-Nash est en effet le septième fils du roi. Le premier fils a été appelé le prince de Platine. Puis, le roi a eu quatre filles. Mais de tout ses enfants, Nash semble avoir une place particulière. Il est le seul de la fratrie a avoir hérité de la chevelure dorée de sa mère. Et on réservais à la cour le titre « d'Or » pour le premier enfant qui en hériterait. Nash ne sera probablement jamais sur le trône. Son frère ou ses sœur auront, eux, cette chance. Mais par sa place particulière dans le cœur du roi, Nash a été désigné chef des armées du royaume. Il a ainsi en sa possession la Vorpal Sword, l'épée qui a libéré le pays du monstre Jabberwock.

-Mon père me racontait cette légende sur le pays de Kinzoku.

-Le mien aussi.

Kagami sentit une seconde, rien qu'une seconde, qu'Akashi avait baissé sa garde. Il avait parlé de lui. De son passé. C'était surtout l'intonation nostalgique de sa voix qui venait de le trahir. Il n'avait pourtant prononcé que trois mots. Akashi se reprit immédiatement et reforma le bouclier autour de lui. Un bouclier qui ne laissait transparaître aucune émotion.

Akashi alla se coucher assez tôt. Kagami et lui allaient partager la même tente pour la nuit. Kagami resta avec les cinq cavaliers pour discuter jusqu'à ce qu'il soit trop fatigué.

Dans la tente, Akashi était allongé, tourné vers la toile qui battait un peu au vent. Il avait gardé sa capuche sur la tête. Kagami le regarda un moment. Ses épaules bougeaient au rythme de sa lente respiration. Il semblant tranquille. Dormait-il profondément ? Kagami s'approcha à pas de loup. Il avait très envie de retirer cette capuche qui cachait son visage. Depuis le premier jour, Kagami avait envie de le voir.

Il attrapa à deux doigts la capuche et commença à tirer. Mais à peine eut-il bouger le tissu d'un centimètre d'Akashi se retourna, attrapa la veste de Kagami pour l'attirer vers lui et sortit un couteau qu'il plaça contre sa jugulaire.

-Tu es trop curieux, Kagami Taiga, chuchotât Akashi.

Kagami ne pouvait pas parler, de peur que le couteau ne lui entaille le cou. Malgré le manque de luminosité, il pouvait discerner les yeux flamboyants d'Akashi dans l'ombre.

La pression du couteau diminua. Akashi relâcha sa prise et se rallongea.

-Excusez-moi, capitaine.

Akashi le dévisagea une seconde avant de détourner le regard.

-Va dormir.

Il lui tourna le dos, gardant son couteau contre lui. Kagami s'éloigna et alla s'allonger dans le second lit. Le sommeil ne voulait cependant pas venir.

-Il y en a eu d'autres qui ont voulu voir votre visage ? Finit par demander Kagami, persuadé qu'Akashi ne dormait pas.

-Oui.

-Ils ont tous échoués ?

-Oui. Je t'ai dit de dormir, Taiga.

Kagami soupira. Le camp autour d'eux n'était pas calme. Il entendait les armes qu'on frappait pour les réparer, les feu qui crépitaient, les chevaux qui hennissaient, les murmures des gardes de nuit,...

-J'y arrive pas.

Au tour d'Akashi de soupirer.

-Tu veux une berceuse ? Demandât ironiquement Akashi. Dors !

-Non, pas une berceuse... je ne suis plus un gamin.

-Ah bon ?

Kagami se sentit rougir.

-Comment était ton père ?

Il y eut un moment de silence avant qu'Akashi ne se tourne dans sur son lit pour regarder Kagami.

-Il était... gentil. Un peu sévère et exigeant de temps en temps. Il n'a jamais mâché ses mots face à moi, même quand j'étais enfant. Et il a toujours eu une opinion très négative du Roi. Je crois n'avoir jamais entendu du bien de lui.

-Et ta mère ?

-Je l'ai peu connue. Il me reste quelques souvenirs d'elle.

Kagami acquiesça.

-Et toi ? Finit par demander Akashi.

Il semblait s'être fait à l'idée de ne pas dormir tout de suite. Il n'avait pas non plus repris Kagami qui l'avait pourtant tutoyé.

Kagami avait envie de parler de lui, de son père, de son passé. Il avait envie de partager ça avec quelqu'un. Akashi était là et Akashi semblait être en mesure de le comprendre. Il raconta ses souvenirs, heureux et malheureux. Cela lui fit beaucoup de bien.

Au bout d'un moment, la fatigue commença à s'abattre sur lui. Kagami cessa de parler et finit par s'endormir.

Le lendemain, ils quittèrent le camp vers midi. Dans l'après-midi, après avoir passé la frontière, ils firent une halte pour reposer les chevaux et leurs corps. Le temps commença à se gâter. C'était normal avec la saison des pluies. La région était particulièrement instable à cause des crues torrentielles, des ravinements, ruissellements, éboulement et glissement de terrain. Ce qu'Akashi craignait le plus étaient les laves torrentielles. Ce phénomène pouvait obstruer complètement un torrent et boucher des passages.

Akashi hésitait entre prendre la route où camper ici pour plus de sécurité. Ils étaient dans une zone qui ne semblait pas sensible et se déplacer sous la pluie réduisait la visibilité en plus d'être pénible. Le capitaine consulta l'avis des éclaireurs. Au sein de la chaîne de montagne, l'armée se déplaçait souvent. C'était ainsi que Midorima était mort et Akashi semblait ne vouloir prendre aucun risque.

Sous un début de pluie d'orage, ils montèrent les tentes. Akashi et Kagami allaient encore dormir sous le même toit. Mais cette fois-ci, Kagami se montra tranquille. Il alla le coucher en premier pour ne pas être tenté d'aller retirer la capuche d'Akashi.

Néanmoins, avant de s'endormir, il discuta un peu avec le capitaine.

-Quelle est la prochaine étape ? On bénéficie d'un alliance avec le prince d'Or et la Reine Momoi. Et ensuite ?

-Ensuite, Taiga, c'est fini.

-Comment ça ?

-Nous entrons dans la phase finale. Dès que nos espions nous aurons donné les informations qui nous conviennent, nous donnerons l'assaut sur la capitale.

-Et les civiles ?

-Nous ne tuerons pas les civiles, rassures-toi. Nous allons attaquer le palais royal. Néanmoins, une partie de notre armée restera dans les rues pour empêcher la garde royale de venir défendre le palais et tenir la population à l'écart. Ils sont rares, mais il y a tout de même de fervents partisans du Roi parmi les sujets.

Kagami acquiesça. Il ne pouvait empêcher une certaine excitation et une angoisse de monter en lui. Tout allait bientôt se terminer. Finie la tyrannie.

Le lendemain, ils chevauchèrent toute la journée pour rejoindre le camp. Il pleuvait encore un peu. Toute la nuit, le bruit des gouttes d'eau sur la tente avait bercé Kagami.

Commença alors la longue attente. L'armée était prête. Les soldats du prince d'Or étaient venus quelques jours après l'appel d'Akashi. De même pour ceux de la Reine Momoi. Aomine semblait très heureux de retrouver des habitants de sa terre natale.

Kagami sentait tout le monde sur les nerfs. Kuroko, notamment. Après tout, son cousin était à la capitale et devait prendre des risques pour obtenir les réponses dont la révolte avait besoin.

Un jour, en fin de soirée, Akashi vint chercher Kagami dans la chambre de la maison de bois qui lui était attribuée. Il lui demanda de ne pas poser de questions et de seulement le suivre. Kuroko les attendait près de l'écurie. Ce ne fut qu'une fois sur leurs chevaux, galopant vers la capitale, d'Akashi se décida à lui expliquer ce qu'il attendait de lui.

-Tu vas retrouver Mayuzumi au même endroit que la dernière fois. Ensuite, tu viendra nous rejoindre à une auberge.

-D'accord.

Kagami ne posa pas plus de questions. Il savait le moment crucial. Si les informations que Mayuzumi allait lui donner étaient conformes à ce qu'Akashi attendait, alors l'assaut sur le capitale sera lancé. Cette nuit s'annonçait électrique.

Kagami n'eut aucun mal à retrouver le point de rendez-vous. Il attendit, observant la course des étoiles pour estimer le temps qui s'écoulait. Vers minuit, Mayuzumi fit son apparition. Il regarda Kagami un moment avant de lui tendre le parchemin roulé.

-Tetsuya va bien ?

-Euh... oui.

-Je vois. Dis-lui qu'il recevra une lettre demain.

-De toute façon vous allez bientôt vous revoir, non ?

Entendant la voix tendue et inquiète de Mayuzumi, Kagami acquiesça. Mais il ne comprenait pas ce que ce manège signifiait.

Dans la nuit, Kagami retourna à l'auberge où Akashi et Kuroko l'attendait à une table, tout au fond de la salle agité par l'effervescence de la nuit. Kagami s'assit et tendit le parchemin à Akashi qui s'empressa de le déplier. Ses épaules auparavant tendue se relâchèrent.

-Tout est comme espéré.

Kagami acquiesça avant de se tourner vers Kuroko.

-Ton cousin a demandé de tes nouvelles. Il fait ça à chaque fois ? Je croyais que vous correspondiez ?

-Ces lettres n'ont pas pour but d'échanger des banalités. Elle sont souvent très brèves et ne contiennent que l'emplacement des troupes du Roi.

-Je vois. Il t'en envoie souvent ?

-Bien, le coupa Akashi en repliant le parchemin. Tetsuya, je te laisse retourner au camp. Je vous rejoindrai demain matin.

Kagami commença à se lever quand Akashi lui attrapa le bras pour le forcer à se rasseoir.

-Je ne t'ai pas demandé de partir, dit-il plus bas.

Kuroko s'en alla après un petit regard vers Akashi. Le capitaine appuya son dos contre le mur derrière lui. Puis, il but une gorgée de son verre.

-Demain sera le grand jour ? Demandât Kagami.

-Oui.

-Nerveux ?

-Je ne sais pas. Je crois. Je travaille depuis des années pour que ce jour vienne. Je m'imagine mal échouer au pied du mur.

-Que ferons-nous quand le Roi tombera ?

Akashi eu un petit sourire. La lumière de la chandelle posée sur la table n'éclairait que le bas de son visage et faisait pétiller ses yeux rougeâtres.

-Les autres ferons la fête. Nous, nous réparerons ce pays. C'est là que les alliances que nous avons forgé seront les plus utiles. Surtout celle avec la Reine Momoi.

-Tu compte tuer le Roi ?

-Je ne sais pas encore... soufflât Akashi.

Kagami récupéra la boisson de Kuroko et trempa ses lèvres dans la bière brune.

-Pourquoi n'es-tu pas avec tes hommes en ce dernier soir ? Il doit y avoir pleins de détails de dernière minutes à régler, non ?

-Aomine, Kise et Kuroko savent gérer ce genres de choses. Je préfère profiter du temps qu'il me reste. On peut dire que pour le moment, j'ai eu peu de responsabilités par rapport à ce qui m'attends. Je m'accorde une dernière soirée pour souffler.

Kagami acquiesça. Il baissa la tête vers son verre et osa poser la question qui le taraudait.

-Pourquoi moi ?

-Pourquoi je décide de passer cette dernière soirée avec toi ? Pourquoi je t'ai promu si vite ? Pourquoi je t'ai emmené avec moi pour cette mission diplomatique ? Pourquoi toi plutôt qu'un autre ?

-Oui.

Akashi mit un moment à répondre. Kagami voyait ses lèvres qui tressaillaient, comme si elles hésitaient à s'ouvrir et à tout déballer.

-Tu... ne me laisse pas indifférent. Et c'est bien la seule fois de ma vie que je pourrai me permettre cela.

Kagami resta muet sous la surprise. Le capitaine avait des sentiments pour quelqu'un. Pour lui. Kagami se sentit rougir. Akashi l'avait toujours intrigué. De tous, il était le plus mystérieux mais aussi une personne capable de le comprendre et de celui qui l'avait accompagné sur le chemin du deuil de son père.

-Je... je suis flatté, capitaine.

Il sentit un pied percuter son tibia.

-Ne joue pas à la jeune fille effarouchée ! Ria Akashi.

Le timbre de son rire était mélodieux. Kagami sourit. Il effleura le pied d'Akashi. L'attirance était réciproque. Cela lui apparu comme une évidence.

-Tu sembles dire qu'après ce soir, toute histoire personnelle sera impossible.

-J'aurai bien trop d'obligations !

-Tu... sera Roi ? Demandât Kagami.

Akashi redressa son dos et termina son verre.

-Oui, je serai Roi.

Sur ce, il se leva et invita Kagami à le suivre. Ils montèrent jusqu'à la chambre qu'Akashi avait réservé pour la nuit. Par les fins rideaux passait la lumière de la lune. Akashi avança dans la chambre et éteignit une à une les chandelles. Il ne restait ainsi que cette lumière diaphane qui illuminait pudiquement le lit.

Dans la pénombre, Kagami distingua la silhouette d'Akashi qui s'approcha de lui. Il vit la capuche glisser et tomber derrière lui. La luminosité ne lui permettait pas de distinguer clairement son visage, ou même la couleur de ses cheveux.

Akashi fit glisser la capuche de Kagami. Ils étaient face à face. Plus proches que jamais. Kagami se pencha lentement vers Akashi. Il passa ses bras dans son dos et pressa son corps contre le sien. Il pouvait sentir les muscles de son dos, ses vertèbres, même à travers le tissu. Son souffle chaud chatouillait sa clavicule. Kagami sourit.

Les deux garçons s'embrassèrent. D'abord avec pudeur. Puis, avec désir. Kagami grava en lui chaque sensations. Akashi avait été clair à ce sujet. Ce sera ce soir ou jamais.

Kagami lécha la peau salée d'Akashi. Il caressa ses cuisses fermes. Leurs soufflent se mêlèrent. Leurs peaux se frottèrent. Ils emmêlèrent leurs corps dans les draps de cotons. Et enfin, ils trouvèrent le sommeil. Akashi reposa sa tête sur le bras de Kagami et ne tarda pas à s'endormir.

Au petit matin, un franc soleil éclairait la chambre. Kagami ouvrit les yeux le premier. Il s'étira. Regardant sur sa gauche, il distingua le corps nu d'Akashi. Le drap ne couvrait que ses jambes. Il semblait tranquille. Ses bras serraient l'oreiller sur lequel sa tête reposait.

Kagami le regarda avec le souffle coupé. Sa nuque blanche tranchait avec le rouge flamboyant de ses cheveux. Son visage était délicat, presque un peu féminin. Il avait un petit nez, fin, avec le bout légèrement retroussé. Ses lèvres étaient bien définie, parfaitement comme Kagami les avait imaginé en les embrassant.

Mais surtout, ce visage ressemblait à celui du Roi. Kagami ne pouvait se retirer cette idée de la tête. Ils avaient vraiment les mêmes cheveux et la même bouche. Et quand Akashi ouvrit les yeux, la ressemblance n'en fut que plus frappante.

Le capitaine se releva dans le lit et regarda Kagami.

-Je t'écoutes, Kagami Taiga. Poses la question qui te brûle les lèvres.

-Tu... tu as un lien de parenté avec le Roi ?

Akashi sourit tristement.

-Oui. Je suis l'héritier légitime du trône.

-Mais... comment est-ce possible ? Le Roi n'a pas d'enfant ! Ou plutôt... son enfant et sa femme...

-Ils sont morts. Je sais.

Akashi se leva et alla enfiler son pantalon.

-Mais...

-Laisses-moi t'expliquer. Ne sois pas aussi impatient que cette nuit...

Kagami se sentit rougir en repensant à la façon dont il avait déshabillé Akashi la veille.

-Mon père adoptif était médecin à la cours. Il était le seul présent lors de l'accouchement de la Reine Shiori. Elle a mit au monde des jumeaux dont l'un était mort né puis est elle-même décédée à cause d'une hémorragie. Mon père avait beau était le médecin du Roi, il était contre ses méthodes depuis bien longtemps. Il attendait dans l'ombre un moyen de lui nuire. Or, il a vu en moi, le jumeau survivant, une occasion parfaite. Personne ne savait que la Reine avait mit au monde des jumeaux. Il m'a caché et a fait croire au Roi que son unique héritier était mort. Il m'a élevé comme si j'étais vraiment son fils. Il a tout fait pour me cacher afin que personne ne puisse faire le rapprochement entre le Roi et moi. Chaque soir, il me racontait les horreurs que perpétuait le Roi. Malheureusement, mon père est tombé malade. Avec mon ami d'enfance, nous avions déjà commencé à soulever quelques partisans contre notre monarque. J'ai laissé quelques temps le commandement à mon ami, le temps de veiller sur le mon père. C'est sur son lit de mort qu'il m'a révéler la vérité sur mes origines.

-Quelle histoire... soufflât Kagami.

Il avait du mal à y croire. Et pourtant, Akashi se tenait face à lui et rien qu'en le regardant, on voyait en lui les traits du Roi.

-Ton ami...

-C'est le premier homme que j'ai perdu.

Les poings d'Akashi se serrèrent.

-Je pense que tu comprend pourquoi j'ai dû cacher mon visage coûte que coûte. Si une description de moi avait commencé à tourner, le Roi aurait peut-être compris.

-Tu es sûr que le peuple te laissera régner ?

-C'est pour cela que je veux d'abord qu'il apprenne à me connaître à travers mes actions. Il en va de même pour tous nos partisans.

-Dans ce cas, Akashi, je te repose la même question qu'hier : pourquoi moi ?

Akashi sourit.

-Mon secret que pesait. Et j'avais envie que tu le sache avant tout le monde.

-S'il t'arrive quelque chose aujourd'hui... qui montera sur le trône ?

-Ça aurait dû être Midorima. Mais ce sera Kuroko. Je lui ais laissé toute les consignes s'il m'arrivait quelque chose.

Akashi mit sa chemise blanche en lin et décida de changer de sujet.

-Tu aimerai qu'on aille rendre visite à ton père avant de rejoindre les troupes ?

-Oui, j'aimerai.


Tout le monde connaissait le plan par cœur. Cela faisait des semaines qu'on leur rabâchait. Chaque troupe devait entrer par une entrée différente. Akashi, Kuroko et Kagami dirigeaient le groupe qui allait pénétré dans le palais par la porte principale. Ensuite, Akashi devait rejoindre la salle du trône. Il avait insisté pour y aller seul et Kagami savait désormais pourquoi.

Le combat aura sûrement lieu dans le grand jardin interne du palais. C'est le lieu le plus spacieux et les gardes royaux y son majoritairement rassemblés. De puis, depuis cette cours intérieur, on peu aisément rejoindre toutes les ailes du palais.

L'assaut fut donné à quinze heure. Sans grande résistance de la part des gardes, ils entrèrent par la grande porte puis se répartirent dans le palais. Akashi connaissait le plan du palais par cœur. Il grimpa immédiatement vers le premier étage sous le regard de Kagami. Le reste de la troupe continuait à traverser la grande salle pour rejoindre la cour intérieure, tout en battant les gardes sur le passage.

Kagami regarda Akashi grimper l'escalier vers la salle du trône. Il était tellement déterminé. Kuroko rappela le garçon à l'ordre. Ils remarquèrent assez vite qu'il y avait plus de gardes qu'annoncé par la missive de Mayuzumi. Cela suffit à éveiller leur vigilance.

Mais c'est quand ils pénétrèrent dans la cour qu'ils comprirent qu'ils étaient tous tombés dans un piège. Au milieu de la cours trônaient quatre pieux sur lesquels étaient empalés les quatre espions de la rébellion, dont Mayuzumi Chihiro.

Des centaines de gardes leurs tombèrent dessus comme un seul homme. Ils commencèrent à se battre. Kagami ne pouvait penser qu'à Akashi qu'il savait en danger. De toute évidence le Roi avait tout prévu. Il avait comprit qu'il y avait des espions, il l'avait identifié et il les avait probablement torturé pour obtenir ce qu'il voulait.

-Kuroko ! Il faut battre en retraite !

Le garçon ne détournait pas les yeux du corps empalé de son cousin.

-Kuroko !

Revenant à lui, le garçon se tourna vers Kagami.

-D'accord, murmurât-il à demi-mot.

Kagami élevé la voix.

-On bat en retraite ! Hurlât-il à tous les hommes. Vite ! Quittez le palais !

Kagami attrapa le bras de Kuroko et le tira vers la sortie. Les gardes étaient trop nombreux. Pour sortir, ils durent enjamber nombres de cadavres. Le sol était éclaboussé de sang. Les gardes étaient juste derrière eux, Kagami pouvait presque sentir leur souffle dans sa nuque.

-Il faut aller chercher Akashi ! Criât Kagami par dessus le vacarme de la débandade.

-Non ! S'opposa Kuroko. Il a donné des ordres clairs s'il se faisait prendre ! Nous devons obéir, Kagami-kun.

De toute évidence, il avait reprit du poil de la bête et sa détermination refaisait surface. Kagami pesta. Il insulta la Terre entière alors qu'il fuyait. Des gardes les attendait aussi à l'extérieur. Un nouveau massacre s'opéra, duquel seuls les deux tiers des soldats purent s'extirper.

La débâcle dura une demie-heure. Tous ceux qui n'avaient pas pu fuir furent exécutés. Kagami, Kuroko et une partie des soldats retournèrent se terrer dans la forêt. Quelques soldats les rejoignirent, notamment Aomine qui avait survécu.

Les effectifs de la rébellion avaient été réduit de plus de la moitié en une seule journée. Et leur chef n'était pas revenu. Personne ne savait s'il était mort ou s'il avait été fait prisonnier. Tout le monde dans le camp avait le regard vide. Tout le monde sursautait au moindre bruit. Tout le monde craignait que la garde ne les retrouve.

Les dirigeants de la rébellion se retrouvèrent dans la cabane au fond du camp. Ils n'avaient pas les mots. La défaite était terrible. Kuroko avait de nouveaux les yeux vides. Kise, le premier, retira sa capuche, dévoila son visage et s'effondra sur une chaise avant de pleurer. Kuroko s'approcha de lui et pressa amicalement son épaule.

-Il savait... ce bâtard... comment il a su ? Le rapport de ton cousin ne prédisait rien,Tetsu.

-Je sais... soufflât le concerné.

Il se tourna vers Kagami.

-Mayuzumi-kun... mon cousin, ne t'a rien dit de particulier, Kagami-kun ?

-Non... Il m'a juste dit que tu allais recevoir une lettre demain et...

Il y eu un petit silence puis Kuroko se pinça les lèvres.

-Je vois...

-C'était un code, c'est ça ?

-Non, bien sûr que non.

Kuroko sourit, mais il mentait. Kagami sentit son cœur. C'était de sa faute. Il n'avait pas retransmit comme il fallait la demande de Mayuzumi.

Kagami n'arrivait pas à imaginer qu'Akashi ait pu s'être fait tuer. Une voix, au fond de lui, lui garantissait qu'il était toujours en vie. Le soir-même, Kagami reprit son cheval.

-Kagami-kun...

La petite voix de Kuroko s'arrêta alors qu'il s'apprêtait à quitter le camp.

-Où vas-tu ?

-Chercher Akashi.

-Il a donné des ordres, Kagami-kun. Nous devons continuer.

Kagami soupira.

-Sans lui... cette révolution n'aboutira pas. On a besoin de son génie et... de son sang. Ne me retient pas, Kuroko. J'irai de toute manière. Et puis... j'ai bien compris que, hier, avec Mayuzumi, j'ai merdé.

-J'aurai du t'en parler. C'est tout autant de ma faute.

Kagami vit Kuroko hésiter. Puis, il acquiesça.

-Ramène-nous Akashi-kun.

-Compte sur moi !

Il enfourcha son cheval et partit au galop vers la capitale. Kagami sentait le vent frais de la nuit fouetter ses joues. Il connaissait le plan du palais, il l'avait bien appris. Il savait où étaient situées les prisons. Mais quelles étaient ses chances de sauver Akashi ? Il savait bien qu'il n'avait presque aucune chance. Il était cependant hors de question de ne rien essayer et de laisser Akashi mourir là-bas après tout le mal qu'il s'était donné.

Le Roi allait-il comprendre qu'il était son fils caché ? Allait-il essayer de le formater à son image pour en faire le prochain Roi ? Allait-il l'exécuter ?

Kagami se retrouva de nouveau dans les rues de la capitale. L'ambiance était tout à fait différente désormais. On entendait des murmures partout. Il y avait plus de gardes. La grande place, face au palais, étaient encore recouverte de cadavres. Ceux des gardes royaux qui avaient péris avaient été évacués. Ne restait que ceux des rebelles, déjà déchiquetés par les rats et les chiens errants. Kagami en eut la nausée.

Il longea le palais. Vers les fondations en granit se trouvait de temps en temps de petites fenêtres, situées près du sol. Les prisons. Comment entrer ? A vrai dire, Kagami ne voyait qu'une seule solution.

Dans une ruelle, il prit par surprise un garde. Kagami n'eut aucune difficulté à lui voler la vie pour prendre son uniforme. C'était son seul moyen d'entrer dans le palais.

Kagami pénétra dans le palais par la grande porte. Il y avait du sang partout. Il fit comme si tout était normal, ne parla à personne et descendit vers les prisons d'un pas calme. Le gardien n'était pas là. Étrange.

Kagami parcourra le long couloirs où s'enchaînaient les cellules, toutes fermées par une porte en bois munie d'une petite ouverture barrée de fer. Il regarda par chaque ouverture. Des pas résonnèrent dans le couloir derrière lui.

-Je peux t'aider ?

Le faux garde se retourna. Il n'avait pas envie de perdre du temps. Ses mains tremblaient tellement il avait hâte de retrouver Akashi. Il stressait.

-Où est le chef des rebelles ? Je dois le mener au Roi.

Le gardien des cellules face à lui sortit immédiatement son arme.

-Il est déjà avec le Roi. Qui es-tu ?

Et merde. Kagami n'avait plus d'autre choix que de se battre. Il serra son arme. Mais avant même qu'il ait le temps de dégainer, d'autres gardes arrivèrent. Il était prit. Impossible de s'enfuir. Il n'avait servit à rien...

On emmena Kagami dans une pièce très froide. Là, des gardes le torturèrent plusieurs heures pour lui faire avouer l'emplacement du campement rebelle. Malgré la douleur, malgré le froid, il ne prononça pas un mot. Kagami pouvait au moins compter sur sa volonté.

Les gardes royaux le jetèrent dans une cellule humide, tout au fond du long couloirs. Des gémissements sortaient des ouvertures. Kagami essuya son visage plein de sang et souffla. Ses côtes lui faisait mal.

-Taiga...

Il reconnu à peine la voix d'Akashi. Dans la pénombre de la cellule, il était complètement dissimulé. Un rayon lunaire éclairait faiblement ses pieds.

-Akashi ?

-Tu es un idiot, Taiga, soufflât Akashi.

Le concerné fut prit d'un rire triste.

-Je pensais que c'était acté depuis longtemps, capitaine.

-Pourquoi être venu ?

-Je ne pouvais pas te laisser entre ses mains.

Kagami s'approcha d'Akashi. Il voyait mieux son visage marqué. Il avait des entailles partout sur le corps.

-Tu aurai pu vivre encore longtemps, tu sais.

-Je sais. Mais je crois qu'une vie sans toi, ça m'aurait semblé vide.

Akashi resta silencieux un moment.

-Il va nous exécuter.

Kagami sentit sa respiration cesser quelques instants. Mourir. Il s'était jeté dans la gueule du loup sans réfléchir un instant. Il avait pensé qu'il sortirait Akashi de là ou bien... ou bien... maintenant il savait bien. C'était sauver Akashi ou mourir.

-Tu pensais qu'il m'épargnerai parce que je suis son fils ? A vrai dire, c'est précisément pour cela qu'il a dit qu'il me tuerait. Il a vite comprit qu'il ne fera pas de moi quelqu'un comme lui. Autant m'exécuter publiquement pour graver le message dans la tête des gens.

Kagami avait les yeux soudainement humides. Il se rapprocha d'Akashi et le prit dans ses bras. Ses bras entourèrent le corps blessé d'Akashi. Kagami remarqua alors qu'il avait une chaîne aux pieds.

-J'aurai du te sortir d'ici. Pardon d'avoir échoué.

-C'est moi qui n'ai rien vu venir, soufflât Akashi en rendant à Kagami son étreinte.

Ils s'embrassèrent.

Depuis les prisons, ils entendaient le bruit de la rue mais aussi son odeur pestilentielle. De temps en temps, des rats tombaient depuis la petite fenêtre à barreaux. Des chiens venaient uriner. Kagami et Akashi restaient l'un contre l'autre dans la cellule. Ils avaient l'impression d'être seuls dans ce monde. Ils n'échangeaient plus un mot.

Une semaine passa. Une longue semaine qu'ils passèrent à deux. Enfin, la porte de leur cellule s'ouvrit en grand. Plusieurs gardes royaux étaient là. Ils entrèrent, les saisirent et les emmenèrent hors du sous-sol.

La grande place devant le palais avait été aménagée. Il y avait une grande estrade en bois qui dominait la foule tassée. Dessus, deux bloc de bois et deux bourreaux. Kagami et Akashi comprirent. Ils échangèrent un regard.

Les gardes les poussèrent jusqu'à l'estrade. Depuis sa terrasse, le Roi les regardait avancer. La foule était muette, prisonnière d'un silence de peur. Akashi savait que parmi ces milliers de visages sombres se trouvaient les siens. Il savait qu'ils n'allaient rien tenter pour le sauver. C'était les ordres. Néanmoins, ils allaient venir voir sa tête tomber.

Les gardes les firent monter sur l'estrade. Un officiel fit un bref discours expliquant les charges retenues contre les deux criminels. Cette exécution avait pour but de frapper les esprits de ceux qui oseraient encore se soulever contre le pouvoir. Mais Kagami ne voulait pas qu'on ne voit de lui et Akashi que leur visage de révolutionnèrent. Ils étaient des êtres humains. S'ils voulaient qu'on les vois ainsi, ils fallait agir... d'une manière ou d'une autre.

Alors que les gardes empoignaient leurs coudes pour les approcher du rondin de bois sur lequel ils devaient poser leurs tête, les deux garçons se penchèrent l'un vers l'autre. Akashi se mit sur la pointe des pieds et happa les lèvres de Kagami. Il y eu un instant d'un silence irréel. Un instant où le monde semble s'effacer. Kagami sentait les lèvres d'Akashi contre les siennes. Il avait l'impression de pouvoir entendre son cœur battre.

Après le silence vinrent des murmures dans la foule. Les deux garçons furent séparés par des mains fermes. On les força à s'agenouiller devant les rondins de bois.

Kagami sentait ses mains moitent. Je ne veux pas mourir, pensât-il. Il regarda Akashi pour se donner du courage. Il savait que ce dernier disait adieu à tous ses rêves de liberté. Il avait grandit pour libérer ce peuple. Cela avait été son unique but pendant des années. Néanmoins, il semblait être prêt à donner sa vie.

Akashi aurait voulu pouvoir se débattre. Il aurait voulu pouvoir s'enfuir. Il aurait voulu que ses hommes désobéissent à ses ordres et viennent le sauver.

Kagami vit la hache se lever au dessus de la tête d'Akashi. Non. Laissez-nous encore un peu de temps. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas...

Il n'y eut aucune douleur. Un instant, Kagami resta conscient. Assez pour se sentir tomber. Assez pour voir le sang d'Akashi couler soudainement. Assez pour voir le ciel sans nuage de cette journée. Un ciel d'un bleu irréel


Bon... la fin est triste, mais ça c'est pas nouveau avec mes histoires XD J'espère que cet OS vous aura plu ! Un couple Akashi/Kagami, c'est rare.

Bisous !