BONJOUR TOUT LE MONDE ! Je reviens avec une nouvelle fic (oui, encore je sais, je sais. Un jour je finirais mes projets avant d'en commencer d'autre, mais aujourd'hui n'est pas ce jour)

IMPORTANT : Cette fiction est un UA tiré de la série Sense8 et en reprend le concept. C'est à dire plusieurs personnes qui ne se connaisse ni d'Eve ni d'Adam qui se retrouvent soudainement connecté les uns aux autres.

Voilà c'était pour la partie explication chiante mais si vous n'avez pas vu la série, pas de soucis, la fic peut être comprise sans ! En tout cas elle est construite pour alors si c'est pas assez clair, n'hésitez pas à me le dire que je puisse corriger le tire o/

Sur ce, bonne lecture !


La chambre était froide, cliniquement propre, dégageant une vague odeur de produits ménagers. Elle ne comportait qu'un lit simple et une table de nuit, sans aucune fourniture. Les murs étaient blancs, les draps étaient bleus clairs, le carrelage était noir et l'unique fenêtre était éternellement close. Dans cette cage, à la faveur de la nuit, Rei s'apprêtait à donner naissance.

Elle savait que ce n'était pas la chose raisonnable à faire, qu'elle mettrait immédiatement ses enfants en danger, que leur vie deviendrait une lutte pour la survie dès l'instant où leurs yeux s'ouvriraient, mais elle n'avait pas pu s'en empêcher. Elle avait tout perdu et ses enfants seraient peut-être sa seule chance de salut alors elle se devait de le faire. Et, ensemble, peut-être seraient-ils assez forts pour résister.

Elle l'espérait tant…

Un cri manqua de lui échapper alors que la douleur transperçait son corps. Elle se mordit la langue jusqu'au sang pour s'empêcher de hurler. Elle ne devait pas. Si elle criait, ses geôliers remarqueraient que quelque chose n'allait pas et il ne leur faudrait pas longtemps avant de se rendre compte de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Il ne fallait pas. S'ils le découvraient, ses enfants seraient bientôt tous morts, exactement comme ses frères et sœurs.

Elle ravala un autre cri, une larme de douleur coulant sur sa joue. Elle sentait, le sentait si fort, si puissamment, le moment était proche. Encore un peu, elle devait tenir, rester discrète, silencieuse.

Un gémissement de douleur glissa hors de ses lèvres mais elle le remarqua à peine. Elle enfonça ses ongles dans la chair de ses paumes et ferma les yeux. Elle n'allait plus tenir, si ça durait encore elle allait hurler, hurler, hurler.

Quand soudain elle les vit. Splendide vue qui prenait place alors que la douleur refluait enfin. Ils étaient là, ses bébés. Des larmes de soulagement lui échappèrent mais elle ne chercha pas à les retenir.

Elle l'avait fait. Elle avait réussi.

Elle les voyait tous. Debout derrière le comptoir d'un bar, installé à un bureau et noircissant feuille après feuille, allongé sur son lit et pianotant joyeusement sur son téléphone, derrière les barreaux d'une petite cellule, assise devant une télévision, debout sur un toit.

Ils étaient magnifiques.

Rei sentait leur coeur battre et elle se concentra sur cette sensation en ouvrant les yeux. Un rire silencieux secoua son corps et un grand sourire, le premier depuis de longs mois, lui traversa le visage. Ça lui rappelait la naissance de son premier enfant, l'émotion qui l'avait submergé quand elle l'avait pris dans ses bras la première fois. La joie intense qui l'avait emplie avait alors semblé être la seule chose qui comptait dans ce monde.

Mais déjà l'épuisement l'emportait et l'empêchait de rester plus longtemps.

Elle les regarda encore une fois et ferma les yeux avant de s'évanouir.

XxX

Kaminari se réveilla avec une migraine atroce, digne de celles que les cris de ses parents lui donnaient les nuits où ils préféraient se disputer plutôt que dormir. Il soupira en passant une main contre sa tempe. La journée promettait d'être bonne si elle commençait si bien.

Il repoussa les couvertures et se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche. L'eau froide faisait toujours du bien à ses maux de têtes. Il quitta son pyjama, un t-shirt trop large, et se glissa dans la cabine de douche avant d'allumer le jet d'eau. Il repoussa la tête en arrière, laissant l'eau froide ruisseler le long de son corps.

Distraitement, il repensa à l'étrange rêve qu'il avait fait cette nuit.

Il avait vu une femme, d'à peu près l'âge de sa mère, debout dans sa chambre qui le regardait avec un drôle de regard, le genre de regard trop joyeux qui rendait méfiant. Il se souvenait que, dans ce rêve, il était penché sur les dossiers de l'entreprise familial que son père lui avait confié en début de mois pour qu'il les analyse. Il s'agissait d'anciens dossiers, qui dataient de trois ou quatre ans, peut-être plus. Aux yeux de Kaminari, ce n'était rien d'important mais à ceux de son père, c'était tout le contraire.

Il était donc occupé à travailler quand cette femme lui été apparu. Il s'était tourné vers elle, parce que c'était ce qu'il fallait faire, et il avait plongé ses yeux dans les siens. Et soudain il l'avait vu, seule dans une chambre vide, allongée dans un lit, les poignets attachés.

Et il était tombé de sa chaise. Parce que ça paraissait tellement réel, tellement vrai, qu'il avait vraiment cru qu'une femme, une inconnue, était entrée chez lui.

Elle n'avait pas prononcé un mot. Elle lui avait sourit, gentiment, tellement gentiment, et avec une joie manifeste. Elle lui avait sourit et elle avait disparu, la chambre avec elle, comme si elle ne s'était jamais trouvé là.

Kaminari secoua la tête. Evidemment qu'elle n'avait pas été là, puisqu'il avait rêvé. Il coupa le jet d'eau et se lava rapidement, frottant énergiquement sa peau. Il devait arrêter de se perdre à ce point dans ses rêves. Il avait des responsabilités, des problèmes à résoudre et des études à poursuivre et ce n'était pas des objectifs qu'il pourrait atteindre en rêvassant.

Il se rinça, se sécha et s'habilla de son uniforme. Il descendit ensuite dans la cuisine où son petit déjeuner l'attendait. Il mangea rapidement, attrapa son sac et fila prendre son bus.

Une fois installé, il brancha ses écouteurs et laissa son regard se perdre dans le paysage.

Sans pouvoir s'en empêcher, il repensa à la femme et quelque part, il eut l'impression que c'était important.

XxX

Bien plus loin, Sero grogna en constatant que son aspirine ne semblait pas avoir le moindre effet sur sa migraine lancinante. Dire qu'il n'avait pas bu une goutte d'alcool la veille, contrairement à plusieurs de ses collègues. Il se passa une main dans ses cheveux et les ébouriffa. Il inspira profondément puis expira doucement. Bon, après tout, il n'y pouvait rien. C'était sûrement à cause du stress. Il réagissait toujours mal au stress, même si d'habitude c'était plutôt des maux de ventre.

Il se redressa en entendant la porte du magasin s'ouvrir et sourit au client, qui ne le regardait même pas. Intérieurement, il eut envie de se recoucher sur le plan de travail sur lequel se trouvait la caisse mais il ne pouvait pas, question d'image. Son patron serait foutu de lui mettre un blâme pour mauvaise publicité.

Alors il sourit bêtement et reposa ses yeux sur son carnet de croquis, puisque c'était bien la seule chose qui lui permettait de s'occuper un peu pendant les longues heures de la journée où l'épicerie où il travaillait était tout simplement vide. Il gribouilla une silhouette, celle d'une femme, puis dessina ses cheveux mi-longs, ses yeux sombres et son corps fin.

Il s'arrêta en arrivant à sa tenue. Il ne s'en souvenait pas. Il se rappelait avoir rêvé d'elle la veille, de cette femme seule dans une petite chambre mais ses souvenirs étaient à la fois très flou et très clairs. Il se rappelait de la froideur de la chambre mais il se rappelait aussi d'entendre qu'un instant avant, il était encore dans le bar où il travaillait de nuit. Il se rappelait du sourire de cette femme, si proche de lui, comme si elle avait vraiment été devant lui mais pourtant il aurait été incapable de dire si leur rencontre avait duré quelques minutes ou bien une heure.

D'habitude, il ne faisait pas grand cas de ses rêves, principalement parce qu'ils étaient des plus brumeux mais celui-ci lui avait laissé une empreinte très vive. Sûrement parce que c'était l'un des rares dont il parvenait à se souvenir. Ouais, sûrement. Il n'arrivait pas à s'en convaincre.

Il quitta son dessin des yeux le temps de scanner les articles de son seul client de la matinée puis il les rabaissa quand il fut de nouveau seul. Même si elle n'était qu'une vision tirée d'un songe, elle lui semblait étrangement familière, comme s'il l'avait déjà rencontré auparavant.

Son téléphone tinta à la réception d'un message. Il l'attrapa et baissa les yeux sur l'écran. C'était Shoji.

Un sourire se dessina sur les lèvres de Sero.

Reçu à 11h23 :

_ Tu finis bien à 18h aujourd'hui ?

Envoyé à 11h24 :

_ Oui ! Mais ma migraine passe pas alors je suis pas sûr que ce soit une hyper bonne idée de se faire un ciné…

Envoyé à 11h24 :

_ Désolé je sais que tu voulais vraiment y aller…

Reçu à 11h25 :

_ T'en fait pas c'est pas ta faute, on le regardera plus tard

Reçu à 11h26 :

_ Je dois y aller, mon cours reprend. Je passerais te chercher ce soir je t'aime

Envoyé à 11h26 :

_ Moi aussi *emoji coeur rouge* *emoji coeur rouge*

Sa migraine se fit soudain plus forte, lui faisant fermer les yeux. Franchement, une migraine pareille, c'était vraiment pas juste.

XxX

"Toujours mal au crâne ?"

Kirishima secoua la tête, souriant.

"Non, ça va beaucoup mieux !"

Recovery Girl hocha la tête.

"Très bien, alors tu peux retourner en classe. N'hésite pas à revenir me voir si ta migraine reprend.

-Oui, d'accord."

Kirishima se leva, inclina la tête et quitta la pièce pour rejoindre sa salle de cours. Il était soulagé que sa migraine soit enfin passée, sans ça, il doutait pouvoir finir sa journée. Il glissa les mains dans les poches de son pantalon, marchant sereinement.

Distraitement, il repensa à l'étrange rêve qu'il avait fait cette nuit. Il avait vu une femme au long cheveux blancs, qui devait approcher la cinquantaine, dans une toute petite chambre assez ostère. Ça lui avait semblé tellement réel. Un instant il était dans sa chambr, chez lui, et l'instant d'après, il était dans cette drôle de chambre avec cette femme souriante.

Il secoua la tête. Il réfléchissait trop. Il avait simplement fait un drôle de rêve, rien de plus. Maintenant il devait se concentrer sur des affaires plus importantes, ses examens de fin de trimestre par exemple. Il grimaça en y repensant. Il était loin d'être le meilleur élève de sa classe et il se devait d'avoir les meilleures notes possibles. Peut-être qu'il devrait demander à Iida de l'aider à réviser. Connaissant le garçon, il accepterait sûrement. Oui, il n'avait qu'à faire ça.

En tournant au croisement de deux couloirs, Kirishima se retrouva soudain dans un couloir beaucoup plus ancien et plus étroit aussi. Devant lui, plusieurs élèves, s'il en croyait les uniformes qu'ils portaient, marchaient à sa droite et à sa gauche en le contournant avec une sacré marge. Qu'est-ce que c'était que ça ?!

Il fronça les sourcils et baissa les yeux, se rendant alors compte qu'il était maintenant assis dans un fauteuil roulant. Mais depuis quand était-il assis ? Il aurait juré être à hauteur d'yeux avec les autres élèves encore un instant plus tôt.

Puis il entendit une voix familière appeler mais dès qu'il tourna la tête pour regarder la personne qui venait de parler, en un battement de cil, il se retrouva de nouveau dans le couloir de Yuei.

Il cligna plusieurs fois des yeux et tourna sur lui-même. Il aurait pourtant juré qu'il était dans un autre lycée - ou peut-être un collège ? - encore l'instant d'avant ! Mais comment cela pourrait-il être possible, puisqu'il n'avait visiblement pas quitté Yuei un seul instant ? Il n'avait pas d'alter de téléportation et si quelqu'un s'était servi de lui, dans quel but serait-ce ? Et pourquoi le renvoyer à son point de départ ? Ça n'avait aucun sens.

Se passant une main dans les cheveux, il décida qu'il avait sûrement rêvé, puisqu'il ne pouvait pas y avoir d'autre explication.

Il souffla et reprit son chemin vers la salle de classe, passant tout le trajet à essayer de se convaincre qu'il n'était pas fou, juste tête en l'air.

XxX

Ashido se retourna en entendant Nana l'appeler. Elle fit tourner son fauteuil roulant pour lui faire face, lui souriant pour lui dire bonjour. Cependant, il devait y avoir un problème avec sa mine, car aussitôt à sa hauteur, Nana fronça les sourcils.

"Tout va bien ? T'as l'air bizarre.

-Hein ? Euh, oui, pas de problème, tout baigne !"

Elle leva les deux pouces en l'air pour appuyer ses paroles mais elle n'était pas très convaincante avec sa voix bancale. Elle se retint de regarder derrière elle, là où un instant avant, le vieux couloir de son lycée avait laissé place à un couloir net et propre, bien plus large et plus éclairé. Elle avait dû rêver, c'était tout. Elle était du genre à se perdre facilement dans ses pensées, cette fois ne serait qu'un exemple de son imagination particulièrement fructueuse.

"T'es sûre ? On doit aller voir l'infirmière sinon, ça me dérange pas de t'accompagner.

-Je sais, merci, mais je vais bien. J'ai juste pas très bien dormi. J'ai fait un rêve assez désagréable, si tu veux tout savoir.

-Vraiment ? Dire que c'est toi qui passe ton temps à me raconter tes histoires supers chelous, je savais pas que tu faisais des cauchemars."

Elles se mirent à remonter le couloir vers leur salle, Nana marchant plus lentement qu'à son habitude pour qu'Ashido puisse la suivre sans problème.

"Tout le monde fait des cauchemars ! Mais là c'était pas vraiment ça, c'était juste un truc dérangeant."

Nana haussa un sourcil et croisa ses bras dans son dos.

"Tu veux bien me raconter ? Je suis curieuse maintenant.

-T'es toujours curieuse."

Elles se sourirent et Nana ne chercha pas à nier. Elles auraient toutes les deux sus que c'était un mensonge de toute façon.

Ashido prit une profonde inspiration avant de parler.

"J'étais dans une chambre, un peu dans le genre hôpital, mais plus hôpital psy qu'hôpital normal, tu vois ?

-Hnm."

Nana hocha la tête.

"Et dans cette chambre y avait une femme, elle devait avoir l'âge de ma mère ou un peu plus vieil et elle était attachée à son lit. Genre avec des lanières en cuir. Et elle me regardait moi et elle me souriait et, je sais pas, ça m'a fait super bizarre. Je savais qu'elle était là contre sa volonté et en même temps elle avait l'air tellement contente de me voir, ça faisait juste un décalage trop bizarre.

-Et tu t'es senti mal parce que tu imaginais un de tes proches à sa place ? Ou juste à cause de l'environnement ?

-L'environnement, sûrement.

-Oui, c'est pas étonnant, si c'était un hôpital."

Ashido hocha la tête. Elle détestait les hôpitaux depuis le jour où elle s'était réveillée dans l'un d'eux privée de ses jambes. Nana le savait. Elle savait presque tout d'elle, tout comme Ashido savait presque tout de Nana. Elles avaient grandi ensemble, dans le même quartier, et avaient presque toujours été dans la même classe depuis la maternelle. Alors forcément, un lien s'était lentement tissé entre elles.

Elles arrivèrent devant leur salle de classe et retournèrent à place. Ashido posa ses coudes sur la table et tourna la tête vers Nana, assise à sa gauche.

"N'empêche, j'ai vraiment eu l'impression que c'était réel. Mes rêves sont pas comme ça d'habitude.

-Et c'est ça qui t'as perturbé ? En plus de l'hôpital je veux dire.

-Je suis pas sûre. J'ai pas l'impression qu'y a vraiment de mot pour décrire ce que c'était comme sentiment…"

Ashido réfléchit. Elle avait vraiment eut l'impression d'être proche de cette femme, de la connaître, qu'elle était quelqu'un d'important. Et en même temps, elle s'était sentit tellement mal dans cette pièce, tellement oppressée, qu'elle avait eu l'impression de ne plus pouvoir respirer.

Elle secoua mentalement la tête. Ce n'était qu'un rêve après tout.

XxX

Bakugo alternait entre pompes et squats dans la cour du pénitencier pour mineurs où il résidait depuis trois ans déjà. Trois ans. Il n'en revenait toujours pas. Trois ans qu'il mangeait la même bouffe dégueulasse à laquelle il avait pourtant fini par s'habituer, trois ans qu'il ne voyait ses parents que sur des horaires de visites qui devaient toujours être programmées à l'avance, trois ans qu'il partageait sa cellule avec un autre garçon qu'il n'avait jamais vraiment réussit à supporter.

Il se mit à faire ses pompes plus énergiquement.

Trois ans déjà. Plus que quelques mois. Quelques mois et il respirerait à nouveau l'air frais de l'extérieur. Il retrouverait son chez lui, sa chambre, la bonne nourriture de son père, l'école. Bon il était peut-être un peu plus mitigé sur un retour à l'école, particulièrement s'il s'agissait du lycée, mais l'idée trottait quand même souvent dans son esprit.

Enfin, d'habitude. Aujourd'hui, d'autres pensées lui remplissaient le crâne. Des images d'un rêve fait la nuit dernière, d'une chambre franchement glauque et d'une femme qui irradiait de solitude. Ça lui avait donné des frissons et c'était à grand peine qu'il s'était retenu de fracasser le mur de sa cellule en reprenant conscience. Même maintenant, il sentait des frissons courir le long de son dos rien qu'en y repensant. Il se dégageait une ambiance tellement malsaine de cet endroit, comme l'odeur d'un cadavre qui imprégnerait une odeur de pourri dans tous les murs. Enfin, pas que Bakugo ait déjà vu ou senti un cadavre, loin s'en faut, mais l'analogie lui paraissait cohérente.

Ça criait autour de lui. Des gosses qui voulaient jouer au caïd sûrement, c'était souvent eux qui faisaient le plus de bruit. Ils se calmaient qu'après s'être pris deux ou trois coups de la part des gardes et même là, ce n'était parfois que temporaire.

Bakugo arrêta son exercice et passa aux étirements.

Autour de lui, ça criait toujours mais il distinguait surtout deux voix, un garçon et une fille. Une fille ? Les filles n'étaient pas incarcérées dans ce pénitencier normalement. Qu'est-ce qu'elle foutait là alors ?

Quand il eut fini ses étirements, il se retourna pour scanner la cour du regard mais il ne vit aucune fille et encore moins quelqu'un qui criait.

XxX

Kaminari se mordillait la lèvre en travaillant sur le rapport qu'il devrait bientôt rendre à son père. Il n'arrivait pas à se concentrer. Il lisait la même phrase depuis plusieurs minutes mais il ne comprenait pas ce qu'elle disait. Peut-être était-ce les capitaux ou le coup de la main d'œuvre, l'un ou l'autre, la tournure de phrase rendait le propos trop flou.

Ou peut-être était-ce les cris de ses parents qui faisaient ça ? Mouais, c'était sûrement ses parents. Ils se criaient dessus depuis que sa mère était rentrée, un relent d'alcool avec elle. Comme d'habitude son père lui avait reproché de donner une mauvaise image d'elle et de leur famille, elle lui avait reproché de ne penser qu'à son travail et aux qu'en dira-t-on plutôt qu'à sa famille, lui avait répliqué que tout ça, c'était important, et qu'ils en avaient besoin, et Kaminari avait arrêté d'écouter à peu près à ce moment là.

C'était comme ça à chaque fois qu'ils se croisaient de toute façon.

Kaminari les trouvait aussi ridicules l'un que l'autre, à faire comme si leur problème de couple était seulement de la faute de l'autre. C'était une façon idiote de raisonner, en plus d'être fausse.

D'un autre côté, il préférait encore les entendre se disputer plutôt que de les voir dans sa chambre pour le disputer lui. En fait, il préférait les jours où ils l'ignoraient aux jours où ils se souvenaient qu'ils avaient un fils.

Soupirant, il fit rouler sa chaise loin de sa table et se pencha en arrière pour regarder le plafond. Tout ça l'exaspérait : leur comportement, leurs attentes, leurs choix de vie. Ses parents le considéraient davantage comme un futur entrepreneur qu'un fils et ça se voyait. Et ça faisait mal, comme une douleur sourde enfouie dans sa poitrine.

Mais cette douleur était là depuis si longtemps qu'il avait fini par s'y habituer. On s'habitue à tout, c'est bien connu.

Il fit encore rouler sa chaise, tournant sur lui-même suffisamment pour s'en donner le tournis. Les cris de ses parents étaient comme un bruit de fond qui, aussi soudainement qu'il avait commencé, s'arrêta.

Kaminari cligna des yeux, presque surpris. Ça n'avait pas duré bien longtemps aujourd'hui. Sûrement que son père en avait eu marre de l'haleine de sa mère. En tout cas, c'était souvent à cause de ça que Kaminari mettait fin à leurs conversations.

Tendant l'oreille, il vérifia si l'un de ses parents était encore debout. En général, après une dispute, ils faisaient chambre à part et n'en sortait plus avant le lendemain matin, ce qui lui laissait donc du temps pour faire absolument tout ce qu'il voulait, à condition d'être silencieux.

Il se leva de sa chaise et alla vers sa table de nuit, où reposait son téléphone. Il l'attrapa et envoya un message à Nowaki, l'un de ses rares véritables amis, l'un de ceux à qui il pouvait tout confier.

Envoyé à 21h48 :

_ y a quelque chose de prévu ce soir ?

Kaminari s'allongea sur son lit en attendant la réponse.

Reçu à 21h51 :

_ ça dépend, t'as combien de temps devant toi ?

Kaminari sourit.

Envoyé à 21h52 :

_ j'ai toute la nuit et même un peu plus si je pars avec mon sac de cours.

Reçu à 21h52 :

_ pas la peine de le prendre va pas t'encombrer avec ça

Reçu à 21h53 :

_ prend ton matos ça ira

Envoyé à 21h54 :

_ la totale ?

Reçu à 21h55 :

_ la totale

Reçu à 21h55 :

_ les gars ont trouvé un bon spot près du bloc avec les immeubles de bureau

Envoyé à 21h56 :

_ on se retrouve à l'endroit habituel ? D'ici un quart d'heure/vingt minutes

Reçu à 21h56 :

_ Yep

Aussitôt le message reçu, Kaminari se redressa et quitta son lit. Il se dirigea vers son armoire, s'accroupit et l'ouvrit. Il poussa ses hauts et ses vestes jusqu'à voir clairement le sac à dos noir caché sous les chaussures. Il les écarta, attrapa le sac, se releva et ferma l'armoire. Il se dirigea ensuite dans la salle de bain et ouvrit le deuxième tiroir sous le lavabo. Là, il poussa les serviettes et autres gants de toilettes pour accéder aux bombes de peintures qu'il gardait là. Il les saisit toutes et les enfourna soigneusement dans son sac à dos où se trouvait déjà un masque, un carnet, des feutres, deux chiffons, des marqueurs et un peu d'argent. Une fois toutes les bombes rangées, il referma le sac et le passa sur son dos. Il retourna ensuite dans sa chambre et vérifia qu'il n'avait rien oublié. Il tata ses poches, rassuré de sentir son téléphone dans la poche arrière de son jean, et hocha mentalement la tête.

Ensuite, il quitta discrètement sa chambre, enfilant au passage la capuche de son sweat. Il s'avança dans l'appartement et en sortit sans faire le moindre bruit. Il descendit les cinq étages qui le séparant de la sortie et déboucha sur la rue. Il enfouit ses mains dans la poche ventrale de son sweat et se mit à marcher vers la supérette la plus proche.

Quinze minutes plus tard, il était sur le parking quand une moto se présenta face à lui. Un garçon un peu plus grand que lui, habillé de cuir, en descendit et sortit un casque du coffre. Il le donna ensuite à Kaminari, qui l'enfila.

"C'est encore tes parents ?"

Nowaki savait que Kaminari sortait rarement quand ses parents n'avaient pas ruiné sa bonne humeur. Kaminari hocha la tête.

"C'est un peu la routine. On est nombreux ce soir ?"

Nowaki haussa une épaule.

"Je sais pas encore. Tobio et Mitsuki ont dit qu'ils amèneraient peut-être leur copine, et Shoza à rien confirmer."

Kaminari pouffa sous son casque.

"Il confirme jamais de toute façon. Mais je savais pas que Tobio avait quelqu'un, ça m'étonne de lui.

-Comme quoi les connards ça plait aux filles. Peut-être pour ça que j'ai personne, je suis trop romantique pour elles."

Kaminari entrechoqua leurs épaules en s'approchant de la moto.

"Ben oui c'est forcément ça. Rien à voir avec ta manie de coucher avec tout ce qui bouge."

Nowaki rit en retour et s'installa sur la moto. Kaminari lui ceintura la taille pendant qu'il faisait rugir le moteur du véhicule. Un instant plus tard, ils étaient partis.

Pendant le trajet, Kaminari observa les lumières de la ville, les lampadaires et leur lumière jaunâtre, les néons des anciennes encore ouvertes et les phares des véhicules encore en circulation. C'était une vue qui ne manquait jamais de l'apaiser, même si cet apaisement venait aussi sûrement de cette impression de s'enfuir sans jamais avoir à revenir.

Après une demi heure de route, Nowaki arrêta la moto. Ils descendirent, enlevèrent leur casque et Nowaki mit la chaîne sur la roue. S'ils se faisaient voler la moto, ils en auraient pour des heures avant de pouvoir rentrer chez eux.

Ils se dirigèrent ensuite vers ce qui ressemblait à un immeuble rempli de bureaux et d'open spaces, le genre d'endroit où Kaminari finirait par travailler. Ils escaladèrent la barrière entourant le parking de la bâtisse et atterrirent souplement de l'autre côté. Ils faisaient du parkour depuis des années, aussi n'avaient-ils eu aucun mal à franchir cet obstacle. Dans leurs veines, l'adrénaline commençait doucement à circuler, comme à chaque fois qu'ils s'infiltraient là où ils n'avaient pas le droit d'être. Ils progressèrent dans le parking, descendirent dans les souterrains par la rampe d'accès et, au loin, caché dans la pénombre, ils virent cinq personnes.

Ils s'approchèrent, leurs visages dissimulés par l'ombre de leur capuche, comme ceux de leurs comparses. Quand ils furent assez proches, Kaminari put reconnaître tout le monde, à l'exception des deux filles présentes. Un grand sourire prit place sur les lèvres de Kaminari.

"Les gars !"

Il écarta les bras et les enlaça les uns après les autres.

"Ça fait longtemps ! Vous m'avez trop manqué !"

Ils lui sourirent tous en retour. Mitsuki passa un bras autour des épaules de celle que Kaminari supposait être sa petite-amie, du fait de leur proximité.

"À nous aussi ! Ça doit bien faire un mois que t'étais pas venu.

-Ouais, j'avais pas mal mes parents sur le dos et c'était chaud avec les exams. Mais maintenant je suis un peu plus libre et je compte bien en profiter à fond !"

Un sourire carnassier apparut sur le visage de Tobio quand il suggéra.

"Alors, on s'y met ?"

Six hochements de tête lui répondirent. Le groupe se dispersa alors alors en quatre, Mitsuki et Tobio de leur côté avec leur copine, Shoza seul et Kaminari avec Nowaki. Ils choisirent un mur porteur et déballèrent leurs affaires. Nowaki demanda.

"On prend un de tes designs ou un des miens ?

-On aura pas le temps de faire les deux ?

-Ça me parait compliqué vu le temps qu'on a devant nous.

-Et tu crois pas qu'on pourrait mélanger deux de nos dessins ?

-Comme ça ? En impro ?

-Pourquoi pas ? Ça rendait pas si mal quand on avait testé ça l'autre fois.

-Bah écoute, vu que c'est ta première sortie depuis un petit temps, je vais dire oui, mais la prochaine fois on fait l'un des miens.

-Pas de soucis !"

Ils se saisirent de leur carnet de dessin et parcoururent rapidement les pages jusqu'à trouver deux designs qui s'assembleraient bien ensemble. Ils arrêtèrent leur choix sur deux dessins plutôt abstraits, l'un dans des teintes violettes et roses et l'autre dans des couleurs bleues et noires. Combinés, les deux dessins donnaient une forme vaguement circulaire à l'intérieur de laquelle semblait danser des ombres.

Une fois satisfait du résultat, Nowaki et Kaminari se mirent au travail. Ils avaient quelques heures devant eux, soit assez peu, mais à deux, ils étaient certains de pouvoir finir dans les temps. Ils commencèrent par la forme globale et le fond violet, tout en discutant.

"Tu as pu demander à tes parents pour Noël ?

-Ouais mais tu sais comment ils sont… Ils disent que je devrais plus te fréquenter et tout, du coup y a aucune chance que je puisse venir."

Nowaki fronça les sourcils.

"Ils sont pas possible ! Tous les gars seront là, ils ont pas droit t'empêcher de venir.

-Le droit ils le prennent. Et de tout façon ça ira mieux quand j'aurai quitté la maison.

-Parce qu'ils vont vraiment te laisser faire ça ?

-C'est ce qui est prévu, si j'ai d'assez bonne note à mes examens de fin d'année.

-Et c'est quoi pour eux, assez bon ?

-Être dans les dix premiers.

-Quoi ? T'as vu les tarés que y a dans ton lycée de bourges ? C'est carrément impossible !"

Dans le fond, Kaminari était assez d'accord avec lui, mais il avait besoin de cet espoir de réussite et de liberté pour tenir, alors il répondit.

"C'est juste très difficile, mais avec mes cours du soir je suis sûr que c'est faisable ! Faudra juste mettre les bouchées doubles et ça ira."

Il essayait de se convaincre mais s'il était honnête avec lui-même il savait que c'était hautement irréaliste.

"Avec tout ce que ton père te fait faire ? Où est-ce que tu vas trouver le temps ? Tu peux pas te permettre de pas dormir ou de laisser tomber les affaires de ton père, même si d'après moi tu devrais. Ce gars à pas le droit de te forcer à faire son taff.

-Ouais, t'as raison."

Kaminari baissa les yeux et arrêta d'appliquer de la peinture sur le mur, ses pensées dérivant au loin. Nowaki le remarqua et s'arrêta également. Il posa la bombe et déposa une main sur l'épaule de Kaminari.

"Hé, si jamais t'as besoin, moi et les gars on est là. Si faut que tu partes ou quoi, on sera toujours là pour t'accueillir? Je sais que mes parents te laisseront rester chez moi au besoin."

Kaminari lui sourit mais son sourire était un peu bancal, pas tout à fait sincère.

"Je sais oui, merci."

Ils reprirent ensuite leur œuvre et, une fois qu'elle fut terminée, Kaminari la photographia pour la poster sur son instagram. Il faisait ça depuis des années, depuis qu'ils avaient commencé, et force était de constater que ça marchait assez bien pour lui. Il avait un public qui était toujours heureux de voir de nouveaux posts et de commenter. Pour lui, ces soutiens anonymes signifiaient beaucoup.

Une demi-heure après avoir finit, le parking était vide de toute trace de leur passage, à l'exception de leur œuvre.

XxX

Shinsou fumait tranquillement sur le balcon de la baraque à Giran, où lui et Dabi vivait plus ou moins. Plutôt plus que moins d'ailleurs mais l'admettre aurait été comme abandonner une part de leur indépendance et c'était quelque chose qu'aucun d'eux ne voulait. Il inspira profondément une nouvelle taff, laissant la fumée imprégner ses poumons et empoisonner ses voies respiratoires.

La cigarette brûla soudain entre ses doigts. Il la lâcha par réflexe et se retourna en fronçant férocement les sourcils. Devant lui se trouvait Dabi dans toute son indécence et sa splendeur, torse nu et le pantalon tenant à peine sur ses hanches.

"T'es sérieux ?

-J'aime pas quand tu fumes.

-C'est bon j'ai plus huit ans."

Dabi vint se poster près de Shinsou, fronçant lui aussi les sourcils.

"J'ai dit non.

-Tsk."

Shinsou se détourna de lui et posa ses coudes sur la rambarde du balcon. Dabi le faisait vraiment chier quand il jouait les grands frères protecteurs. Shinsou n'était plus le gamin paumé que Dabi avait récupérer dans les rues, il pouvait bien faire ce qu'il voulait, surtout quand Dabi, lui, ne se gênait pas pour ignorer les demandes de Shinsou. C'était vraiment qu'un connard.

"J'ai mal au crâne, ça fait du bien.

-T'as qu'à prendre une aspirine.

-Ça marche pas.

-Alors prend de la morphine, Giran doit bien en avoir quelque part.

-Je vais pas prendre de la morphine juste pour ça."

Shinsou foudroya Dabi du regard. C'était quoi cette logique ? Non à la cigarette mais c'est okay pour se shooter à la morphine. Tu parles d'un frère, un dealer en apprentissage plutôt. Quoi que, vu l'usage abusif qu'il faisait de la morphine, ç'aurait été franchement hypocrite de sa part d'interdire à Shinsou d'en prendre. Mais quand même.

"Alors te plaint pas. Et t'as intérêt à pas fumer quand je serai pas là.

-Si tu me laissais venir tu pourrais le vérifier toi-même."

Dabi lui jeta un regard plat.

"On en déjà parler, c'est non. T'es trop jeune.

-Giran m'a dit que ce Shigaraki était pas beaucoup plus vieux que moi.

-On s'en fout de son âge à lui. J'ai dit non."

Shinsou soupira et reporta son regard sur le ciel nocturne. La pollution et les luminaires rendaient toutes les étoiles complètement invisibles, ne laissant qu'une grande étendue noire tirant sur le gris. Il voulait venir. Il avait dix-sept ans bon sang, il était bien assez grand. Il pouvait aller à ce rassemblement de vilains, il devrait être présent. Mais il savait que Dabi ne reviendrait pas sur sa décision et que s'il essayait de la contester ça ne ferait que le convaincre qu'il n'était pas prêt.

Il était coincé.

Alors il laissa son esprit dérivé alors que Dabi retournait dans l'habitation, sûrement pour continuer ce qu'il avait commencé avec Giran. Ces deux là étaient de vrais lapins, un truc pas possible.

Shinsou cala son menton dans le creux de sa main et repensa au drôle de rêve qu'il avait fait cette nuit. Il avait passé la journée à repenser à cette femme dans son lit d'hôpital. Elle lui avait fait penser à son père, sur la fin. Les derniers jours qu'il avait passé avec lui à l'hôpital, à le voir s'affaiblir d'heure en heure et se rapprocher de plus en plus de sa mort. Et il ne pensait plus que rarement à son père, parce que penser à lui c'était penser à sa mort et c'était trop douloureux. Même après toutes ces années, il n'arrivait pas à repenser à ces moments heureux qu'ils avaient vécu ensemble sans qu'un étaux de fer ne se referme sur son cœur.

Il secoua la tête. C'était sûrement à cause de la date. Ce serait bientôt l'anniversaire de sa mort, les souvenirs remontaient toujours à ce moment-là, c'était probablement rien.

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Sero était installé derrière le comptoir du bar, à servir des cocktails d'une main experte. Il conversait légèrement avec ses clients, pour ceux qui étaient assez aimables et disposés pour engager la discussion. Enfin, ça l'occupait un peu dans sa nuit.

Il repensa à l'après-midi qu'il avait finit avec Shoji, à regret. Il aurait aimé avoir plus de temps mais malheureusement, le devoir l'appelait et il avait dû s'éclipser. C'était souvent comme ça avec lui et ses deux boulots à temps plein. Parfois, Shoji lui demandait comment il faisait pour tenir le rythme et à chaque fois, Sero lui répondait qu'il s'accrochait à leur moment ensemble. Shoji ne manquait jamais d'être gêné, ce qui le rendait encore plus adorable.

Soudain, le bruit de fond du bar s'estompa, remplacé par un silence duquel aucun son ne perçait. Sero fronça les sourcils en reposant le verre qu'il était en train de laver. Ce n'était pas normal, quelque chose clochait.

Sans trop savoir pourquoi, il se retourna vers l'arrière du bar mais au lieu des nombreux alcools et autres sirops, il ne vit qu'un mur de béton lisse.

Il cligna une fois des yeux et les boissons remplacèrent le béton froid. (Comment savait-il qu'il était froid ? Il ne s'en était pas approché.)

Étrange.

Il secoua la tête. Sa migraine lui jouait des tours, ça ne pouvait qu'être ça. Peut-être devrait-il demander à finir son service plus tôt aujourd'hui. Il n'avait pas pris le moindre jour de repos depuis des mois, son corps essayait sûrement de lui faire comprendre qu'il devait ralentir la cadence.

Il soupira. Il prendrait son weekend, mais pour l'instant il avait encore du travail.

Cinq heures plus tard, alors que la boîte de nuit fermait enfin, Sero pu rentrer chez lui. Mais alors qu'il quittait l'établissement par la porte de service, il vit trois hommes entrer dans la rue. Ils s'approchèrent de lui et s'immobilisèrent à deux pas de lui.

"Sero Hanta ?"

Sero hocha la tête, méfiant, en les détaillant de la tête aux pieds. Ils étaient grands, baraqués, et l'un d'eux avait une apparence proche de celle d'un ours.

Le plus petit des trois poursuivit.

"Tu vas venir avec nous."

Sero fronça les sourcils.

"Pardon ?

-Tu viens avec nous."

Les deux hommes de main, enfin ceux que Sero supposait être les hommes de main du plus petit, s'approchèrent de lui. Sero recula instinctivement de quelques pas.

"Certainement pas.

-On te demande pas ton avis."

Soudain, un coup s'abattit sur sa nuque sans qu'il ne puisse en devient la provenance et tout devint noir.

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Ashido en était presque à s'arracher les cheveux. Elle n'arrivait pas à se sortir la femme de son rêve de la tête mais avec uniquement un description physique, elle n'arrivait à rien. Elle cherchait si une femme correspondant à sa description était hospitalisé dans la région, sans oser appelé directement les centres hospitaliers, mais ça ne débouchait sur rien.

Elle n'était même pas certaine que cette femme existait bien mais son intuition la poussait pourtant dans cette direction, sans qu'elle ne parvienne à se changer les idées. C'était désespérant.

Elle lâcha son téléphone et le laissa tomber sur ses jambes. Tant pis. Elle abandonnait. Pour aujourd'hui. Elle reprendrait ses recherches demain. Si elle ne se rendait pas compte que ce qu'elle faisait était complètement ridicule entre temps.

Franchement mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Ce n'était qu'un rêve alors pourquoi était-elle à ce point obsédée ? Il y avait forcément quelque chose. Forcément.

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Sero ouvrit les yeux dans un hangar, attaché à une chaise. Il avait mal à la nuque, là où il avait été frappé. Génial. Avec sa migraine préexistante, le mélange était des plus délicieux. Il remarqua que les trois types de plus tôt étaient tous là, le plus petit encore une fois au centre de la formation. C'était quoi ce bordel ?!

"Sero Hanta."

L'homme au centre avait une voix trop douce, trop lisse pour la situation, ce qui ne fit qu'augmenter le malaise de Sero.

"Tu nous dois quelques petites choses.

-Pardon ? Je sais même pas qui vous êtes ! Laissez moi partir et je dirais rien !"

Le plus petit secoua doucement la tête.

"Tu ne vas nulle part sans notre accord. En fait, à partir de maintenant, tu ne fais plus rien sans notre accord."

Sero déglutit. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Il n'avait rien à voir avec eux ! Il voulait juste rentrer chez lui !

"Vois-tu, Ritsu était un bon ami et quand il est parti, il nous a mis dans l'embarras. Il nous a cependant assuré que tu pourrais prendre la relève. Et je suis sûr que tu es d'accord avec lui, hein ?"

Le regard de Sero sauta d'un homme à l'autre sans comprendre ce qu'il se passait. C'était quoi cette histoire avec Ritsu ? Ritsu fréquentait ces types ? Non, son cousin n'était pas ce genre de personne. Et comment-ça "parti" ? Ritsu était aller en vacance dans les îles du sud du Japon pour profiter des dernières chaleur de l'été. C'était certes un peu tard dans l'année mais Ritsu avait toujours été du genre un peu étrange alors sa décision n'avait pas étonné Sero outre mesure.

Mais maintenant Sero se retrouve dans une situation bien désagréable.

"Oui, bien sûr que t'es d'accord. Mais je devrais peut-être te convaincre d'abord."

L'homme attrapa Sero par les cheveux et le força à tourner la tête sur la gauche. Là, à une trentaine de mètres, se trouvait trois autres personnes que Sero n'avait pas remarquées au premier abord, trop préoccupé par sa propre situation. Il y avait une femme, debout derrière un homme agenouillé, et un autre homme. La femme tenait un petit objet noir dans la main mais à cette distance Sero ne parvenait pas à déterminer ce que c'était.

"Vois-tu, cet homme s'est foutu de nous. Il espérait pouvoir se servir dans la marchandise et s'en tirer sans représailles. Tu comprends bien qu'on ne peut pas accepter ce genre de comportement."

Ce fut à ce moment précis que Sero remarqua que la femme tenait un revolver et que l'homme agenouillé tremblait de tout son corps. Les yeux se Sero s'écarquillèrent en comprenant. Ils allaient le tuer ! Ils allaient tuer un homme !

"N-non, ne faites pas ça."

Sa voix tremblait misérablement mais il ne savait pas quoi faire d'autre. Le petit homme rit.

"Oh que si. On ne nous vole pas sans conséquence. Si on laisse passer une fois, ça se reproduira et on nous manquera de respect. Tu sais à quel point c'est énervant de se faire manquer de respect ?"

Sero secoua légèrement la tête, incapable de grand mouvement à cause de la prise sur ses cheveux.

"Alors tu vas bien regarder et tu vas bien réfléchir à ce que ça implique, d'accord ?"

Sero resta figé, incapable de se contraindre à hocher la tête.

"Chérie, à ton tour !"

La femme hocha la tête. Dans un claquement sec, elle ôta le cran de sûreté, provoquant un glapissement effrayé de l'homme à ses pieds. Puis, pendant un instant qui semble incroyablement long à Sero mais qui ne dut pas durer plus d'une seconde, la balle partie et le son du coup de canon résonna dans le hangar.

Le petit homme lâcha alors les cheveux de Sero et sa tête bascula en avant, alors que le corps désarticulé tombait au sol.

Sero garda ses yeux fixé sur la grande tache rouge qui ne faisait que grandir sous le corps, comme si l'entièreté de son sang s'échappait de son unique blessure. Sero voulut déglutir mais sa salive resta coincée dans sa bouche.

Le petit homme se pencha alors vers Sero.

"Tu vois, c'est important le respect. C'est comme ça que ça se gagne. Alors maintenant tu vas me jurer que tu fuiras pas comme, Ritsu, compris ?"

Sero ouvrit la bouche mais fut incapable de parler.

Comment en était-il arrivé là ?