Un petit OS sans prétention sur un de mes ships préférés, et sur lequel il n'existe aucune fic française à ma connaissance. Le fandom TLK est désert, et c'est très dommage car cette série est juste géniale, donc pas sûr que quiconque lise cette fic. Je la poste quand même. Bref, voici un petit lemon, et de l'angst bien comme il faut. Bonne lecture !
.
.
.
"I wake up some mornings,
Thank god not as often as I used to,
Slow and heavy from dreams with you
You've found a way back in,
Once again my long lost friend,
Funny to see that after all these years,
I miss you the same"
ICU, Lou Doillon.
.
.
.
Aux éclats d'ambre du lever de soleil apparut l'armée du Wessex, ses bannières or et sang dansant à l'horizon telles des mèches de cheveux de diablesse. Le soulagement fut comme un tonneau d'eau fraîche renversé sur sa tête, immergeant son esprit et ruisselant dans ses muscles endoloris, apaisant ses plaies comme le meilleur des onguents. Il ne ressentit dès lors plus la fatigue ni la douleur, et sa lame traça avec une énergie renouvelée des prières sanglantes à Odin dans la masse floue et grouillante qui l'entourait, ennemis, alliés, amis.
Alfred avait répondu à son message d'appel à l'aide. Ils allaient vivre, car il était venu les sauver.
Le sauver, lui – un païen, un danois, un simple guerrier parmi des centaines d'autres.
Il rugit de joie, son hurlement fondant aussitôt dans le fracas des épées et des corps, et il plongea presque tête la première dans ce déferlement de violence, taillant, esquivant, contrant, perçant, et il y chercha la tête bovine d'Haesten. En vain, le gros lard semblait s'être évaporé. Souffle-de-Serpent décrivait des cercles mortels, et alors qu'elle détachait la tête d'un danois de ses épaules, il vit du coin de l'oeil l'armée du dragon déferler sur les flancs de la colline. Ses adversaires se mirent à paniquer devant la vague scélérate qui galopait à leur rencontre, certains abandonnèrent même leurs positions et adoptèrent la fuite.
Les autres moururent.
Les festivités ne durèrent point quinze minutes avant qu'ils n'aient envahi toute la colline, défaisant avec aisance une armée de deux cent guerriers en déroute. Les jambes d'Uhtred tremblaient légèrement lorsqu'il put rengainer son épée, car il avait combattu toute la nuit, d'abord à l'intérieur du petit fort où lui et ses hommes s'étaient réfugiés, repoussant les diverses attaques avec des flèches et de l'huile bouillante. Puis ils avaient été forcés de se replier dans la colline, où ils avaient bien cru leur dernière heure venue.
Mais ça, c'était avant l'aube d'ambre. Avant Alfred et ses dragons d'or sur ciel pourpre.
Pas de pitié.
Uhtred l'aperçut, en retrait, mais son épée néanmoins encore au clair et imbibée de sang. Il s'était avancé pour se battre, comme à Ethandun, où il avait posé à terre et s'était élancé comme un loup à corps perdu dans les combats. Petite forme pâle et chétive au coeur des soldats gigantesques, larges d'épaules, épais comme des troncs, mais qui parvenait sans mal à imposer le respect par sa seule stature indémodable, ses seules prunelles de pierre.
Leurs regards s'entrechoquèrent, eau, feu, lune, soleil, et il prit conscience à quel point Alfred lui avait manqué depuis son départ de Winchester, voilà deux semaines. Physiquement, mentalement. Il rêva de courir à sa rencontre, de le broyer dans ses bras et de le couvrir de baisers, son nez, sa mâchoire, sa gorge, ses lèvres. Il rêva de sentir son souffle contre son visage, son odeur d'herbes médicinales et de parchemin. Il rêva de le prendre, dans l'herbe, au détriment des regards, au détriment du monde entier.
Mais pas ainsi. Pas devant tout le monde.
Ils ne firent qu'échanger un chaste hochement de tête, puis retournèrent vaquer à leurs occupations - Alfred, distribuer des ordres ; Uhtred, prendre soin de ses hommes.
Ils ne prirent aucun prisonnier, et festoyèrent toute la matinée au sein du fort, alors qu'on rassemblait les cadavres et qu'on les ensevelissait dans de profondes fosses. Alfred avait insisté, comme à chaque fois, que ses ennemis soient enterrés à la façon chrétienne afin qu'ils puissent néanmoins bénéficier de la grâce de Dieu. Ce souci du détail, cette attention qu'il démontrait aux hommes qui, à sa place, auraient sans doute joué avec son cadavre, mis sa tête sur une pique et donné le reste à bouffer à leurs chiens, était toujours quelque chose qui avait profondément étonné, exaspéré et ému, tour à tour, Uhtred.
Aujourd'hui encore, il ne savait guère quoi en penser.
Il se nourrit de tranches de viande de chèvre, but de la bière – modérément – et laissa Osferth étaler de l'onguent sur ses blessures, torse nu au milieu de la grande salle. Alors que Finan, affalé sur la table, babillait des plaisanteries, que Sihtric s'étranglait de rire dans ses gorgées et que les doigts du bâtard royal décrivaient des cercles sur son torse, il capta le regard du roi, fugace, subtil. Il conversait avec l'un de ses généraux, Steapa dans son ombre, et Uhtred le connaissait suffisamment par coeur à présent pour ne pas avoir besoin de plus pour comprendre qu'Alfred aimait ce qu'il voyait.
La journée se déroula ainsi, dans le repos et la fête. Il fut décidé qu'ils repartiraient le lendemain, aux premières lueurs de l'aube.
Uhtred, sans grande surprise, fut discrètement convoqué dans la chambre du roi après que la grande partie des guerriers se soient couchés dans la paille, ou se soient vulgairement endormis la tête sur la table, trop ivres pour aller ailleurs. Il s'y rendit en se fondant dans l'ombre, prenant comme d'habitude garde à ce que personne ne le surprenne, mais tout le monde était trop pris par le sommeil, l'alcool ou l'euphorie de la victoire pour en tirer compte.
Alfred était incliné sur une vaste carte de l'Angleterre, les paumes à plat sur le bois, un pli de concentration sur son vaste front. Le rideau de ses cheveux sombres masquait une partie de son visage. Uhtred, avec la force de l'habitude, s'assit sagement sur le lit où il attendit qu'il finisse ses réflexions territoriales, ôtant ses chausses, remettant en place sa tignasse à moitié tressée. Il fallut quelques minutes au roi pour enfin redescendre sur terre et noter l'arrivée de son guerrier.
« Uhtred. » nota-t-il de sa voix calme, presque détachée de tout, mais le jeune homme n'en fut pas dupe pour un sous. Il glissa à sa rencontre, vêtu de ses robes pâles et fluides qui masquaient l'intégralité de son corps – au grand mécontentement du danois –, et ses mains prirent délicatement le visage d'Uhtred en coupe, ses pouces décrivant les mêmes cercles que ceux de son fils sur ses joues. « Tu t'es bien battu aujourd'hui. »
« Vous comptez me récompenser ? D'une manière assez peu chrétienne de votre part, je dois dire. » rit doucement son amant.
Voilà plusieurs années, le courroux d'Alfred aurait été terrible à l'entente de ces mots. Il aurait rougi, blêmi, puis aurait corrigé cet insolent danois avec une punition salée de sa concoction. Mais cela faisait longtemps maintenant qu'ils partageaient la même couche, et même si ça n'avait guère été aisé, ils étaient parvenus à s'adoucir sur les croyances de l'un et de l'autre. Ce pouvait même devenir un jeu, une marque d'affection presque comme les autres. Alors, ce soir-là, cette pique n'arracha guère qu'un haussement de sourcil amusé au souverain.
« Idiot. » murmura-t-il en se penchant et en prenant possession de ses lèvres.
Leur baiser fut profond, bordélique, un symbolisme clair de leur état de manque et de la peur qu'ils avaient traversé de se perdre l'un et l'autre. Uhtred posa presque avec autorité ses paumes sur les hanches du monarque, l'invitant à rejoindre ses genoux, ce que fit Alfred, sans hésitation, sans honte, ce qui n'avait point été le cas lors de leurs premières fois, refermant ses bras autour du cou de son amant, s'enterrant dans la chaleur de son corps. Uhtred sentit sa queue réagir presque aussitôt devant tant de proximité, et il étouffa un grognement contre la bouche du roi.
« J'ai cru que j'allais mourir sans vous revoir. » finit-il par confier, haletant, entre deux embrassades.
« Je suis là. » rétorqua Alfred d'une voix sûre, rassurante, embrassant sa tempe, son front, l'arête de son nez. « Je serais toujours là avec toi. »
Mais Uhtred savait que ce n'était pas vrai, qu'Alfred mourrait certainement bien avant lui. Si son esprit restait intact, son corps lui vieillissait et se dégradait à vue d'oeil, et il était de plus en plus avéré qu'il ne dépasserait certainement pas les cinquante ans. Et que serait alors sa vie, sans lui ? Il ne pouvait pas… l'imaginer parti. Ses mains resserrèrent leur prise autour du corps frêle, et il refoula ce qui aurait pu être un sanglot.
Mais il se garda de l'exprimer à haute voix. Car même si c'était une évidence, Alfred n'aurait pas apprécié qu'il aborde sa mort prochaine.
« Dîtes-le encore. » souffla-t-il à la place, douloureusement, l'aidant à retirer ses robes de lin.
Une épaule pâle fut dégagée, puis l'autre, et Uhtred savoura le contact de sa peau douce contre ses paumes calleuses, glissant ses lèvres sur une clavicule, laissant l'os rouler contre sa bouche. Le roi exhala un gémissement avant de s'exécuter sagement, murmurant au creux de son oreille :
« Je suis là. »
De ses longs doigts fins, il ouvrit habilement la tunique d'Uhtred, la lui retira d'autorité, et laissa sa main plonger contre ses muscles, épouser leur dureté. Il nota le tressaillement incontrôlable du guerrier à chacun de ses touchers, eut un petit sourire satisfait. Il avait toujours aimé avoir les choses sous contrôle.
« Je suis là et je te rends complètement fou. »
« Oui. » grogna Uhtred en l'entraînant plus loin dans le lit, en le renversant sous son poids. Puis il abaissa sa main entre les cuisses du roi, effleurant sa longueur endurcie, et exhala un petit rire. « Mais vous n'êtes pas dans un meilleur état, vous savez. »
Alfred gémit à nouveau, oubliant tout à coup toute fierté, toute recherche d'autorité, et la plante de ses pieds nus frottèrent contre le pantalon d'Uhtred, l'incitant éhontément à s'en débarrasser. Ils ne tardèrent à être tous les deux complètement nus, et plus rien n'empêcha Uhtred de se presser, brûlant, fiévreux de plaisir, entre les cuisses de son souverain. Les jambes d'Alfred s'enroulèrent naturellement contre ses reins, ses bras autour de ses épaules, son visage niché contre son cou, comme y retrouvant leur seule place au sein de ce monde, et il enfonça ses talons dans son dos lorsque les doigts d'Uhtred, connaisseurs des lieux, dévalèrent entre ses fesses, s'introduisant en lui.
Il étouffa un cri, mordant impitoyablement la peau du jeune homme, et Uhtred répliqua en jouant plus vicieusement encore avec lui, s'y déplaçant avec une lenteur infinie, exagérée. Cet endroit moite et chaud, qu'il aimait tant, se dilata avec envie autour de son index et de son majeur, et Alfred pressa son front contre sa peau, marmonnant presque honteusement :
« Plus vite. Je t'en prie… »
Uhtred prit son temps, notant avec satisfaction les tremblements irrépressibles qui parcouraient son amant, ses paupières closes, ses joues rougies de plaisir, puis il exécuta sa demande. Alfred produisit un son de gorge absolument délicieux, se tordant sous lui, lançant ses hanches à sa rencontre. Vulnérable. À sa merci. Il l'adorait ainsi.
Jamais il n'aurait un jour cru découvrir le souverain du Wessex sous ce jour-ci, sous cet angle débauché.
Il se délecta plusieurs minutes de ce spectacle, avant d'embrasser le roi sur le front, d'envelopper davantage dans ses bras sa forme moite de sueur et déchirée par le plaisir avec une tendresse renouvelée, et il le pénétra, doucement, caressant ses cheveux doux, le prenant entièrement, complètement. Ses hanches trouvèrent un rythme dense, mais affectueux, alors qu'il répandait des baisers mouillés sur son visage, qu'il joignait ses mains aux siennes comme dans un acte de prière et le pressait contre le matelas.
Il est là avec moi, songea-t-il en jouissant dans un bref moment de paradis, puis en retombant dans le lit, exténué, pleinement repus, et l'une des mains d'Alfred resta dans la sienne, caressant du gras de son pouce chacune de ses articulations alors qu'ils reprenaient tant bien que mal leur souffle, les paupières papillonnantes, et échouaient dans les prémices du sommeil.
Le plus important, c'est maintenant. Il est là.
.
.
.
Il n'est plus là.
Voûté dans une rue de Winchester, Uhtred avait l'impression de porter tout le chagrin de ce monde sur ses épaules. Il s'étreignit lui-même, secoué de si violents sanglots que son buste ne semblait plus en mesure de les supporter, brûlant, lancinant. Alfred s'était éteint, il n'était plus là, et il n'avait même pas pu assister à son dernier souffle car la reine n'avait pas consenti à sa présence dans les chambres royales. Ce que sa raison pouvait entendre, comprendre…
Mais son coeur, lui, abhorrait la décision d'Aelswith.
Il aurait aimé s'étendre dans son lit, le presser au creux de ses bras, le rassurer dans ses derniers instants en lui embrassant la tempe et lui caressant les cheveux. Il aurait aimé que le roi sache qu'il n'était pas seul au monde. À la place, il en avait été réduit à apprendre la mort d'Alfred à l'extérieur du palais, tel un étranger, tel un futile guerrier comme les autres.
Uhtred hoqueta un pleur, se vautrant sans honte au sol, enfonçant son visage dans ses bras, pleurant son roi, son amant, la moitié de son âme sans doute… Plus rien ne serait jamais comme avant.
Il n'est plus là.
.
.
.
N'hésitez pas à laisser un commentaire !
