Bonjour à toutes et à tous,

Je reviens avec une petite fanfic (toute simple et toute courte, 7 chapitres+ prologue et épilogue) sur la série Netflix Lucifer.

Tous nos héros seront mis à l'honneur, car 1 chapitre=1 péché

Bonne lecture!


Prologue: Le Déchu.

Du haut de son trône, Père observait. Comme toujours, il semblait inaccessible, perdu dans ses pensées. Ses tempes commençaient à grisonner, son visage à se froisser. Le Très Haut était visiblement tourmenté. Ce qui autrefois n'était qu'harmonie et beauté désormais semblait plongé dans le chaos et l'horreur. Où que l'on pause le regard on ne voyait que corps sans vie et destructions. La Cité d'Argent était défigurée… Mère posa sur l'épaule divine une main tendre et consolatrice, tandis qu'elle murmurait quelques mots à son oreille. Elle jetait à intervalles réguliers un regard inquiet vers plusieurs individus, tenus à leur merci, en contrebas. Père grondait et punissait mais Mère protégeait. Ainsi en avaient-ils convenus au tout début des temps et cela durerait jusqu'aux trompettes célestes du jugement dernier. On devinait à sa respiration haletante, à ses gestes brusques et disharmonieux toute l'angoisse que Mère ressentait. C'était ses enfants qui risquaient leur immortalité et elle n'aurait jamais pu se pardonner s'il leur arrivait quelque chose. Père leva la main avec impatience et humeur. Elle comprit qu'elle ne pouvait plus plaider en la faveur de leur progéniture. Il avait fait son choix, et la sentence serait irrévocable. Un silence mortuaire s'installa dans la Cité d'Argent. Tous attendaient Sa décision, ils étaient suspendus à ses lèvres.

Michael tenait à sa merci le chef des mutins. De son pied il lui écrasait le visage à terre, humiliant un peu plus celui qu'il venait de débouter au combat. D'un geste sûr et précis, il lui retourna le bras afin qu'il ne puisse plus se débattre. Il y eut un cri étouffé, des râles, des spasmes et soubresauts… Enfin, son adversaire se rendit. On lui avait mis des fers, et l'ange de la mort, Azrael, pointa vers lui sa redoutable lame afin de le tenir en respect.

«-Foutue camelote » Ne put s'empêcher de penser le révolté.

Il mordait la poussière et déjà regrettait amèrement tout ce qui venait de se produire. Un coup de pas de chance. Ils avaient pourtant passé des centaines d'années à concevoir leur plan. Ils avaient envisagés tous les scénarii possibles…

-« Pas tous visiblement… » Grinça t'il, face à cette désillusion. Elle était atrocement cruelle et aboutissait à la défaite la plus éclatante de tous les temps. Quel dommage qu'il soit celui qui en paierait le prix ! Il se consolait déjà un peu en se convainquant que personne n'oublierait jamais son nom. De toute façon, il ne pouvait pas revenir en arrière. C'était trop tard, avec ses frères et sœurs ils étaient tous allés trop loin. Tout autour de lui, il aperçut ses compagnons de rébellion et d'infortune : Azazel qui avait permis de forger leurs armes puissantes, Hermoni qui n'avait pas son pareil pour charmer les coeurs, Baraquiel qui savait lire l'avenir dans les astres et tant d'autres encore. Ils s'étaient pris pour le Tout Puissant. Visiblement, même à plusieurs, ils ne lui arrivaient pas à la cheville.

Son cœur se serra en songeant qu'il les avait sans doute tous condamnés. Aveuglé par sa colère déçu d'avoir été peu à peu tenu à l'écart par un père omnipotent frustré de l'observer s'extasier face à des êtres vils et imparfaits qu'étaient les humains fasciné par les plaisirs de la chair qu'il ne pouvait goûter, il avait cru pouvoir amener bonheur, gaité et fraicheur dans la Cité d'Argent. En effet, il étouffait dans ce carcan trop sage et feutré. Tout ce qu'il avait souhaité c'était une famille plus unie et solidaire, un père plus présent et découvrir les délices de ce que les humains appelaient « amour ».

L'archange en était même venu à les jalouser : les humains semblaient capables de tout pour ressentir quelques sentiments. La plupart des anges se pensaient trop biens pour poser leur regard vers ces fragiles créatures, mais lui, il les avait observées. Il avait cherché à comprendre la passion de Père pour eux, espérant de ce fait se rapprocher de lui. Consumé par la curiosité, il avait même discuté avec la première femme, la belle et sauvage Lilith, et cherché à comprendre tous ces sentiments qu'elle éprouvait. Dans ses questionnements, il avait, sans le vouloir, distillé le doute dans le cœur de l'humaine, ce qui l'avait poussée à quitter Adam. Fort de ces conversations, charmé par l'évocation des délices des émotions, il était revenu dans la Cité d'Argent, espérant convaincre Père de tous les doter d'émois aussi puissants que les humains. Mais ce dernier avait refusé catégoriquement et s'était encore un peu plus éloigné. Fou de colère, blessé dans son orgueil, l'ange avait décidé que si Le Créateur ne voulait pas donner, alors il prendrait. Par la force si nécessaire. Il avait même convaincu quelques-uns de ses frères et sœurs, et ensembles, ils avaient espéré s'émanciper de lui. Force était de constater qu'ils avaient lamentablement échoués.

Gabriel avait cessé de pérorer ce qui voulait en soit tout dire. Il observait lui aussi le doigt levé de Père et un frisson parcourut son échine. Il était le messager, celui qui claironnerait la nouvelle dans toute la Cité d'Argent. Quant à Aménadiel, il affichait une mine encore plus grave que d'habitude.

« Si ça se trouve, il a des dents pourries, ça expliquerait pourquoi il ne sourit jamais! »

Ses immenses ailes grises encadraient une carrure époustouflante. Il n'était que force et sagesse. Le plus vieux des anges, le fils ainé, observait avec désolation le carnage qui venait de s'achever. Les cadavres de ses frères et sœurs jonchaient le sol. Peu importait qu'aujourd'hui ils aient été loyaux ou infidèles, ils n'en restaient pas moins des anges avec qui il avait ri, chanté, rêvé… Il avait refusé de prendre part aux combats, justifiant sa désertion par la répugnance à détruire les membres de sa famille. C'est avec dégoût qu'il s'aperçut que son choix n'avait pas été celui de la multitude. Certes, il fallait endiguer la rébellion. Mais pas au prix du sang. Il ne pouvait s'y résoudre et nul argument ne le ferait faiblir.

Michael exultait : c'était lui qui avait mené les archanges au combat et qui avait défait les félons. Sa puissance était immense et son aura atteignait désormais les étoiles. Il serait désormais le bras armé de Dieu, le plus puissant de toutes les créatures célestes. Plus personne pour lui faire de l'ombre et surtout pas son détesté jumeau. Enfin, il règnerait seul sur le cœur de père. Enfin, il pouvait prétendre à être le fils préféré. Il avait attendu toute sa vie pour cet instant, avait comploté et manipulé… Enfin, son double avait flanché. Un sourire mauvais échappa à l'intrépide archange. Aménadiel s'en aperçut et voir Michael triomphant alors que toute leur famille éclatait lui broya le cœur. C'est plein d'amertume (et bien trop tard) qu'il comprit les tractations de Michael, qu'il saisit pourquoi il y avait selon lui urgence à endiguer la rébellion… et pourquoi il s'était jeté à corps perdu dans la bataille. L'ainée des anges murmura :

« -Je ne pensais pas que tu le haïssais autant.

-Oh, je ne le hais point. C'est ce qu'il représente qui me révulse ». Se défendit Michael, et son mensonge donna la nausée à leur aîné.

Le chef des conjurés gémit en entendant la voix de ses frères. Il leva vers eux ses grands yeux sombres, et Aménadiel constata qu'ils étaient baignés de larmes. On pouvait y lire la colère, la frustration, mais aussi l'inquiétude et les regrets.

« -Tu ne seras jamais débarrassé de moi, Michael… » Souffla t'il, essayant de recouvrer de sa superbe.

« -Je saurais te faire oublier, crois-moi. » Lui promis son jumeau, perfide.

« -Ah ? Tu as trouvé comment changer de tête ? » Répliqua le jeune homme, faussement intéressé.

Aménadiel intima à l'ange de se taire et de libérer de son joug son prisonnier. Père venait d'ouvrir les yeux, il allait rendre son jugement. Son frère rebelle se redressa, affichant une dignité absolue face à la décision qui allait suivre. Il fit quelques pas, qui firent cliqueter ses chaines dorées. Sa tignasse sombre et rebelle masquait une partie de son visage. Il déploya ses ailes, d'une blancheur immaculée et afficha un air crâne.

« -Il ne manque pas de toupet ! » Murmura Michael.

« -Ce n'est qu'une façade. Il est mort de peur… » Nuança Aménadiel. Il aurait voulu consoler le rebelle mais il n'en eu pas le loisir. Son petit frère allait devoir faire face à la justice divine. Affronter les conséquences de ces actes.

Père racla sa gorge. L'archange enchaîné attendait, fébrile, son verdict. Il fut un peu désarçonné lorsqu'il s'aperçut que Le Créateur descendait de sa tour d'ivoire et s'approchait doucement de lui. Ce dernier prit ses mains dans les siennes et plongea son regard dans celui de son fils.

« -Pourquoi t'es-tu rebellé contre moi, Samaël ? »

L'ange eut un mouvement de recul, comme s'il cherchait à fuir tout contact avec son père. Il le toisa avec dédain.

« -Toi qui est maître de toute chose, toi qui est omniscient, tu ne sais pas ? » Se moqua le beau brun.

« -Si, mais je veux que tous entendent, mon fils.

-Je voulais prendre ta place. » Affirma t'il.

« -Pourquoi ?

-Je trouvais que ça faisait bien sur ma carte de visite ! » Ricana l'ange.

Un silence accueillit la boutade.

« -Oh, allez, ne soyez pas comme ça, elle était bonne ! » Râla le jeune homme brun.

« -Tout ceci n'est qu'un jeu pour toi ? » Le fustigea le Créateur.

« -Non, Père, c'était très sérieux, au contraire… » Répondit l'archange en regagnant son air posé.

« -Réponds-moi, Samaël. Fais face à tes désirs, mon fils. Que désirais-tu tant ?

-Ressentir des émotions ! Tu nous prives de tout! » S'emporta le dénommé Samaël.

Le Créateur dévisagea son fils, étonné de sa véhémence :

« -Toutes les émotions ne sont pas enviables, Samaël. » Le prévint-il.

« -Je veux aimer comme les humains. Je veux désirer. Je veux espérer. Je veux m'étonner. Cela a l'air tellement extraordinaire ! » S'extasia l'ange, en toute honnêteté.

« -Nous connaissons déjà ces sentiments…. » Intervint timidement Gabriel.

«- Mais pas comme eux ! » Se défendit l'archange avant de poursuivre : « Chez les humains tout est plus intense, tout est…

-Ils connaissent aussi la peine, le désespoir, l'anxiété… » Nuança Père, essayant de raisonner son fils… Peut-être même de le sauver.

Mais la colère de nouveau obscurcissait les pensées de Samaël.

« -Pourquoi ne pas nous gratifier de ce que tu fais aux Hommes ? Sommes-nous moins précieux à tes yeux que ces simples créatures ? Pourquoi, « papa » ?

-C'est donc parce que tu te défies de moi que tu as mené cette rébellion ? Que tes frères et sœurs sont morts ? Que le chaos a frappé la Cité d'Argent ? » Demanda calmement le Créateur.

« -Oui. » Affirma l'ange, sûr de lui.

« -Et n'as-tu aucun regrets ? »

Aménadiel comprit que Père essayait d'offrir une échappatoire à Samaël. De tous les archanges, il était celui qui avait été le plus proche de lui. Le Créateur lui avait longtemps prêté une oreille attentive, et il nourrissait pour cet enfant un amour encore plus grand et plus fort qu'avec les autres. Sans doute avait-il vu en lui un autre lui-même. D'ailleurs, ce n'était pas pour rien qu'il avait gratifié Samaël de sa lumière et du don de créer. Mais son frère avait un caractère bien plus ombrageux que ne le supposait Père, et était incapable de compromis. Il ne voulait pas perdre la face. C'est avec désespoir qu'Aménadiel l'entendit répondre, bravache :

« -Non. »

Mère hurla tandis que des éclairs zébraient le ciel. Le Créateur se laissait complètement submerger par sa fureur. Elle se précipita afin de protéger le corps de son fils.

« -Tu ne le tueras pas ! » S'époumona-t-elle.

« -Il a tué nos enfants ! » S'emporta le Tout Puissant, prêt à lever la main sur son épouse. Le ciel était devenu d'encre, le vent de la colère battait.

-Il est notre fils ! » Répliqua t'elle vivement.

Les deux plus anciennes créatures de l'Univers se toisèrent quelques instants. Les cieux se déchainaient et tous les anges utilisaient leurs ailes afin de se protéger de la fureur divine. Tous sauf Samaël. Face à la détermination de son épouse, le Créateur battit en retraite et la laissa s'approcher de leur enfant. Mère caressa le beau visage de son fils et lui adressa un sourire contrit. A cet instant, elle l'aimait tout autant qu'elle le haïssait. Elle revoyait ce petit garçon qu'elle avait consolé et tenu dans les bras. Cet enfant n'était pas un monstre. Il l'était devenu. A cause de son père et elle.

« -Nous avons perdus assez d'enfants aujourd'hui, Mon Aimé. Samaël ne comptera pas parmi ceux-là. » Le défendit-elle, véhémente.

« - Il ne peut rester ici. » Affirma le Tout Puissant.

Samaël bouillonnait. Aménadiel lui lança un regard, cherchant à modérer sa fureur, mais c'en était trop pour le beau et volcanique brun :

« - Alors, que veux-tu faire de moi? »

Le vieil homme ancra son regard dans celui de son garçon. D'une voix caverneuse il rendit son jugement :

« -Je te maudis mon fils. Tu es bannis de la Cité d'Argent et tu ne pourras pas y retourner jusqu'à la fin des temps.

-Et où ira-t-il ? » S'inquiéta Mère, d'une voix blanche.

« -Tu sais déjà où je l'envoie… » Répliqua Père, une once de cruauté dans la voix.

Les larmes aux yeux, elle souffla :

« -En Enfer… »

Samaël accusa le coup, trop fier pour succomber face à la cruelle décision. Les paroles de sa mère résonnaient dans sa tête. Il ne savait pas à quoi ressemblait l'Enfer, il n'y était encore jamais allé. Ce n'était pas un endroit approprié pour un ange, et même lui, le plus téméraire d'entre-deux n'avait osé s'y aventurer. Le sang bourdonnait dans ses oreilles, il n'entendit pas son père continuer d'égrener sa sentence, ni les propos que proférait sa mère. Le jugement le laissait sans force et sans voix, comme abrutit. Jamais il n'avait cru que la punition serait aussi sévère. Il avait déjà à de maintes reprises défié Le Créateur et il s'en était toujours sorti avec des réprimandes, parfois quelques centaines d'années de disgrâce. Mais là, ce n'était pas pareil. Il avait franchi une limite. C'était la damnation éternelle qui l'attendait. Son cœur se glaça dans sa poitrine à mesure qu'il comprenait ce que sa colère avait entrainé : si ses frères et sœurs étaient morts, c'était sa faute. S'il était banni du Paradis, c'était de sa faute. S'il ne revoyait plus jamais Mère, c'était sa faute. Celle de son ubris démesuré. Force était de constater qu'il l'avait bien méritée. Il baissa la tête afin que nul ne puisse s'apercevoir qu'il pleurait. Un chagrin sans nom étreignit son cœur, et il se dégouta. Peu à peu, son visage angélique s'empourpra, des cicatrices hideuses zébrèrent son front, ses ailes perdirent toute leur superbe. Paniqué, il s'aperçut qu'il était entrain de se transformer en un monstre terrible.

« -Je… Non… Je… Je n'ai jamais voulu…

-Mais tu l'as fait, n'est-ce pas, Samaël ? » Répondit le Créateur d'une voix atone.

« -Non… C'est… Tout ça c'est à cause de toi! » Se dédouana l'archange, hurlant à son père son malheur.

« -Non, Samaël. Tu as fait ton choix. Tu avais un libre arbitre. » Rappela doucereusement le vieil homme avant de disparaitre.

Samaël hurla encore pendant de longues minutes. Il criait son désespoir, sa culpabilité, sa frustration. Les autres anges crurent qu'il ne s'arrêterait jamais. Il tomba à genoux, épuisé. Aménadiel s'approcha de lui et le tira par ses fers avec douceur.

« - Je vais t'accompagner là-bas. Tu ne seras pas seul. » L'informa t'il.

Samaël jeta un dernier regard à la Cité d'Argent. Ses autres frères et sœurs félons l'observaient, complètement déboussolés et craignant pour leur propre avenir. Qu'adviendrait-il d'eux si le fils préféré était définitivement banni ? Nul ne le savait. Michael triomphait et Samaël s'en voulu de l'avoir trop souvent écouté. Son jumeau avait eu sa perte, il aurait dû se méfier de lui. Le Paradis n'avait jamais été assez grand pour eux deux. Avant de quitter pour jamais la Cité d'Argent, il chercha Mère. Cette dernière s'approcha de lui et embrassa ses joues. Elle caressa son front, remis une de ses boucles noires derrière son oreille, huma son parfum.

« -Mère, je suis tellement désolé.

-Je sais.

-Je n'ai jamais voulu…

-Je sais.

-Est-ce que je pourrai un jour revenir ?

-Seul Lui le sait. » Répondit-elle avec amertume.

Ils se perdirent une dernière fois dans le regard l'un de l'autre.

« -Plaidez ma cause, je vous en conjure.

-Je te le promets. »

Un long silence s'installa entre eux, avant que Samaël ne le brise :

« -Comment est-ce, l'Enfer ? » Demanda t'il, inquiet.

Elle lui adressa un sourire un peu triste mais encourageant.

« -Sombre. Froid. Isolé. Mais qui t'appartient désormais. Peut-être pourras-tu le façonner à ton envie.

-Je serai seul ?

-Non. Pour le moment on y trouve des démons. » Tenta t'elle de le rassurer.

-Comment parviendrai-je à me faire accepter d'eux ? Ou même à les dominer ? » Paniqua t'il.

-Tu es un ange. » Sourit Mère avant de reprendre :

« - Samaël, ne perds pas courage, garde la foi. J'avais entendu ton père dire à Azrael que l'Enfer ne pouvait être dirigé que par un ange, car il faut une âme pour pouvoir en garder d'autres. Aussi cruelle qu'elle puisse t'apparaître, c'est une mission capitale que l'on te confie.

-Dis-lui plutôt qu'il est voué à torturer les âmes damnées…» Grinça Michael. Les deux êtres célestes ne l'avaient pas entendu arriver et sursautèrent. Le chef des anges reprit :

« -Mais bon, tu devrais bien t'entendre avec tes nouveaux colocataires, vous avez sans doute de nombreux points communs… La trahison, le mensonge… »

Samaël sentit un frisson parcourir son échine. Aménadiel le saisit par le bras, sans doute pour l'éloigner de son horrible jumeau, et il constata que son contact le brûlait.

« -Tu es marqué par le sceau de la perfidie » Se moqua Michael. Mère lui intima l'ordre de se taire et il obéit. Elle embrassa son fils déchu une dernière fois et lui glissa :

«- N'oublie jamais comment je t'ai surnommé. Tu es une lumière, ne laisse jamais personne t'éteindre, mon fils. »

La chute dura longtemps. A mesure qu'il s'éloignait de la Cité d'Argent il recouvrait l'enveloppe charnelle qu'il s'était toujours connue. Ses ailes redevinrent immaculées, son visage recouvra sa beauté sculpturale. Lorsqu'ils arrivèrent en Enfer, c'était comme si rien ne s'était passé. Il était redevenu lui-même. Et pourtant, tout avait changé. Aménadiel stoppa son vol et tous deux découvrirent avec stupeur le monde sur lequel il allait désormais régner. Où que porte son regard il ne constatait que ténèbres et désolations. Des cris lugubres s'échappaient de sinistres cachots. Au centre de cet angoissant paysage , un trône en obsidienne semblait l'attendre.

« -Tout à fait charmant, Papa m'a gâté. » Essaya de plaisanter Samaël.

Aménadiel n'en fut pas dupe, mais préféra entrer dans le jeu de son frère. Cela serait moins difficile pour tous les deux. Il renchérit :

« -Toi qui rêvait de régner, te voilà servi.

-Allons, allons, Aménadiel, ne soit pas jaloux ! » Ricana le maitre de l'Enfer.

En quelques battements d'ailes célestes ils arrivèrent à bon port.

« -Je pense que tu dois t'y assoir ». L'informa l'ange.

« -Non ? Tu crois ? J'aurais pas deviné ! » S'enthousiasma faussement Samaël.

Il y eut de nouveau un silence gêné entre les deux frères. En prenant possession du trône de l'Enfer, l'ange acceptait sa déchéance.

« -Et si je refuse ? » Demanda-t-il.

Ce trône sinistre le révulsait. Lui qui avait toujours adoré la lumière, la beauté, ne pouvait accepter son destin lugubre. D'une voix d'outre-tombe, Aménadiel répondit :

« -Tu ne le peux pas.

-C'est injuste !

-Non, et tu le sais. Tu mérites ce qui t'arrive. Tu as commis un parjure. Tu as tué nos frères et nos sœurs. Tu as failli détruire toute vie. Tu dois payer et racheter tes fautes, mon frère. » Affirma Aménadiel sur un ton cassant et moralisateur.

« -On croirait entendre Le Vieux ! » Ronchonna Samaël.

« -Assieds-toi ! » Gronda l'archange, excédé par les atermoiements de son cadet.

Le beau brun prit une profonde inspiration et rassembla son courage. Il ferma les yeux et prit place sur son trône. Lorsqu'il les rouvrit, il étouffa un cri. Une armée de démons venait d'apparaitre, tous plus repoussants les uns que les autres. Au milieu d'eux se détachait cependant une silhouette extraordinaire. Une aura enveloppait la créature qui lui faisait face. Elle était fascinante et inquiétante. Grande, longiligne et athlétique, elle ondulait parmi ses sbires. Ils s'écartaient lorsqu'elle approchait. Ils la craignaient. Et cela intrigua encore plus l'ange déchu. Il détailla sa peau cuivrée, ses longs cheveux de jais, son pas délié. Son visage arborait des traits gracieux et…

« -J'en connais qui ont un peu abusé sur le maquillage !» Lança l'ange, essayant de contenir sa répulsion. Car la créature si belle avait perdu une partie de sa face. Tout le côté gauche semblait ravagé par la putréfaction.

« -Dit celui qui n'a pas réussi à décider s'il était un être ou un oiseau ! » Se moqua la démone. Ses comparses éclatèrent en multiples rires gras.

Samaël sortit ses ailes face à la provocation et le calme revint. Les succubes observaient comme hypnotisés la lumière divine. Aménadiel n'avait pas bougé. Sans doute avait-il compris que ce jouait là la suprématie de son frère sur l'Enfer. Il devait de faire accepter d'eux. La superbe brune l'invectiva :

« -Que vient-il faire ici ?

- Diriger l'Enfer. » Répondit l'archange solennellement.

« -Personne ne nous a averti de votre venue.

-Alors désolée, mais « papa » a pris un peu tout le monde de court, moi y compris. » Répliqua Samaël, narquois avant de reprendre. « Une histoire de trahison, de déchéance, de fils parjure, tout ça, tout ça… J'aurais l'éternité visiblement pour vous briefer alors…

-Ce n'est pas comme ça… » Se défendit la démonde, mais l'ange déchu ne l'écoutait pas :

« -… si vous pouviez vous agenouiller, me prêter serment et tout le toutim on gagnerait du temps. Je n'ai pas que ça à faire de mon immortalité.

-Et pourquoi te devrions-nous allégeance ? » Le défia t'elle.

« -Parce que je vous le dit. » Répliqua avec humeur Samaël. Sous le coup de la colère, son visage se transforma de nouveau, comme à la cité d'argent. Face à ce masque cruel, les démons le dévisagèrent, intrigués et inquiets. Mais ce n'était pas assez pour convainque la femelle.

«-Personne n'a jamais régné en Enfer… » Murmura-elle, soupçonneuse.

« -Il faut un début à tout ! » S'enthousiasma presque l'ange déchu.

« -Seul Abel se trouve en Enfer. Nous sommes bien assez pour le torturer.

-Oui mais si ça se trouve, vous faites n'importe quoi. C'est pour ça qu'il vous faut un… »

Sans qu'il ne s'y attende, la succube s'était précipitée sur lui, avec deux lames. Bon, il l'avait peut-être un peu trop provoquée… La violence du choc lui coupa le souffle. Il sentit le poing de la démone contre sa joue et entendit sa pommette craquer. Une douleur, fulgurante, lui arracha un grognement. Elle avait de la poigne la diablesse ! Elle possédait une force incroyable, presque aussi intense qu'un ange. Elle se mouvait avec une incroyable rapidité, à tel point qu'il devait faire de réels efforts de concentration pour la suivre. Dans les prunelles sombres de son adversaire Samaël pouvait lire la colère à l'état pur et une inextinguible violence. Cet être avait été façonné pour détruire, pour blesser et pour martyriser. Elle se repaissait de l'inquiétude qu'elle percevait chez son adversaire, ce qui décuplait ses forces. Il devait se reprendre, et vite. Car, il comprenait qu'il ne pourrait régner en enfer sans soumettre la succube. Il échappa de peu au couteau acéré de son adversaire et perdit l'équilibre. Il chuta de son trône et dût déployer ses ailes afin de ne pas s'écraser. L'autre, agile comme un chat, l'attendait déjà. Elle lui décrocha un puissant coup de poing puis le blessa aux côtes.

« -Ce n'est définitivement pas mon jour. » Grommela dans sa barbe Samaël.

Il se précipita sur son adversaire, échangea quelques passes puis parvint à la désarmer. Il fit pression sur elle, lui donna un coup dans la tête et elle capitula. Le beau brun s'épousseta et s'adressa à son frère :

« -Un coup de main n'aurait pas été du luxe.

-Tu semblais très bien te débrouiller. » Répliqua Aménadiel avant de s'envoler sans demander son reste.

Samaël en fut profondément touché. Alors même son ainé l'abandonnait à son triste sort, sans se retourner ?

Une bouffée de rage l'envahit et il se sentit prêt à en découdre. Il avait besoin de passer ses nerfs sur quelque chose, et puisqu'ils étaient à sa merci, il n'allait pas en rester là. Brûlant de fureur, le masque du mal, il le sentait, accroché à son visage, Samaël se tourna vers l'armée de démons qui n'avait pas bougé d'un pouce. Prenant des airs de cador, il les provoqua :

« -Alors, d'autres volontaires ? »

Les incubes n'esquissèrent pas le moindre geste. Ils semblaient inquiets et attendaient l'aval de la sculpturale démonde. Cette dernière sembla accepter sa défaite, ramassa ses lames et se dirigea vers lui.

« - Je suis Mazekeen. Mais vous pouvez m'appeler Maze. »

Elle lui tendit la main, franchement et lui adressa un sourire dément. Cela plut à Samaël. Il la lui serra et se présenta.

« -Avant je portais le nom de Samaël.

-Et maintenant ? » Demanda t'elle.

Le doux visage de Mère lui revint en mémoire. Il sourit franchement et répondit.

« - Lucifer. »

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