Jack était dans son jardin, profitant de son jour de repos. Le temps était calme, il avait sorti son barbecue pour faire sa spécialité : le steak à la bière. Il savait que Carter devait voir Pete pour régler les derniers détails du mariage. Les fleurs, le traiteur… Et plein d'autres trucs dont il ne préférait pas être au courant. Il était heureux pour elle, elle méritait d'être aimée et elle méritait d'avoir une vie à peu près normale. Les dernières années n'avaient pas été faciles pour elle. Mais il avait dû mal à se réjouir qu'il n'était pas celui qui allait lui apporter tout cela. Alors il ne s'attendait vraiment pas à la voir arriver dans son jardin ce jour-là.
Mon général
Carter !?
Je suis désolée de débarquer comme ça chez vous
Comment avez-vous su que j'étais là ?
J'ai suivi la fumée
Ah oui…
Est-ce que ça va ? J'aurai pu appeler avant de venir
Non non, ça va. Alors quel bon vent vous amène dans mon jardin ?
En fait, je suis dans votre allée depuis une dizaine de minutes en essayant de trouver le courage de venir vous parler. La vérité c'est que ça fait plus longtemps que j'essaye de trouver le courage de le faire.
Oh
Pete a mis une option sur une maison.
C'est super !
C'est une magnifique maison
Mais ?
La vérité c'est que j'ai des doutes sur ce mariage
Pourquoi ?
Plus la date approche, plus j'ai ce sentiment que je fais une grosse, une immense erreur.
Jack voyait exactement où voulait en venir son second. A LA conversation. Celle qu'ils essayaient d'éviter depuis des années.
Écoutez Carter, je ne sais pas trop quoi vous…
Je suis désolée de vous déranger avec ça. Mais si je suis venue vous le dire c'est que j'ai une très bonne raison de le faire. Et si je ne vous le dis pas, je pense que jamais… jamais, je n'aurai le courage de le faire. Ce mariage ce n'est pas ce que je veux et je ne peux plus continuer à faire semblant et à me mentir et à mentir à Pete. C'est un mec bien, il ne mérite pas cela. Et vous vous demandez sûrement pourquoi je vous en parle. C'est vrai que ce n'est pas très professionnel de ma part de venir comme ça à l'improviste chez vous en dehors de nos heures de travail et pour des raisons personnelles. Ce n'est pas digne d'un colonel de l'Air Force. Et vous avez raison de le penser.
C'était la première fois que Jack voyait Sam comme ça. Ce n'était pas son débit de parole très rapide qui le surprenait. Elle était toujours comme ça quand elle lui parlait d'une découverte scientifique. Non, le plus surprenant c'était son manque d'assurance. Elle, pourtant si sûre d'elle d'habitude, là, elle n'osait même pas le regarder dans les yeux. Elle regardait par terre comme pour ne pas perdre le fil de sa pensée.
Mais si je suis là c'est pour une raison bien précise. Mais cette explication n'appelle pas à une quelconque réponse, je vous rassure. Je vais vous la dire parce que j'ai besoin que ça sorte si je ne veux pas devenir totalement folle mais après on va faire comme si je n'avais rien dit. Comme si ce moment n'avait jamais existé. Vous devez me le promettre.
En prononçant cette dernière phrase, c'était la première fois depuis le début de son monologue qu'elle le regardait mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre.
Non, évidemment vous ne pouvez rien me promettre parce que vous ne savez pas de quoi je veux vous parler. C'est logique, oui. Ok, je vais vous le dire donc. C'est bête parce que je me répète mon discours depuis des heures mais là je ne sais plus trop par quoi commencer. Je… Je… J'en peux plus de (elle prend une pause pour inspirer profondément) de tout contenir dans cette fameuse pièce qu'on doit laisser fermer. Je pensais que j'y arriverai mais je ne suis pas si forte que ça en fait. J'ai essayé pourtant. Je vous promets que j'ai essayé mais j'ai atteint un point où je ne peux plus faire semblant. Je ne sais même pas si vous comprenez de quoi je vous parle. Peut-être pas. C'était il y a longtemps.
Bien évidemment qu'il voyait de quelle pièce elle parlait. Celle dans laquelle ils s'étaient avoués leurs sentiments quatre ans auparavant. Celle devant laquelle il évitait soigneusement de passer depuis toutes ces années. Quitte à faire des détours dans la base. Parce que passer devant cette salle de Cheyenne Mountain était trop dur pour lui. Elle lui rappelait trop de souvenirs. Il pensait qu'il était le seul à avoir ce problème. Sam donnait l'impression de très bien accepter de fermer cette porte à double tour et de ne plus jamais l'ouvrir.
Vous êtes passé à autre chose et j'aurai dû aussi le faire. Je pensais que c'était le cas et puis non en fait. J'aurai tellement aimé qu'on ne laisse pas tout dans cette pièce pour ne plus jamais l'ouvrir. Parce qu'au final ça existe, c'est là. En tout cas pour moi. C'est en suspens. Et ça me ronge. C'est comme le chat de Schrödinger… Mais vous devez en avoir rien à faire de cette théorie donc je ne vais pas vous en parler, là dans votre jardin.
Elle n'arrêtait pas de parler. C'était à se demander comment elle pouvait avoir encore de l'air dans les poumons pour continuer.
Et je me rends compte que vous ne pouvez pas faire comme si je ne vous avais rien dit. C'est totalement fou de vous demander cela. Comme vous pourriez me garder sous vos ordres après ce que je viens de vous dire ? Je suis désolée. Je n'aurai pas dû venir. C'était une très mauvaise idée. Vous aurez ma lettre de démission sur votre bureau dans la journée et je partirai et vous n'entendrez plus jamais parler de moi.
Carter, je...
Jack fut interrompu par la sonnerie du téléphone de Carter. En le sortant de sa poche, le numéro du SGC s'afficha.
C'est la base…
Sam décrocha son téléphone.
Carter… Quoi ?! Depuis quand ? J'arrive.
En s'adressant à Jack
Désolée, c'est mon père. Je dois y aller.
Jack a été tenu au courant de l'urgence de Carter quelques secondes après son départ. Jacob avait fait un malaise à la base et le médecin en chef n'était pas optimiste quant à l'état de santé de Selmak et de son hôte.
Il avait décidé de retourner à la base. Il allait devenir fou à rester chez lui en attendant d'avoir des nouvelles.
Dès son arrivée à la base le général avait demandé qu'on lui fasse un point. Le médecin en chef était venu dans son bureau.
Selmak est en train de mourir et il emporte avec lui le Général Carter. Le processus est irrémédiable. Je ne peux malheureusement rien faire à part soulager leurs douleurs. Le Général Carter m'a fait part d'une volonté. Il voudrait que la Tok'ra soit mise au courant.
Ok merci doc. Dites-lui que je m'occupe de la Tok'ra. Le Colonel Carter est avec lui ?
Oui, elle n'a pas quitté sa chambre depuis mon appel.
Merci doc. Appelez moi dès qu'il y a une évolution. Quelque soit l'heure.
Très bien mon Général.
Comme promis, Jack avait fait le nécessaire pour prévenir la Tok'ra. Ils n'avaient pas mis longtemps avant d'envoyer une délégation pour dire au revoir à leur ami.
O'Neill savait que Carter y était seule. Il voulait être là pour elle. Le moment était, il l'imaginait, très dur pour son second. Il entra dans la pièce d'observation qui donnait directement sur la chambre qu'occupait Jacob. Elle était là. Les mains jointes et le regard fixé sur son père qui faisait ses adieux aux Tok'ra. Elle ne l'avait pas entendu ouvrir la porte. Il hésita mais décida finalement de s'approcher pour s'asseoir à côté d'elle. C'est là qu'elle remarqua sa présence. Côte à côte, ils n'osaient pas croiser leurs regards. C'est lui qui brisa le silence en premier.
ça va ?
Oui, ça peut aller. Je le prends mieux que je ne le croyais. Il y a déjà quatre ans que j'aurai dû le perdre. Selmak m'a fait découvrir un père que je n'aurai pas cru avoir.
Il sentait qu'elle était triste. Il ne voulait pas la laisser comme ça, sans essayer de la réconforter.
Approchez
Il l'enveloppa de son bras.
Merci Général
De quoi ?
D'être là pour moi
Toujours
Elle tourna la tête pour le regarder. Avait-elle compris le sous entendu de ce "Toujours" ? Avait-elle compris que c'était sa réponse à ce qu'elle lui avait avoué ? Ce n'était pas le moment d'en parler mais il voulait qu'elle sache ce qu'il ressentait aussi.
