Ce texte répond au défi n°159 de la Bibliothèque de Fictions : Votre personnage va passer un examen médical. Comment cela va-t-il se passer ?


Millie avait vécu tant de bouleversements en si peu de temps. Elle passa une main dans ses cheveux mi-longs. Certes la coupe à la garçonne était à la mode en ces années 1920, mais elle avait compris que Jim aimait les boucles anglaises. La jeune femme laissait donc repousser ses cheveux longs, laissant derrière elle son besoin de devoir être à la mode et moderne. Elle ne voulait plus être l'égale des hommes, comme elle l'avait tant voulu à son arrivé à New York.


D'ailleurs son plan de vie était clair à l'époque : quitter la province d'où elle était originaire pour vivre à New York, travailler comme sténo pour un patron riche et l'épouser. Après avoir séjourné dans un hôtel pour jeunes femmes seules, elle avait fait la rencontre de drôles de personnages : Miss Dorothy, une autre pensionnaire qui était devenue sa meilleure amie, Trevor Graydon, son patron, et Jimmy Smith, un jeune homme charmant. Jimmy avait eu le coup de foudre pour elle lors d'une soirée, c'était réciproque mais Millie refusait de se l'avouer car elle voulait suivre son plan. Elle n'avait donc d'yeux que pour son patron qu'elle comptait bien épouser car en plus d'être riche il était l'un des rares patrons riches encore célibataires sur New York et il était beau comme un dieu ce qui ne gâtait rien. Malheureusement pour elle, Trevor avait eu le coup de foudre pour sa meilleure amie, Miss Dorothy. Après avoir démantelé un trafic de traite des Blanches organisé par Madame Meers, la directrice de l'hôtel pour jeunes femmes seules, la révélation la plus surprenante était arrivée : Jimmy et Dorothy étaient en réalité frères et sœurs, ils étaient très riches et leur vrai nom de famille était Van Hossmere. Leur belle-mère, que Millie avait rencontrée lors d'une soirée mondaine sans savoir que ces trois-là étaient liés, avait décidé de les envoyer incognitos dans le vrai monde pour qu'ils apprennent à avoir les pieds sur terre, car elle venait d'un milieu modeste. En effet Muzzy était danseuse de cabaret quand le père de Jimmy et Dorothy l'avait rencontrée et lui avait fait la cour sans jamais se comporter comme un milliardaire car il était d'une nature modeste. Apparemment ses enfants avaient hérité de ce trait si spécial et c'est suite à tout cela que Millie accepta enfin les sentiments qu'elle éprouvait pour Jimmy mais qu'elle avait longtemps essayé de nier, et ils s'étaient mariés.


Depuis tout le monde vivait heureux, chacun chez soi mais se voyant régulièrement. Ça faisait un peu plus d'un an que les deux blonds étaient mariés et Millie devait avouer qu'elle était une épouse chérie et choyée. En effet Jimmy était aux petits soins avec elle, ne manquant jamais une occasion de la faire se sentir incroyable. Toutefois, depuis quelques semaines, un nuage sombre flottait au-dessus d'eux. Bien qu'ils soient jeunes tous les deux, Millie se sentait mal et ce mal ne passait pas mais elle refusait d'aller voir le médecin. La belle blonde répétait que ça passerait tout seul, que ça ne devait pas être plus qu'un mauvais virus. À force d'insistance, Jimmy parvint enfin à la persuader d'aller consulter un médecin car il était vraiment mort d'inquiétude. La jeune femme soupira :

-Je n'ai pas envie d'y aller !

-Voyons ma chérie, nous sommes en 1923, la médecine a fait énormément de progrès depuis la guerre.

-Je sais oui, mais je n'ai quand même pas envie d'y aller, je suis sûre que ce n'est rien de bien grave !

-Peut-être, mais ça ne coûte rien de vérifier auprès d'un professionnel ma chérie.

Millie soupira de nouveau et s'enfonça un peu plus dans le siège de la voiture de son mari. Jimmy posa sa main sur sa cuisse :

-Après cette visite je t'emmènerai dans le restaurant de ton choix pour te remonter le moral, peu importe le diagnostique que nous donnera le médecin.

-Comme tu veux, mais ça ne suffira pas pour me faire oublier que tu m'as forcé la main mon amour.

Jimmy eut un sourire malicieux dont il avait le secret, il tourna la tête vers elle et joua des sourcils :

-Je te ferai un très gros câlin en rentrant à la maison.

Millie éclata de rire, elle aimait la spontanéité et la joie de vivre de son mari. Il avait fait tant de folies pour essayer de gagner son cœur alors qu'il l'avait déjà mais qu'elle prétendait le contraire : il lui avait offert beaucoup des fleurs, l'avait faite conduire pour la première fois, l'avait faite monter en avion pour la première fois, l'avait emmenée dans une fête de riches pour la première fois, avait même escaladé la façade de l'immeuble dans lequel elle travaillait quand elle avait dit, suite à un malentendu, qu'elle croyait qu'il était amoureux de Miss Dorothy et qu'elle avait demandé qu'on lui interdise l'accès à l'immeuble. Le blond avait donc escaladé la façade au péril de sa vie simplement pour lui parler. Il était insouciant, c'était drôle et franchement terrifiant à la fois mais il adorait vivre des premières fois avec elle, ce qui souvent était agréable, notamment la première fois qu'ils avaient fait l'amour ! Millie observa son mari qui était concentré sur la route, pour une fois il roulait du bon côté, car le blond adorait rouler à contre-sens, ça l'amusait énormément.


Jimmy se gara devant le cabiner de leur médecin de famille et fit le tour de la voiture pour prendre la main de sa femme dans la sienne pour l'aider à descendre. Millie boudait, elle n'avait vraiment pas envie de venir chez le docteur. Les deux blonds entrèrent dans la salle d'attente et s'installèrent. Le médecin ne tarda pas à les prendre en charge, et il demanda en souriant :

-Alors, qu'est-ce qui vous amènent ?

-Nous venons pour ma femme, docteur.

-Madame je vous écoute.

-Je suis sûre que ce n'est rien de grave mais mon mari insiste pour que je vous consulte. Alors voilà, depuis quelques semaines j'ai mal à l'estomac régulièrement comme si j'étais ballonnée, j'ai des nausées sans raison, j'ai les seins sensibles...

-Je vois, vous souvenez-vous la dernière fois que vous avez été indisposée ?

Jimmy rougit de la tête au pied en entendant cette question sur l'intimité féminine. Millie plissa les yeux, réfléchissant à la question. Elle finit par lancer :

-Je dirais... je ne sais pas trop, je n'ai jamais été très régulière à ce niveau.

-Je vois, je vais vous examiner si vous le voulez bien.

Il la fit s'installer sur une banquette et sortit son stéthoscope. Il le plaça sur le torse de la jeune femme :

-Très bien, respirez normalement.

Millie s'exécuta et il hocha la tête, déplaçant son instrument. Finalement il plaça le stéthoscope sur le ventre plat de la jeune femme et sourit en retirant les embouts enfoncés dans ses oreilles :

-C'est une merveilleuse maladie que vous avez là.

Millie fronça les sourcils, manifestement intriguée par cette contradiction. Le médecin enchaîna :

-J'ai le plaisir de vous annoncer que vous attendez un enfant.

Millie devint blême, elle était totalement sous le choc. Jimmy pour sa part avait bondi en entendant ça et avait serré sa femme dans ses bras :

-Nous allons avoir un bébé !

Millie hocha la tête sans rien dire, elle était toujours sous le choc. Jimmy se tourna vers le docteur, plus excité qu'une puce :

-Merci docteur.

Le blond serra énergiquement la main du médecin, et celui-ci continua :

-Je vous conseille le repos, c'est le plus indiqué dans votre état. Vous repasserez me voir dans quelques mois pour vérifier que tout se passe bien.

-Bien docteur.

-Parfait, mes félicitations à vous deux.

-Merci.

Jimmy le paya et le couple quitta le cabinet. Une fois dehors le blond prit enfin le temps de s'arrêter, l'excitation redescendant un instant et observa sa femme :

-Millie ça ne va pas ?

-Je... si... c'est simplement que... un bébé... j'étais loin d'imaginer ça !

-Tu n'es pas contente ?

-Si bien sûr, mais je suis surprise.

Jimmy la prit dans ses bras et déposa un baiser sur sa tempe :

-Tout se passera bien, je te le promets.

-Tu crois ?

-Évidemment ! Regarde, Dorothy et Trevor sont très heureux depuis qu'elle a donné naissance à Trevor Junior.

-Je sais oui, il faut simplement que je m'habitue à la nouvelle. Après tout, j'étais sûre que je n'avais d'une grippe !

-Un bébé c'est mieux qu'une grippe tu ne crois pas ?

-Si, je suis bien d'accord.

Millie sourit enfin pour la première fois depuis que le médecin avait annoncé le diagnostique. Jimmy sourit :

-Fantastique, je préfère voir ce magnifique sourire !

Il l'embrassa tendrement et caressa sa joue :

-Nous aurons le plus beau bébé du monde et nous serons de merveilleux parents. Muzzy sera ravie d'être à nouveau grand-mère, après tout, elle n'a pas eu la chance d'avoir ses propres enfants.

-Elle vous considère comme ses enfants.

-Oui mais quand elle nous a connus nous étions déjà grands, elle n'a pas eu la chance de connaître toute la partie bébé avant ça.

-Je sais oui, elle va pouvoir se rattraper avec Trevor Junior et avec notre futur bébé.

-J'aime quand tu le dis : notre futur bébé, ça sonne si bien !

Il lui sourit et l'embrassa à nouveau, son excitation habituelle revint au triple galop :

-Alors ma chérie, où veux-tu aller manger pour fêter la nouvelle ?

-Je ne sais pas... mais j'aimerais que nous organisions un dîner ce soir pour l'annoncer à tout le monde.

-Excellente idée. Je leur téléphonerai depuis le restaurant.

-Merveilleux.

Elle lui sourit et ils remontèrent en voiture, partant pour un petit restaurant tranquille qu'ils aimaient beaucoup. Plus elle digérait la nouvelle et moins Millie était fâchée d'avoir été chez le docteur. Elle en remercia même Jimmy lorsqu'ils levèrent leur flûte de champagne au restaurant. Après tout, si il n'avait pas insisté, ils n'auraient jamais su qu'ils étaient sur le point de devenir parents. Jimmy rayonnait de bonheur, il avait le visage d'un enfant devant ses cadeaux de Noël. Millie soupira d'aise mais fronça les sourcils :

-Oh non.

-Quoi ?

-Je vais devoir retourner chez le docteur dans quelques mois pour vérifier que la grossesse se passe bien.

Jimmy éclata de rire :

-Je t'accompagnerai ma chérie ne t'en fais pas. Et si c'est pour confirmer que notre bébé va bien je trouve que ça en vaut la peine, non ?

-Si tu as raison.

Ils déjeunèrent tranquillement, Jimmy imaginant déjà tous les changements positifs qu'allait leur apporter l'arrivée d'un bébé. En tant que vice-président de la société familiale, il avait l'avantage de pouvoir s'absenter du boulot autant qu'il voulait. Il voulait être présent pour cet enfant, et pour les prochains si ils en avaient plusieurs. Jimmy lança pendant le repas en souriant fièrement :

-Heureusement que je t'ai forcé la main ma chérie, sinon nous ne saurions toujours pas que tu attends notre heureux événement.

-Je sais oui, tu as bien fait.

Jimmy demanda d'un air plus grave et sérieux :

-Pourquoi tu n'aimes pas aller chez le médecin ?

Ça faisait toujours drôle à Millie quand il était ainsi. Elle avait tellement l'habitude de le voir fantasque, foufou et joyeux qu'elle en oubliait qu'il était aussi un jeune homme avec la tête sur les épaules et qui pouvait se montrer vraiment sérieux. Elle soupira :

-Quand j'étais petite il y avait toujours des docteurs à la maison car un de mes grands frères était toujours malade. Malgré leur présence quasi perpétuelle il a fini par mourir. Et... j'ai eu un fiancé qui s'est enrôlé pendant la guerre. Il est donc parti en France et s'est fait tuer là-bas. Il prévoyait de devenir médecin à son retour... C'est pour ça que depuis je mets un point d'honneur à ne jamais aller chez un médecin. Il faut dire que j'ai aussi l'extrême chance d'avoir une excellente santé.

-Je comprends oui, si j'avais moi aussi eu des expériences marquantes avec un corps de métier en particulier j'aurais une réticence justifiée à la fréquenter moi aussi. C'est pour ça que tu as décidé de devenir sténo et d'épouser ton riche patron ?

-Oui, je me disais que les riches n'étaient pas partis faire la guerre et que c'était facile de trouver des patrons autres que médecins, surtout à New York.

Jimmy prit sa main dans la sienne, il n'y avait pas une once de jugement de son regard mais au contraire de la compassion. Il porta la main de sa femme à ses lèvres et y déposa un baiser :

-Tu aurais dû me raconter tout ça. Ma chérie tu sais que je suis à l'écoute et que tu peux tout me dire.

-Je sais oui, merci Jimmy.

Elle lui sourit, il était réellement le mari idéal. Étrangement la blonde se sentait soulagée d'un poids, elle n'avait jamais parlé de ce « dégoût » des médecins à qui que ce soit avant aujourd'hui. C'était grâce à ce genre de petites choses qu'elle savait que Jimmy était l'homme de sa vie, l'homme parfait. En attendant ils quittèrent le restaurant et la jeune femme avait hâte d'être au soir pour annoncer la bonne nouvelle à tout la famille. Ils allaient avoir un bébé !


Fin.