Ce texte répond au défi 161 de la Bibliothèque de Fictions : Ouvrez votre livre à la page 394... et faites en OS en vous inspirant d'une scène de la dite page.

Passage de mon livre (Angélique Marquise des Anges) : Cette enceinte fortifiée, représentant jadis le fief des moines guerriers appelés templiers, puis ensuite celui des chevaliers de Malte, jouissait de privilèges ancestraux devant lesquels le roi lui-même s'inclinait : on n'y payait pas d'impôts, on n'y subissait aucune entrave administrative et policière, et les débiteurs insolvables y trouvaient asile contre les sentences de prise de corps. Depuis des générations le temple était l'apanage des grands bâtards de France


Denise venait d'entrer dans le Paradis, un immense magasin chic. C'était ici que se croisaient les personnes les plus riches de la ville, elles venaient y acheter les produits de luxe qu'elles ne pouvaient trouver nulle part ailleurs dans cette ville. John Moray et Dudley, son associé, étaient des hommes partis de rien et qui avaient su bâtir cet empire car ils s'étaient accrochés. Moray était le fils d'un drapier, et c'était son ambition à lui qui avait rendu tout cela possible. Grâce à son rêve, le Paradis était né, et il pouvait compter sur le soutien sans failles de son meilleur ami Dudley pour constamment repousser ses limites tout en gardant la tête froide. Car Moray avait des rêves plein la tête, mais Dudley, lui, avait les pieds sur terre pour équilibrer la balance et ramener son ami sur terre quand le besoin se faisait sentir.


La bâtisse était impressionnante avec sa devanture blanche immaculée et sobre, les immenses vitrines exposant des robes confectionnées dans des tissus luxueux et l'enseigne bleue indiquant fièrement « Le Paradis ». Elle jurait avec toutes les échoppes vieillottes et délabrées du reste de la rue. En effet depuis que le grand magasin avait ouvert ses portes, les autres boutiques de la rue avaient du mal à subsister, l'oncle de Denise par exemple, n'avait quasiment plus de clients car il était couturier, les femmes préféraient se rendre en face, dans la partie confection femme du prestigieux magasin au nom envoûtant : Le Paradis. Car ce pauvre couturier n'avait jamais eu les moyens d'acheter des tissus rares, il vendait de la bonne qualité, mais pas assez raffinée, et encore moins depuis que le Paradis avait ouvert en proposant des gammes de soies, de satin, de mousselines et autres tissus.


Lorsque l'on entrait dans le hall, le sol en marbre et les murs de pierre donnaient tout de suite le ton sur l'élégance des lieux. Tout était dans la sobriété, la pureté, les employés portaient tous des uniformes. Quelques guéridons proposaient des objets en porcelaine Après le hall, la première salle du rez-de-chaussée avec son sol en parquet de bois massif recouvert d'un épais tapis offrait aux clients de la vaisselle en cristal. Après cela la plus grande salle avait un décor qui transpirait le luxe bien qu'étant un peu sombre : son sol en bois massif, ses comptoirs du même bois peints en vert anis, son papier peint blanc aux motifs gris, ses lustres en cristal surmontés de chandelles blanches, sa pergola intérieure blanche aux sculptures raffinées. Ici les clients pouvaient acheter des parfums et savons, du tissu, des boutons de manchette, des bijoux, plus d'autres objets qui parfois n'étaient en vente que pendant une courte période. Au fond du magasin on trouvait la salle de repos du personnel où ils prenaient leur repas, et derrière celle-ci les cuisines. Après la pièce principale de vente, un escalier en bois recouvert d'un tapis menait à l'étage. Au premier étage la confection dames : une grande pièce lumineuse au papier peint blanc à motif floral pâle, au sol en parquet où quelques tapis moelleux étaient disposés, des rideaux beiges et blancs séparaient la salle de la partie essayage où l'on trouvait des banquettes et grands miroirs. Denise avait le souffle coupé, elle qui venait d'un petit village d'Écosse, elle n'avait jamais vu tant d'élégance et de finesse de toute sa vie.


Le magasin était comme une ruche, les employés grouillaient dans tous les sens, aux aguets pour satisfaire les moindres demandes des clients, mais surtout des clientes. Car en effet c'étaient surtout les femmes d'hommes riches qui venaient faire leurs achats ici. Les mots d'ordre ici étaient élégance, discrétion, respect et conduite irréprochable. Denise avait presque l'impression que le Paradis était une petite ville à lui tout seul à l'intérieur de la vraie ville dans laquelle il se situait. Ici tout le monde avait sa chance si il avait un comportement approprié. Denise put obtenir un emploi de vendeuse dans la confection femme car une jeune femme venait de se faire renvoyer car on l'avait trouvée dans sa chambre avec un jeune homme en train de faire des choses inappropriées.


Depuis son ouverture le Paradis semblait être un refuge pour les épouses riches qui s'ennuyaient et qui n'avaient d'autre distraction que de dépenser l'argent de leur mari. Ici elles pouvaient acheter à loisir robes, chapeaux, bijoux, parfums, vaisselles et autres caprices qu'elles pouvaient désirer. Ici elles n'étaient pas jugées, leurs désirs étaient des ordres, elles repartaient avec tout ce qu'elles voulaient et le magasin envoyait ensuite la facture aux maris qui réglaient sans broncher, en bon gentlemen qu'ils étaient. Le personnel du magasin étaient les témoins de bien des choses, car les clients les remarquaient à peine, ainsi ils entendaient les ragots, les intrigues, voyaient parfois de la tristesse, de la joie... Le Paradis était un endroit à part, avec ses propres règles, comme si le temps s'y arrêtait et que tout était possible une fois la porte franchie. Des gens très importants y venaient régulièrement, car Moray, le patron du magasin, faisait tout son possible pour proposer l'excellence à sa clientèle, pour sans cesse innover et leur proposer des nouveautés afin d'attiser leur curiosité et leur envie d'acheter. Denise savait qu'elle s'y sentirait bien car elle était ambitieuse et elle sentait qu'elle pourrait apporter beaucoup à ce magasin, et peut-être un jour, pourrait-elle même le diriger ! La jeune femme sourit à cette idée, pour l'instant elle avait franchi la première étape : être engagée comme vendeuse.


Fin.