Titre : Trahis-moi pour survivre

Auteur : Lady Zalia

Type : Omegaverse [Voldarry]- Harry Omega Voldemort Alpha. Aventure – Romance

Disclaimers: Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating M. Ceci est l'épilogue de cette fanfic que j'ai pris grand plaisir à écrire. Merci pour m'avoir suivi tout au long de cette aventure !

Résumé du chapitre précédent : Harry a libéré Voldemort et celui-ci a récupéré ses souvenirs. Après une vengeance bien méritée, tous deux fuient le Royaume Uni le temps que les choses se calment…


Épilogue

Gazette du Sorcier
Edition spéciale du mercredi 21 octobre 1998.
NUIT FUNESTE AU ROYAUME-UNI ! CELUI DONT ON NE DOIT PAS PRONONCER LE NOM À NOUVEAU LIBRE !

La nuit du mardi 20 au mercredi 21 octobre a été le théâtre de meurtres de sang-froid perpétrés par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et ses partisans. Les corps de plusieurs personnalités politiques ou publiques ont été retrouvés, victimes du sortilège de mort, tandis que d'autres sont portées disparues. Chaque fois, la Marque des Ténèbres était visible sur les lieux, en signature de l'odieux crime.

Kingsley Shacklebolt, Ministre de la Magie provisoire, reste introuvable. Suite à la capture du sinistre mage noir, le 13 septembre dernier, il avait pris la responsabilité de trouver un lieu de détention adapté et avait garanti la population de sa sécurité. Aujourd'hui, ces paroles nous semblent bien présomptueuses.
Tous les détails - et les victimes - de cette nuit passée ne sont pas encore connus mais on peut d'ores et déjà déplorer l'assassinat de Gawain Robards, chef du Bureau des Aurors ; mais aussi Griselda Marchebank, membre éminente du Magenmagot, tout juste élue à la tête du Département de la justice magique ; Bruno Riot, chef du Département des jeux et sports magiques ; David Smith, directeur du Département des transports magiques ; Annabel Brisbone, directrice du Département de la coopération magique internationale ; Matthew McCormy, directeur du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques et Betty Cooper, directrice du Département des accidents et catastrophes magiques.

De plus, c'est avec une grande tristesse que toute la Gazette du Sorcier déplore la disparition de Rita Skeeter, journaliste de longue date, bien connue de nos lecteurs, ainsi que l'homicide de Christopher Bozo, son photographe attitré. Le corps de votre reporter préférée n'a pas été retrouvé, mais l'état de sa demeure et la présence de la Marque des Ténèbres au-dessus d'elle ne laissent malheureusement que peu d'espoirs quant à sa survie.

Le Ministère de la Magie se trouve actuellement paralysé, sans aucun chef pour diriger ses différents services, et si de nouvelles élections seront probablement organisées sous peu, nous ne pouvons que conseiller à nos lecteurs de se montrer extrêmement prudent.

Le porte-parole du gouvernement, Percy Ignatius Weasley, a annoncé une journée de deuil national. Tous les drapeaux ont été mis en berne et les commerces non-essentiels ont reçu l'ordre de rester fermés.

La grande question que nos lecteurs se posent sans doute est : Où est Harry Potter ? L'un de nos reporters s'est rendu à sa demeure, au 12 Square Grimmaurd à Londres, et a trouvé porte close. L'Oméga a la cicatrice a-t-il rejoint son ancien bourreau ? Ou s'est-il enfui pour ne pas retomber dans ses filets ? L'enquête menée par Kingsley Shacklebolt avait établi qu'il n'était vraisemblablement pas lié au mage noir, mais qu'il avait peut-être été corrompu par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Pour l'heure, il est difficile de connaître la vérité.

Avec la perte de Kingsley Shacklebolt, l'ancienne faction de Dumbledore connue sous le nom d'Ordre du Phénix, se retrouve aussi privée de son leader. Minerva McGonagall, actuelle directrice de Poudlard, n'a pas souhaité faire de déclaration à ce sujet, rappelant simplement qu'aucun Mangemort n'avait pénétré l'enceinte de l'école et que les élèves étaient en sécurité.

Nous reviendrons évidemment vers vous dès que de plus amples informations nous seront transmises, mais chacun est invité à rester chez soi. Ne circulez jamais seul, privilégiez les déplacements magiques et ne sortez qu'en cas d'absolue nécessité.

Le Royaume-Uni se retrouve une fois de plus dans une période particulièrement sombre mais nous restons optimistes. La lumière finira par triompher, il faut garder espoir.

***/+/***

Le capitaine John Carter n'était pas un homme facilement impressionnable. Il exerçait le métier de contrebandier depuis de nombreuses années et jamais par le passé il n'avait envisagé de changer de vie. Il avait traversé les deux guerres des sorciers sans jamais prendre position, se contentant de louer ses services au plus offrant. Lui et ses hommes avaient maintes fois parcouru tant la Manche que la Mer du Nord, transportant marchandises ou sorciers au gré des demandes et pratiquant la piraterie lorsque l'occasion se présentait. Ils ne craignaient ni la police magique, ni les Aurors gardes-frontières et avaient une solide réputation dans le milieu, de ceux qu'il vaut mieux éviter d'arnaquer ou d'essayer de doubler.

Ils n'étaient certainement pas des enfants de cœur, mais ils n'étaient pas foncièrement des mauvais bougres non plus, ne tuant que lorsque c'était nécessaire et sans cruauté inutile.

Ainsi, lorsque leur client s'était présenté ce soir-là, aucun d'entre eux n'avait songé à refuser l'offre particulièrement alléchante qui leur était proposée, malgré l'aura oppressante que dégageait ce dernier. Il s'agissait simplement de transporter deux sorciers de Bridlington jusqu'à Büsum en Allemagne, sans poser de question. Leur commanditaire avait précisé qu'ils ne devaient en aucun cas se faire voir, et si cette demande était plutôt commune, la somme avancée couvrait trois fois leurs tarifs habituels. Le sorcier en question n'avait pas dévoilé son visage lors de la transaction, mais John Carter se fichait bien de l'identité de ceux qui l'embauchaient tant qu'ils payaient grassement, et en avance qui plus est.

Ce ne fut que lorsqu'il était revenu avec le second passager, que le capitaine avait pour la première fois éprouvé un sentiment étrange s'emparer de lui… un sentiment proche de la peur. Pour une raison qu'il ne parvenait à verbaliser, il sentait que c'était la présence du second sorcier qui rendait le premier encore plus dangereux. C'était comme transporter une potion hautement instable à bout de bras. Le moindre pas de travers pouvait vous coûter la vie. Et il avait l'impression qu'il en était de même ici.

Bien entendu, John Carter n'avait pas fait marche arrière, il avait fait son devoir de capitaine. Il avait réalisé le rituel pour rendre leur bateau indétectable avant de renvoyer ses hommes dans la cale, maniant seul les voiles et la trajectoire du bout de sa baguette. Moins il y aurait d'interactions autour de ces deux-là et moins il risquait l'incident.

Il y avait près de 600 km jusqu'à leur destination et même si son embarcation n'avait rien d'un vulgaire bateau moldu, il allait tout de même falloir 5 heures pour traverser la Mer du Nord. Au moins, tant qu'ils resteraient sur le pont, il pouvait toujours les surveiller d'un œil…

Le Sombral des Mers était un galion à trois mâts, à la coque peinte en noir et aux voiles grises pour imiter les ailes membraneuses de ces chevaux sépulcraux. Il voguait sur la mer avec une vitesse surnaturelle, parfaitement silencieux et invisible tant aux yeux des sorciers que des moldus. Depuis la proue, le capitaine Carter n'avait qu'à se retourner pour voir ses deux passagers. Ils se tenaient à l'arrière du bateau, le premier regardant au large tandis que le second était assis sur une caisse, et John Carter ne put s'empêcher de les fixer, intrigué par l'identité de ce mystérieux couple.

Alors que les personnes qui requéraient ses services étaient habituellement taiseux et secrets, le second sorcier s'était montré étonnamment volubile, saluant poliment tous ceux qu'il croisait et manifestant sans gêne son enthousiasme. Il semblait évident qu'il était ici de son plein gré. Il était déjà arrivé au contrebandier de transporter des otages et ils n'avaient pas ce comportement, bien loin de là. On aurait réellement dit qu'il était heureux d'être ici et se savait en totale sécurité malgré l'aura nocive de son accompagnateur.

Lorsqu'ils étaient arrivés sur le quai, il avait poussé une exclamation stupéfaite, comme si c'était la première fois qu'il voyait un tel navire. Il avait l'air assez jeune, à en juger par le son de sa voix, et son apparente candeur rendait sa présence presque irrationnelle aux côtés de son ténébreux partenaire.

Ils étaient montés sur le bateau et John Carter avait alors remarqué l'étrange forme dissimulée sous la robe du plus jeune. Quelques minutes après le début de la traversée, il l'avait vu plonger la main à travers son col, comme pour s'assurer que la chose qu'il transportait était toujours bien en place. Ce geste avait manifestement interpellé le plus âgé car il s'était approché de son compagnon d'un pas raide.

Évidemment, depuis son poste, le capitaine avait été bien trop loin pour entendre ce que les deux sorciers s'étaient dit, et de toute façon le plus âgé semblait ne rien laisser au hasard pour garantir leur anonymat. Bien qu'il soit éloigné de plus d'une vingtaine de mètres, il avait senti son regard sur lui, semblant le mettre au défi de les espionner, avant de glisser sa main sous la capuche de son compagnon. Quelques minutes plus tard, l'un des deux avait invoqué une bulle d'obscurité pour les dissimuler de sa curiosité, l'obligeant à reporter son regard sur l'étendue insondable devant lui.

John Carter se concentra à nouveau sur la trajectoire. Alors qu'il adorait naviguer et ne se sentait jamais tout à fait vivant sur la terre ferme, il était cette fois pressé d'arriver à bon port. La présence des deux sorciers le mettait mal à l'aise, comme si son corps lui hurlait un avertissement que son esprit était incapable de décrypter. Si une part de lui était avide d'information, une autre part savait instinctivement qu'il ne valait mieux pas chercher à en savoir davantage.

D'ailleurs, il y avait quelque chose de si délétère chez ces énigmatiques passagers que pas un de ses hommes n'avait cherché à contester ses ordres…

Perdu dans ses pensées, il ne vit ni n'entendit pas l'objet de sa réflexion s'approcher de lui, si bien qu'il sursauta violemment lorsqu'une voix retentit dans son dos.

- Capitaine.

Il se retourna immédiatement, sa baguette toujours à la main, alors que son commanditaire se trouvait juste derrière lui. Le sorcier avait toujours sa capuche rabattue sur son visage, empêchant de voir ses yeux, et John Carter tenta de manifester une assurance qu'il ne possédait pas.

- Ah bah c'est vous ! J'vous avais pas entendu arriver. Qu'est-ce que j'peux faire pour vous ?

- Quand bien même vous l'auriez voulu, vous en auriez été incapable. Je ne veux pas grand-chose de vous, si ce n'est que vous nous emmeniez à la destination prévue. Cependant je me permets une mise en garde : Ne tentez pas de percer nos secrets. Vous êtes un sorcier avisé, et je vous ai suffisamment payé pour que vous ne vous mêliez pas de nos affaires. Alors concentrez-vous sur le trajet, ni plus, ni moins.

Une goutte de sueur glacée coula le long de sa colonne vertébrale du capitaine. La menace était à peine voilée, et malgré sa longue expérience du duel magique, il savait au fond de lui qu'il ne risquait pas de gagner celui-là.

Il se contenta de hocher la tête, inspirant longuement le vent marin pour se donner du courage.

- C'est bien c'dont j'avais l'intention. La mer est calme, nous arriv'rons à l'heure annoncée, soyez sans crainte.

- Bien ! Je n'en doute pas une seule seconde.

Le mage noir était reparti aussi silencieusement qu'il n'était venu et John Carter avait poussé un profond soupir de soulagement. Peut-être devrait-il ne transporter que des marchandises à l'avenir… ou peut-être était-il venu le temps de se ranger, voire même de prendre sa retraite…

***/+/***

Severus filtra avec minutie le contenu de son chaudron avant de le répartir dans plusieurs fioles. Maintenant qu'il était recherché dans tout le pays, il ne pouvait se permettre de sortir sans Polynectar, heureusement, il avait désormais suffisamment de réserve pour tenir plusieurs mois.

Sa potion terminée, il se servit une tasse de thé et s'installa dans son salon, s'octroyant l'une des trop rares pauses de son existence. À présent qu'il y pensait à tête reposée, il ne pouvait qu'être soulagé de constater à quel point les choses s'étaient bien déroulées : Potter était en vie, et le Maître était parti. Tous deux avaient quitté le pays pour au moins une dizaine d'années. Le Seigneur des Ténèbres était passé le voir avant leur départ. Il avait retrouvé ses souvenirs et était décidé à tout faire pour protéger son Oméga… Harry Potter. Qui aurait cru que la Prophétie se réaliserait ainsi ?!

Il aurait aimé pouvoir en discuter avec Albus Dumbledore, mais depuis sa mort, il était le seul aux commandes. Apprendre que le Survivant était un Oméga, avait été un premier choc pour Severus. Le voir enchaîné aux pieds du mage noir en avait été un autre. Mais la réaction de celui qu'il admirait avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase.

Le portrait avait déjà été ébranlé par la première annonce. Le vieux directeur n'avait jamais imaginé une telle chose de son vivant, et son souvenir enfermé dans le tableau n'avait pas été pleinement capable d'y faire face. D'autres membres de l'Ordre s'étaient vu confier la mission à la place du jeune Potter mais ils avaient dévié, chacun à leur façon. Lupin avait purement abandonné, pour s'occuper de sa femme et de son enfant à naître. Bill Weasley avait pris tous les risques et s'était fait tuer quelques semaines plus tard. Quant à Kingsley… il était devenu enragé, jurant sur sa vie qu'il aurait la peau de Voldemort.

Severus avait compris tout cela en collectant les indices des deux côtés, espionnant les différents protagonistes sous sa forme Animagus. Ces informations ne lui avaient laissé que peu d'espoir sur le degré de réussite de la quête. Et quand il avait rapporté au directeur que le Seigneur des Ténèbres s'était lié au Survivant, la réponse du portrait avait été lapidaire. Il devait tuer le garçon coûte que coûte.

Le potionniste n'avait pu s'y résoudre. La mort de Potter ne provoquerait pas à elle-seule la chute du mage noir, elle ne ferait que le rendre encore plus fou. Puisque l'Ordre n'avait pas progressé, il y avait une chance que Voldemort survive à la perte de son Oméga, et personne ne voulait d'un psychopathe imprévisible impossible à tuer.

Depuis ce jour, il avait fait les choses à sa manière.

Pendant que le mage noir affrontait ses Mangemorts rebelles, c'était lui qui avait permis à Minerca McGonagall de s'enfuir, et celle-ci s'était empressé de prévenir l'Ordre du Phénix. De son côté, il s'était enfui du château, emportant Drago avec lui. Le jeune Serpentard avait beau être marqué comme Mangemort, il ne méritait pas de subir la vindicte populaire. Il s'était alors immédiatement rendu au manoir Malefoy pour dire à Lucius et Narcissa de quitter le pays avec leur fils. Après tout, ils étaient quasiment les dernières personnes avec qui il pouvait avoir des relations cordiales, et ils étaient plus raisonnables que la plupart des Mangemorts.

Enfin, Severus était venu ici pour se cacher, avec la satisfaction d'avoir mis fin au règne du Seigneur des Ténèbres, d'une manière ou d'une autre.

Bien entendu, il avait gardé un œil sur le jeune Potter. Le Survivant n'avait clairement pas mérité tout ce qui lui était arrivé, pourtant il l'avait à nouveau surpris par sa détermination. Et lorsqu'il l'avait vu si désespéré, il n'avait pu supporter de le voir ainsi agoniser. Il avait alors pris la décision de l'aider, quitte à libérer le monstre qui avait tué sa chère Lily. Ca avait été un pari risqué. Privé de ses Mangemorts et de ses soutiens, Voldemort pouvait tout aussi bien céder au lien que décider de tout détruire.

Heureusement, aujourd'hui, les choses s'étaient déroulées exactement comme il l'avait espéré, lui permettant de prendre sa retraite l'esprit tranquille. Suite à sa libération, le mage noir avait réagi de la meilleure manière possible, décidant de faire passer son Oméga avant ses propres ambitions. L'assassinat de tous les directeurs de département du Ministère, n'était qu'un faible prix à payer.

Bien sûr, il y avait de grandes chances pour que Voldemort revienne tôt ou tard, mais il verrait le moment venu. Après tout, le mage noir était lié à un Gryffondor foncièrement bon et indécrottablement humain. S'il y avait bien quelqu'un qui pouvait le faire changer, c'était lui.

***/+/***

Hermione reposa le journal, l'estomac noué par une sensation d'angoisse. Autour d'elle, élèves comme professeurs arboraient la même mine soucieuse et la Grande Salle de Poudlard était inhabituellement silencieuse. La Gryffondor se tourna vers Neville qui était devenu livide à la lecture de l'article. Le jeune sorcier n'avait pas touché à son assiette, ses doigts s'agitant nerveusement sur le rebord de la table.

- Il est à nouveau libre, ça va recommencer… Kingsley est probablement mort à l'heure qu'il est.

Hermione avala une gorgée de thé avant de faire la moue.

- Je ne sais pas, il y a quelque chose d'étrange dans sa démarche… Pourquoi avoir tué tous ces gens de manière aussi ostentatoire ? Il aurait pu essayer de prendre le ministère petit à petit, en mettant chacun des directeurs de département sous l'Imperium d'un Mangemort… Ou les kidnapper et les remplacer par une personne sous Polynectar. Mais au lieu de ça, il a préféré les tuer… On dirait la politique de la Terre brûlée. Il doit savoir qu'il ne peut plus reprendre le pouvoir aussi facilement…

- Il doit être en colère… vouloir se venger.

- Ce n'est pas l'impression que j'en ai. Ces assassinats ont été faits dans un but bien précis. C'est comme s'il essayait de nous effrayer. Comme s'il voulait nous dire, "Regardez, je suis libre, je suis puissant, vous ne pouvez rien contre moi"... Et je crois que ce message est aussi bien destiné à ses Mangemorts qu'à ses ennemis.

La jeune sorcière porta son pouce à sa bouche tout en continuant de réfléchir. Quant à Neville, il osa poser la question que sa camarade refusait d'évoquer.

- Et Harry, tu penses qu'il l'a rejoint ?

Hermione garda un moment le silence. Dès son retour à Poudlard, elle avait demandé à Neville de lui raconter exactement ce qu'il s'était passé, en ce jour funeste de septembre. Elle détestait être dans l'incertitude et le Gryffondor lui avait appris l'horrible vérité : Harry était bel et bien lié à Voldemort, comme le mage noir l'avait lui-même confirmé face aux questionnements de Bellatrix.

C'était la principale raison pour laquelle elle n'était jamais venue lui rendre visite à Sainte-Genette. Alors que Remus n'y avait pas été autorisé à cause de sa nature de lycanthrope, Hermione avait tout simplement refusé de s'y rendre, par peur de ne pouvoir supporter ce qu'elle allait y voir.

Puis Harry était sorti, pour leur plus grand étonnement, apparemment blanchi de tout soupçon. Lorsqu'il leur avait rendu visite à Pré-au-Lard, au début du mois d'octobre, il leur avait semblé parfaitement normal… Mais lorsque le professeur McGonagall lui avait fait part de l'intrusion dans la Forêt Interdite, elle en était parvenue aux mêmes conclusions que Kingsley.

Bien évidemment, une part d'elle avait refusé de condamner son ami, sachant pertinemment ce que l'Auror ferait s'il apprenait la vérité. Mais elle n'avait pas cherché à recontacter Harry, se contentant de suivre ses déboires à travers la presse. Aujourd'hui, elle avait honte d'avoir gardé le silence. Son aveu aurait-il permis de sauver toutes ces vies ?

Elle consentit finalement à répondre à Neville, alors qu'une cloche sonnait la fin du repas.

- Je ne sais pas… Peut-être qu'il est suffisamment fort pour vivre comme ça et qu'il a quitté le pays. C'est ce que j'espère. Si Harry est parti, alors Voldemort ira forcément à sa poursuite. Mais si c'est bien lui qui a mis Nagini en sécurité, alors il est aussi possible qu'il ait libéré son Alpha. Après tout, Kingsley prétendait qu'il ne pourrait jamais s'échapper par lui-même... J'ai eu beau chercher dans les livres consacrés au second-genre à la bibliothèque, il n'y a que des vagues rumeurs concernant les effets du lien sur un Oméga. Je n'ai donc aucune certitude…

Les deux Gryffondors se levèrent du banc pour se diriger vers leur salle de classe. Alors qu'ils attendaient devant la porte, ils furent bientôt rejoints par Ron, et Hermione ne put retenir un frisson en voyant le regard de son ancien ami.

Sa réaction lors de la révélation du second-genre de Harry avait sérieusement entaché leur amitié, mais plus que tout, ça avait été son comportement juste après l'annonce de sa disparition qui avait détruit tout ce qu'elle ressentait pour lui. Seulement deux jours après le mariage, Ron avait purement et simplement décrété que Harry devait être mort et qu'il n'y avait plus rien à faire pour le sauver.

Par la suite, la disparition de Bill avait exacerbé ses sentiments négatifs, et la mort de Ginny avait été le drame de trop. Il était devenu un jeune homme acariâtre, explosant au moindre désagrément et passant ses nerfs sur quiconque osait le contredire, au point que le professeur McGonagall l'avait déjà menacé de le renvoyer. Hermione avait pris ses distances, comme le reste de ses camarades, ainsi elle fut surprise de le voir s'arrêter devant elle.

- J'imagine que tu as lu la presse ? Perso, je compte pas attendre que les Mangemorts assassinent ceux qu'ils me restent. Je pars aujourd'hui, et je reviendrais pas avant de l'avoir tué. Kingsley aurait dû aller jusqu'au bout. Moi je n'hésiterai pas. Mon meilleur ami n'aurait jamais supporté d'être lié au meurtrier de ses parents. Il est plus que temps d'abréger ses souffrances.

Sidérée par les propos de son camarade, Hermione ne sut que répondre. Heureusement, ce fut Neville qui prit le relai.

- Harry a toujours affirmé qu'il n'était pas lié à lui. Tu comptes essayer de l'abattre sans aucune preuve ?

Ron haussa les épaules.

- Voldemort s'est libéré, cela ne vous suffit pas ? Kingsley nous avait juré qu'il lui était impossible de s'enfuir, c'est donc que quelqu'un l'a aidé. Et personne ne savait où il était retenu. Il n'y avait qu'un Oméga lié pour le trouver. Mais j'imagine que vous continuerez à le soutenir jusqu'à ce qu'il s'en prenne à votre famille.

Il leur tourna le dos sans attendre, disparaissant bientôt au détour du couloir.

Hermione ignorait à quel point Harry avait changé, mais une chose était désormais sûre, il avait un nouvel ennemi prêt à tout pour le tuer…

***/+/***

Hans aimait son métier, car son caractère scrupuleux et tatillon s'y épanouissait pleinement. Employé au service recensement du Ministère de la Magie allemand, son travail consistait à remplir très exactement des formulaires administratifs, et il éprouvait un respect immédiat pour les personnes capables de percevoir la subtilité de son art.

Ainsi, à l'arrivée des deux sorciers dans son exigu bureau, il se demanda immédiatement de quel bord ils étaient. Etaient-ils de ceux qui complètent les formulaires en lettres majuscules détachées écrites en noir, ou de ceux qui utilisent d'excentriques encres turquoise ou violette et remplissent les parchemins d'une écriture brouillonne sans prendre garde au cadre ?

Le premier sorcier était grand, habillé d'un impeccable ensemble noir aux boutons argentés, les cheveux bruns mi-longs attachés en une queue de cheval sans la moindre mèche de travers. Il semblait de ceux qui aimaient l'ordre et la discipline et exigeaient des autres la même rigueur qu'ils s'imposaient à eux-mêmes.

Le second, en revanche, semblait presque à l'opposé du premier. Il avait l'air plus jeune, portait une sorte de qamis déstructuré de couleur grise assorti à un pantalon noir, et avait rassemblé ses cheveux en un chignon auréolé de mèches partant dans tous les sens. Il portait un piercing brillant à l'arcade, plusieurs autres le long des oreilles et un pendentif argenté autour du cou. Tout dans sa posture exprimait une certaine nonchalance, propre à ceux qui vivent sans se préoccuper du quotidien.

Hans se leva et les invita à s'asseoir d'une main tendue en avant.

- Messieurs, bienvenue. Vous êtes donc venus vous inscrire officiellement pour obtenir la nationalité allemande ?

Ce fut le plus grand qui prit la parole en premier, parlant dans un allemand dépourvu du moindre accent.

- Bonjour monsieur. En effet. Nous voudrions nous installer dans ce pays.

Son sourire était charmeur, et le fonctionnaire se sentit une seconde hypnotisé par son regard aux reflets bordeaux.

- Très bien. Je vais vous demander quelques informations. J'imagine que pour l'instant vous êtes en auberge ?

- Non, j'ai pris des dispositions auprès d'un courtier. Nous avons fait l'acquisition d'un petit manoir au nord de la Forêt-Noire dont j'ai ramené l'acte de propriété ici. En revanche, nous ne souhaitons pas nous rattacher au réseau des cheminées.

- Parfait ! Vous êtes un homme très organisé. Monsieur ?

- William Philip Peverell, né le 01 août 1966 à Londres, en Angleterre. Voici mon acte de naissance. Nous avons quitté le Royaume Uni en 1996 pour faire le tour du monde mais nous avons désormais envie de stabilité. Je suis alchimiste, à titre privé essentiellement. Et voici mon diplôme.

Hans nota les informations avec application et se saisit des différents parchemins tendus par le sorcier face à lui. Il y avait quelque chose en lui qui lui inspirait confiance, et il copia les documents d'un Gemino sans même les lire avant de le rendre à son propriétaire. Puis il se tourna vers le second sorcier qui attendait aux côtés du premier.

- Très bien, tout est en ordre. Et vous, monsieur ?

- Je m'appelle Harry Ethan White. Je suis né le 31 octobre 1978, à Londres. Je suis chercheur en soins aux créatures magiques.

L'autre sorcier parlait dans un allemand hésitant, et son origine britannique transparaissait à travers son accent. Il tendit son acte de naissance et son diplôme de fin d'étude et Hans y jeta un œil cette fois plus attentif, mais tout semblait en ordre.

- Vous êtes jeune. J'imagine que vous comptez entrer en apprentissage chez un maître ? Nous avons quelques Magizoologistes réputés en Allemagne.

- Je ne sais pas. Je veux… dois apprendre l'allemand… mieux.

Il grimaça sous son vocabulaire approximatif et son compagnon leva les yeux au ciel.

- Bien, sachez juste que vous ne pourrez exercer sans cela. Une dernière chose, je dois noter votre second genre…

- Alpha.

- Oméga.

Le premier avait répondu immédiatement, tandis que le second avait marmonné sa réponse avec une réticence évidente. Hans n'y prêta cependant guère attention, occupé à noter les mentions sur les fiches de renseignement.

- Parfait. J'imagine que vous êtes liés ?

- En effet.

L'Alpha avait ponctué d'un regard appuyé sur son Oméga, et le fonctionnaire hocha la tête avec un air satisfait.

- C'est une bonne chose. Je suis toujours gêné de poser cette question, mais les Omégas demandent toujours plus de paperasse. Ils exigent d'être protégés, doivent être gérés… Ce n'est pas quelque chose de simple dans un grand pays comme le nôtre. Je ne sais pas comment vous faites au Royaume-Uni mais… Oh fichtre ! Ma bouteille d'encre !

Alors qu'il parlait, le récipient s'était soudainement renversé sur son bureau, envahissant son buvard et la manche de son uniforme. Il se leva précipitamment pour aspirer l'encre à l'aide de sa baguette sous le regard des deux sorciers de l'autre côté du comptoir.

Le jeune sorcier murmura quelque chose en anglais qu'il ne comprit pas et son compagnon secoua la tête avant de reprendre la parole.

- Pardonnez-nous, mais nous avons encore beaucoup de choses à faire. Avez-vous besoin d'autres informations ?

- Ah, je vous prie de m'excuser. Non, ça ira. Je vous ferai parvenir un hibou si besoin. Je vous remercie pour votre obligeance, monsieur Peverell. J'aimerais que tous les gens à qui je suis confronté soient aussi scrupuleux que vous de la loi.

Les deux sorciers s'inclinèrent brièvement avant de quitter la pièce, le plus âgé entraînant le plus jeune à ses côtés. Resté seul, Hans fit une moue appréciatrice en tamponnant la mention "lié" sur la fiche de l'Oméga. Avec un Alpha aussi respectueux, en voilà au moins un qui n'allait pas poser de problème…


FIN

Voilà un bon projet mené à son terme. J'ai adoré écrire cette histoire et comme vous l'aurez sans doute deviné à travers cet épilogue, j'ai très envie d'écrire une suite.

Il va falloir prendre son mal en patience car il n'arrivera pas tout de suite. Pendant toutes les vacances d'été, je vais travailler sur Éternelle Enfant, ma fanfiction qui se déroule dans l'univers de Vampire The Masquerade.

À partir de septembre, je publie un Drarry post Poudlard qui me trotte dans la tête depuis plusieurs années.

Voilà, j'espère que cela vous aura plu. J'ai essayé de répondre à toutes vos questions à travers cet épilogue. N'hésitez pas à m'écrire une review pour me faire part de vos impressions. Cela me fait toujours très plaisir ! Merci de m'avoir lue, suivie, soutenue à travers ces chapitres. Débizous !