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Alors merci à toi Sheppart26, mon seul et unique revieweur !
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Chapitre 4
Mâa courut presque à la grange et s'écroula sur une botte de paille en rigolant.
-M'man ? Mais qu'est-ce que t'as ? S'inquiéta Marty.
Sans répondre, elle ouvrit la main et compta les billets devant les yeux ébahit de ses fils.
-Ils ont rien dit, même pas discuté, ils ont pris l'gosse et basta !
-Sans rire ?
-Ouais... c'était parfait ! Même le môme était bien. Maintenant, y'a plus qu'à attendre la nuit et s'pointer. On attendra pas loin et dès qu'il sort, on s'tire !
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Bilbo était en train de manger. Il y avait de tout devant lui et il prit son premier vrai repas depuis longtemps. Puis, repu, il bailla et se frotta les yeux.
-Mon pauvre chéri, tu dois être fatigué. Viens avec moi, je vais te faire voir ta chambre.
Sage comme une image, Bilbo la suivit et grimpa à l'étage en lui tenant la main. Il avait failli dire qu'il était assez grand mais se ravisa en pensant que s'il devait passer pour un bébé, il devait accepter qu'on l'aide. Léna ouvrit une porte et le laissa entrer dans la pièce. C'était immense !
Bilbo n'avait jamais vu l'intérieur d'une maison d'homme et tout lui paraissait beaucoup trop grand. Rien que le lit à lui tout seul prendrait pratiquement toute la place de sa chambre à Bag End. Penser à son ancienne maison et à l'abandon de ses parents lui fit monter les larmes aux yeux.
-Oh mon pauvre chéri... tu ne dois pas être triste... tu seras bien ici, tu verras.
Puis elle s'approcha d'une armoire, en sortit des vêtements et les posa sur le lit.
-Pour ce soir, tu pourras mettre ce pyjama... et pour demain, tu as un pantalon, un pull et des sous-vêtements. Ah oui... j'ai oublié les chaussettes... Dit-elle en s'approchant d'une commode. Voilà, tu as tout ce dont tu auras besoin ! Ça appartenait à mon fils... Continua-t-elle plus doucement, mais tu en auras plus besoin que lui... et demain, on ira t'acheter des chaussures, parce que celles-là ne sont pas faites pour un enfant de ton âge. Elles sont beaucoup trop grandes, tu dois avoir très mal aux pieds, non ?
-Oui, mais je n'ai pas autre chose... Acquiesça Bilbo, se rappelant les recommandations de Mâa.
-Ça ira pour ce soir. Veux-tu que je t'aide à te déshabiller ?
-Non madame, je sais le faire tout seul, j'ai l'habitude...
-Bien sûr... je te laisse alors. La salle de bain et les toilettes sont juste à côté, mais si tu as besoin de quoi que ce soit, tu n'hésites pas à m'appeler, d'accord ?
-Oui madame.
-Tu peux m'appeler Léna tu sais ? Je sais que je ne remplacerais jamais ta maman. Personne ne le pourra, mais si tu veux... Tenta-t-elle tout de même.
Mais Bilbo ne répondit pas et elle soupira doucement en s'approchant de la porte. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il accepte sa demande le jour même. Mais elle ne désespérait pas...
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Bilbo décida de profiter un maximum des avantages que lui procuraient la maison. Il sortit donc de la chambre et ouvrit la porte de la salle de bain. Il s'était lavé dans la grange, mais la vue de la baignoire le tenta trop. En plus, il y avait de l'eau chaude ! Un luxe qu'il n'avait plus depuis longtemps...
Alors il fila de nouveau dans la chambre, prit les vêtements propres et retourna dans la salle de bain. Après avoir trempé et profité du savon et du shampoing, il se rinça et se sécha. Il hésita à remettre ses affaires mais elles étaient dans un bien triste état et surtout, rien n'était propre. Alors il prit le pantalon et l'essaya. Il descendait jusqu'à ses chevilles et comme il n'avait pas l'habitude, ça le gênait un peu mais il se dit qu'à partir de maintenant, il devait passer pour un enfant d'homme et devrait donc mettre leurs vêtements. Seules les chaussettes lui posèrent problème. Elles étaient bien trop petites !
Il entendit soudainement des pas dans l'escalier alors il enfila vite fait le haut du pyjama et se précipita dans le lit. Il ne fallait pas que les gens voient qu'il n'était pas habillé pour la nuit et surtout, qu'il cache ses jambes. Et pour ses oreilles, ses cheveux étaient suffisamment longs pour cacher le petit bout pointu. La porte s'ouvrit lentement, le couple entra dans la pièce et la femme s'avança pour s'assoir doucement sur le bord du lit.
-Oh ! Mais tu sens bon ! Tu t'es lavé, c'est bien, ce sont de très bonnes habitudes. Demain, je laverais tes vêtements, comme ça, tu ne seras pas trop dépaysé. Un nouvel environnement peut être assez traumatisant, alors pour ce soir, fait comme tu avais l'habitude de faire avant et on s'adaptera. N'est-ce pas Ray ?
-Oui ma chérie...
-Mais pour l'instant, on va te laisser te reposer. Demain matin, tu auras droit à un bon petit déjeuner. Du lait, des céréales et un verre de jus de fruit, ça t'ira ?
Bilbo saliva rien qu'en entendant tout ce qu'il aurait demain, mais déchanta quand il pensa qu'il serait parti quand sa "nouvelle famille" se lèverait...
-Oui, j'aime ça ! Répondit-il quand même.
-Bien ! Maintenant, au dodo ! Bonne nuit...
Léna hésita un instant puis elle se pencha et effleura le front de Bilbo, y déposant un léger baiser. Ray se baissa, hésita un instant pour finalement en faire autant et cela lui fit monter les larmes aux yeux. Ses parents faisaient ça aussi, quand il allait au lit. Même s'il était grand, ils disaient qu'il était et resterait leur bébé, même quand il serait adulte, marié et père de famille à son tour...
Mais c'était fini. Jamais plus il ne sentirait la bonne odeur des cheveux de sa mère et celle du tabac que son père avait l'habitude de fumer. Ses parents l'avaient laissé tomber et il devait cesser de penser à eux.
Ça faisait trop mal...
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Les trois compères attendaient impatiemment que la nuit tombe. Le clocher de l'église sonna douze coups et comme prévu, ils s'approchèrent de la rue où se trouvait la maison.
-Il a plutôt intérêt à ne pas nous lâcher l'môme, sinon, il va goûter à mon pied au cul... Grogna Ruppert.
Et pile à la fin de sa phrase, ils virent la porte d'entrée s'ouvrir. Bilbo avait bien écouté les conseils de Mâa et n'avait pas allumé, afin de ne pas réveiller le couple.
-On est là... S'exclama doucement Marty.
-Dépêche-toi ! Rajouta Ruppert. Faut pas qu'on traine ici...
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Ils ne perdirent pas de temps et repartirent vers la grange afin de récupérer les chevaux. Ils ne les montèrent pas tout de suite et, afin de ne pas faire trop de bruit sur les pavés de la route, Marty et Ruppert avaient enveloppé leurs sabots avec des torchons qu'ils avaient trouvés dans la grange. Puis ils partirent sans un regard en arrière...
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Quelques mois passèrent. Les trois compères réitérèrent leur forfait dans quatre villes assez éloignées l'une de l'autre pour ne pas risquer que des commerçants nomades parlent d'eux. Leur destination finale, qui était la côte, était encore loin. Mais ils ne désespérèrent pas, même quand le cheval de Mâa, qui devait être presque aussi vieux qu'elle, glissa et se cassa une jambe. Ruppert ne fit pas de quartier et lui tira une balle dans la tête.
-On peut pas soigner une jambe cassée alors pleurniche pas ! Grogna-t-il en regardant Bilbo qui avait sursauté et commençait à pleurer.
Mais pour Mâa, ce n'était pas la même chose, elle avait atterri sur une pierre et s'était blessée au bras.
-Bah dis donc, tu t'es pas loupée la vieille ! Faut que j't'achève aussi ? Ricana Ruppert.
-Ferme la ducon, j'ai mal ! Alors aide-moi à m'lever au lieu de dire des con'ries ! Bilbo, va chercher mon sac d'herbe et rend-toi utile !
Bilbo s'approcha avec réticence du cheval mort, attrapa vite le sac et s'accroupit ensuite près de Mâa.
-Un thé avec de l'écorce de saule et un emplâtre avec d'la boue et d'l'eau. Ça devrait l'faire, lui dit-elle.
Le hobbit s'empressa de faire selon la demande et il lui présenta très vite un gobelet de thé. La vieille rombière but avec avidité et rota bruyamment en lui rendant le verre.
-Va prendre un bout d'tissu dans ma sacoche de selle, je vais m'faire une écharpe avec.
-Ça va aller, m'man ? S'inquiéta Marty.
-Mais ouais ! C'est une dure à cuire ! Rétorqua son frère. Quand t'auras fini, on r'partira, parce qu'avec un ch'val en moins, on ira moins vite...
-Hey ! C'est pas d'ma faute si c'satané canasson est pas foutu d'faire gaffe où il met les pattes ! Râla Mâa. Maintenant, aide-moi à m'rel'ver !
Les deux frères tirèrent leur mère et la remirent sur pied. Un vertige la saisit et elle se rattrapa comme elle put au bras d'un de ses fils.
-T'es sûre qu'ça va aller ? On devrait p'tète l'em'ner voir un doc Ruppert !
-J'veux pas voir d'charlatan ! Râla Mâa. Une bonne nuit d'sommeil et d'main, ça ira mieux ! Y'a plus qu'à trouver d'quoi pieuter...
Les deux hommes réussirent à faire monter leur mère sur un des chevaux avec Bilbo et Ruppert et Marty montant l'autre, ils repartirent lentement en faisant attention. Le chemin n'était pas très bon et les cailloux gênaient la marche de leurs montures. Ils trouvèrent assez rapidement un abri de chasse près d'une forêt et la chance étant avec eux, il était abandonné. Ce n'était pas très grand, mais c'était le mieux qu'ils avaient pu trouver et la route était trop mauvaise pour qu'ils continuent avec la nuit qui était presque là. Marty s'occupa de son cheval pendant que Ruppert aidait sa mère à descendre et Bilbo se débrouilla comme il put pour descendre, ayant très vite appris qu'il ne devait rien attendre de la part de l'ainé qui lui faisait bien comprendre qu'il le supportait uniquement parce qu'il leur permettait de gagner de l'argent.
Mâa fut installée sur un lit relativement en bon état et Bilbo resta près d'elle. Malgré tout, elle était celle qui l'avait récupéré et accueilli alors que ses propres parents l'avaient laissé. Alors il posa gentiment une couverture sur elle et la borda.
-T'es un bon p'tit gars, tu sais ? Maint'nant, Mâa voudrait dormir un peu. Le thé commence à faire effet...
Sans rien dire, Bilbo se leva, prit les gourdes et sortit de la maison.
-Où tu vas toi ? Lui demanda brusquement Ruppert.
-Il faut trouver de l'eau...
-Vas-y alors et traine pas !
Comme il faisait nuit, Bilbo se dépêcha et ouvrit grand les oreilles. Elles étaient très sensibles et il entendit non loin le bruit d'un petit ruisseau. Il le trouva facilement, remplit les gourdes et remonta très vite vers la maison. La forêt, la nuit, ça faisait du bruit et même s'il savait qu'il y avait tout un tas d'animaux qui ne bougeaient que quand le soleil se levait, ça ne le rassurait pas pour autant...
Marty et Ruppert s'étaient attablés et jouaient aux cartes. Quand Bilbo s'approcha d'eux et regarda, Ruppert le poussa d'un rude coup dans le ventre.
-Hey ! Mais pourquoi t'as fait ça ? Il faisait rien d'mal le gosse ! Lui reprocha son frère en se levant et en s'approchant du gamin.
-J'aime pas qu'on m'regarde quand j'joue, c'est tout... maintenant vas t'pieuter, d'main, tu f'ras chauffer d'l'eau pour l'café...
Bilbo obéit sans rien dire. Il avait remarqué que si Marty aimait bien discuter avec lui et ne lui disait jamais rien quand il lui répondait, ce n'était pas la même chose avec Ruppert. L'ainé des frères ne l'aimait pas et n'aimait pas non plus l'entendre. Alors Bilbo, qui était auparavant un petit hobbit bavard et enjoué, était devenu en peu de temps un enfant très sage et presque muet...
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La nuit n'avait pas réussi à Mâa qui se réveilla avec de la fièvre. Marty retira le bandage et l'odeur qui se dégagea de son bras le prit au nez. Non seulement le cataplasme de boue n'avait pas nettoyé la plaie, mais il l'avait empiré et maintenant, la coupure était rouge, gonflée et suintait de pus.
-C'est infecté m'man...
Trop faible pour répondre, Mâa grogna et ferma les yeux.
-On ne peut rien faire ? Demanda doucement Bilbo en regardant Marty.
-J'sais pas gamin... j'connais pas les plantes, c'était l'truc de m'man... et toi, tu saurais quoi faire ?
Bilbo secoua la tête. Il avait des connaissances mais pas assez poussée pour soigner une infection parce que chez lui, on se soignait avant d'en arriver là...
-Va m'chercher d'l'eau, j'vais déjà enlever l'plus gros, ensuite, on verra.
Bilbo courut dehors et rentra dans Ruppert qui était allé voir les chevaux.
-Tu peux pas faire gaffe ! Hurla-t-il en lui donnant une gifle.
La main sur sa joue rougie, Bilbo le regarda et, des larmes dans les yeux, il s'éloigna de lui.
-Et pourquoi tu courrais d'abord ?
Hésitant à répondre, Bilbo reculait en même temps que Ruppert s'approchait de lui.
-Répond sinon j't'en mets une autre ! Pourquoi tu courrais ?
-Mâa... elle va... elle ne va pas bien et... j'allais chercher de l'eau... c'est Marty qui...
-Alors qu'est-ce tu fous planté là ? Vas-y !
Reprenant ses esprits, Bilbo partit vite fait avant que Ruppert ne recommence. C'était la première fois qu'il le frappait...
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L'état de Mâa empira de jour en jour et ils décidèrent de rester dans la maison au bord de la forêt, parce qu'elle n'avait plus de force. Son bras était maintenant enflé à un point qu'elle ne pouvait plus fermer le poing, l'infection avait gagné l'épaule et sa fièvre ne baissait pas. Bilbo lui faisait du thé régulièrement et Marty nettoyait la plaie comme il pouvait, mais rien n'y faisait. Et puis un jour, presque une semaine plus tard, Mâa ne bougea plus...
Bilbo se leva le premier, comme tous les matins depuis que Mâa était malade et il le découvrit en se rapprochant d'elle. Il tenta malgré tout de la réveiller en la secouant, mais c'était déjà trop tard, elle était déjà raide et froide. Il pleura en silence et ce sont ses reniflements qui réveillèrent Marty et Ruppert.
-Qu'est-ce t'as à pleurnicher ? Râla Ruppert.
-C'est Mâa... elle bouge pas et j'peux pas la réveiller...
Marty faillit presque tomber en se levant vite fait et s'agenouilla près de sa mère. Il posa une main sur son front et recula aussitôt.
-Elle est... elle est... morte ?
-Dis pas d'connerie, elle peut pas mourir ! S'exclama Ruppert.
-Qu'est-ce qu'on va faire sans elle ? Murmura Marty sans lui répondre.
Et puis Ruppert s'accroupit à côté de lui.
-T'es sûr ? Elle dort pas ? Lui demanda-t-il avec un soupçon de tristesse dans la voix.
Il était dur et sans pitié, mais c'était sa mère et même s'il n'avait pas de respect pour personne, il l'aimait quand même. A sa façon...
-Elle est froide... non, elle dort pas... Lui répondit Marty.
Ruppert renifla, se leva et commença à faire les cent pas.
-Putain, elle fait chier ! Comment qu'on va faire maint'nant ? Qui va prendre sa place quand on va vendre l'gamin ? Râla-t-il, clairement de mauvaise humeur.
Marty, furieux, se leva et se mit devant son frère.
-Mais t'es qu'un connard ! M'man vient d'mourir et toi, la seule chose à quoi tu penses, c'est comment on va vendre l'môme sans elle !
-Et alors ? Fallait bien qu'elle y passe un jour ou l'autre !
Un cri les arrêta et ils regardèrent Bilbo qui avait les mains sur ses oreilles et qui, agenouillé par terre, secouait la tête à droite et à gauche.
-Fous l'camp d'là ! On verra c'qu'on f'ra d'toi plus tard ! Gueula Ruppert.
Bilbo, trop prit dans ses pleurs n'avait pas entendu l'ordre et ne pas être obéit mit Ruppert en rogne. Il poussa son frère sur le côté et donna un coup de pied dans le dos du petit hobbit.
-Quand j'te dis d'faire queq'chose, tu l'fais !
Reculant tant bien que mal, Bilbo réussi à se trainer sur ses mains et ses fesses, essayant de se mettre à l'abri le plus vite possible. Mais ce ne fut pas encore assez rapide de l'avis de l'homme qui l'attrapa par les cheveux et le balança dans la pièce d'à côté. Atterrissant sur son épaule assez brutalement, Bilbo cria.
Prit de folie, Ruppert le ramassa et le gifla.
-Tais-toi ! J'T'AI DIT D'TE TAIRE ! Hurla-t-il.
Mais il avait attrapé Bilbo par le mauvais bras et la douleur fut telle qu'il eut un brusque haut le cœur et vomit sur les bottes de Ruppert. De belles bottes toutes neuves...
Marty eut beau s'interposer, il ne put empêcher Ruppert de battre le gamin. Et plus Ruppert frappait et plus Bilbo pleurait et criait de douleur. Jusqu'à ce qu'un coup porté sur sa tête l'assomme et il tomba par terre...
-Mais qu'est-ce que t'as fait ? Tu l'as tué ? S'écria Marty en réussissant enfin à pousser son frère.
Il se baissa et ramassa le pauvre petit corps qui ne pesait pas bien lourd. Il le posa délicatement sur la couverture et repoussa les cheveux, découvrant par la même occasion ses petites oreilles pointues. Et une énorme bosse sur la tempe. Puis il vit que la poitrine se soulevait doucement et il soupira de soulagement.
-Il est mort ? Lui demanda Ruppert.
-Non, mais tu l'as bien amoché ! Va m'chercher d'l'eau, faut que j'vois c'qu'il a ! S'emporta Marty.
-Vas-y toi-même, moi, faut que j'creuse un trou... Rétorqua Ruppert en se détournant.
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Mâa fut mise en terre sans cérémonie. Et si Marty resta un instant debout, devant une simple croix en bois qu'il avait fabriqué tant bien que mal, Ruppert jeta la pelle et s'éloigna sans rien dire.
Sa mère était morte et maintenant, il fallait qu'il trouve un autre moyen pour gagner du fric.
Le môme avait intérêt à y mettre du sien, sinon, il allait regretter de ne pas être mort le jour où ils l'avaient trouvé au bord du fleuve...
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Bilbo resta inconscient pendant presque trente minutes, puis il ouvrit les yeux et se mit à gémir. Le bruit fit se lever Marty qui prit place à côté de lui, sur le lit et qui posa une main sur son front.
-Tu vas bien ? Lui demanda-t-il doucement.
-J'ai mal à la tête...
-J'me doute... écoute, j'suis désolé, mais faudra qu't'évites Ruppert. C'est pas un mauvais gars normalement mais m'man est morte et ça lui a fichu un coup.
Bilbo pensa que ce n'était pas de sa faute si Mâa était morte. Il lui avait pourtant fait du thé et était allé chercher de l'eau pour nettoyer son bras.
-Le mieux, c'est qu'tu restes ici. Je vais voir c'qu'on va faire maint'ant et je viendrais t'chercher après, d'accord ?
Bilbo hocha la tête doucement, sa tempe lui faisait mal et quand il leva la main pour la toucher, il gémit en touchant l'énorme bosse.
-Dis-moi avec quoi tu fais l'thé et j't'en ramèn'rais un gobelet.
Bilbo lui indiqua comment faire et Marty sortit de la pièce avec les instructions et passa devant Ruppert.
-Où c'est qu'tu vas ?
-J'vais faire du thé pour l'gosse, il a une énorme bosse ! Tu l'as vraiment frappé très fort.
-Et alors ! Il avait qu'à écouter c'que j'lui ai dit ! Il faisait p'tète c'qu'il voulait avec m'man, mais maint'nant, ça va changer ! Grogna-t-il.
-S'il a des bleus, on va pas pouvoir se servir de lui ! Rétorqua Marty.
-Parce que t'es avec lui maint'ant ? Cria Ruppert en se levant.
-Réfléchit imbécile ! Qui voudra d'un gosse qui tient à peine debout et qu'est blessé ?
Ruppert se rassit en grognant. Ça le mettait en rogne de se rendre compte que son frère avait raison. Et le gosse avait été bien sage jusqu'à présent. Peut-être qu'effectivement, il s'était emporté un peu vite...
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La jeunesse ayant son avantage, Bilbo se remit assez facilement. Deux jours plus tard, ils reprirent la route et le hobbit regarda le monticule de terre et la croix avec tristesse. Il n'avait même pas pu dire au revoir à Mâa...
Ils continuèrent leur voyage pendant presque une semaine avant de trouver une ville. Et ils décidèrent que comme Mâa n'était plus là pour marchander le gosse, Bilbo ferait le travail tout seul. Finalement, ça ne changeait pas grand-chose, mis à part que les gens ne donneraient pas d'argent volontairement. En fait, Bilbo étant petit, il devait jouer les enfants perdus et s'arranger pour rentrer dans la maison. S'il était assez convainquant, ce que Ruppert lui avait fortement conseillé d'être, il repérerait les lieux et il volerait des petits objets de valeurs qui seraient facilement revendables. Bilbo ne voulait pas voler, mais il se rappelait trop bien la raclée que l'ainé lui avait donnée et il ne voulait pas que ça recommence.
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Ils trouvèrent une grande maison et, à la nuit tombée, Bilbo frappa à la porte. Bien sûr, n'importe quel humain digne de ce nom, en voyant un enfant seul dehors ne l'abandonnerait pas à son sort. Et c'est ce qu'il se passa. Pour être sûr de ne pas risquer de désobéir à Ruppert, il pleurnicha même un peu en pensant à ce qu'il lui avait fait subir et ce fut suffisant pour que la femme le fasse entrer dans sa maison.
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Les douze coups de minuit sonnèrent et Bilbo sortit en portant un sac sur son épaule. Ils attendirent d'être assez éloignés avant de s'arrêter pour voir leur butin. Ruppert était ravi, il y avait deux chandeliers, une coupe en cristal et un petit plat en argent. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était suffisamment passe-partout pour être revendu sans problème !
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Leur combine fonctionna parfaitement et quelques semaines passèrent, puis des mois, et enfin des années.
Ils passèrent une bonne dizaine d'années à bourlinguer sur les routes.
Ils étaient allés à l'Est, comme ils l'avaient prévu et Bilbo avait vu la mer. Cette immensité bleue lui avait fait
un peu peur au début et il se demandait même pourquoi il réagissait comme ça. C'est à ce moment que Marty lui rappela que lui et sa famille l'avait trouvé blessé près d'un fleuve. Bilbo avait froncé les sourcils et avait essayé de s'en souvenir, mais il était jeune à l'époque et il avait vécu bien trop de choses depuis pour se rappeler de tout ça. Il s'était également habitué à vivre chichement, à dormir n'importe où et à manger quand il pouvait voler de la nourriture sur les étals des marchés. Parce que Ruppert ne voyait pas la nécessité de dépenser de l'argent alors qu'ils pouvaient l'avoir gratuitement grâce à l'habileté de Bilbo. Et le hobbit, étant resté aussi petit qu'un enfant humain, personne ne se doutait que c'était lui le responsable de la disparition de la marchandise. Après tout, qui pouvait même croire que cette petite bouille ronde aux cheveux bouclés et aux grands yeux verts était capable de vous délester de votre bourse sans que vous vous rendiez compte de quoi que ce soit ?
Ils continuèrent donc leurs forfaits qui étaient parfaitement rodés. Le hobbit avait pratiquement tout oublié de son passé. Il avait même fini par oublier le visage de Mâa. Il était passé maitre dans l'art de la cambriole et maintenant, quand il rentrait dans une maison, il se permettait même de choisir ce qu'il prendrait. Il n'était jamais gourmand, se contentant de voler ce que Marty et son frère pourraient revendre sans que personne ne se demande où ils avaient eu ça. Et pendant que Ruppert ne faisait que boire dans les tavernes ou jouer aux cartes, Marty essayait de trouver un peu de travail, histoire de dire que s'ils dépensaient de l'argent, c'était parce que l'un d'entre eux le gagnait. Bilbo, lui, parcourait les rues en cherchant les maisons les plus cossues et surtout, celles qui étaient habitées par des gens d'un certain âge. Il avait bien remarqué que les femmes plus âgées acceptaient volontiers la compagnie d'un charmant garçon qui était seul et qui pouvait les distraire en leur racontant pleins d'aventures. Des aventures parfois inventées, mais parfois vraies aussi.
Et puis, un jour, la vie changea pour Bilbo...
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Ruppert buvait de plus en plus et pratiquement tout l'argent que Marty et Bilbo gagnaient partait dans les tavernes. Le pécule commençait sérieusement à baisser et comme il ne pouvait plus s'adonner à sa passion qu'était les jeux de cartes, il décida que le gamin devait faire plus d'effort. Il choisit donc une grande demeure qu'il avait repérée quand ils étaient rentrés dans la ville et lui ordonna de s'y introduire. Le hobbit répliqua qu'il devrait attendre la nuit pour être sûr, mais sa remarque ne plut pas du tout à Ruppert qui le frappa brutalement au visage.
-Tu f'ras c'que j'te dis et pas autrement, t'as pigé ?
Bilbo opina de la tête sans ouvrir la bouche. Il devait se faire oublier un peu, parce que l'ainé des frères n'attendait plus le soir pour se saouler et il avait déjà son compte alors qu'il était à peine midi. Il recula en se léchant la lèvre et essuya le sang qui coulait avec sa manche. Ce n'était pas la première baffe qu'il prenait, mais c'était de plus en plus fréquent...
-Et puis franchement, faudrait faire queq'chose pour tes pieds... passe encore qu'ils soient grands, mais les poils, on dirait des ch'veux et ça, y'a qu'les gars bizarres comme toi qu'en ont... ouais... faudrait les couper... Baragouina Ruppert en buvant une grande rasade de mauvais whisky, la seule chose qu'il arrivait à se payer maintenant.
Bilbo se redressa et ouvrit grand les yeux. Personne ne devait toucher à ses pieds !
C'était son identité, c'était comme ça qu'il était ! Déjà que Ruppert le forçait à mettre des bottes qui avaient fini par lui déformer les orteils, mais ses poils, non, il n'y toucherait pas !
-Non.
Ruppert allait boire une autre gorgée quand il l'entendit parler.
Depuis qu'il l'avait rossé, bien des années auparavant, c'était très rare que Bilbo parle quand il était présent. Il suivait le conseil de Marty, qui servait souvent de tampon entre lui et son frère qui s'emportait facilement. Surtout quand il était saoul, ce qui arrivait quasiment tous les jours maintenant...
Mais Marty était parti travailler et il était seul.
-Qu'est-ce t'as dit ?
Ruppert se leva du banc sur lequel il était assis et, menaçant, il s'approcha du hobbit.
-J'ai pas bien compris, t'as dit quoi ? Redemanda-t-il d'un ton beaucoup trop doux.
Bilbo savait qu'il n'aurait pas dû répondre, il l'avait regretté dès que le mot était sortit de sa bouche. Mais il était trop tard et, apeuré, il tourna la tête et voulut s'enfuir. La porte était de l'autre côté de la pièce, mais il tenta sa chance quand même. Quand ils étaient arrivés dans la ville, ils avaient demandé au maréchal ferrant s'ils pouvaient utiliser la petite pièce à côté de la remise, en échange de l'entretient des lieux. Bilbo s'en chargeait tout seul, en plus du vol de nourriture et de petits objets que Marty revendrait plus tard dans une autre ville.
Mais Ruppert, bien que fortement imbibé, avait encore d'étonnants réflexes et l'attrapa par le bras.
-Et tu penses aller où comme ça ? Grogna-t-il.
Bilbo se débattit mais l'homme était bien trop fort.
-J'vais m'occuper d'ton cas moi, tu vas voir... Marmonna-t-il en faisant le tour de la table.
Puis il balança le hobbit sur l'autre banc. Terrifié, Bilbo se débattit comme il put, mais il n'avait aucune force face à l'homme qui faisait presque deux fois sa taille. Sans aucun effort apparent, Ruppert le maitrisa facilement, s'assit sur ses jambes à l'envers et il cria quand le poids de l'homme lui écrasa presque les cuisses. Saisissant ses pieds, Ruppert lui arracha ses bottes sans aucune douceur et se pencha pour saisir un tisonnier. Bilbo sentit la chaleur et il donna des coups de poing puis griffa le dos de l'homme. Et soudain, une douleur effroyable lui coupa presque le souffle. Il cria et se redressa tout en essayant de tirer les bras de Ruppert, mais il n'y arriva pas. Ses pieds lui faisaient horriblement mal et il se mit à hurler tout en martelant le dos massif devant lui. Ses hurlements lui arrachèrent presque les cordes vocales et il haleta bruyamment avant qu'une bienheureuse inconscience s'empare de lui...
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Un homme, qui venait pour faire vérifier les fers de son cheval, s'alarma quand il entendit les cris de Bilbo et frappa à la porte. Ruppert râla et pesta contre le mioche qu'avait pas été foutu de tenir sa langue et sortit, pour se trouver face à un homme qui avait l'air plutôt inquiet. En prenant un air triste, Ruppert lui raconta que le gamin qui vivait avec lui et son frère avait fait tomber une buche de la cheminée et comme un imbécile, il l'avait attrapé avec les mains au lieu de prendre la pince.
-Faut toujours avoir un œil sur les gosses, sinon, ça fait des bêtises. J'espère que c'est pas trop grave ?
-Vous inquiétez pas, j'vais m'en occuper et il sera bientôt comme neuf ! Affirma Ruppert en souriant.
L'homme repartit, rassuré, et Ruppert claqua la porte.
-Merde... j'espère qu'il va pas jaqu'té à d'autres personnes, celui-là... Marmonna-t-il.
Puis il s'assit sur une chaise devant la cheminée, sans prêter attention à Bilbo qui était toujours sur le banc, sans connaissance. Il se passa quelques heures avant que Marty revienne de son travail et quand il entra, il sentit une odeur étrange.
-T'as brûlé quoi ?
Ruppert ne répondit rien, se contentant de boire encore une rasade. Haussant les épaules parce qu'il ne s'attendait pas vraiment à une réponse, Marty accrocha sa veste, s'approcha du bac et actionna la pompe pour s'asperger le visage. Il en profita pour boire aussi et se redressa en soupirant d'aise.
-La journée est enfin finie !
Puis il se tourna et vit enfin le hobbit allongé.
-Bilbo ? Mais pourquoi il dort sur le banc ? Demanda-t-il à son frère.
Ruppert ne répondit pas. Au contraire, il se leva en prenant la bouteille, délaissa le verre et but au goulot avant de roter et de sortir de la pièce.
Marty s'accroupit et passa une main douce sur le front du hobbit qui se mit à gémir.
-Bilbo ? Pourquoi t'es sur le banc ?
Puis il regarda les pieds rouges et enfin, il vit.
-Bilbo ? S'inquiéta-t-il, qu'est-ce qui t'es arrivé ?
-J'ai... mal... il... il m'a fait mal...
-Qui ? Qui t'as fait ça ?
-Ruppert... il m'a... il m'a brûlé...
Bilbo se laissa tomber du banc, rampa dans le coin de la pièce et mit ses bras autour de ses genoux en se mettant à pleurer. En rage, Marty se leva et sortit.
-RUPPERT ! OU T'ES ESPECE D'ENFOIRE !
-C'est qui... hips... qu't'appelles enfoiré ? Lui demanda son frère en portant le goulot à sa bouche.
-Toi ! Et arrête de boire ! Répondit Marty en envoyant valdinguer la bouteille par terre.
-Touche pas à mon... hips... whisky...
-Qu'est-ce t'as fait au p'tit ? Il a les pieds cramés !
-Ses poils...
-Quoi ses poils ? Tu vas pas m'dire qu'tu lui as brûlé les pieds parce qu'il avait des poils ? Mais t'es MALADE !
-Gueule pas... maint'nant, 'y r'ssemble au moins à un... hips... vrai gosse !
Marty vit rouge et quand il regarda son frère dans les yeux, il vit qu'il y était vraiment. Un homme qui ne
pensait qu'à lui et à l'argent. Un égoïste et un fainéant qui ne faisait que boire et dépenser du fric qu'il ne se donnait même pas la peine de gagner lui-même. Il sera le poing et sans plus réfléchir, il lui balança une droite. Incapable d'encaisser le coup, Ruppert s'écroula.
-Tu m'dégoûtes... Lui cracha-t-il à la figure. J'veux pas te voir avant qu't'es décuvé. Tu t'démerde comme tu veux, mais j'veux pas t'voir ici ce soir. Maint'nant, DEGAGE !
-T'as pas à m'parler comme ça...
-J'TE PARLE COMME JE VEUX ! MAINT'NANT, TU T'CASSES !
Ruppert n'avait jamais vu son petit frère dans cet état et pour la première fois de sa vie, il lui fit peur. Pourtant, il ne voyait pas pourquoi il lui en voulait. Après tout, le môme pourrait vraiment passer pour un enfant maintenant et pas pour une espèce de monstre bizarre avec de grands pieds poilus. Il se releva difficilement et en s'appuyant sur le mur, il s'éloigna sans regarder en arrière. Marty l'entendit marmonner mais même s'il ne comprenait pas un traître mot, il s'en fichait totalement. Ruppert pouvait être violent et colérique, mais il ne l'avait jamais vu être aussi cruel. Surtout envers quelqu'un de si petit que Bilbo. Un gamin qui ne faisait qu'essayer de se rendre aussi invisible que possible et qui était serviable, malgré tout ce que lui et sa famille lui avait fait faire depuis qu'il était avec eux. Il inspira et souffla plusieurs fois afin de reprendre son contrôle avant de rentrer. Maintenant, il fallait qu'il soigne les pieds de Bilbo.
Heureusement qu'ils étaient près d'un maréchal ferrant. Au moins, il trouverait sûrement de quoi soigner les brûlures...
oOoOo
Bilbo tremblait. Marty avait beau faire le plus doucement qu'il put, la douleur était trop vive et il ne pouvait pas empêcher les larmes de couler. Pourtant il endura, sans trop bouger, les doigts enduits de pommade sur ses brûlures.
L'odeur de chair brûlée était effroyable et les cloques commencèrent à se former. Marty avait le cœur bien accroché d'habitude, mais là, il eut du mal à rester stoïque face à la douleur que devait ressentir le gosse à chaque fois qu'il passait sur les larges plaques rouges. Il n'en revenait pas de la cruauté dont son frère avait fait preuve.
Et s'il ne voulait pas se faire démonter la tronche, il n'avait pas intérêt à pointer le bout d'son nez ce soir, sinon, Marty ne répondait plus de rien...
oOoOo
Bilbo resta couché pendant presque quinze jours. Marty, pour plus de sureté, avait quand même fait appel à un guérisseur parce que les docteurs étaient trop chers et surtout, posaient beaucoup trop de questions. Ruppert avait apparemment bien appris la leçon parce qu'il n'était revenu que trois jours plus tard. Et depuis, s'il continuait de boire, ce n'était jamais au point d'être saoul. Marty avait décidé de ne pas lui adresser la parole avant qu'il ne s'excuse, chose qu'il savait qu'il pouvait attendre indéfiniment parce que ce n'était pas du tout dans la nature de son frère.
Mais il n'était toujours pas rassuré de partir travailler et laisser Bilbo tout seul avec Ruppert dans le coin. Alors il avait carrément mis son frère à la porte et avait fermé à clef en lui faisant bien comprendre que si jamais l'idée lui venait de rentrer par la force et s'il posait ne serait-ce que le petit doigt sur Bilbo, il se ferait un plaisir d'aller dans la taverne qu'il fréquentait et il dirait à tout le monde comment il trichait aux cartes.
C'était faux bien entendu étant donné que Ruppert ne gagnait pratiquement jamais vu qu'il n'était jamais assez sobre pour savoir ce qu'il faisait.
Mais la menace porta ses fruits et Bilbo put récupérer tranquillement...
oOoOo
Ruppert était fourbe. Alors il s'arma de patience et avec beaucoup de mal, il réussit à mettre sa rancœur de côté. Il sortait presque tous les jours, prétextant le fait de trouver du boulot alors qu'en fait, il se contentait de trainer dans les bars et essayait de se faire payer des coups à boire. Il avait bien essayé de jouer aux cartes, mais comme il n'avait rien à parier, les autres ne l'invitaient jamais à leur table.
Et puis vint le jour ou le tenancier ne voulut plus lui faire crédit. Et il avait beau aller dans d'autres établissement, le discours était le même partout. Ce qui mit Ruppert encore plus en rogne.
Un jour où il était en manque d'alcool, il vola. Mais il se fit prendre et passa deux jours en prison. Un peu inquiet de ne pas voir son frère, Marty se renseigna et paya la caution après lui avoir remonté les bretelles. Ruppert fit semblant de se repentir et il réussit si bien que Marty finit par lui pardonner et ils rentrèrent ensemble, non sans qu'il soit encore obligé de supporter les remontrances et les recommandations de son frère. Ruppert l'écouta sans rien dire, mais en fait, il ruminait. Il se demandait comment il allait faire, mais il trouverait. Il avait développé une haine féroce envers le morveux qu'il jugeait responsable de tous ses malheurs et qui avait osé défier son autorité.
Et foi de Ruppert, il allait payer...
oOoOo
A suivre...
oOoOo
Et merci de me lire
Ticoeur.
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