Chapitre 6
Marty avait réussi à piéger toute une famille de lapins qui allaient grandement améliorer leur ordinaire, alors c'est en sifflotant qu'il regagna leur campement de fortune. Il faisait presque nuit mais il y voyait parfaitement grâce à une lune pleine et brillante.
Le petit feu qu'ils avaient allumé le guida mais il fronça les sourcils quand il se rendit compte que les rangers n'étaient plus là et qu'il n'y avait aucun bruit. Quand il vit son frère qui ronflait et avait son pantalon baissé, il regarda autour de lui, mais ne vit pas Bilbo. Pensant que le gamin avait préféré rester éloigné, il se pencha et secoua Ruppert.
-Réveille-toi ! Où est Bilbo ?
-J'sais pas... Grogna Ruppert. Laisse-moi dormir...
Marty sentit les relents d'alcool et soupira. Il avait dû profiter de la présence des rangers pour leur demander de quoi boire...
-Bilbo est pas là ! Réveille-toi ! Insista Marty.
-Mais fous-moi la paix ! Beugla Ruppert en se redressant.
-T'as bu ?
-Et alors ? Qu'est-ce que ça peut t'foutre ?
-Où est Bilbo ? Pourquoi t'as l'cul à l'air ? Qu'est-ce que tu lui as fait ? Lui demanda Marty en le secouant de plus belle.
-Il a eu c'qu'il méritait... c'est tout...
-Quoi ? Qu'est-ce que tu lui as fait ? Réponds-moi ! Insista Marty.
Puis il vit les traces blanchâtres et rouge que Ruppert avait sur l'entrejambe et il devint blanc. Son frère était un ivrogne violent et paresseux, mais il espérait vraiment qu'il n'avait pas osé s'en prendre de cette façon au gamin.
-Dis-moi qu'tu l'as pas touché... DIS-MOI ! Hurla Marty en giflant son frère.
-Il attendait qu'ça l'gosse, 'y s'trémoussait d'vant moi alors j'lui ai donné c'qu'il voulait ! Affirma Ruppert en se redressant.
-Tu l'as touché ? Dis-moi qu'c'est pas vrai ? Tu l'as pas violé ?
-Et alors ? Si tu l'voulais, t'avais qu'à l'prendre avant !
Marty vit rouge et envoya son poing dans la figure de son frère. Empêtré dans son pantalon baissé, Ruppert tomba sur ses fesses et se frotta la mâchoire. Marty n'avait pas vu Bilbo mais il supposait que le gosse s'était éloigné après avoir subi son frère et il ne lui en voulait pas du tout.
Le hobbit était petit, il lui arrivait tout juste à la taille et il se demandait si l'abus de son frère ne l'avait pas blessé gravement. Mais pour l'instant, il ne pensait qu'à une chose. Il voulait faire souffrir Ruppert autant que ce que le gamin avait dû endurer, alors il cogna, encore et encore, jusqu'à ce qu'il ne se défende plus.
Les poings en sang, Marty se redressa et lui flanqua un coup de pied dans le bas ventre. Entendre son frère hurler en se tenant l'entrejambe et en se repliant le fit presque sourire.
Puis il se détourna de la loque humaine et appela Bilbo.
Au bout de plusieurs minutes de recherche, il dû se rendre à l'évidence, le gosse était introuvable.
Marty regarda le ciel étoilé et soupira.
-Où que tu sois, j'espère que tu seras bien...
oOoOo
Bilbo marchait encore. Il dormait presque debout mais son instinct lui disait de ne surtout pas s'arrêter. L'aube n'allait pas tarder à se lever et le ciel avait de belles couleurs. Les rouges, les ors et les bleus se mélangeaient et il avançait toujours. Un pied devant l'autre et encore un.
Plus il mettrait de distance entre lui et les frères et plus il se sentirait en sécurité. La douleur était devenue sa compagne et il ne s'en inquiétait plus vraiment. Après tout, s'il avait mal, c'est qu'il était encore en vie. Il avait parcouru beaucoup de kilomètres et il avait faim.
Comme le jour se levait, il décida de s'approcher de la forêt mais il fallait qu'il traverse la rivière et il eut de la chance en trouvant un gué qu'il traversa en faisant quand même attention, l'eau vive ne lui ayant jamais inspiré confiance. Avec un peu de chance, il trouverait des plantes comestibles ou même des champignons, la viande, il s'en passerait. Il ne savait pas chasser et de toute façon, il n'avait rien pour le faire.
Lui, il ne savait que voler, mais en pleine nature, ce "don" ne lui servait à rien du tout.
Alors il marcha encore et encore...
La forêt était toute proche. Heureusement parce que Bilbo avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts. Son dos, ses fesses et ses pieds étaient en feux, il avait terriblement mal à la tête, il était affamé et sa gorge était aussi sèche que le désert. Et il était gelé. Pourtant, quand il se frotta le front, il le trouva plutôt chaud et grimaça.
Il savait que c'était la fièvre. Etait-ce à cause de ses blessures ou à cause de sa marche forcée pendant une nuit glaciale ?
Ça n'avait pas vraiment d'importance. Il tiendrait le coup, il le fallait. Encore quelques centaines de mètres et il pourrait grimper dans un arbre et essayer de dormir à l'abri d'éventuels prédateurs. Ça c'était un bon plan. Revigoré, il marcha même un peu plus vite et pleura presque de joie quand il trouva l'arbre parfait.
Pas en lisière, mais pas trop à l'intérieur non plus, avec une belle branche en forme de "Y" qui partait d'un tronc moussu. Il grimpa avec beaucoup de difficulté et poussa un petit cri de douleur quand il s'assit. Soupirant, il se tourna comme il put et s'allongea sur le ventre, essayant d'entourer la branche avec ses bras afin de ne pas risquer de tomber. Et il sombra enfin dans un profond sommeil dès qu'il ferma les yeux...
oOoOo
Roulé en boule sous sa couverture, Kíli ronflait comme un bienheureux. Dwalín se leva et s'étira en faisant craquer ses doigts. Le feu était éteint mais il restait des braises alors il prit des brindilles, les posa doucement dessus et souffla. Il n'attendit pas longtemps avant que des petites flammes s'élèvent et il rajouta quelques branchages puis un bout de bois plus gros. Ça devrait faire l'affaire, se dit-il en hochant la tête, puis il s'approcha de Kíli et le secoua un peu.
-Debout la marmotte !
Kíli grogna, sortit la tête de sous sa couverture et bailla.
-Déjà ?
-Aye... lève-toi et range nos affaires, j'vais chercher d'l'eau pour le thé et les poneys.
La perspective d'une boisson chaude le réveilla et il repoussa sa couverture. Juste avant de la remettre sur lui.
-Mais il fait froid ! Couina-t-il.
-Quand t'auras rangé l'campement, t'auras un thé bien chaud alors bouge-toi !
Kíli hésita encore un court instant avant de se lever et de se frotter les bras. Il faisait jour, la journée promettait d'être belle mais en attendant que le soleil soit à son zénith, il faisait froid. Il roula et rangea les peaux qui leurs servaient de matelas dans le chariot, alla détacher les poneys, leur donna du grain et les brossa avant d'en atteler un.
Il se frotta les mains l'une sur l'autre avant de souffler dessus. Pendant son quart de garde, il s'était bien rendu compte que la température avait baissé et il attendait avec impatience que le soleil se décide à chauffer, parce que tenir un arc avec des doigts gelés n'était pas ce qu'il y avait de plus facile...
oOoOo
Dwalín et Kíli marchaient tranquillement à côté de la charrette. Ils s'étaient bien reposés et n'avaient pas besoin de fatiguer leurs poneys en les obligeant à les porter. D'habitude, Kíli était un vrai moulin à parole, mais avoir eu l'autorisation de partir à la chasse seul, ou presque, lui donna l'impression qu'il était enfin pris au sérieux. Et donc, il était silencieux.
-J'espère qu'on trouvera un loup ! Je ferais cadeau de la peau à la femme de Fíli, ça lui fera plaisir j'en suis sûr ! S'exclama-t-il en souriant.
Enfin silencieux, c'était beaucoup lui demander...
-Si tu bavardes comme une pie, tu risques pas d'en avoir un, il t'entendra à des kilomètres à la ronde ! S'esclaffa Dwalín.
Kíli regarda son compagnon de voyage qui éclata de rire quand il lui fit une grimace.
-Et tu n'préféras pas la garder pour la tienne ?
Kíli baissa la tête et son expression changea. D'enjoué, il devint grave et presque triste.
-Tu sais que mon oncle n'acceptera jamais celle pour qui mon cœur bat...
oOoOo
Dwalín se serait mis des claques. Il savait ce que pensait son oncle de la façon dont Kíli s'était entiché de Tauriel. Ce n'était pas parce qu'elle n'était pas naine, parce que Sigrid, la femme que son frère Fíli avait épousé, était une humaine originaire de Laketown...
oOoOo
Dale, la ville qui était presque au pied de la Montagne Solitaire, avait été abandonnée plusieurs centaines d'années auparavant, à la suite d'une épidémie qui avait décimée pratiquement toute la population. Par peur de la contamination, les quelques survivants avaient décidé de partir et de là était née Laketown, qui avait été construite sur le lac.
Puis la ville sur pilotis avait été ravagée par un incendie, obligeant ses habitants à réinvestir Dale. Mais les maisons abandonnées s'étaient fortement dégradées et c'était à l'occasion de la reconstruction, quand Thorín avait proposé l'aide des nains qui connaissaient la pierre comme personne, que Fíli avait rencontré Sigrid.
Si au début, la différence de taille leur avait paru bizarre, c'était surtout l'âge de la jeune femme qui avait retenu le prince. Puis quand il avait appris que vingt et un ans était l'âge de la majorité chez l'homme, c'était la différence de longévité qui l'avait empêché de se déclarer.
Sachant que l'homme ne vivait que quatre-vingts ans en moyenne et que les nains vivaient environ deux cent cinquante ans, il s'était demandé s'il allait accepter de vivre près de cent-cinquante ans seul, quand la femme qu'il aimait aurait disparu. Puis il s'était dit que vivre une soixantaine d'années avec celle dont il était amoureux valait mieux que rien.
Alors, après avoir appris que Bard, son père, était le descendant direct du seigneur Girion, qui avait bâti Dale, son oncle Thorín, le roi sous la montagne, avait accepté son union avec la jeune princesse. Et même si son frère était parti avec sa femme voir leur mère dans les Montagnes Bleues et qu'il n'affichait donc pas son bonheur, Kíli avait du mal à accepter de ne pas pouvoir en faire autant.
Parce que celle dont il était éperdument amoureux, Tauriel, était une elfe. Mais pas de n'importe quel royaume Elfique, elle était native de Greenwood. Et malheureusement pour lui, entre Thranduil, le roi des elfes et son oncle Thorín, il y avait un contentieux datant de Thrór, le grand père de Thorín. Et à cause d'un maudit collier de diamant, Kíli, qui n'était même pas né à l'époque du conflit, ne pouvait pas fréquenter celle qu'il aimait...
-J'suis désolé mon gars. J'voulais pas t'faire de la peine... S'excusa Dwalín.
Le capitaine de la garde royale regarda le plus jeune prince. Lui et son frère, il les connaissait depuis toujours et il les aimait beaucoup. Il se savait capable de beaucoup de choses pour qu'il ne leur arrive rien à eux et à leur oncle, qui était son meilleur ami et accessoirement, le roi sous la montagne.
Thorín Oakenshield était celui avec qui il avait bataillé, avec qui il avait vidé beaucoup de pinte de bière, celui qui avait tant de fois essayé (mais jamais réussi jusqu'à présent) de le battre au bras de fer, celui qu'il avait amené dans une maison "spécialisée" quand il eut atteint sa majorité. Pour se rendre compte très vite que le prince n'avait pas vraiment d'affinité avec les naines. Ni aucune femme de n'importe quelle race d'ailleurs...
Ce qui posait un grave souci de continuité de la lignée, jusqu'à ce que la princesse Dís se marie et mette au monde les deux enfants qu'il avait juré de défendre au péril de sa vie.
-Ça va... t'inquiète pas. J'ai fini par me faire une raison...
Les deux nains se regardèrent et Kíli esquissa un léger sourire.
-Une cape ! Je pourrais lui faire une cape, je parie qu'elle n'en a pas ! S'exclama-t-il, pour éviter de penser à la rouquine.
-Kíli...
-Quoi ?
-Ton loup doit sûrement s'marrer en t'écoutant bavarder comme une vieille pie ! Rigola le grand chauve tatoué.
-Rabat joie !
-Gamin ! Rétorqua Dwalín.
Fíli était l'héritier de Thorín et le frère ainé de Kíli. C'était un nain fort, réfléchit et qui avait accepté l'éducation qui allait avec la lourde charge de régner sur un royaume. Il était généreux, gentil, serviable et avait toutes les qualités d'un futur roi. Kíli était majeur depuis peu mais comme il n'aspirait à aucune couronne, il était plus insouciant, un peu inconscient et surtout, il était toujours plein de vie et de bonne humeur. C'était un nain incroyablement agréable à vivre et que tout le monde aimait.
Dwalín en voulait un peu à son roi de ne pas laisser son plus jeune neveu vivre sa vie comme il le voulait, vu qu'il ne serait jamais assis sur le trône. Mais il avait beau avoir fait les quatre cents coups avec lui, il n'avait pas à discuter ses décisions...
oOoOo
Bilbo ouvrit les yeux, bailla et frissonna. Ses bras étaient complètement engourdis et il se redressa en grimaçant. Son dos le tiraillait horriblement et il gémit quand sa chemise, collée sur ses plaies durant son sommeil, arracha les croûtes qui avaient commencé à se former.
Il avait faim et soif alors il descendit de son perchoir avec difficulté et cria quand, sans force, il perdit l'équilibre et atterrit brutalement sur les genoux. La douleur lui coupa le souffle et il crut même qu'il allait perdre connaissance, mais la peur de se faire attaquer par un animal le força à se mettre debout.
L'aube était levée et il profita de la rosée sur les feuilles pour s'humidifier la bouche. Ça n'étancha pas sa soif, mais c'était mieux que rien et comme il ne voulait pas risquer de se retrouver face à son tortionnaire, il ne retourna pas le long du fleuve.
La forêt allait lui fournir de quoi se cacher et les champignons et les dernières baies de la saison allaient aider son estomac à supporter la faim. Il marcha difficilement quelques heures, jusqu'à ce qu'il entre dans une clairière. Il s'arrêta, se demanda s'il devait la traverser ou plutôt la contourner quand il entendit un hurlement.
Paniqué, il tourna sur lui-même, essayant de voir où il pourrait se planquer et se mit à courir. La gorge en feu, il haletait et il était presque à portée d'un arbre, quand soudain, il entendit un "clac". Sa jambe droite fut brutalement retenue en arrière et il tomba face contre terre.
Une douleur atroce lui donna des hauts de cœur terribles, mais n'ayant pratiquement rien mangé, la bile lui brûla la bouche très vite. Puis il s'assit comme il put et regarda sa jambe. Il avait marché sur un énorme piège en métal et les dents lui mordaient cruellement le mollet à travers ses bottes. Les larmes aux yeux, il essaya de l'ouvrir, mais il n'avait plus de force et il se coupait vainement les doigts.
Les grognements se rapprochaient et il n'avait pas envie de finir dévorer par des loups, il n'avait pas fait tout ce chemin pour ça !
Pleurant, gémissant, il tirait sur la chaine pour au moins essayer de sortir le pieu du sol, mais il n'y arrivait pas...
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Kíli et Dwalín marchaient tranquillement quand soudain, le jeune nain prit rapidement son arc. Ayant remarqué depuis longtemps que le prince avait une ouïe particulièrement développée, ce qui allait de pair avec son instinct de chasseur, Dwalín se saisit de ses haches et regarda autour de lui, en se demandant ce qu'il se passait. Jusqu'à ce qu'il entende les grognements. Souriant, il se tourna vers Kíli.
-On dirait bien qu'tu vas avoir ton loup, finalement...
-Reste ici, j'y vais.
-Kíli, tu sais c'que ton oncle me f'ra si jamais il t'arrive quelque chose ?
-Tu sais c'que les poneys risquent si on les laisse seuls, à côté d'un chariot plein de viande ? Et je suis bien meilleur chasseur que toi... Rétorqua le prince.
Grognant, Dwalín dut reconnaitre que son jeune compagnon avait raison. Mais ce n'était pas pour autant qu'il appréciait ça. Il le regarda partir et en attendant, il détacha la bête du chariot et retira la charge du dos de l'autre. Il préférait les laisser partir et tenter leur chance si jamais Kíli n'arrivait pas à avoir sa proie. Même s'il doutait qu'un poney puisse courir plus vite qu'un loup...
oOoOo
Affolé, en pleurs et terrifié, Bilbo regardait l'immense bête qui s'approchait de lui en bavant. Il faisait une bien belle proie, assis et attaché et il n'avait qu'un pauvre bâton qui ne ferait pas grand-chose à l'animal, mais il ne se laisserait pas faire sans se défendre.
Etonnamment, le loup était seul, mais Bilbo n'allait pas se plaindre et lui demander où était le reste de sa meute. La tête baissée, les crocs luisants et à découverts, les muscles puissants de ses pattes roulant sous sa fourrure épaisse, le loup s'avançait. Puis il plia ses antérieurs et bondit.
Oubliant l'idée de frapper la bête, Bilbo cria et se roula en boule, croyant sa dernière heure arrivée. Mais au bout de quelques secondes, ne sentant rien, il releva la tête et recula brusquement. A quelques centimètres à peine gisait le loup, une flèche plantée en pleine tête.
Le hobbit se mit à respirer vite et pleura de soulagement.
-J'l'ai eu ! Entendit-il alors.
Une voix d'homme ?
Affolé, Bilbo essaya de se lever mais il avait oublié qu'il était toujours prisonnier du piège et il cria quand le métal mordit encore la chair déjà bien entamée de sa jambe. Il ne voulait pas être vu, il ne fallait pas que quelqu'un le trouve !
oOoOo
Kíli avait remis son arc dans son dos et s'avançait afin de voir si sa proie n'était pas seulement blessée. Il en doutait, vu qu'il avait visé la tête afin de le tuer proprement tout en évitant d'abimer la fourrure, mais il détestait faire souffrir les animaux alors il devait s'en assurer.
Mais à quelques mètres de sa proie, il s'arrêta net. Le loup n'était pas seul...
oOoOo
Bilbo respirait vite et fort. Son bâton toujours en main, il regardait la personne qui s'était arrêtée à quelques pas de lui. L'arc qu'il apercevait dans ses mains prouvait que c'était lui, car il était sûr que c'était un "lui", qui avait tué le loup, mais il n'allait certainement pas devenir un trophée supplémentaire.
-Il t'a blessé ?
La voix était douce et semblait inquiète, mais Bilbo ne répondit pas. L'autre était grand, même s'il n'atteignait pas la taille d'un homme, mais il était large et sans aucun doute, bien plus fort que lui et quand il fit un pas dans sa direction, Bilbo recula. Mais il avait oublié le piège et il cria de douleur en se tenant la jambe.
-Tu es blessé ? Répéta le "il" en se baissant.
La vision de Bilbo devenait trouble, il tremblait, mais ne voulait pas qu'il s'approche plus.
-Je m'appelle Kíli. C'est moi qui ai tué le loup. Il t'a blessé ? Insista l'autre.
Puis il grogna en voyant dans quoi était coincée la jambe.
-Un piège... c'est encore un truc des hommes ça... il faut l'enlever, sinon, ta jambe va s'infecter.
-KÍLI !
Bilbo sursauta brusquement en entendant une autre voix. Ils étaient plusieurs ?
Il fallait qu'il s'échappe, il ne devait pas rester plus longtemps ici !
-Je suis là ! Répondit le chasseur en se retournant.
Non non non... c'était pas bon ça, pas bon du tout...
Bilbo devait partir alors il tira encore et encore sur la chaine. Il essaya vainement d'écarter les mâchoires et laissa couler de grosses larmes quand il s'arracha la peau des mains sur les dents de métal.
-Non ! S'exclama le chasseur en retirant les mains ensanglantées du piège, tu ne vas y arriver comme ça, ça ne sert à rien ! Dwalín, viens vite, j'ai besoin d'aide ! Rajouta-t-il plus fort.
Et Bilbo eut le souffle coupé quand il vit le fameux Dwalín. Il était encore plus grand, plus large, bien plus musclé, le dessus de sa tête était rasée, il avait une longue barbe, et surtout, il avait comme des couteaux sur chacun de ses doigts. Une panique totale s'empara de Bilbo et il hyperventila.
-Qu'est-ce que tu fais ? Demanda le géant en s'approchant.
Puis il vit Bilbo par terre.
-C'est qui ?
-Je sais pas, mais il a la jambe prise dans un piège...
-Aye... saloperie de truc d'homme ça... pousse-toi, j'm'en occupe.
Quand il se baissa, Bilbo essaya de se soustraire, mais avant même qu'il puisse esquisser le moindre geste, le grand chauve avait posé une grande main sur son genou pour l'empêcher de bouger.
-Reste tranquille gamin, j'vais t'sortir de là.
La voix était rude et grave, mais curieusement, elle ne fit pas peur à Bilbo. Alors il se laissa faire. De toute façon, dès qu'il serait libre, il se dépêcherait de mettre le plus de distance possible entre eux et lui...
Une fois le piège ouvert, Bilbo soupira de soulagement, juste avant de grimacer. Le sang qui circulait plus librement maintenant lui faisait presque aussi mal, mais il était enfin détaché.
-On va pas laisser cette horreur ici, on va l'mettre dans le chariot. Faudrait qu'les hommes arrêtent de se servir de ça. Ça mutile et ça fait souffrir pour rien... Grogna le grand chauve.
Pendant que les deux autres regardaient le piège avec dégoût, Bilbo, en essayant de faire le plus silencieusement possible, reculait sur ses fesses douloureuses. Puis il se mit sur le côté et essaya de se lever.
Mais il retomba presque aussitôt en couinant.
-Mais qu'est-ce que t'essayes de faire ? Lui demanda-t-il.
-Il faut soigner ta jambe ! Rajouta l'autre.
Bilbo secoua la tête tout en se poussant sur ses mains. Non, plus personne ne poserait la main sur lui. Plus personne ne le toucherait !
-Dwalín... tu pourrais... Commença Kíli.
-Je vais l'porter, de toute façon, il est incapable de marcher. Coupa le fameux Dwalín, et il vaut mieux ne pas risquer d'aggraver ses blessures, sinon Oín va m'en faire baver quand il le verra...
-Mais il a peut-être de la famille qui l'attend dans le coin ?
Le hobbit secoua la tête vigoureusement, il ne voulait voir personne et encore moins les deux hommes qui s'étaient "occupés" de lui pendant toutes ces années. Même si Marty avait été assez gentil avec lui.
Puis le géant s'approcha de Bilbo et sans aucun effort apparent, il le souleva dans ses bras.
Il essaya de se débattre, mais il se raidit de douleur quand son dos et ses fesses appuyèrent sur le bras musclé.
-T'inquiète pas petit, on va t'soigner...
Fatigué, frigorifié, blessé et affamé, Bilbo finit par capituler. De toute façon, il ne pouvait rien faire contre celui qui le portait. Tremblant, il cessa de bouger et accepta son destin.
Que pouvait-il lui arriver de pire que ce qu'il avait déjà vécu ?
oOoOo
A quelques dizaines de kilomètres de là, Thorín était dans la salle de réunion en compagnie de son conseiller Balín et d'Ori, le scribe royal.
-Bien. Il ne reste plus qu'à voir ce que demande Thranduil à propos du droit de passage dans sa forêt...
Thorín renifla et Balín sourit. Il connaissait le point de vue de son roi envers celui des elfes. Mais même si ces deux-là ne s'entendaient pas, les habitants de la Montagne Solitaire et ceux de la forêt de Greenwood faisaient des échanges commerciaux et donc, ils devaient laisser leurs inimitiés de côté pour le bien de leur peuple respectif.
-Qu'est-ce que veut ce mangeur de feuilles en échange ? Râla Thorín en prenant le document.
En entendant son roi parler de la sorte, Ori leva la tête du parchemin sur lequel il avait retranscrit tout ce qu'il s'était dit pendant la réunion et sourit.
-Rien de plus ni de moins que l'année précédente. Affirma Balín.
-Ça cache quelque chose... tu es sûr d'avoir tout lu ?
-Votre majesté, je...
-Balín... Gronda Thorín, tu n'as pas à m'appeler comme ça et tu le sais...
-Je sais... mais tu es mon roi et...
-Tu es mon ami avant tout. Et j'espère être le tien alors s'il te plait...
-Thorín, bien sûr que tu l'es ! Et pour en revenir au traité, oui, j'ai bien tout lu. Tout est clair et précis.
-Alors fais en sorte qu'un coffre soit préparé. Comme ça, à la première occasion, on lui paiera son dû. Moins ça trainera et mieux ça sera. Avec lui, je me méfie...
Balín soupira légèrement et regarda le scribe par-dessus ses lunettes.
-Ori, fais donc parvenir à Gloín un message, qu'il s'en occupe sans tarder.
-Bien sûr maitre Balín, c'est comme si c'était fait ! S'exclama le jeune nain en reprenant sa plume.
-On en a donc fini pour aujourd'hui ? Soupira Thorín en étirant son dos.
-Oui, on a fini...
Les trois nains se regardèrent et Ori se leva afin de récupérer les documents qu'il allait ranger quand Thorín haleta soudainement en portant vivement son poing à sa poitrine.
-Thorín ? Qu'est-ce que tu as ? S'inquiéta Balín en posant sa main sur le bras replié du roi.
-Je vais chercher Oín ! S'exclama Ori en reposant les papiers sur la table.
-Non... ça va aller...
Mais Balín n'avait aucune confiance en son ami quand il s'agissait de sa santé parce qu'il savait qu'il faisait toujours passer les autres avant, et souvent à son détriment. Donc sans aucune parole, il regarda Ori et hocha la tête. Le jeune nain sortit très vite en laissant la porte entrouverte et fila chercher le docteur...
oOoOo
Dans les bras de Dwalín, Bilbo essayait vainement de rester éveillé. Mais le froid l'engourdissait de plus en plus et le faisait somnoler malgré la douleur.
Kíli avait hésité, mais il avait décidé de prendre quand même le loup. Il ne voulait pas que la bête soit morte pour rien mais il s'en occuperait plus tard parce que pour le moment, il fallait qu'ils veillent à ce que l'enfant soit soigné. Il était petit à côté de lui qui était un nain, même si la lignée des Durïn avait tendance à être bien plus grande que les autres.
Et le prince se demandait ce qu'un enfant faisait dans les bois, loin de toutes habitations. Parce qu'il n'était pas de leur race à Dwalín et lui, vu qu'il n'avait pas de barbe et qu'il ne portait pas non plus leur style de vêtements. Il était plutôt vêtu comme un enfant d'homme sauf qu'il avait des bottes qui paraissaient trop grandes pour lui.
Et en le regardant un peu mieux, Kíli vit qu'il frissonnait. Pas étonnant étant donné qu'il n'avait rien sur le dos, sa chemise était en lambeau et il n'avait pas de manteau !
-Dwalín, arrête-toi.
-Pourquoi faire ?
-Il tremble, je vais lui donner mon manteau...
-C'est vrai qu'il a pas beaucoup d'graisse pour lui t'nir chaud ! Approuva Dwalín.
Après avoir posé le loup par terre, Kíli retira la veste en fourrure qu'il portait par-dessus son manteau et voulut envelopper Bilbo qui couina et essaya de descendre des bras quand il sentit qu'on le touchait.
-N'aie pas peur, je ne te veux pas de mal, je vais juste poser ça sur toi, d'accord ?
Après un bref instant de panique, Bilbo finit par se laisser faire et ferma les yeux de bonheur quand il fut emmitouflé dans la douce fourrure. La chaleur était si agréable...
Jusqu'à ce qu'une douleur le fasse ouvrir les yeux et il porta une main à sa nuque.
-Qu'est-ce que tu as ? S'inquiéta Kíli.
Bilbo ne répondit pas, se contentant de frotter sa nuque en gémissant.
-Dwalín, tu peux te baisser ? Je vais voir ce qu'il a...
Dwalín s'agenouilla sans le lâcher et le jeune nain approcha une main doucement tout en repoussant celle de Bilbo et regarda de plus près.
-C'est rouge et gonflé et... on dirait une sorte de... comme une marque... c'est bizarre, on dirait plutôt un dessin... oh ! S'exclama-t-il alors.
-Quoi ?
-Une couronne !
-Qu'est-ce que tu racontes !
-Il a un dessin en forme de couronne sur la nuque !
Bilbo ne comprenait pas pourquoi le chasseur disait ça. Personne n'avait jamais dessiné sur lui !
C'était sans doute une marque qu'il devait avoir depuis longtemps mais comme il avait les cheveux longs, personne ne l'avait jamais vu. Mais pourquoi est-ce que ça lui faisait mal maintenant ?
C'était comme une brûlure, mais légère. Pas comme celle qui lui avait brûlé les jambes et pas comme la brûlure des coups de ceinture. D'ailleurs, au bout de quelques instants, elle disparut complètement et il souffla.
-Pauvre petit bonhomme... tu as bien des malheurs...
Dwalín sourit en voyant le prince se comporter comme ça. Kíli adorait les enfants et c'était sans doute parce que lui-même en était encore un, surtout aux yeux de Dwalín.
Mais soudain, il le vit reculer et ouvrir grand les yeux.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Dwalín en voyant la tête de Kíli.
-Il a... les oreilles pointues !
-Hein ? C'est un elfe ? S'étonna le chauve. Mais il est trop petit !
-Non, pas comme celles des elfes, mais ronde avec le bout pointu !
Le compagnon du prince fronça les sourcils mais il faisait confiance au nain plus jeune pour savoir de quoi il parlait. Il était épris d'une elfe alors les oreilles, il avait dû les voir de bien plus près que lui...
-C'est pas un enfant d'homme, c'est pas un nain, c'est pas un elfe, alors quoi ? Demanda-t-il.
-Ho... hobbit... Marmonna Bilbo en fermant les yeux.
Les deux nains, surpris d'entendre enfin la voix du blessé se regardèrent. Un hobbit ? Si loin de chez lui ?
Mais n'avaient-ils pas la réputation de vivre comme des ermites, ne quittant pratiquement jamais leurs villages ? Et depuis quand les hobbits portaient-ils des bottes ?
oOoOo
Ori avait couru au point de tomber plusieurs fois dans les escaliers, mais il était enfin dans l'antre de Oín, le chirurgien en chef de sa majesté.
-Le roi...
-Quoi ? Cria le docteur en portant une main à son oreille.
Ori appuya ses deux mains sur la table et se pencha afin de s'approcher du doc.
-Le roi... est mal... avec Balín... bureau... Réussit-il à dire, essoufflé par sa course.
-Le roi a besoin de moi ? Mais pourquoi tu m'l'as pas dit tout d'suite ? Râla le docteur en prenant ses affaires. Amène-moi là où il est et dépêche-toi !
Ori soupira devant une telle mauvaise foi, mais obéit quand même. Il avait beau être le scribe royal et être respecté grâce à cette fonction, mais aussi et surtout grâce à sa gentillesse, il n'en était pas moins qu'un nain même pas encore majeur. Ils sortirent de l'infirmerie et Ori fut surpris de la facilité avec laquelle le suivait le docteur.
Il n'était plus très jeune, pas du tout même, mais dès qu'il s'agissait de soigner un malade, Oín recouvrait sa vigueur d'antan et parfois même son ouïe !
Ils montèrent jusqu'à la salle de réunion et Oín posa sa sacoche près de Thorín.
-J'avais dit que... Commença le roi.
-Ouvre la bouche... Le coupa Oín.
Soupirant, mais s'exécutant, Thorín ouvrit la bouche. Même lui n'avait pas son mot à dire face à son docteur.
-Je vois rien...
-C'est à la poitrine qu'il a eu mal... Lui dit alors Balín.
-Ah... le bras gauche engourdi ? Des difficultés à respirer ?
-Non, rien de tout ça. Juste une douleur, comme une brûlure... Lui répondit Thorín.
-Où exactement ?
Le roi soupira mais posa sa main droite sur sa poitrine, au niveau du cœur.
-Déshabille-toi mon garçon, que je regarde ça.
-Ori et moi on sera dans le couloir. Si vous avez besoin de quoi que ce soit... Commença Balín.
-Oui oui... je vous appellerais. En attendant, j'ai un patient à examiner alors...
-On vous laisse.
Une fois Balín et Ori sortit, Thorín retira sa veste et sa chemise. Il n'était pas du tout pudique en temps normal. Dans la montagne, la partie habitation réservée à la famille royale était dotée de ses propres salles de bain, mais il avait toujours préféré les bains communaux.
Ça lui permettait d'oublier pendant un court instant qu'il était roi. Là, parmi ses sujets, il n'avait pas de couronne sur la tête et il pouvait discuter de n'importe quoi avec n'importe qui.
Mis à part les tatouages qui ornaient ses biceps et son dos, nu, il ressemblait à n'importe quel autre nain...
Mais depuis son couronnement, il avait remarqué que ses plus vieux amis avaient une attitude différente envers lui. Ils pouvaient toujours plaisanter et boire un verre ensemble, mais maintenant, il y avait une sorte de barrière entre eux. Il mettait cette situation sur le compte du respect dut à son titre qu'ils pensaient lui devoir, même si ça lui déplaisait...
-Oh... mais comment tu t'es fait ça ?
En revanche, roi ou pas, Oín n'avait pas changé sa façon de se comporter et le traitait toujours comme s'il n'était qu'un gosse.
-Ça quoi ?
-Cette marque ! Tu t'es fait tatouer récemment ? Tu sais qu'il faut faire attention après un tatouage, n'est-ce pas ?
-Non, je ne me suis pas fait tatouer... Répondit Thorín en regardant sa poitrine.
Mais il ne voyait rien d'autre qu'une marque rouge, un peu boursouflée et quand il passa ses doigts dessus, c'était légèrement douloureux.
-C'est étrange comme dessin... on dirait comme une espèce de... colline avec un rond vert...
Fronçant les sourcils, Thorín se tourna vers la porte.
-Balín ! Va me chercher un miroir !
Il n'attendit pas longtemps avant d'entendre la porte s'ouvrir à nouveau et Balín entra.
-Voilà voilà ! Alors ? Ce n'est pas trop grave j'espère ? Demanda-t-il.
Sans répondre, Thorín lui arracha presque le miroir de la main et passa ses doigts à l'endroit de la marque tout en regardant.
En effet, c'était étrange. Il était absolument sûr de ne pas s'être fait tatouer et si jamais il l'avait fait, il n'aurait certainement pas choisi un motif pareil !
Et pourquoi il n'aurait ressenti la douleur que maintenant ?
Il reposa le miroir et tout en prenant sa chemise, il se tourna vers Balín.
-J'aurais jamais fait un truc comme ça... Bougonna-t-il.
Un Balín qui resta bouche bée devant la poitrine nue qui était devant lui.
-Quoi ? S'inquiéta Thorín.
-Thorín... Mahal... tu... par ma barbe ! Tu as ça depuis quand ?
-Apparemment, c'est ça qui m'a fait mal tout à l'heure, pourquoi ?
Balín savait qu'il n'y avait qu'une seule explication au fait que son ami ait ce dessin sur le corps sans l'avoir désiré.
-Tu as quand même déjà entendu parler des One ? Lui dit-il alors.
-Comme toutes les légendes, oui.
-Votre majesté, ce n'est pas une légende ! Rétorqua Ori en s'approchant d'eux et en lorgnant le dessin, les One existent vraiment ! Mais tellement peu de nains ont eu l'occasion de rencontrer le leur que s'est tombé dans l'oubli, mais c'est réel ! Oh Mahal, j'en ai un devant moi ! Continua-t-il en levant une main tremblante, très près de toucher la marque.
Il n'en revenait pas. Après avoir dévoré tous, ou presque, les livres de l'immense bibliothèque de la montagne, il avait devant lui une personne qui venait de recevoir le plus beau cadeau qui soit et il en était presque jaloux. Il y avait peu de nains qui avaient la chance d'avoir un One.
Et maintenant qu'il avait vu que c'était possible, il en avait presque les larmes aux yeux. Son roi, celui en qui il avait une confiance aveugle, celui qui portait la responsabilité et le bonheur de tout un peuple sur ses épaules avait la chance d'avoir une personne qui l'aimerait sans condition et le meilleur dans tout ça, c'était que d'après les écrits, c'était à coup sûr réciproque !
Mahal, en offrant ce cadeau ne se trompait jamais...
oOoOo
A suivre...
oOoOo
Et merci de me lire,
Ticoeur
