Voilà la suite, bonne lecture !

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Chapitre 12

Jamais un repas n'avait été si joyeux. Thorín souriait, ne pouvant s'empêcher de regretter d'avoir perdu tant de temps à se quereller avec le roi de Greenwood pour un bijou qui finalement n'avait aucune importance.

Kíli rayonnait littéralement de bonheur et ne tenait pas en place. Son neveu trinquait avec les nains qui le félicitait à tour de rôle et avec un petit rictus, il se demanda s'il ne devait pas l'empêcher de trop boire.

-Il est heureux, vraiment heureux. Laisse-le fêter ça Thorín.

-Mais demain...

-Demain, il jurera certainement que plus jamais il ne boira autant. Mais ce soir, laisse-le en profiter. Je ne me rappelle plus la dernière fois que je l'ai vu si enjoué... Continua Balín.

-Moi non plus. Et c'est de ma faute...

-Non mon gars. Tu n'as pas à te faire de reproches, tu as fait ce que tu pensais être le mieux pour lui. Même si tu étais le seul à le penser...

-J'ai été trop dur avec lui. Pourtant, tu me l'as souvent fait remarquer mais je ne t'ai jamais écouté. Je me demande si je suis un bon souverain pour la montagne si je ne suis pas capable d'accepter avoir tort.

-Thorín, tu as hérité de la couronne alors que tu ne t'y attendais pas. Pas aussi tôt en tout cas, mais je peux te garantir qu'aucun nain ne souhaiterait avoir un autre roi que toi.

-Parce que personne ne voudrait de la charge qui va avec cette fichue couronne...

-C'est vrai... Avoua Balín en souriant.

-Je me demande comment va réagir Dís en apprenant la nouvelle...

-Elle va sûrement te sauter au cou pour avoir enfin accepté cette union.

-... ou alors elle me balancera son poing dans la figure quand elle apprendra que c'est une elfe.

-C'est vrai que c'est plus son genre...

-Dis-moi Balín, il n'y aurait pas un texte qui dirait qu'il est interdit de frapper le roi ?

-Parce que tu crois que ça arrêterait ta sœur ?

-Non... je crois que je vais demander asile à Thranduil... Marmonna Thorín avant de prendre une grande gorgée de bière.

Balín éclata de rire et trinqua avec son ami puis il se tourna vers la joyeuse tablée qui entonnait des chansons à la gloire de Kíli.

Thorín regarda son neveu, le sourire aux lèvres. Le jeune nain était bien parti pour avoir la plus fabuleuse gueule de bois de sa vie, mais il n'avait pas le cœur à lui interdire de fêter sa future union avec l'elfe...

La petite fête improvisée battait son plein. Tous les nains qui étaient venus des Montagnes Bleues avec lui étaient réunis et chantaient et buvaient et dansaient. Kíli n'était pas en reste et il avait même voulu monter sur la table mais Balín l'avait regardé avec une petite moue désapprobatrice.

Renonçant, il avait alors regardé son oncle avant de lever sa chope de bière et de se racler la gorge. Mais l'assemblée était trop bruyante et personne ne l'avait entendu, sauf Bofur qui siffla assez fort pour couvrir le bruit. Un concert de gémissement se fit entendre et tout le monde se tourna vers le fauteur de trouble.

-Taisez-vous donc, bande de soulard, Kíli voudrait parler ! Annonça-t-il juste avant de hoqueter.

-Merci Bofur... Lui dit Kíli en s'inclinant.

Le jeune prince savait qu'il avait un peu trop bu et qu'il allait fortement le regretter demain, mais ce soir, il voulait fêter cette merveilleuse nouvelle et il devait remercier son oncle comme il fallait.

Alors il se tourna vers le roi qui était assis et posa sa chope sur la table avant de commencer.

-Mon oncle, je n'ai peut-être pas été le neveu qui te rendait le plus fier, je ne suis sans doute pas le nain le plus respectueux ni le plus intelligent, mais je sais une chose, je suis le plus chanceux. J'ai la chance d'avoir un oncle qui m'a élevé comme son propre fils et qui m'a soigné quand j'étais malade. Tu as été dur avec moi, mais moins qu'avec mon frère et maintenant, je comprends que tu as fait ça pour notre bien. Ce n'est pas facile d'être un prince et surtout, d'avoir un roi comme toi mais je ne changerais rien à ma vie pour tout l'or de cette montagne. Je te jure que je ferais honneur à la confiance que tu as placé en moi et je te remercie de tout mon cœur d'avoir accepté que je puisse vivre avec celle que j'aime. Je te souhaite sincèrement de connaitre le même bonheur que celui que je vis en ce moment. Je t'aime mon oncle...

Il n'y avait pas un bruit dans la salle à manger. Thorín avait les yeux brillants et Balín essuya les siens discrètement. Kíli renifla et se racla la gorge à nouveau avant de lever sa chope.

-Levons notre verre à la gloire de Thorín Oakenshield, notre roi sous la montagne !

Mais avant que les autres nains puissent le faire, Thorín se leva à son tour.

-Je propose que nous levions nos verres en l'honneur de Kíli, le prince de la Montagne Solitaire, un merveilleux jeune nain qui fait ma joie, et qui, par son sourire, illumine nos journées. Kíli, c'est moi qui suis chanceux de vous avoir, toi et ton frère. Je ne peux imaginer ma vie sans vous avoir à mes côtés. Kíli je...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que son neveu l'enserrait dans ses bras.

-Merci mon oncle... merci...

-On peut boire maintenant ? Demanda Bofur.

-Aye... il fait soif ! Rajouta Dwalín.

Tous les autres rigolèrent fortement, ayant déjà bu plusieurs chopes mais il y avait de la réserve et ils n'avaient pas l'intention de partir avant d'avoir vidé tous les tonnelets de bière. La fête se prolongea jusque tard dans la nuit.

Oín avait finalement changé d'avis et laissé Ulvàr en charge de l'infirmerie avec la promesse d'être prévenu immédiatement s'il y avait le moindre problème, mais comme il ne pouvait pas se permettre de ne pas être en forme, il avait été parmi les premiers à partir. Mais avant qu'il ne quitte la salle à manger, Thorín le retint quelques instants.

-Comment va le hobbit ?

-Il va bien ! Il a mangé avec appétit et ses plaies se referment bien. Enfin, celles qui sont visibles...

-Et qu'en est-il des autres ? Lui demanda Thorín tout bas.

-Elles sont en bonnes voies. Mais j'garantis rien en c'qui concerne son mental. Il lui faudra du temps et beaucoup d'patience de notre part. Et au fait, pourquoi un garde du corps ?

-Tant que son agresseur n'a pas été arrêté, je ne prendrais aucun risque avec la sécurité d'une personne qui vit dans ma montagne.

-Tu veux toujours le voir ?

-Bien sûr !

-Alors demain, j'lui parlerais d'ta visite, comme ça, il sera pas pris au dépourvu. Tu pourras venir pour goûter avec nous, ça t'ira ?

-Un goûter ? Parce que tu crois que j'ai du temps à perdre avec ça ?

-Si tu veux l'voir, oui. Une autre question ? Lui demanda Oín en croisant les bras.

Thorín se renfrogna. Il avait oublié qu'avec Oín, roi ou pas, il n'aurait jamais le dessus...

-A demain dans c'cas. Bonne nuit votre majesté... Dit alors le docteur en s'inclinant légèrement.

Thorín renifla et lui rendit son salut. Il regarda le vieux nain sortir et repensa à la discussion qu'il avait eue avec Balín. S'il n'arrivait pas à se faire respecter, comment pourrait-il faire un bon roi ?

Mais était-ce vraiment un manque de respect de la part de Oín ?

A bien y réfléchir, il ne pensait pas. Après tout, lui seul savait ce qui était le mieux pour ses patients...

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Comme promis, le hobbit avait eu droit à un merveilleux velouté de légumes qui lui avait ravi les papilles. Ulvàr était resté à ses côtés et ils discutaient de choses et autres, mais le plus souvent, Bilbo écoutait le nain lui raconter des histoires sur la vie à Erebor. Même si vivre sous des tonnes de pierres lui paraissait étrange, il se dit qu'à choisir, il préférait rester là où il se sentait en sécurité. Sans avoir à mendier pour manger, sans avoir à craindre à chaque instant pour sa vie à cause des frasques des frères...

Bilbo s'endormit le sourire aux lèvres, repu et au chaud, choyé comme jamais il ne l'avait été...

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Kíli était ivre mort. Mais il n'était pas le seul...

En fait, presque tous les nains étaient dans le même état. Sauf Thorín qui s'était éclipsé peu après que Oín eut quitté la salle à manger, Balín qui l'avait suivi, prétendant que tout ça n'était plus de son âge et Dwalín, à qui sa robuste constitution donnait l'avantage certain de pouvoir boire sans être trop incommodé.

-J'vais lui bafriquer... faquibrer... faire des perles... Bafouilla Kíli à un Bofur qui essayait de garder les yeux ouverts.

-A qui ?

-A ma tufure femme ! S'exclama le prince en levant sa chope.

Et il loucha presque en regardant dedans.

-... l'est vide... Constata-t-il en faisant la moue.

-J'crois qu't'as assez bu mon gars... Lui dit Dwalín en posant une main sur son épaule.

-Naaaaannn... va m'chercher un... hips... verre...

-Non, j'crois que j'vais plutôt t'emmener au lit... et vous autres, vous devriez en faire autant !

-Parle pas si fort... Râla Dori.

-J'vais vomir... Murmura Ori en se redressant difficilement.

-J'ai faim ! Quelqu'un veut manger un truc ? J'crois qu'il reste encore des légumes ! Déclara Bombur pas

aussi atteint que les autres.

Faut dire qu'avec sa corpulence, il lui en fallait beaucoup pour être saoul.

-Nan ! J'ai soif moi ! Répliqua Gloín. Tes légumes, tu peux les garder pour les poneys !

Des ricanements se firent entendre et bientôt on entendit le bruit d'une chope taper sur la table. Puis deux, puis trois et enfin, tous les nains frappèrent la table en rythme et en inventant une chanson plutôt coquine sur les futurs exploits de Kíli avec sa femme. Le jeune nain, qui n'avait plus du tout les idées claires, rougit en entendant les paroles.

Un peu parce qu'il s'imaginait sa nuit de noce et beaucoup parce qu'il se demandait s'il n'allait pas se ridiculiser le moment venu. Sa promise avait quoi, presque six-cents ans ?

Ça faisait quoi, presque cinq-cent-cinquante ans de différence ?

Une broutille pour l'elfe, mais une éternité pour lui...

-Est-ce que j's'rais à la hauteur ? Se demanda-t-il tout haut.

-Bah nan ! Elle s'ra toujours plus grande que toi ! S'esclaffa Bofur en lui tapant dans le dos. Mais si tu veux, j'peux t'faire un baroutet !

-Un quoi ?

-Un raboutet ? Essaya encore Bofur après avoir réfléchi.

Devant la mine toujours interrogative du prince, il se concentra et ferma les yeux.

-Un truc pour monter d'ssus ! Finit-il par dire.

-C'est sa femme qu'il va monter ! Ricana Gloín.

Tout le monde tapa du poing sur la table en s'esclaffant.

-Bon, ça suffit les gars, tout l'monde va s'coucher ! Annonça alors Dwalín en se levant.

-T'es pas drôle Dwalín ! Grogna Kíli.

-Et toi, tu vas l'regretter demain quand tu s'ras pas capable de tenir ton épée à l'entrainement...

-Ouais ! Faut qu'il s'entraine à tenir son épée bien droite pour pouvoir la mettre dans son fourreau !

Toutes les têtes se tournèrent vers Ori qui se demanda pourquoi tout le monde le regardait et il se mit à rougir, quand il se rendit compte de ce qu'il venait de dire.

-Mais où t'as appris ça ? Lui demanda Dori.

-J'suis plus un bébé Dori, j'connais la vie !

-Ouais, bah Dwalín à raison, tu vas aller t'coucher...

-T'es pas ma mère ! J'suis le crisbe... le cribse... j'suis l'écrivain royal ! J'irais m'coucher si j'veux ! S'énerva Ori en pointant un doigt vengeur sur son cousin.

-J'vous emmène tous les deux. Déclara Dwalín en prenant Kíli et Ori chacun par un bras.

Les deux jeunes nains ne voulaient pas suivre le grand guerrier, mais jamais Kíli n'avait pu avoir le dessus en temps normal alors en ayant bu, il n'essaya même pas. Ori se débattit un peu, mais il se rendit compte que son estomac ne supporterait pas longtemps qu'il bouge autant alors il céda en trainant un peu les pieds.

-Allez tous vous coucher ! Beugla Dwalín avant de sortir.

-Argh... tu m'as tué les oreilles... Gémit Kíli.

-J'chui d'venu sourd ! Pleurnicha Ori.

-Si vous pouviez être muet plutôt... Marmonna Dwalín en les trainant presque.

Il emmena d'abord Kíli, dont la chambre était plus près et le laissa s'écrouler lamentablement sur son lit après avoir laissé Ori appuyé contre le mur à l'entrée, mais qui glissait doucement sur le sol qui l'attirait irrésistiblement. Le grand guerrier chauve prit pitié du couvre lit et il ôta les bottes du nain ainsi que son manteau avant de tirer une couverture sur lui.

-J'vais m'marier...

-Pour l'instant, tu vas dormir gamin. On verra demain...

-J'chui l'plus heureux des nains... Murmura Kíli.

-J'en suis sûr... dors maintenant...

Des ronflements se firent entendre très rapidement et Dwalín se tourna, pour voir qu'Ori s'était couché sur le tapis devant la cheminée et bavait en marmonnant des mots incompréhensibles.

Dwalín soupira en levant la tête.

-J'sais pourquoi j'ai pas d'gosses... ceux des autres m'suffisent largement...

Il se baissa et secoua l'épaule d'Ori qui grogna avant de se tourner.

-Laisse-moi dormir, Dori...

-J'suis pas Dori et t'es dans la chambre de Kíli. Debout, tu dois aller chez toi !

-J'chui fatigué...

-Moi aussi ! Debout ! Insista Dwalín en lui tirant le bras.

Mais Ori, même endormi, était déterminé à ne pas bouger. Son estomac menaçant à chaque instant de se venger de tout ce qu'il lui avait fait boire, il avait décidé que même si curieusement, son matelas était dur, il dormirait là. Dwalín essaya encore d'obtenir gain de cause pendant quelques minutes avant d'abandonner.

Après tout, ce n'était pas grave s'ils dormaient dans la même pièce. Et au moins, Ori serait en sécurité dans les appartements royaux, Dori ne pourrait pas lui en vouloir pour ça...

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La nuit n'allait pas tarder à tomber et les étoiles brillaient dans le ciel. Dans pas longtemps, la neige ferait son apparition et le froid s'installerait pour quelques mois, mais pour Nori, froid ou pas, il avait une mission qu'il comptait bien réussir. La Montagne Solitaire était loin derrière lui et son poney marchait d'un bon pas.

L'agresseur du hobbit n'était pas de Dale et ça le rassurait un peu même si ça l'obligeait à poursuivre ses recherches plus loin. Le temps n'était pas ce qu'il y avait de mieux pour s'aventurer dans la nature, mais il se dit que finalement, ça ne devait pas être un mal.

Quand l'hiver arrivait, les gens avaient tendance à rester chez eux, bien au chaud et ça serait bien plus facile pour lui de poser des questions. Il était aux portes du royaume de Thranduil quand il aperçut le prince Legolas au loin, accompagné de quelques-uns de ses compagnons archers, juché sur un grand cheval blanc.

Comme il devait parler aux elfes, il ne se cacha pas, bien au contraire et resta au beau milieu du sentier, attendant que le blond s'approche.

-Votre altesse...

Le nain inclina la tête avec un petit rictus aux lèvres. Il savait que les elfes n'appréciaient que moyennement l'intrusion d'étrangers sur leur domaine.

-Que faites-vous là, nain ?

-J'mène une enquête et j'aurais quelques questions.

-Qui vous dit que j'y répondrais ?

-Rien. Mais ça concerne un hobbit.

-Et que ferait un hobbit de ce côté des Monts Brumeux ? L'interrogea Legolas, légèrement soupçonneux.

-On peut parler en privé ?

D'habitude, Nori ne ferait pas preuve d'autant de diplomatie, mais son enquête devait être menée avec le plus de discrétion possible, alors il ferait ce qu'il faudra. Et si ça impliquait de se montrer poli avec des êtres qu'il n'appréciait pas, il le ferait quand même.

Legolas inclina la tête légèrement et tira les rênes de son cheval afin de l'éloigner un peu des autres.

-Que voulez-vous ?

-Le hobbit en question a été agressé par un homme nommé Ruppert. C'est un gars assez grand, qui boit beaucoup et qui travaille pas. Il a un frère, Marty. Lui, il s'peut qu'il travaille pour gagner d'l'argent qu'son frère dépense dans des bouteilles d'alcools.

-Et en quoi somme-nous impliqués ?

-En rien. J'voulais juste savoir si vous aviez entendu parler d'quelque chose qui pourrait m'aider.

-Pourquoi voudrais-je vous aider ? Les nains et les elfes ne sont pas vraiment amis...

-C'est pas moi qu'vous aiderez, c'est un hobbit. Vous connaissez sûrement ces p'tits hommes... ils ne causent jamais de problèmes et ils connaissent pas la violence. Nous voulons qu'justice soit rendue.

-Justice ? Les nains connaitraient donc ce mot ? Se moqua Legolas.

-Si vous voulez pas m'aider, j'me débrouillerais autrement. Votre altesse...

Nori s'éloigna sur son poney, un mauvais rictus aux lèvres. Les elfes étaient arrogants et hautains, mais il ne s'attendait pas à ce genre de comportement...

Legolas laissa passer quelques secondes avant de le rappeler. Les hobbits étaient d'adorables petites personnes qui ne vivaient que pour leurs terres et leurs repas. S'il y en avait un qui avait eu des problèmes avec un homme, il pourrait peut-être l'aider. Il ne se passait pas grand-chose en ce moment et il s'ennuyait un peu.

-Attendez !

Nori fit stopper le poney et tourna la tête.

-Je vous aiderais. Mais je veux être avec vous pour les recherches. C'est à prendre ou à laisser...

-Vous devrez m'promettre d'en parler à personne.

Legolas descendit de son cheval et s'approcha de Nori, toujours sur son poney.

-Un bon repas chaud et un lit, ça vous tente ? On commencera les recherches demain...

-Votre père...

-... est occupé par quelque chose en ce moment et il ne quitte pas ses appartements.

Legolas tendit la main, que Nori regarda un instant avant de la serrer.

-Marché conclu ?

-Marché conclu...

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Kíli ouvrit un œil et le referma aussitôt en gémissant. Pourquoi quelqu'un avait mis dans sa chambre toutes les lanternes de la montagne ?

Il se retourna dans son lit et se dit que finalement non, il n'était pas dans sa chambre, il était sur un bateau. Et il découvrit qu'il avait le mal de mer...

Mais qu'est-ce qu'il foutait sur un bateau ?

Lentement, trèèès lentement, il leva un bras et posa sa main sur ses yeux. Il avait un horrible mal de tête et une furieuse envie de se vider la vessie. Mais aurait-il le courage de se lever ?

Il roula sur le côté et fit une seconde tentative. La lumière était toujours aussi vive mais il vit que sa première impression était la bonne, il était bel et bien dans sa chambre. Mais depuis quand la montagne bougeait comme ça ?

Il n'entendait aucun cri, donc pas de tremblements de terre, donc il n'y avait pas de danger,. Les yeux papillonnants, il se redressa tant bien que mal et s'assit sur son lit, la tête penchée en avant et les mains fermement accrochées aux draps du lit. Si sa mémoire fonctionnait bien, la salle de bain était derrière la porte en face de son lit.

Et même si sa chambre n'était pas parmi les plus grandes, il avait l'impression qu'il y avait des kilomètres entre lui et cette fichue porte. Pour éviter au maximum de marcher, chose qui lui paraissait hautement difficile, il glissa sur le matelas jusqu'au pied du lit puis il enroula une main sur le montant du baldaquin et se mit debout.

Il inspira plusieurs fois à fond mais lentement et quand il fut sûr que ses jambes et son estomac n'allaient pas le lâcher, il s'avança.

-Oh la la...

-Pitié... criez pas... Gémit Kíli en plaquant ses mains sur ses oreilles.

Puis il s'arrêta net. Qui était dans sa chambre ?

Il se tourna lentement et regarda par terre, là d'où venait la plainte et vit un nain, couché sur le tapis devant la cheminée et qui tenait une bûche dans ses bras, comme si c'était son nounours pour dormir.

-Ma têêête... Râla le nain qui était au sol.

-Ori ? Mais... mais qu'est-ce que tu fais là ? S'étonna Kíli.

Le scribe se mit sur le dos et posa sa main sur ses yeux avant d'essayer de les ouvrir.

-J'ai mal à la tête...

-Ecoute... faut qu'j'aille aux toilettes avant d'me pisser d'ssus... j'reviens, bouge-pas...

-J'risque pas...

Kíli revint après quelques minutes, les cheveux mouillés et l'air un peu plus réveillé. Ori s'était assis, le dos contre le manteau de la cheminée qui s'était éteinte pendant la nuit et tenait toujours sa bûche entre ses bras, comme si c'était son trésor.

-C'est pas ma chambre... Constata le scribe.

-C'est la mienne... j'me rappelle... Dwalín, c'est Dwalín qui m'a mis au lit. Mais toi ?

-Apparemment, il m'a laissé par terre. Mais pourquoi j'ai bu autant ? Gémit Ori en se frottant les tempes.

Les deux nains se regardèrent et soudain, Kíli se mit à sourire.

-J'vais m'marier !

-Tu vas t'marier !

Ils s'étaient exclamés tous les deux en même temps et gémirent juste après dans un bel ensemble, enserrant leur tempes entre leurs mains.

-J'suis content pour toi.

-J'suis content moi aussi... t'as faim ?

Kíli leva les yeux sur son ami qui mit une main sur sa bouche et se leva avant d'aller très vite aux toilettes. Il entendit des bruits qui lui donnèrent des hauts de cœur qu'il ne retint qu'en respirant lentement.

-J'me sens pas très bien... Marmonna Ori en sortant de la salle de bain.

-J'retournerais bien au lit...

-Moi aussi...

Les deux nains regardèrent le lit du prince et sans rien dire, ils s'allongèrent dessus. Cinq minutes plus tard, des ronflements s'élevèrent...

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Bofur se réveilla avec un mal de tête carabiné. Allongé par terre sous une chaise de la salle à manger, il mit quelques minutes avant de se demander pourquoi il était là. Puis un grand sourire releva ses moustaches et il se redressa en se rappelant pourquoi il avait fait la fête.

... Avant de crier et de se masser le front. Les chaises étaient en bois massif et si les nains étaient réputés pour être des personnes solides, le mobilier l'était encore plus.

-Ah... t'es réveillé... ça va ?

Bofur tourna la tête et vit son frère Bombur, assit sur un fauteuil qui avait du mal à contenir son impressionnante corpulence.

-Ouais... et toi ?

-Oh moi, j'suis réveillé d'puis deux heures au moins. T'as soif ?

Le sculpteur sur bois fit la grimace en entendant ça et mit sa main devant sa bouche avant de lâcher un rot sonore.

-Tiens, prend ça...

Bofur vit un bol d'où s'échappait les volutes odorantes d'un thé très parfumé se pointer devant son nez et il l'accepta avec réticence. Il avait bu autant que les autres et il se demandait si son estomac n'allait pas crier au scandale après avoir ingurgité toute cette bière qui avait coulé à flots, alors il l'approcha doucement de sa bouche.

Il prit une petite gorgée du liquide chaud et sucré qui le désaltéra et qui, bizarrement, atténua les coups de hache qui martelaient son crâne.

-C'est bon ! S'étonna-t-il.

-Un peu qu'c'est bon ! C'est un thé spécial "lendemain d'fête" ! J'pense que j'devrais en faire un chaudron parce qu'à mon avis, y'en a qui vont en avoir besoin...

-Kíli va s'marier ! Notre petit prince va s'marier avec une elfe ! S'exclama d'un coup Bofur en rigolant.

-Trinquons à sa santé ! Déclara Bombur en claquant doucement sa tasse contre celle de son frère.

Ils dégustèrent tranquillement l'infusion d'herbes jusqu'à ce que le nain au drôle de chapeau se lève.

-Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai du boulot qui m'attend !

-Un nouveau jouet ?

-Non, c'est une commande spéciale pour Oín... euh... zut... j'ai pas l'droit d'en parler...

-Ah... bah moi, j'dois aller préparer un plateau repas pour le... euh... enfin...

-... toi non plus t'as pas l'droit d'en parler ?

Les deux frères se regardèrent et firent une grimace identique.

-On n'a pas l'droit de parler du patient de Oín... Avoua alors Bofur.

-Alors n'en parlons pas, j'veux pas trahir sa confiance.

-Je vais... j'vais y aller... il faut qu'j'y aille...

Le petit frère du cuisinier s'approcha de la porte et regarda Bombur avant de sortir. Il aimait travailler le bois, tailler dans un morceau de bois et lui donner une forme, sculpter des détails si petits qu'on croirait que ses jouets étaient vivants. Et il savait exactement ce qu'il allait faire sur la canne du petit protégé de Oín...

oOoOo 2eme jour de recherche

Legolas frappa à la porte de la chambre qu'il avait donnée au nain et attendit quelques secondes avant d'entrer, mais elle était vide. Il serra les poings et se traita mentalement d'imbécile. Depuis quand pouvait-on faire confiance à cette race de petites créatures grossières et pleines de poils ?

Ah il avait bien profité de l'hospitalité des elfes ! Dire qu'il lui avait offert un repas copieux accompagné d'une des meilleures bouteilles de vin qu'il avait pris dans la réserve personnelle de son père.

Jamais plus on ne le reprendra à offrir son aide à un nain...

Il se retourna, prêt à partir quand il se trouva face à face avec le fameux nain.

-Votre altesse... bien dormi ?

-Mais où...

-J'ai bien dormi, merci. Le coupa Nori en souriant.

Laissant Legolas sur place, il passa la porte et se dirigea vers le lit, prit un sac qui était par terre, à côté du matelas et le mit en bandoulière.

-On va peut-être y aller, j'ai un homme à capturer...

Et sans plus attendre, il referma la porte et s'éloigna.

Le prince de Greenwood le suivit en se demandant comment il avait pu se faire avoir de cette façon. Il n'avait rien vu rien entendu et pourtant, les elfes étaient réputés pour avoir une ouïe très développée. Mais il sourit en se disant que peut-être, grâce à ce nain qui paraissait particulièrement doué, ils avaient une chance de mettre la main sur l'agresseur du hobbit. Il rattrapa la petite créature et se mit à sa hauteur.

-Je suppose que vous savez où vous allez ? Se moqua Legolas.

-Bien sûr ! On va aux écuries et vous allez m'prêter un cheval afin que j'puisse vous suivre. Mon poney sera bien traité par vos palefreniers, n'est-ce pas ?

-Vous êtes si sûr de vous. Qui vous dit que je ferais ça ? Qui vous dit que je vous obéirais ?

-Parce que vous vous ennuyez votre altesse... Rétorqua Nori en ricanant.

Merde, il a raison... Se dit Legolas désabusé.

Et il suivit Nori qui emprunta un couloir, descendit un immense escalier qui menait à une grande salle avant de bifurquer pour descendre un autre escalier.

Mais comment il peut savoir que c'est par là ?

-Dites-moi comment...

-Votre royaume est vraiment intéressant. J'ai jamais vu d'racines si grosses qu'on puisse en faire des allées et j'ai beaucoup apprécié ma visite !

-Votre... visite ? Mais quand...

Nori ne répondit que par un petit sourire en coin et continua son chemin pour finalement arriver dans une grotte qui abritait les montures des elfes. Il s'approcha d'un enclos où était le magnifique wapiti du roi Thranduil et tendit doucement la main pour caresser le museau velouté du majestueux animal.

-N'y touchez pas, il n'aime pas les inconnus !

Faisant comme s'il n'avait rien entendu, Nori gratouilla les naseaux tout en murmurant des mots que Legolas ne comprit pas et l'elfe resta bouche bée en voyant l'animal qui non seulement se laissait faire, mais qui en plus recherchait les caresses !

-Lui et moi, on s'comprend...

-Qu'est-ce que vous lui avez dit ?

-Des choses...

Puis il se tourna vers le prince.

-Bon, je suppose que j'peux pas l'monter, alors si on allait m'choisir une bête un peu plus... passe-partout ?

Legolas ronchonna et pesta contre les nains qui se croyaient tout permis, tout en marchant vers un box d'où il en sortit une jument noire comme la nuit avec de doux yeux dorés. L'animal était superbe mais cachait un tempérament plutôt vif et il fallait une poigne énergique et volontaire pour dompter son caractère. Le prince elfe retint un sourire narquois et tendit les rênes au nain.

-Voilà Black-Pearl...

Nori regarda la jument dans les yeux et après quelques secondes d'un échange muet, il prit les rênes et la tira près d'une grosse branche penchée sur laquelle il grimpa, et d'un mouvement souple, il sauta en selle. Puis il tapota gentiment sa joue et lui fit faire quelques pas.

-C'est une belle bête... elle a du caractère, mais on va bien s'entendre elle et moi.

Inspirant assez fort, Legolas rongea son frein et sortit Hasufel, son fier destrier à la robe grise immaculée. Les nains avaient la réputation d'être des personnes qui n'avaient pas d'attirance pour les chevaux qui étaient bien trop grands pour eux, mais celui-là était différent.

Il avait réussi à caresser la monture de son père qui ne se laissait pas faire d'habitude et apparemment, il maitrisait Black-Pearl comme s'il la connaissait déjà.

Son père avait toujours méprisé ce peuple à cause de leur cupidité et de leur manque flagrant de manière et lui, il avait suivi aveuglément les mêmes traces, partant du principe que son père, qui avait quelques milliers d'années de vie, avait forcément une connaissance du monde qui ne pouvait qu'être bonne.

Mais est-ce que son père était vraiment la plus juste des personnes ?

Ne se serait-il pas trompé sur leur compte ?

Legolas se surprit à penser qu'il devrait peut-être se faire sa propre opinion sur ce peuple. Et justement, passer du temps avec un de leur représentant ne pouvait que l'aider.

-Vous avez un point de départ ?

-L'endroit où le hobbit a été trouvé se trouve plus à l'Ouest, mais à l'intérieur de la forêt, dans une clairière. Ils ont mis une petite journée en chariot avant d'rentrer à la montagne.

-Je connais un endroit qui ressemble à cette description. C'est assez proche du royaume des bois, j'y suis déjà allé chasser. On y sera dans pas longtemps, sauf si vous n'arrivez pas à suivre...

-J'vous en prie votre altesse, après vous... Dit alors Nori en posant une main sur son cœur et en inclinant légèrement la tête.

Le petit sourire et le ton ironique n'échappèrent pas à Legolas qui se dit que finalement, cette petite chasse à l'homme promettait d'être assez divertissante.

Et il n'y avait vraiment qu'un elfe pour penser ça...

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Bofur travaillait avec acharnement. Depuis qu'il avait quitté son frère, il n'avait cessé de penser à ce que les dessins qu'il avait en tête donneraient sur la canne. Pourquoi le thé aux herbes spéciales de Bombur lui avait fait penser à ça ? Parce que c'était un hobbit et que les hobbits étaient proche de la nature.

Il voulait la finir aujourd'hui et voir ce que ça donnerait quand le petit homme s'en servirait. Il ne voulait pas de reconnaissance, il voulait juste que son travail aide quelqu'un. Bofur était un nain de cœur...

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Dans l'arène, Thorín et Dwalín s'entrainaient. C'était un corps à corps musclé et non dénué de coups francs qui faisaient parfois saigner un nez ou éclater une pommette, mais ils se connaissaient depuis longtemps et n'allaient jamais jusqu'à se blesser intentionnellement.

Les voir se battre faisait presque penser à une danse tant leurs pas étaient fluides et leurs mouvements de bras s'enchainaient encore et encore jusqu'à ce que Thorín baisse les bras.

-T'arrête ? Tu t'fais vieux... Ricana Dwalín.

-Il faut que je voie Kíli. Il y a des décisions à prendre maintenant.

-Aye ! Si c'est pour cette raison, j'suis d'accord ! Tu y as mis l'temps, mais t'as fini par entendre raison. Mieux vaut tard que jamais...

-T'y mets pas toi non plus, ton frère me suffit... Grogna Thorín.

-Non mon vieux. On s'ra jamais trop de deux pour t'remettre les idées en place. Au fait, t'as des nouvelles du hobbit ?

-Je vais le voir cet après-midi. Oín m'a invité à un goûter avec eux... Avoua-t-il avec une grimace.

-Un goûter ? S'esclaffa Dwalín en frappant Thorín sur l'épaule.

-C'est d'un ridicule... Marmonna le roi en marchant vers la sortie.

-Tu d'vrais aller faire une sieste avant alors ! Ricana Dwalín. C'est comme ça qu'ça marche avec les gosses, non ?

-Alors je te conseille d'en faire une aussi, vu que tu vas m'accompagner ! Déclara Thorín en regardant son vieil ami avec un petit sourire mauvais.

-Euh... non, faut qu'j'entraine les nouvelles recrues...

-Tu es mon garde personnel et tu dois me protéger. Tu viens.

-C'est un hobbit. Même un bébé nain s'rait plus fort que lui, tu crains rien !

-Ce n'est pas une demande Dwalín...

Dwalín se renfrogna et serra les poings puis il regarda Thorín droit dans les yeux et comprit que son ami se moquait de lui et de sa réaction. Mais il avait raison, il était le chef de la garde royale et il devait accompagner le roi partout. Surtout quand il l'ordonnait...

-Toi et Kíli l'avez ramené dans la montagne. Tu ne veux pas savoir ce qu'il devient ? Après tout, il vous doit la vie.

Le roi était planté devant lui, son regard était doux mais ferme et il savait que son ami n'avait pas voulu être méchant. Et en fait, oui, il voulait savoir ce que le petit homme devenait. Il était si terrifié et blessé quand ils l'avaient trouvé qu'il se demandait encore comment on pouvait faire autant de mal à une si petite créature.

-J'espère que Nori mettra la main sur l'ordure qui lui a fait ça. Et crois-moi, j'regrette que tu lui aies dit d'le ramener vivant... Grogna-t-il.

-Je lui ai dit vivant, mais pas dans quel état il devait être... Rajouta Thorín. On se retrouve à l'infirmerie avec Kíli, je suis sûr qu'il voudra le voir aussi.

-Aye... on sera là...

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Bofur s'appliquait. Le simple bout de bois avait déjà pris forme et les dessins en relief qui étaient dessus étaient une véritable œuvre d'art. Il était déjà allé de l'autre côté des Monts Brumeux, à Bree, afin de commercer avec les habitants du coin et il avait vu des hobbits.

Il avait entendu parler des "trous" qu'ils creusaient dans les collines et qui leur servaient de maison, des champs qu'ils cultivaient avec amour, du langage des fleurs qu'ils portaient en toutes occasions et ça lui avait donné des tas d'idées pour que la canne qu'il fabriquait soit unique.

Comme le hobbit était petit, ça ne lui avait pas pris beaucoup de temps et au fur et à mesure qu'il taillait et sculptait, il avait eu l'idée de fabriquer un accessoire amovible qui lui permettrait d'être stable en entourant une partie de son avant-bras, mais qui pouvait être retiré et être remplacé par une petite poignée.

Il ne lui restait plus qu'à "habiller" le bois avec quelques incrustations de bronze et de cuivre et elle serait parfaite.

Bofur était vraiment fier de son travail et espérait que ça plairait...

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A suivre...

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Et merci de me lire,

Ticoeur.