A/N : Quelqu'un avait réclamé le retour du point de vue des Serpentards, j'espère que ce chapitre donnera satisfaction ;) Et il y a également une nouvelle référence à Shakespeare dans ce chapitre ^^
Harry grimaça en remontant les escaliers du passage qui menait à la bibliothèque. Même sans avoir l'heure, il se doutait que le couvre-feu devait approcher, et espérait avoir le temps de retourner au dortoir de Griffondor avant de se faire prendre. La cape d'invisibilité de son père lui permettait d'éviter les préfets et professeurs qui patrouillaient dans les couloirs, mais l'ouverture du portrait qui menait à la salle commune ne passerait pas inaperçu.
En apercevant la fin des marches, Harry se promit d'essayer d'autres tunnels la prochaine fois, ne serait-ce que pour éviter d'éveiller les soupçons sur le long terme. Heureusement pour lui, la bibliothèque était déserte et il put sortir par la trappe sans se faire remarquer.
Harry remonta jusqu'à la tour de Griffondor le plus discrètement possible, et enleva sa cape juste avant d'arriver devant le portrait de la grosse dame. Une fois la cape cachée sous son uniforme, il s'avança avec un sourire.
- Fortuna Major.
- Il est un peu tard, jeune homme, le fustigea-t-elle. Enfin bon, un mot de passe est un mot de passe. Allez, entre.
Le jeune Griffondor fit à peine deux pas dans la salle commune avant d'entendre un cri et de se faire pratiquement agresser par une avalanche de boucles châtain en pleine figure.
- Harry ! Tu vas bien ? Merlin, j'étais tellement inquiète ! Où est-ce que tu étais passé ? Je suis désolée de t'avoir crié dessus ! Tu n'as rien ? Je...
- Hermione, je crois que tu es en train de l'étouffer, intervint Neville.
Même s'il était moins démonstratif, Neville paraissait également soulagé de voir Harry revenir sain et sauf. Harry avait l'intuition que son ami avait dû remarquer la valise ouverte au pied de son lit, et avait dû se douter qu'Harry était devenu invisible pour aller quelque part le temps de se calmer. Mais entre les Détraqueurs et Sirius Black, le jeune Griffondor devait admettre que disparaitre pour la soirée sans prévenir personne de sa destination n'était sans doute pas sa plus brillante idée.
Hermione finit par le lâcher, et Harry nota à ce moment-là les yeux légèrement rouges et la mine inquiète de son amie.
- 'Mione, je vais bien. Je suis désolé de t'avoir inquiété, et je n'aurais pas dû m'énerver autant non plus, s'excusa-t-il. Je te promets que je n'ai pas quitté le château.
- Laisse-nous un message la prochaine fois, espèce d'idiot, le fustigea-t-elle gentiment. J'étais à deux doigts d'appeler McGonagall pour partir à ta recherche.
- Je confirme, maugréa Ron, on a passé les deux dernières heures à la retenir.
- Harry avait disparu après une dispute, répliqua sèchement Hermione, il restait introuvable et l'école est entourée par des Détraqueurs qui cherchent un meurtrier qui veut mettre la main sur mon meilleur ami. S'inquiéter et vouloir appeler un professeur était une réaction normale, Ronald.
Le sorcier roux se mit à rougir – d'embarras ou de colère, Harry n'en était pas sûr – mais avant qu'il puisse répliquer, Neville intervint en bâillant bruyamment.
- Puisqu'Harry est rentré et que tout va bien, on devrait aller dormir, non ? On a cours demain matin.
Le Golden Boy prit l'échappatoire offerte pour ce qu'elle était, et bâilla à son tour.
- Bonne idée, je suis fatigué aussi. On se voit au petit-déjeuner, 'Mione ?
- Bien sûr, dormez bien, répondit-elle en souriant.
Les trois garçons rejoignirent rapidement leur dortoir, et Ron passa tout le temps qu'ils mirent à se préparer à râler au sujet d'Hermione et du fait qu'elle ne faisait pas confiance à Harry pour prendre soin de lui tout seul.
Ni le concerné ni Neville ne répondirent, et se contentèrent de le laisser parler en fournissant une onomatopée ici et là.
- Ron, je suis vraiment épuisé, déclara finalement Harry après s'être allongé. Hermione et toi, vous avez tous les deux fait ce que vous pensiez être le mieux, je suis revenu et tout va bien.
- Bonne nuit Harry, lança Neville depuis son lit.
- Bonne nuit Nev', bonne nuit Ron.
- Bonne nuit, répondit ce dernier.
Harry soupira de bonheur en se glissant sous les draps, et profita du silence autour de lui. Comme tous les occupants de la chambre avaient leurs rideaux tirés, il n'y avait pas un bruit dans le dortoir. Le Golden Boy repensa à son vol sur le dos de Buck, à son bonheur de retrouver Artémis en pleine forme, et eut à peine le temps de commencer ses exercices de méditation avant de s'endormir.
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Plus tôt dans la soirée, après que le repas soit terminé, l'ambiance dans la salle commune de Serpentard était tendue. Draco, le bras en écharpe, était installé dans son fauteuil près de la cheminée. L'héritier Malfoy n'avait pas prononcé un mot depuis l'explosion de Potter dans la Grande Salle. Autour de lui, le reste des troisième années étaient relativement mal à l'aise, conscients qu'ils ne pourraient pas éviter indéfiniment le sujet phare de la soirée.
- C'est rare de voir Potter et Granger être aussi en colère l'un contre l'autre, déclara Daphné.
La blonde avait prononcé sa phrase prudemment, en examinant avec attention un détail des moulures de la cheminée. Elle savait parfaitement que tout le monde avait envie de discuter de ce qu'ils avaient vu et entendu au diner, mais la présence de Draco parmi eux rendait la conversation délicate. Toute l'école s'accordait plus ou moins silencieusement à donner raison au Griffondor, ou admettait qu'il n'avait pas eu complètement tort lorsqu'il avait formulé ses accusations.
- Miss Je-sais-tout déteste tout ce qui est susceptible de faire perdre des points à sa maison, suggéra Théodore tout aussi prudemment. Et c'est une des seules capables de tenir tête à Potter quand il s'énerve.
- Ils finiront probablement ensemble, plaisanta Daphné. Vous avez remarqué comme ils étaient proches pendant le cours de Soins aux Créatures Magiques ?
- Non, j'étais trop occupé à me faire attaquer par un hypogriffe, répliqua froidement Draco.
- En parlant de ça, Draco, qu'est-ce qui t'es passé par la tête pour aller l'insulter ? demanda Blaise.
Tous les Serpentards qui pouvaient entendre la conversation retinrent leur souffle. Blaise venait de poser la question qu'ils avaient tous en tête depuis qu'ils avaient appris ce qui était arrivé au leader de leur maison pendant l'après-midi. Blaise était le seul à avoir assez de nerfs pour oser une remarque aussi frontale.
Sans surprise, il ne reçut qu'un regard noir et une réponse sèche.
- Aucun professeur digne de ce nom n'aurait apporté une créature dangereuse en cours, et ce balourd vénère trop Potter pour lui faire prendre le moindre risque. La seule déduction logique était que cet hybride de malheur était parfaitement innofensif, et pas aussi agressif que le reste de sa pathétique espèce.
Personne n'osa contredire l'héritier Malfoy, mais ils détournèrent tous le regard en entendant l'explication bancale. Au bout de quelques secondes, Pansy s'approcha de Draco et coula un regard inquiet vers son bras blessé.
- Draky-chou, Pomfrey a dit que tu devais prendre une potion de sommeil ce soir pour t'aider à guérir, non ? Tu veux que je te la donne ?
- Tu n'es pas ma mère, Parkinson, siffla Draco en se levant. Et arrête avec ce surnom.
Dès que le Prince de Glace – le surnom avait définitivement été adopté à la fin de l'année précédente – eut fermé la porte de son dortoir, la tension se dissipa.
- Bien joué Pansy, approuva Daphné.
- Pas de problème, répondit la brune avec un clin d'oeil.
Tous les Serpentards étaient un peu plus sereins à l'idée de pouvoir évoquer l'évènement librement, et les conversations murmurées reprirent. Même Crabbe et Goyle échangèrent un regard et un haussement d'épaule avant d'aller s'asseoir dans un coin.
- On est d'accord que son explication ne tient pas la route ? lança Blaise pour la forme. Même un hypogriffe dressé à la perfection ne se laisserait pas traiter de grosse bestiole sans réagir.
- À mon avis, suggéra Théo, il n'a juste pas supporté que Potter ait autant de succès avec l'animal.
- En même temps, répliqua Blaise, qui aurait pu prévoir que – c'était quoi son nom déjà, Puck ? – réagirait comme ça ? Je veux dire, aucun hypogriffe ne s'incline jusqu'à toucher le sol face à un sorcier qu'il rencontre pour la première fois !
- Ça m'ennuie de l'admettre, Blaise, mais je pense que Finnegan a raison, grimaça Daphné. Le concept de normalité ne s'applique pas à Potter.
Tous les membres de leur petit groupe, Pansy comprise, hochèrent la tête d'un air à la fois solennel et résigné.
- Vous pensez que Draco aurait pu être... jaloux ? tenta l'italien sans trop y croire. Je veux dire, reprit-il en voyant les regards outrés, tout le monde rêve de chevaucher un hypogriffe. Et Potter a gagné le respect de celui-là en quoi, trois minutes ?
- Même pas, admit la brune à contrecoeur.
- On aurait tous voulu être à sa place, soupira Théo. Mais tout le monde n'est pas le héros de Griffondor. À mon avis, même Londubat ou Granger n'auraient pas eu autant de succès que Potter avec cet hypogriffe.
- Potter n'aurait pas dû avoir autant de succès avec cet hypogriffe, corrigea la blonde.
- On en revient au même point, objecta Pansy. Et je vois mal Draco être jaloux de qui que ce soit, encore moins de Potter, même pour avoir réussi à chevaucher un hypogriffe.
Blaise marmonna quelque chose qui ressemblait fortement à "peut-être qu'il était jaloux de l'hypogriffe" et Daphné, qui était la plus proche de lui, dut se mordre la lèvre pour s'empêcher de rire. La conversation tomba au point mort pendant quelques instants, et Théo brisa finalement le silence avec une pensée nettement plus négative.
- Qu'est-ce qui va se passer pour Puck, à votre avis ?
- Le père de Draco va exiger sa tête, répondit immédiatement Pansy. Lucius Malfoy n'est pas du genre à laisser son fils être blessé sans exiger réparation. Autant dire que Puck est déjà condamné.
- Pauvre hypogriffe, murmura Daphné avec un regard triste.
- Pas sûr, objecta Blaise. Vous avez entendu Potter au diner ? Il ne laissera pas Puck être tué sans se battre. Et soyons honnêtes deux minutes, Draco était en tort dans cette histoire.
- Mais est-ce que ça suffira ? objecta Pansy. Potter est peut-être le Golden Boy de Griffondor et le chouchou de Dumbledore, mais Lucius Malfoy est membre du conseil d'administration et un des sorciers les plus influents de Grande-Bretagne.
- Sans compter que Draco a annoncé publiquement son intention d'obtenir la mise à mort de Puck, appuya Théo. Si c'est une question d'honneur, Lord Malfoy ne lâchera pas l'affaire avant d'obtenir gain de cause.
Il y eut un nouveau silence, pendant lequel tout le groupe soupesa les probabilités et les pouvoirs en jeu. Aucun d'entre eux n'était certain de la façon dont cette histoire se terminerait. Au final, ce fut Daphné qui s'exprima, son visage un peu plus fermé et sombre qu'à l'accoutumée.
- J'espère pour Draco que Puck ne sera pas mis à mort, déclara-t-elle.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? fit Blaise en fronçant les sourcils. Il perdra la face si l'hypogriffe reste en vie.
- Mais il perdra Potter si l'hypogriffe meurt, répliqua doucement la blonde.
- Daphné, objecta Théo d'un air surpris, tu n'es pas sérieusement en train de suggérer-
À leur surprise à tous, ce fut Pansy qui interrompit le brun. Sa voix était calme, posée, et très éloignée de sa façon habituelle de parler lorsque l'héritier Malfoy était impliqué.
- Potter et Draco ne se détestent pas réellement. Ils ont une relation tordue à base de rivalité et d'insultes, développa-t-elle, mais c'est leur façon de communiquer. Draco a déjà frôlé les limites de ce que Potter peut supporter avec les Détraqueurs cet après-midi. S'il provoque la mort d'une créature innocente, Potter ne le lui pardonnera jamais.
Daphné hocha la tête, approuvant silencieusement la déclaration de son amie. Pansy semblait avoir pris conscience d'un certain nombre de choses pendant l'été, et la blonde avait remarqué les petits détails qui indiquaient que son comportement n'était désormais rien de plus qu'un rôle qu'elle s'amusait à jouer.
Théo et Blaise étaient muets, autant par l'analyse de Pansy que par le fait que ce soit elle qui l'ait exprimée. Après quelques secondes de réflexion, Blaise passa une main sur son visage.
- J'imagine qu'on n'a pas vraiment d'autre option qu'attendre de voir ce qui se passera, soupira-t-il.
- On peut faire confiance à Potter, je pense, sourit Théo d'un air malicieux. Après tout, quand il y a quelqu'un à sauver à Poudlard, c'est lui l'expert.
Quelques rires discrets accueillirent sa plaisanterie, et ils se levèrent tous pour rejoindre leurs dortoirs.
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À l'abri derrière les épais rideaux verts de son lit, Draco réfléchissait. Il n'était pas idiot et avait très bien compris que personne ne parlerait tant qu'il serait dans la salle commune. Une fois à l'intérieur de la chambre, un simple charme pour entendre ce qui se passait à travers la porte avait fait l'affaire.
La conversation que ses camarades avaient eu ne lui avait rien appris de nouveau. Aucun d'entre eux ne se mettrait en travers de son chemin, mais il était clair qu'ils n'approuvaient pas sa décision. Et par Salazar, si Draco était honnête avec lui-même – ce qui ne lui posait pas autant de soucis en temps normal – il devait bien admettre qu'exiger la mort de l'hypogriffe sur un coup de tête n'était pas sa meilleure idée.
Ou plutôt, aller insulter un hypogriffe n'était dès le départ pas sa meilleure idée. Draco avait agi sous une impulsion qu'il ne s'expliquait pas, et était conscient qu'il pouvait s'estimer heureux de s'en être simplement sorti avec le bras griffé au sang et pas arraché.
Grâce à Potter.
Encore.
Salazar, Draco avait essayé de l'humilier moins d'une demi-heure avant, et cet idiot de Griffondor s'était quand même placé entre lui et un hypogriffe en colère sans hésiter.
Draco était à un rien de hurler dans son oreiller pour évacuer sa frustration et son agacement, et seules les manières inculquées depuis son plus jeune âge l'en empêchaient. À la place, il écarta les bras en grand sur son matelas et lança un regard noir au plafond en sentant ses blessures se réveiller. Stupide Potter. Stupide, courageux Potter. Stupide, courageux et exceptionnel Potter. Dès qu'il y avait la moindre once de normalité dans sa vie, il fallait que tout vole en éclat et que le Golden Boy rappelle à tout le monde à quel point il était unique.
Et au hasard, quoi de mieux que d'obtenir la plus profonde marque de respect possible d'un hypogriffe, deux minutes après l'avoir rencontré ? Après avoir rappelé à tout le monde qu'il était un fourchelangue, évidemment, mais avant de sauver son rival d'un hypogriffe en colère.
Avec un soupir, Draco attrapa la potion qu'il avait posée à côté de lui et la vida d'un trait. La douleur était supportable, mais le sommeil lui ferait du bien. La possibilité de ne plus penser à Potter pendant quelques heures était également attirante. Fichu Potter et sa façon de systématiquement s'interposer entre Draco et n'importe quel danger pour le protéger. Fichu Potter avec son stupide sourire, ses stupides cheveux en bataille et ses stupides yeux trop verts qui brillaient après son vol.
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La Divination avait vraiment paru être une bonne idée quand Harry avait choisi ses options sur le formulaire. Vraiment. Mais maintenant qu'il était dans le grenier réaménagé de la tour Nord, autour d'une table, entouré de beaucoup trop de tentures pourpres et assis à côté de Ron, le Griffondor était en train de sérieusement réexaminer son choix.
- Bienvenue à tous, s'exclama une voix derrière une tenture, je suis le professeur Trelawney. Dans ce temple de la perception, nous allons apprendre à lever le voile qui obscurcit l'avenir !
Le brun observa quelques instants la femme qui venait de rentrer et comprit immédiatement pourquoi Fred et George avaient déclaré que la matière était drôle. Les cheveux de l'enseignante partaient dans tous les sens pour créer une sorte de halo châtain autour de sa tête, ses vêtements semblaient être constitués d'un étrange assortiment de robes marrons et de tuniques moldues de la période hippie, et les lunettes énormes qu'elle portait lui donnaient un air un peu fou.
Sa voix n'arrangeait rien, et les tonalités que la professeure avait utilisées transmettaient un mélange d'excitation et d'absence, comme si elle ne leur parlait pas vraiment à eux.
- Aujourd'hui, nous allons étudier l'art de lire dans les feuilles de thé, poursuivit-elle en se baladant parmi les tables. Oh, vous mon garçon !
Neville la regarda d'un air un peu perdu en comprenant qu'elle le désignait.
- Moi ?
- Comment va votre grand-mère ? s'enquit-elle d'un air contrit.
- Heu... bien, je crois ? répondit Neville avec une expression perturbée.
- Oh, mon pauvre petit... je n'en suis pas si sûre.
Pendant que Neville, en même temps que Seamus et Dean, regardait au fond de sa tasse pour essayer d'y trouver des symboles, Hermione renifla dédaigneusement.
- Tout le monde sait que la Divination est une branche douteuse de la magie, chuchota-t-elle.
- Hermione ! sursauta Ron. Depuis quand tu es là ?
- Moi ? J'ai toujours été là, tu n'as juste pas fait attention.
Harry allait ouvrir la bouche pour objecter qu'il était également certain que la sorcière venait juste d'apparaitre à leur table, quand celle-ci lui fit un clin d'oeil discret. Il prit aussitôt sa décision et haussa les épaules avant de s'adresser à Ron.
- Ron, 'Mione est là depuis le début, elle était juste cachée par les vapeurs de thé.
La blague fonctionna et les trois amis reportèrent leur attention sur la professeure, qui se dirigeait vers eux et pointa soudainement Harry du doigt.
- Oh, vous mon garçon ! Saturne occupait certainement une place dominante à votre naissance. Des cheveux noirs, une perte tragique à un âge si jeune, une taille moyenne... Je ne pense pas me tromper, mon cher petit, en affirmant que vous êtes né en plein hiver ?
Harry resta un moment sans savoir quoi répondre.
- Je suis né en juillet, fit-il finalement.
- En êtes-vous certain ?
Le Griffondor sentit sa mâchoire se décrocher et sut encore moins comment réagir à la question. Autour de lui, il entendit Hermione grogner son agacement et Ron tousser pour couvrir un rire. Trelawney se tourna vers ce dernier et lui demanda d'observer la tasse que Harry avait utilisée. Le roux ouvrit son manuel en vitesse et plissa les yeux pour essayer de trouver des formes au fond de la tasse.
- Heu alors... Harry a une espèce de croix bizarre, apparemment c'est de la souffrance. Et ça... je crois que c'est un soleil, et ça représente le bonheur.
Il redressa la tête vers le brun en donnant sa conclusion finale, l'air complètement perdu.
- Donc... Harry va souffrir, mais il va être heureux de souffrir ?
- Au moins, ça ne me changera pas de d'habitude, murmura Harry en cachant un sourire sous sa main.
À côté de lui, Hermione se mordit la lèvre pour ne pas rire. L'enseignante saisit la tasse des mains de Ron pour l'observer, et la reposa aussitôt avec un cri effrayé.
- Oh mon dieu !
Le reste de la classe sursauta et les trois Griffondors regardèrent dans la tasse pour essayer de comprendre ce qu'elle avait bien pu voir. Lorsqu'il releva la tête, Harry vit que la professeure était tremblante et le regardait avec un air de profonde pitié.
- Oh mon garçon... mon pauvre, pauvre garçon... vous avez le Sinistros !
- Le quoi ? demanda Harry sans comprendre.
Des petits cris s'échappèrent des tables voisines en entendant Trelawney, et le garçon à la cicatrice n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qu'ils venaient de Lavande et des soeurs Patil.
- Le Sinistros, fit Dean en lisant son manuel. Il prend la forme d'un énorme chien fantôme noir, c'est le présage le plus funeste qui soit. C'est un présage de Mort.
La classe entière se tut après l'avoir entendu, jusqu'à ce que Harry soupire lourdement et s'étire. Avant de s'exprimer, il laissa un petit sourire s'installer au coin de ses lèvres.
- Désolé pour le Sinistros, mais s'il veut me tuer, il y a une liste d'attente.
Ron le regarda d'un air incrédule. Au bout de deux secondes, Dean et Seamus explosèrent de rire, bientôt suivis par le reste des élèves présents. Même Hermione pouffa doucement, et la tension finit par disparaître. Seule la professeure continuait à le regarder d'un air triste.
- Mon cher enfant, comme il est brave de votre part de vouloir contrer un présage funeste avec un rire innocent ! Mais n'ayez pas trop d'espoir, le Sinistros parvient toujours à ses fins.
- Je ne suis pas inquiet professeur, répondit Harry avec tout le sérieux possible. Je suis certain de mourir. Un jour.
Les rires redoublèrent, et il fallut plusieurs minutes avant que le cours puisse reprendre, mais le Golden Boy était content de son effet. Si tout ce qu'il avait à faire en Divination était prédire sa propre mort et des séries d'épreuves douloureuses qu'il allait devoir affronter, la matière s'annonçait plus facile que prévu.
La fin de la leçon se termina avec Hermione qui était de plus en plus exaspérée, et lorsqu'ils sortirent du grenier-salle de classe, elle explosa dans les escaliers.
- Non mais quelle blague ! Vous l'avez entendue, un domaine qui requiert des dons innés et où les livres ne servent à rien ! Je n'arrive pas à croire que ce soit toujours considéré comme une matière sérieuse dans la meilleure école de Grande-Bretagne !
- Lavande avait l'air plutôt à fond, se moqua Ron.
- Padma et Parvati aussi, ajouta Harry en souriant.
- Oh par pitié ! grinça leur amie. Ce n'est qu'un tissu d'absurdités ! L'Arithmancie, ça c'est passionnant !
Neville fronça soudainement les sourcils.
- Attends une minute... je croyais que l'Arithmancie était à la même heure que la Divination ?
- Ne dis pas de bêtises, Neville, répliqua Hermione. Comment est-ce que je pourrais être à deux endroits en même temps ?
Devant l'air décidé de la sorcière, les trois garçons choisirent prudemment de ne pas explorer davantage le sujet, et redirigèrent la discussion sur le cours de Défense avec le nouveau professeur.
Lorsqu'ils arrivèrent dans la classe, toutes les tables avaient été repoussées contre les murs et les autres élèves étaient debout, tous réunis devant une vieille armoire. Harry ignora royalement la présence des Serpentards, et sourit à l'enseignant, qui lui rendit son sourire.
- Bonjour à tous ! déclara-t-il lorsque tous les élèves furent entrés. Je suis le professeur Lupin, c'est un plaisir de faire votre connaissance.
L'armoire derrière lui se mit à bouger, comme si quelqu'un venait de donner un coup depuis l'intérieur, et Lupin eut un petit sourire à l'attention de ses élèves.
- Est-ce que quelqu'un veut se risquer à deviner ce qu'il y a là-dedans ?
- Un épouvantard ! lança Dean.
- Exact, cinq point pour Griffondor, monsieur... ?
- Dean Thomas, professeur.
- J'imagine que vous avez déjà eu affaire à cette créature ?
- Il y en a eu un dans un buffet à vaisselle chez ma grand-mère, une fois.
Lupin hocha la tête, comme s'il s'attendait à la réponse. Il parcourut le groupe de troisième années du regard avant de poser une nouvelle question d'un air malicieux.
- L'un de vous peut-il me dire à quoi ressemble un épouvantard ?
- Personne ne le sait, répondit automatiquement Hermione. Les épouvantards prennent toujours la forme de ce qui nous effraie le plus.
- Excellent, miss... ?
- Hermione Granger, professeur.
- Hermione, dix points pour Griffondor. Dans cette classe, expliqua-t-il, nous allons étudier bon nombre de créatures terrifiantes, et il n'est pas impossible que vous vous retrouviez un jour face à elles. C'est pourquoi il est important que vous appreniez à contrôler votre peur, et les épouvantards sont un excellent moyen d'y parvenir sans mettre personne en danger.
Son regard se porta un instant sur le bras en écharpe de Malfoy, et il indiqua aux élèves de former une ligne. Lupin haussa un sourcil avec un sourire amusé, et Harry observa la file un instant avant de comprendre ce qui amusait l'enseignant. Tous les Griffondors étaient dans la première moitié, et tous les Serpentards dans la seconde.
- Bien, écoutez-moi attentivement, déclara Lupin lorsque le silence revint. Il existe un moyen très simple de neutraliser un épouvantard, et ce moyen, c'est le rire. Vous devez l'obliger à prendre une forme désopilante. Lorsque vous serez en face de lui, il faudra pointer votre baguette dans sa direction, et prononcer l'incantation Riddikulus. Répétez-la avec moi, Riddikulus !
Toute la classe répéta, et Harry prit sur lui de ne pas se retourner en entendant Malfoy qualifier le cours de riddikulus. Lorsque Lupin s'estima satisfait de la prononciation de ses élèves, il s'approcha du premier de la file.
Qui se trouvait être un Neville particulièrement mal à l'aise.
- Dites-moi, jeune homme...
- Neville Londubat, professeur.
Harry se demanda s'il était le seul à voir les yeux de l'enseignant s'agrandir pendant un instant avant de s'adoucir.
- Neville, quelle est votre plus grande peur ?
- Lprfser Rgue, marmonna Neville.
- Pardon ?
- Le professeur Rogue, répéta-t-il en devenant rouge de gêne.
Le reste de la classe se mit à rire, et Lupin lui-même ne put retenir un sourire avant d'ajouter d'un ton amusé.
- Ah, le professeur Rogue... il fait peur à tout le monde.
Harry vit le professeur réfléchir, et un éclat malicieux prendre progressivement place dans ses yeux noisettes.
- Vous habitez chez votre grand-mère, n'est-ce pas ?
- Oui professeur, mais je ne veux pas que l'épouvantard prenne sa forme non plus ! ajouta le brun en vitesse.
- Ne vous inquiétez pas. Je veux que vous visualisiez ses vêtements, et seulement ses vêtements, très clairement dans votre tête.
Neville eut l'air un peu perdu, mais ferma les yeux et commença à lister à voix haute.
- Elle a un grand sac à main rouge, un..
- Non, ne nous dites rien, l'interrompit Lupin. Si vous voyez ce sac, nous le verrons aussi.
Il s'approcha de Neville et lui murmura ses dernières consignes à l'oreille de façon à ce que personne d'autre ne puisse l'entendre. Neville regarda le professeur avec des yeux écarquillés par la surprise, et bien qu'Harry n'ait pas entendu la phrase, il sentit un pic de curiosité monter dans sa poitrine. Son intuition lui disait que ce qui allait se produire serait grandiose.
- Préparez votre baguette. Un, deux, trois.
À trois, Lupin lança un sort pour ouvrir l'armoire, et se plaça derrière Neville. La porte du meuble s'ouvrit dans un grincement sinistre, et une réplique parfaite du professeur Rogue en sortit. Il avança lentement vers Neville, avec un regard désapprobateur, et le Griffondor se figea avant de lever – difficilement – sa baguette et de la pointer vers l'épouvantard.
- Riddikulus !
En un instant, le professeur de Potions se retrouva affublé d'un ensemble tailleur et jupe en tweed gris et marron à carreaux, avec un col de fourrure brune et un chapeau décoré d'une sorte d'énorme oiseau empaillé sur la tête. Le fameux sac rouge complétait la tenue.
À la vision du stoïque Maitre des Potions dans une tenue pareille, toute la classe explosa de rire, Lupin avec ses élèves. L'image allait assurément faire le tour de l'école dès le déjeuner, et à voir l'hilarité du professeur de Défense, ce dernier n'avait aucun regret.
- Bravo Neville, excellent ! Vous avez tous compris ce que vous avez à faire ? Représentez-vous votre plus grande peur, et transformez-la en quelque chose d'amusant. Allons, en piste !
D'un coup de baguette, il activa un gramophone qui était un peu plus loin dans la pièce et s'appuya contre une table pour observer le spectacle sur une musique entrainante. Harry nota avec intérêt que Lupin était assez éloigné pour ne pas attirer l'épouvantard, mais assez proche pour intervenir en cas de besoin.
Neville se dirigea sur le côté, et tapa dans la main d'Harry quand celui-ci la lui tendit avec un sourire hilare. Ron était le suivant, et lorsqu'il s'avança, le professeur Rogue se changea immédiatement en énorme araignée dans un bruit de claquement de fouet. Le roux devint livide, mais sous les encouragements du professeur, parvint à prononcer l'incantation. L'araignée se retrouva avec un patin à roulettes à chaque patte et glissa lamentablement sur le sol, incapable de se relever. Le reste de la classe explosa de rire à la vision ridicule, et Ron s'écarta en retrouvant quelques couleurs.
Après lui, Parvati dut faire face à une momie et s'en sortit en la faisant trébucher sur ses propres bandelettes. Seamus rendit un Spectre de la Mort aphone, Dean enferma une main coupée dans une cage, et Padma transforma un gigantesque cobra en boîte à clown.
Toute la classe était en train de rire et les Griffondors réussissaient les uns après les autres, jusqu'à ce que ce soit au tour d'Harry. Lupin ne s'en aperçut pas immédiatement, toujours en train de rire devant le clown.
Dans un claquement de fouet, le clown se changea en une créature qui fit immédiatement perdre son sourire à Harry. Un voile noir déchiré flottait devant lui, deux mains osseuses en sortaient, et un froid sinistre sembla s'abattre sur la salle de classe. Le Golden Boy se pétrifia et n'entendit aucune des exclamations derrière lui. Il n'eut même pas le temps de lever sa baguette que le professeur se jeta devant lui en hurlant à l'épouvantard de changer de cible.
En une seconde, le Détraqueur se métamorphosa en lune à moitié cachée derrière un nuage et Lupin s'immobilisa.
- Riddikulus !
La lune se transforma en un ballon dégonflé qui vola de nouveau jusque dans l'armoire, et l'enseignant verrouilla la porte.
- Bien, je pense qu'on peut s'arrêter là pour aujourd'hui, fit-il avec un sourire nettement plus forcé que ses précédentes expressions. Pour la semaine prochaine, j'attends une rédaction sur les caractéristiques des épouvantards.
Pendant qu'ils récupéraient tous leurs affaires et qu'Hermione parlait déjà d'aller à la bibliothèque, Harry remarqua le regard que le professeur lui adressa. Lupin semblait hésiter à faire quelque chose, mais renonça et entreprit de remettre la salle dans son état habituel.
Au déjeuner, le garçon à la cicatrice ne put s'empêcher de se demander pourquoi la peur la plus profonde du nouvel enseignant de Défense était la lune. Il renonça toutefois à comprendre et retourna à la conversation concernant les autres formes de l'épouvantard.
À la fin de la journée, il apparut que Lupin était devenu rapidement populaire comme enseignant et avait fait une bonne impression à tous les élèves de l'école qu'il avait eu depuis le début de la semaine.
- Dommage que Malfoy n'ait pas eu le temps de passer, maugréa Ron pendant leur cours d'Astronomie. J'aurais bien aimé savoir de quoi ce fils à papa prétentieux a peur.
- Bonne question, admit Harry.
Il essayait tant bien que mal de se concentrer sur le ciel nocturne pour repérer les constellations qu'ils étaient censés dessiner ce soir.
- Imagine, on pourrait le terroriser sans problème et le ridiculiser devant tout le monde !
- Et prendre un mois de retenue avec Rogue, répliqua le brun.
Ron grimaça à l'idée, mais se remit rapidement à rire en repensant au professeur de Potions avec les vêtements de la grand-mère de Neville. Harry sourit avec son ami. L'image avait illuminé leur journée plus efficacement qu'une centaine de Lumos.
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La semaine passa rapidement, et s'acheva avec les sélections pour l'équipe de Quidditch. Harry eut tout juste le temps d'entrer dans le stade qu'Olivier lui annonça qu'il restait Attrapeur.
- De toute façon, ce n'est pas comme s'il y avait un seul autre volontaire pour le poste, ajouta-t-il avec un clin d'oeil.
Harry se sentit affreusement embarrassé, jusqu'à ce que Fred et George s'approchent de lui pour le taquiner. Ils conservèrent leurs postes de batteurs sans surprise non plus, et comme Olivier restait Gardien, les seuls postes réellement ouverts à la compétition pour l'équipe des rouge et or étaient ceux de Poursuiveurs. Malgré ses affirmations concernant sa future carrière en tant que joueur professionnel, Ron n'avait toujours pas osé se présenter.
Quand les trois autres lui posèrent la question, il éluda en disant qu'il visait le poste de Gardien et devrait donc attendre qu'Olivier soit diplômé pour tenter sa chance. Harry avait haussé un sourcil, mais s'était retenu de faire un commentaire. Il n'était pas impossible de changer de poste d'une année à l'autre, et intégrer l'équipe rapidement permettait de se familiariser avec tous les aspects pratiques.
Pendant leur première séance à la bibliothèque, Harry s'en était ouvert à Neville et Hermione. Celle-ci avait suggéré que le roux avait probablement peur de ne pas être sélectionné comme Poursuiveur, surtout face aux autres élèves plus agés et plus expérimentés qui visaient le poste. Neville avait ajouté d'un air embarrassé que Ron avait sans doute un léger complexe d'infériorité par rapport à Harry et aux jumeaux. Le Golden Boy avait décrété qu'il n'y avait aucune raison pour ça, mais devant les regards butés de ses amis, avait fini par lâcher l'affaire.
Les trois Griffondors étaient retournés à leurs devoirs, et en repartant, ils notèrent en riant que madame Pince les saluait désormais tous les trois avec un sourire.
Commentaire de la bêta : que d'évènements dans ce chapitre ! Quel a été votre cours préféré ? J'avoue avoir un faible pour Rogue en vieille dame X) On se revoit dans deux semaines !
