A/N : Suite à la demande (somme toute parfaitement justifiée x)) de Pakalos, je vais désormais essayer de mettre des mini résumés du chapitre précédent.
Résumé du chapitre 5 :
Après la dispute de Harry et Hermione dans la Grande Salle, les Serpentards discutent de l'attitude de Draco, avec puis sans lui. Draco écoute en cachette, et réfléchit de son côté à Harry. Harry a son premier cours de Divination et s'y amuse bien en apprenant qu'il est (encore) censé mourir. Griffondors et Serpentards ont leur premier cours de Défense et Lupin les met face à un épouvantard (Rogue se retrouve affublé des vêtements de la grand-mère de Neville). Les sélections pour l'équipe de Quidditch de Griffondor ont lieu, Harry reste Attrapeur et Ron ne tente pas sa chance.
Sur ce, bonne lecture !
Le premier weekend de sortie à Pré-Au-Lard arriva rapidement. Sans trop y croire, Harry accompagna Neville, Ron et Hermione aux portes du château pour essayer de négocier avec McGonagall.
- Professeur, s'il vous plait !
- Non, Potter, les règles sont mises en place pour une bonne raison et je ne peux pas vous laisser sortir sans une autorisation signée.
- Mais si vous la signez, ça pourrait...
La professeure de Métamorphose l'interrompit avec l'aisance que confère une longue pratique.
- Seul un parent ou un tuteur peut autoriser un élève mineur à aller à Pré-Au-Lard, rappela-t-elle fermement. Comme je ne suis ni l'un ni l'autre, ma signature ne vous servirait à rien.
- Mais professeur, protesta Harry.
- Potter, je ne peux pas vous laisser sortir. Vous retrouverez vos amis à leur retour.
Le brun soupira en voyant sa directrice de maison s'éloigner pour regrouper les autres Griffondors, et se tourna vers ses amis. Les trois avaient un air embarrassé par la situation.
- Harry, je suis vraiment désolée, fit Hermione. Si tu veux, je peux rester à l'école avec toi ?
- Merci 'Mione, mais non, répondit-il avec un petit sourire. Allez-y, et on se retrouve plus tard.
- Tu es sûr ? insista Neville.
Le garçon à la cicatrice hocha la tête, et les trois Griffondors s'éloignèrent à contrecoeur, après que Ron lui ait promis de lui rapporter des bonbons. Harry se retint de justesse de lever les yeux au ciel en l'entendant. Ils se connaissaient depuis deux ans, et Ron n'avait toujours pas compris qu'il n'aimait pas le sucre...
Après un autre soupir, Harry retourna à l'intérieur du château avec l'intention d'aller rendre visite à Artémis. Quitte à être seul, autant en profiter pour aller voir la basilisk sans recevoir de questions indiscrètes sur l'endroit où il disparaissait. Cependant, il avait à peine commencé à monter un escalier pour retourner à la tour de Griffondor qu'une voix l'appela.
- Harry !
Le Griffondor se retourna et sourit au professeur de Défense. Les premières semaines avaient jusqu'à présent confirmé l'intuition qu'il avait eue au sujet de Lupin. C'était un enseignant compétent, qui n'hésitait pas à encourager ses élèves lorsqu'ils étaient en difficulté. Et il avait fait preuve de fermeté dans ses punitions à chaque fois que les tensions entre Griffondors et Serpentards étaient sur le point de dégénérer.
- Professeur Lupin, le salua-t-il.
- Je pensais que vous iriez à Pré-Au-Lard avec les autres.
Le sourire d'Harry se teinta d'amertume.
- Je n'ai pas d'autorisation signée.
- Je vois, répondit doucement l'enseignant. Voudriez-vous prendre un thé dans mon bureau, dans ce cas ?
Harry fut surpris par la proposition, mais accepta avec un sourire. Contrairement à Rogue, Lupin n'avait pas l'air d'être un Légilimens et s'était montré aimable avec lui dès le début. Et Harry se sentait instinctivement à l'aise avec le nouveau professeur de Défense, ce qui était en général un bon signe.
Lorsqu'il entra dans le bureau de l'enseignant, le Golden Boy fut surpris de constater la différence qu'il y avait entre la façon dont Lockhart avait aménagé la pièce, et ce que Lupin en avait fait. Des objets liés à sa matière étaient disposés un peu partout et le bureau dans le coin droit était couvert de copies, mais le reste de la petite salle était remarquablement sobre et rangé. Il n'y avait aucune photo aux murs, mais le feu qui brûlait dans la cheminée permettait de conserver une ambiance vivante et chaleureuse dans la pièce.
Harry se retrouva rapidement assis dans un fauteuil avec une tasse fumante dans les mains, et un plateau avec des biscuits sur la petite table entre lui et l'enseignant.
- Pas trop déçu de ne pas pouvoir sortir ? demanda gentiment Lupin.
- Un peu, mais je m'en remettrai, répondit le brun en haussant les épaules. Merci pour le thé, professeur.
Lupin hocha la tête et l'observa pendant quelques instants. Toutefois, Harry remarqua que son regard était différent de ceux qu'il recevait habituellement. Au lieu de fixer sa cicatrice, le professeur semblait regarder tout son visage, comme s'il reconnaissait quelqu'un.
- Je ne m'attendais pas à ce que l'épouvantard se transforme en Détraqueur face à vous, déclara finalement Lupin.
Harry fut surpris. Lui ne s'attendait pas à ce que le professeur évoque de nouveau ce sujet.
- Pourquoi ? Vous pensiez qu'il prendrait la forme de quoi ?
- Je pensais qu'il prendrait l'apparence de Lord Voldemort, admit Lupin sans hésiter sur le nom. Mais ce Détraqueur démontre une bravoure hors du commun et une grande sagesse. Cela signifie que votre plus grande peur, c'est la peur elle-même.
Le Griffondor se rappela de tout ce que Tom lui avait appris sur les Détraqueurs, et serra sa tasse de thé un peu plus fort en fixant le breuvage d'un air absent.
- Ils nous forcent à revivre nos pires souvenirs, chuchota-t-il. Je ne vois pas ce qu'il peut y avoir de plus effrayant qu'être piégé dans les pires moments de ma vie.
Du coin de l'oeil, Harry eut le temps de voir Lupin sembler surpris par ses connaissances sur le sujet.
- C'est exact, approuva l'enseignant. C'est ce qui les rend si cruels, et qui les... qualifie, si je peux dire, pour être les Gardiens d'Azkaban. Du moins d'après le Ministère.
- Forcer des gens, même des criminels, à rester constamment entourés par des Détraqueurs... Ce n'est pas une punition, c'est de la torture, siffla Harry.
Une fois de plus, Lupin parut surpris par l'attitude de Harry. L'enseignant allait suggérer quelque chose lorsque la porte de son bureau s'ouvrit en claquant sur le professeur de Potions.
- Lupin ! Est-ce que je dois vraiment vous rappeler pourquoi il est indispensable de... Potter, qu'est-ce que vous faites ici ?
- Harry a aimablement accepté de me rejoindre pour un thé. Merci, Severus.
Le professeur de Défense avait saisi la petite bouteille que Rogue avait apporté avec lui, et en but rapidement le contenu. Harry eut à peine le temps de se lever que le maitre des Potions était déjà reparti après leur avoir lancé un regard noir à chacun.
- Il est toujours vexé à cause de l'épouvantard, expliqua Lupin avec un sourire innocent. Apparemment, même Dumbledore en a entendu parler.
- S'il ne terrorisait pas Neville à chaque cours, il n'aurait pas eu ce problème, rétorqua Harry.
Lupin eut un petit rire, et murmura quelque chose trop bas pour que Harry puisse l'entendre.
- Professeur ?
- Ce n'est rien Harry, juste... des souvenirs, sourit l'enseignant.
Le garçon à la cicatrice observa Lupin d'un air curieux, mais n'insista pas et laissa la conversation retourner sur des sujets plus neutres, comme le match de Quidditch entre Griffondor et Poufsouffle qui allait avoir lieu dans deux semaines. Harry avait découvert au match d'ouverture que Lupin était un ancien Griffondor, et n'avait aucune honte à soutenir ouvertement l'équipe de sa maison. Le professeur de Défense l'avait d'ailleurs chaudement félicité pour son adresse après qu'il ait attrapé le Vif d'Or et permis à Griffondor de l'emporter sur Serpentard.
Harry sortit de son bureau une heure et demie plus tard, avec l'impression d'avoir passé un bon moment. Il avait au passage découvert que certains des biscuits étaient peu sucrés tout en ayant un goût prononcé de chocolat et de cannelle, deux saveurs qu'il avait trouvées particulièrement réconfortantes. Le Griffondor se promit de faire un tour aux cuisines à l'occasion, pour demander s'il était possible d'en avoir de temps en temps au petit-déjeuner.
En attendant, il avait encore du temps avant la fin de l'après-midi et décida de retourner à son programme précédent. Le Griffondor se rendit jusqu'à son dortoir, attrapa sa cape et le journal de Tom, et hésita entre le passage dans la salle de Potions et celui de la bibliothèque. Finalement, il opta pour celui de la salle de Potions en espérant que Rogue ne s'y trouverait pas. En descendant les marches, le jeune Griffondor se promit d'utiliser un autre passage pour remonter.
-o-oOo-o-
Artémis fut heureuse de revoir Harry si tôt, et ils passèrent un long moment à juste profiter de la présence de l'autre, avant d'essayer de voir ce qu'ils pouvaient faire avec leur lien. Le transfert des émotions s'était affiné depuis le début de l'été, et Harry pouvait désormais les identifier avec davantage de précision. La basilisk lui avait fièrement déclaré pendant leurs premières retrouvailles qu'elle pouvait désormais le localiser sans hésiter dans Poudlard. Ils ne pouvaient pas encore échanger des images ou des mots, mais Artémis semblait certaine que ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils en soient capables.
Harry s'entraina ensuite un long moment à la magie informulée, puis à la magie sans baguette. La seconde était nettement plus instinctive pour lui, et par curiosité, il tenta un Wingardium Leviosa informulé et sans baguette sur sa cape d'invisibilité.
À sa grande surprise, la cape s'éleva dans les airs et suivit le mouvement de sa main avec seulement quelques tremblements. Du moins, jusqu'à ce qu'Artémis fasse sursauter Harry en faisant tomber une pierre et que la cape atterrisse sur la tête de la basilisk. La vision de son familier avec seulement un long corps et une tête invisible fit rire Harry pendant un moment, avant que la Reine des Serpents se débarrasse du vêtement dans un sifflement vexé.
Le Griffondor décida de contacter Tom, pour le mettre au courant de ce qui s'était passé dernièrement et qui aurait pu être important. Leur échange demeura bref, mais Harry était content de pouvoir passer un peu de temps avec son ami. Il lui parla également de ses progrès dans les exercices que l'ancien préfet lui avait donnés, ce qui lui valut des félicitations enthousiastes... et des exercices supplémentaires pour les semaines à venir.
Lorsqu'il revint dans son corps, Harry vérifia l'heure et dit au revoir à son familier avant d'emprunter une des têtes de serpent au hasard. Lorsqu'il arriva en face de l'habituelle porte en pierre surmontée d'une gravure de serpent, le Griffondor lança un sort pour détecter la présence d'autres sorciers dans un rayon proche. Tom lui avait appris ce sort deux semaines plus tôt, lorsque Harry lui avait fait part de sa volonté d'explorer davantage les passages secrets de la Chambre.
Avoir un ancien major de promotion – et mage noir reconverti – comme mentor pouvait s'avérer extrêmement pratique.
Le sort lui indiqua qu'aucun sorcier ne se trouvait dans un rayon de cinq mètres de l'autre côté du mur, et Harry souffla de soulagement avant de s'adresser au blason gravé en face de lui.
- Ouvre-toi.
Le mur s'avança rapidement, et le Griffondor pâlit en entendant une série de couinement effrayés. Sa peur se changea en soulagement lorsqu'il vit le premier elfe de maison entrer dans son champ de vision, et il enleva sa cape.
- Désolé de vous avoir fait peur, s'excusa-t-il.
Il siffla pour refermer le passage derrière lui, et constata qu'il était bel et bien dans les cuisines, probablement dans le coin le plus reculé de celles-ci. En y réfléchissant, il était logique qu'une des issues mène aux cuisines, ne serait-ce que pour s'assurer un accès à une source de nourriture. Une fois de plus, Harry réalisa à quel point Salazar Serpentard s'était montré prudent et prévoyant dans la création de sa Chambre des Secrets.
- Monsieur Harry Potter ! s'exclama un des elfes.
- Bonjour, sourit le sorcier. Excusez-moi pour le dérangement, je n'avais pas l'intention de vous effrayer.
Tous ceux qui étaient autour de lui ouvrirent encore plus grand leurs yeux déjà énormes. Harry se rappela soudainement de Dobby et des quelques sermons enflammés d'Hermione sur la façon dont les elfes de maison étaient traités. Même à Poudlard, peu de sorciers avaient dû faire preuve de politesse en les rencontrant. Bientôt, Harry se retrouva submergé par des offrandes alimentaires en tout genre, qu'il eut le plus grand mal à repousser.
- Je n'ai besoin de rien, je vous assure ! s'exclama-t-il après le dixième muffin. Juste... est-ce que vous pourriez ne rien dire à personne sur ce passage secret ? J'aimerais pouvoir l'utiliser de temps en temps.
- Missy et les autres garderont le secret de Harry Potter, affirma l'une des elfes. Missy et les autres seront muets comme des tombes, monsieur Harry Potter !
- Merci, sourit le Griffondor avec chaleur.
- Est-ce que Missy peut faire quelque chose d'autre pour monsieur Harry Potter ?
L'espoir et le besoin de rendre service qui brillaient dans les yeux admiratifs des elfes autour de lui mirent le sorcier brun mal à l'aise. Même s'ils avaient réellement l'air heureux, leur situation était trop semblable à de l'esclavage et à ce que lui-même vivait tous les étés. Harry se força toutefois à ne rien laisser paraître pour ne pas les décevoir, et eut soudain une idée. Il y avait pensé un peu plus tôt, après tout, et il s'agissait sans doute d'un bon compromis.
- En fait, je me demandais... c'est vous qui avez fait les biscuits à la cannelle et au chocolat que le professeur Lupin avait dans son bureau ? demanda Harry. Ceux qui n'étaient pas très sucrés ?
- Dully les a préparé, monsieur Harry Potter, fit un elfe en s'avançant timidement.
- Ils étaient vraiment très bons, le complimenta le Griffondor. Est-ce que tu crois que tu pourrais en faire de temps en temps pour le petit-déjeuner ?
Un couinement émerveillé s'échappa de l'elfe, qui donnait l'impression d'être prêt à bondir de joie dans la cuisine.
- Ce sera un honneur monsieur Harry Potter, Dully les fera tous les jours pour Harry Potter, Dully est honoré que ses biscuits plaisent à un grand sorcier !
- Peut-être pas tous les jours, tempéra Harry. Je ne mange pas grand-chose de sucré, en général.
Il y eut un instant de silence, pendant lequel une vingtaine d'elfes de maison se mirent à le fixer intensément. Harry eut tout juste le temps de déglutir, avant d'être enseveli sous une nouvelle avalanche de nourriture et de questions sur ses préférences alimentaires.
Le Garçon-qui-a-Survécu sortit des cuisines vingt minutes plus tard, avec un petit sac de biscuits dans les mains et l'impression d'avoir dû répondre à un millier de questions. Il ne connaissait même pas la moitié des plats dont les elfes lui avaient parlé, et un bon quart des ingrédients mentionnés lui était parfaitement inconnu.
-o-oOo-o-
Au diner, toutes les conversations tournèrent autour de Pré-Au-Lard et de la sortie du jour. Hermione avait bien tenté de parler d'autre chose pour éviter à Harry de se sentir à part, mais en voyant que son ami avait l'air d'avoir passé une très bonne après-midi de son côté, elle renonça et laissa la conversation se dérouler naturellement.
En sortant de la Grande Salle, Ron se frappa soudainement le front.
- Merlin Harry, j'ai complètement oublié de te rapporter des bonbons de chez Honeydukes !
Le brun allait lui répondre que ce n'était pas grave, quand un soupir exaspéré se fit entendre juste derrière eux.
- Sérieusement Weasley, depuis deux ans que tu traines avec Potter, tu n'as toujours pas remarqué ? Je sais qu'un cyclope aveugle aurait un meilleur sens de l'observation, mais tout de même...
Harry se tourna immédiatement, les sourcils froncés, pour faire face à Malfoy et le reste des Serpentards de troisième année.
- De quoi tu te mêles, Malfoy ? grogna Ron. Reste avec tes serpents !
- Est-ce que c'était censé être une insulte ? fit Blaise en prétendant poser sérieusement la question.
Hermione et Neville remarquèrent immédiatement le type de regard – amusé mais pas agressif – des membres de leur maison rivale. Harry était sur la défensive, prêt à répliquer si besoin, mais son attention était uniquement focalisée sur Malfoy.
- On sait comment vous êtes à Serpentard, cracha Ron. Perfides et jaloux, tout ce que vous savez faire, c'est pourrir la vie des autres !
- Que d'animosité, s'amusa Théo en haussant un sourcil moqueur. Permets-moi de te rassurer, Weasley, personne ici ne cherche à pourrir ta vie.
- Tu t'en charges très bien tout seul, compléta Pansy en observant ses ongles manucurés. Tout le monde peut voir à quel point tu es la cinquième roue du carrosse dans le groupe de Potter.
- Draco était simplement intervenu pour t'éviter une humiliation cuisante, voilà tout, ajouta Daphné en papillonnant des cils.
Ron fronça les sourcils, à court d'insultes pendant un instant suite à l'enchainement fluide des répliques. Hermione intervint avec tout le calme qu'elle pouvait invoquer en présence des Serpentards.
- De quoi est-ce que vous parlez exactement ? demanda-t-elle prudemment.
Draco poussa un soupir exaspéré et leva les yeux au ciel.
- Potter ne mange jamais de bonbons, ni quoi que ce soit de sucré. Il fait peine à voir à chaque festin d'Halloween depuis deux ans et il a toujours l'air aussi perdu qu'un Niffleur sans son or quand les desserts arrivent.
Harry sentit sa mâchoire se décrocher sous la surprise pour former un "o" probablement assez ridicule. Hermione et Neville lui jetèrent un coup d'oeil rapide avant de se rapprocher de leur ami pour se tenir à ses côtés dans une posture protectrice.
- Ben voyons ! se moqua Ron. Bien sûr qu'Harry mange des desserts et des tas de trucs sucrés, pas vrai Harry ?
Le garçon à la cicatrice se remit finalement de sa surprise, mais n'eut pas le temps de répondre avant que Neville prenne la parole d'un ton excessivement calme, suivi par Hermione qui avait ajouté une certaine froideur menaçante au sien. Les deux avaient les yeux rivés sur le groupe de Serpentards.
- Harry est facilement écoeuré par la quantité de sucre dans un plat.
- C'est pour ça qu'il ne touche jamais à quoi que ce soit de plus sucré qu'un fruit. Ça vous pose un problème ?
L'héritier Malfoy eut un sourire satisfait, et se mit à tranquillement observer ses ongles.
- À titre personnel, je m'en fiche comme de mon premier balai.
- Mais entre nous, Potter, poursuivit Blaise, c'est assez pathétique que Weasley ne soit pas capable de se rappeler d'un détail aussi conséquent.
- Surtout en sachant qu'il raconte partout qu'il est ton meilleur ami, ajouta Théo.
- Quand je pense que c'est ton rival qui doit lui ouvrir les yeux, poursuivit Daphné avec un soupir dramatique.
- J'imagine que ça montre bien la différence entre Griffondor et Serpentard, acheva Pansy. Au moins nous, nous sommes aussi attentifs à nos alliés qu'à nos adversaires.
Le visage de Ron vira au cramoisi, mais les répliques s'enchainaient trop rapidement pour qu'il puisse répondre à un seul d'entre eux avant que le suivant prenne la parole.
- Je t'avais prévenu en première année, Potter, déclara Draco en regardant son rival droit dans les yeux. Tous les sorciers ne se valent pas. Tu aurais dû accepter mon offre.
Et sur cette ultime réplique, le groupe d'élèves vert et argent s'éloigna enfin de la Grande Salle pour se diriger vers les donjons. Ce fut à cet instant que les quatre Griffondors remarquèrent l'attroupement qui s'était formé. Plus précisément, lorsque Dean émit un long sifflement admiratif.
- Ça, c'est ce qui s'appelle se faire remettre à sa place !
Personne n'eut le temps d'ajouter quoi que ce soit avant que Ron, le visage toujours rouge vif, se tourne vers Harry et commence à crier.
- Pourquoi tu ne leur as pas répondu !?
- Qu'est-ce que tu voulais que je leur dise ? répliqua Harry.
- Oh je ne sais pas, ironisa le roux, peut-être que tu aurais pu me défendre !? Et leur dire en face qu'ils étaient des menteurs !?
- Ron, intervint Hermione, ils n'ont pas menti. Harry ne mange jamais rien de sucré.
- N'importe quoi, tout le monde mange des bonbons et des desserts !
Le Golden Boy commença à sentir la colère monter. Il était prêt à défendre ses amis bec et ongle lorsqu'ils étaient insultés, mais le comportement de Ron était en train de l'agacer prodigieusement. Harry écarta doucement Hermione en posant une main sur son bras, et se tourna vers le sorcier roux.
- Pas moi. Le sucre m'écoeure, et c'est comme ça depuis la première année, ajouta-t-il d'une voix glaciale.
- Et pourquoi tu ne l'as jamais dit alors !? l'accusa Ron.
- Ça n'a rien d'un secret, répliqua Harry. Je n'ai pas eu besoin d'en parler pour qu'Hermione et Neville le remarquent, ou pour qu'Olivier, George et Fred le remarquent, et apparemment même Malfoy et sa bande s'en sont rendu compte tous seuls.
- Et tu es prêt à me laisser tomber pour eux c'est ça !?
Harry inspira profondément afin de conserver le fragile semblant de calme qu'il était parvenu à maintenir jusque-là.
- Ron, je ne suis pas du genre à laisser tomber mes amis. Mais je ne vais pas insulter Malfoy simplement parce qu'il a remarqué une de mes habitudes alimentaires alors que tu n'en as pas été capable.
- Parce que tu vas me faire croire que tu retiens les préférences des autres toi peut-être !?
La réplique était prévisible et lâche, mais Harry sentit l'accusation et la volonté de renvoyer l'humiliation aussi clairement que si le sorcier avait essayé de le gifler. Le héros de Griffondor regarda Ron droit dans les yeux et sa voix prit une tonalité glaciale.
- Ton plat préféré est le poulet frit sous toutes ses formes, même si tu préfères les ailes. Tu n'as pas de dessert préféré à proprement parler puisque tout ce qui contient suffisamment de sucre trouve grâce à tes yeux. Le plat préféré d'Hermione est le saumon aux épinards et les desserts qu'elle préfère sont ceux à la menthe. Le plat préféré de Neville est un morceau de boeuf grillé avec des légumes, et son dessert favori est le pain d'épices avec de la crème anglaise. Et tu sais quoi, Ron ? Je peux même te dire que le plat préféré de Malfoy est le filet mignon aux girolles et qu'il a un faible pour les macarons à la vanille.
Sa réplique s'acheva comme un coup de fouet. Sans un mot de plus, le Golden Boy tourna les talons et s'éloigna en direction de la tour de Griffondor, Hermione et Neville à sa suite. Les deux Griffondors étaient restés muets, et paraissaient à la fois touchés et embarrassés à l'idée qu'Harry ait pu identifier leurs plats préférés sans hésiter.
Une fois que Harry fut parti, le reste des élèves se mit progressivement en mouvement dans un vrombissement constant de commentaires sur la scène qui venait d'avoir lieu. Tous évitèrent le sorcier roux qui était resté ahuri au milieu du chemin.
La scène était déjà en train de faire le tour de l'école lorsque Flint rattrapa le groupe de Serpentards de troisème année.
- Draco !
L'héritier Malfoy se retourna vers le capitaine de l'équipe de Quidditch de sa maison, l'air vaguement curieux et ennuyé d'avance par leur conversation.
- Ton plat préféré, c'est vraiment le filet mignon aux girolles ?
Le blond haussa un sourcil avant de répondre. La question était indubitablement différente de ce à quoi il s'était attendu.
- Dans ce qu'ils servent à Poudlard, oui, admit Draco. Pourquoi ?
Flint eut un grand sourire sadique, et Blaise, Daphné, Théo et Pansy sentirent aussitôt venir la rumeur scandaleuse et délicieusement intéressante.
- Disons qu'après ton départ, Weasley a été assez stupide pour se retourner contre Potter...
- Mais quel imbécile, commenta Blaise en levant les yeux au ciel.
- ... et a sous-entendu que lui non plus ne retenait pas les préférences de ses amis.
Draco demeura impassible, mais sentit la curiosité monter malgré tout. D'après les yeux brillants de son cercle rapproché, il en allait de même pour eux.
- Et alors, demanda Daphné, comment a réagi Potter ?
- Il a listé le plat et le dessert préféré de Weasley, puis ceux de Granger et de Londubat. Et pour faire bonne mesure, il a ajouté ceux de Draco. Selon lui, et je cite directement Potter, Malfoy a un faible pour les macarons à la vanille.
Tous les yeux se tournèrent sur le leader de leur maison, qui resta de marbre.
- Draco ? demanda Théo d'une voix incrédule.
- La vanille est un parfum raffiné qui correspond parfaitement à la délicatesse des macarons, déclara finalement le blond. N'importe qui sait qu'il s'agit de la meilleure association possible.
Daphné et Blaise écarquillèrent les yeux, et Flint siffla.
- Il faut que je le dise aux autres ! ricana le capitaine. Weasley est resté planté comme un malpropre au milieu du chemin après le départ de Potter et tout le monde se demande si le héros de Griffondor est observateur au point de connaître les plats préférés de son rival depuis l'autre côté de la Grande Salle.
Flint repartit aussi vite qu'il était venu, et Draco reprit son chemin initial vers la salle commune de Serpentard en accélérant le pas. Le reste du groupe le suivit avec un léger décalage.
- Une minute, une minute ! s'exclama Blaise en le rattrapant. Draco, même nous on n'était pas au courant pour les macarons à la vanille, tu ne vas pas me dire que ça ne te fait rien que Potter l'ait remarqué ?
- Et pourquoi le fait que Potter connaisse mes préférences devrait me faire quelque chose ?
- Oh, pas la peine de jouer au Sang-pur parfait avec nous, Draky-chou ! roucoula Pansy. Tout le monde est flatté par ce genre d'attentions !
- Je ne suis pas tout le monde, Parkinson.
Le groupe tenta d'obtenir une réaction de l'héritier Malfoy jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la salle commune et que Draco, exaspéré, aille s'enfermer dans la salle de bain pour prendre une douche. Pansy et Daphné restèrent bouder dans la salle commune, mais se mirent à pouffer en voyant que Blaise et Théo revenaient également bredouilles. Le Prince de Glace était apparemment trop bien entrainé pour craquer face à eux.
- On aurait dû rester un peu plus longtemps au lieu de partir, soupira la blonde après que leur hilarité commune se fut calmée.
- Potter qui remet Weasley à sa place, la scène devait être grandiose, approuva Blaise avec une pointe de regret.
- Et surtout, je suis sûre qu'on aurait pu voir Draco rougir s'il avait assisté à la scène en temps réel, ajouta Pansy.
- Vous croyez qu'ils ont conscience que maintenant toute l'école sait que Potter et Draco connaissent chacun les plats préférés de l'autre ? sourit Théo.
Les trois immenses sourires qui accueillirent sa question lui suffirent comme réponse.
-o-oOo-o-
Dans les escaliers qui menaient à la tour de Griffondor, Harry parvint à se calmer progressivement en montant les marches deux par deux. Derrière lui, Hermione et Neville peinaient à suivre le rythme mais connaissaient assez bien leur ami pour savoir qu'il valait mieux lui laisser le temps dont il avait besoin. Un regard entendu leur avait suffit pour s'accorder sur le fait que Ron était allé trop loin en étant aussi agressif.
- Vous pensez que j'ai exagéré ? demanda finalement Harry en ralentissant.
Hermione reprit son souffle et hésita un peu avant de répondre.
- Tu y es peut-être allé un peu fort, et ce n'était pas l'idéal de le faire devant tout le monde, mais...
- Mais Ron l'a cherché en te criant dessus à cause d'un manque d'observation de sa part, termina Neville d'un air décidé malgré son essoufflement. Il aurait pu assumer son erreur et les choses en seraient restées là.
- Je crois que j'étais toujours sous le choc d'apprendre que même Malfoy était au courant, fit Harry en passant une main dans ses cheveux.
- En parlant de Malfoy, tu as lancé des noms de plats au hasard ? demanda la sorcière.
Le Golden Boy la regarda d'un air surpris.
- Bien sûr que non ! Tu n'avais pas remarqué, 'Mione ?
- Harry, fit Neville en riant, Malfoy est assis à l'autre bout de la Grande Salle. À moins de passer tous les repas à l'observer, aucun Griffondor ne pourrait dire quels sont les plats préférés d'un Serpentard !
Harry se sentit une certaine chaleur colorer ses joues, et reporta ses yeux sur les escaliers en marmonnant des propos à demi incompréhensibles. Ce n'était pas sa faute s'il passait autant de temps à observer le Serpentard blond, son rival avait toujours l'air d'être en train de comploter contre lui. En bon Griffondor-qui-aurait-pu-être-Serpentard, il ne voulait pas être pris de court. Forcément, au bout d'un moment, Harry avait commencé à remarquer quelques menus détails. Comme le fait que Malfoy avait l'air de détester les petits pois, par exemple, ou qu'il était particulièrement difficile concernant le choix d'une sauce pour accompagner son plat. Ou qu'il prenait toujours au moins deux verres de jus de fruit au petit-déjeuner.
- ... Harry !
La voix d'Hermione le sortit de ses pensées, et le garçon à la cicatrice se tourna vers sa meilleure amie.
- Qu'est-ce qu'il y a, 'Mione ?
- Ça fait trois fois que je t'appelle ! Il y a quelque chose de bizarre, les tableaux sont agités.
Harry lança un coup d'oeil aux murs, et constata qu'en effet, tous les occupants des tableaux semblaient chuchoter nerveusement et passer d'un cadre à l'autre avec une frénésie inhabituelle. Un frisson parcourut le Griffondor, et il accéléra le pas, avant de s'immobiliser devant le tableau de la grosse dame.
- Par Merlin, murmura Neville d'une voix étranglée, qu'est-ce qui s'est passé ?
Cinq minutes plus tard, une nuée de Griffondors était devant le tableau censé garder l'entrée de leur salle commune. McGonagall et Dumbledore arrivèrent peu de temps après, accompagnés par Rusard et Pomfrey.
La toile avait été déchirée à l'aide d'un objet tranchant à plusieurs endroits, et avait même laissé des marques dans le bois. Le directeur s'approcha, effleura la peinture du bout des doigts et recula de quelques pas.
- Argus, veuillez réquisitionner les fantômes et les portraits pour retrouver la grosse dame.
- Ce ne sera pas nécessaire monsieur le directeur, répliqua le concierge. La grosse dame est là.
Il pointa du doigt un énorme tableau représentant un rhinocéros, derrière lequel se cachait la piètre cantatrice, tremblante de peur. Tous les élèves et les professeurs se ruèrent vers la peinture pour en savoir plus, mais Dumbledore parvint à obtenir assez de calme pour s'adresser au portrait et lui faire sortir la tête de sa cachette.
- Qui a osé vous faire une chose pareille, madame ?
- I-Il a voulu entrer, mais j'ai refusé ! hoqueta-t-elle. Il a les yeux d'un démon !
- Qui donc ?
- SIRIUS BLACK ! cria-t-elle avant de retourner se cacher derrière l'animal.
Avant que les cris de terreur envahissent la tour, McGonagall lança un Sonorus.
- Silence ! Gardez votre calme, jeune gens !
La marée d'élèves se figea, mais la plupart d'entre eux avaient l'air prêts à fuir ou s'évanouir. Harry vit les sourcils du directeur se froncer pendant une seconde, puis Dumbledore lança un sort pour être entendu dans tout le château.
- Que tous les élèves et professeurs se rendent immédiatement dans la Grande Salle !
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Une fois tous les élèves et le corps enseignant réunis, Dumbledore leur donna une explication succincte de la situation.
- Mes chers élèves, je compte sur votre courage et votre sens des responsabilités pour les heures qui viennent. Sirius Black a trouvé le moyen de s'introduire dans Poudlard.
Des exclamations et des murmures effrayés s'élevèrent parmi les trois maisons qui n'étaient pas au courant, et même certains enseignants perdirent quelques couleurs.
- Pour cette raison, vous allez tous dormir ici cette nuit. Cette salle restera fermée jusqu'au petit-déjeuner. Les professeurs et moi-même allons nous répartir pour fouiller le château et assurer votre protection.
Personne n'osa émettre la moindre protestation.
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Plus tard, lorsque le plafond magique eut remplacé les chandelles par un magnifique ciel étoilé, Harry passa la main sur son tatouage magique. Le petit serpent s'était fait discret jusqu'à ce que Harry soit installé dans son sac de couchage, avant de remonter sur son poignet gauche. Le Griffondor envoya un mélange d'émotions à Artémis pour s'assurer qu'elle allait bien. Il reçut une sensation rassurante, à laquelle s'ajoutait une pointe de curiosité. Apparemment, la basilisk avait elle aussi l'intention de partir à la recherche de l'évadé cette nuit.
Très occupé à contacter son familier tout en faisant semblant de dormir, Harry failli louper la discussion murmurée entre Dumbledore et Rogue alors qu'ils passaient au milieu des rangées d'élèves endormis.
- Aucune trace de Black dans les donjons non plus, annonça le professeur de Potions.
- Je suppose qu'on ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il s'attarde parmi nous, soupira le directeur.
Ils marchèrent en silence pendant moins de deux secondes avant que Rogue reprenne, sur un ton trop neutre pour être naturel.
- Une performance remarquable, je dois dire. S'infiltrer dans Poudlard sans être détecté, et tout seul...
- En effet, admit Dumbledore. Black semble vouloir passer maître dans l'art des exploits impossibles.
- On en viendrait presque à se demander s'il n'a pas pu bénéficier d'une aide depuis l'intérieur du château.
- Severus, mon garçon, nous avons déjà évoqué ce sujet à suffisamment de reprises.
Harry devint totalement immobile, et tendit l'oreille pour espérer capter le reste de la conversation. Est-ce que Rogue était en train de suggérer que quelqu'un avait fait entrer Black volontairement ?
- Je vous ai fait part de mes doutes dès le début de l'année concernant les nouveaux professeurs, et...
- Et j'ai une confiance totale dans chacun des enseignants de cette école. Aucun professeur n'aiderait Sirius Black à entrer ici, et je suis persuadé que nous pourrons laisser les élèves retourner dans leurs dortoirs dès demain.
Harry eut le plus grand mal à retenir un sourire hilare. Il pouvait presque voir l'air franchement désapprobateur de Rogue devant la légèreté dont Dumbledore faisait usage face à la situation de crise inédite qu'ils rencontraient.
- Et Potter ? demanda le professeur de Potions. Peut-être qu'il serait temps de le mettre au courant.
Harry retint un hoquet de surprise. S'il ne connaissait pas le directeur de Serpentard mieux que ça, il aurait pu jurer avoir entendu un semblant d'inquiétude lorsqu'il avait prononcé son nom. Mais Rogue ne s'inquièterait jamais pour lui, et Harry se rendit rapidement à l'évidence que la fatigue lui faisait imaginer des choses.
- Peut-être, répondit Dumbledore. Mais pour l'heure, laissons-le dormir. Après tout, lorsque nous dormons, nous entrons dans un monde de rêves qui n'appartient qu'à nous.
Et après cette dernière réplique qui n'avait aucun sens mais l'avantage de clore leur discussion, les deux adultes s'éloignèrent de Harry. Le Griffondor passa un long moment à réfléchir à ce qu'il venait d'entendre, et finit par s'endormir en regardant les galaxies tournoyer paisiblement au-dessus de lui. Il commençait à s'habituer à ce que sa vie soit une longue suite de questions sans réponses.
Commentaire de la bêta : Un chapitre riche en petites actions qui font du bien : Oncle Moony qui fait du lien avec Harry, Artémis, une pincée de Drarry... que demander de plus ? Ah si je sais. La suite bien sûr !
