N/A : mes batteries sociales sont actuellement à plat, et c'est à peu près tout ce que j'ai à dire pour aujourd'hui.

Résumé du chapitre précédent :

Harry révèle Fred et George qu'il a un familier nommé Artémis, et qu'il passe régulièrement par la Chambre des Secrets pour se balader dans le château. Les jumeaux lui donnent la Carte des Maraudeurs et Harry s'en sert pour aller à Pré-Au-Lard. Harry tombe sur une conversation entre Fudge et des professeurs, et apprend que Sirius est son parrain et le Gardien du Secret de ses parents. Un petit tour jusqu'à la Cabane Hurlante pour mettre ses pensées au clair, et Harry retourne incognito à Poudlard en faisant tomber quelques Serpentards au passage. Dans la salle commune, Harry discute de ce qu'il a appris sur Black avec ses amis, reçoit quelques remontrances pour la forme, et décision est prise d'aller faire un tour à la bibliothèque pour en savoir plus.


Au diner, la table des Serpentards était anormalement silencieuse. Draco était toujours furieux de l'humiliation subie à Pré-Au-Lard – qui avait entretemps fait le tour de l'école – et sa colère semblait intimider tous les autres vert et argent. Même Blaise restait remarquablement prudent en lui adressant la parole. Ce fut Pansy qui se décida à mettre les pieds dans le plat pour briser la tension, et observa ouvertement les Griffondors avant de s'adresser à Daphné.

- C'est moi ou Potter a l'air un peu trop content de lui ce soir ?

Immédiatement, tous ceux qui l'avaient entendue regardèrent à la table de leurs rivaux, juste à temps pour voir le plus célèbre d'entre eux finir de rire à une blague de Finnegan. Potter sembla remarquer le mouvement qui avait eu lieu chez eux et inclina la tête sur le côté en fixant ses yeux verts sur Draco, avant de faire un grand sourire innocent.

Aucun Serpentard n'eut le temps de le voir retourner à sa conversation avant que le Prince de Glace prenne la parole.

- C'est lui qui m'a fait tomber, siffla Draco.

Ses yeux avaient pris une couleur d'orage, et il semblait prêt à jeter un sort à son rival dans les secondes à venir.

- Erm... Draco, loin de moi l'idée de te contredire, tenta prudemment Théo, mais Potter n'était pas à Pré-Au-Lard. Tout Poudlard sait qu'il n'a pas son autorisation signée.

- Et puis pour te faire tomber, il aurait fallu qu'il soit juste à côté de toi, ajouta Blaise. On l'aurait forcément vu.

- Je ne sais pas comment il s'y est pris, mais je sais que c'est lui, insista le blond.

Il promena son regard autour de lui, semblant défier quiconque de le contredire. Avec un soupir, Daphné prit la parole.

- Admettons qu'il soit effectivement derrière cet... accident, fit-elle avec tact. Ça revient juste à dire qu'il s'est énervé quand tu as insulté Granger et Weasley.

- Moi je pense que Potter et Granger sont vraiment ensemble, lança Pansy, et que cet idiot n'a pas supporté que Draky-chou suggère qu'elle aille avec Weasley.

D'un coup, tous les regards se tournèrent vers la brune, qui observait attentivement ses ongles. Un mélange d'intérêt et d'amusement commença à briller dans les yeux des troisièmes années.

- Maintenant que j'y pense, c'est vrai qu'ils ont toujours été très proches, admit Théo en faisant mine de réfléchir.

- Et qu'elle est la seule fille qu'il a l'air de supporter, appuya Daphné. C'est même la seule qui ose lui tenir tête et qui arrive à le calmer.

- Et vous avez remarqué le temps qu'il s'est mis à passer avec elle à la bibliothèque depuis l'an dernier ? ajouta Blaise. Je parie que Londubat y va seulement pour les aider à garder leur relation secrète.

Ils parlaient juste assez fort pour être entendus par les Serpentards autour d'eux et les Serdaigles dans leur dos. Pansy pouffa discrètement et fit un clin d'oeil à Daphné et Théo, qui étaient en face d'elle. Encore une ou deux minutes, et la rumeur serait sur toutes les lèvres avant le lendemain matin. Avec un peu de chance, elle pourrait même sortir dans la Gazette en quelques jours.

- Et Weasley dans tout ça ? demanda Théo.

- Je parie qu'il est amoureux de Granger et qu'il n'est pas au courant pour eux deux, déclara la brune. C'est pour ça qu'il la laisse le mener par le bout du nez.

- Il doit croire que Potter craque pour sa soeur, surtout après qu'il l'ait sauvée de la Chambre l'an dernier, ajouta Blaise sur le ton de la confidence.

- Alors que c'est évident que frôler la mort une fois de plus a juste fait réaliser à Potter qu'il était fou de Granger ! s'exclama la blonde. Vous vous souvenez comment il a réagit quand elle a été pétrifiée ?

- Exactement ! approuva Pansy. Sans compter que ça explique pourquoi il est indifférent à toutes les autres filles de l'école. Depuis le début, il n'est intéressé que par Granger !

Un bruit de bois qui raclait le sol résonna soudainement dans la Grande Salle, et tous les élèves observèrent, bouche bée, Draco Malfoy partir du diner en furie.

Il fallut plusieurs secondes à Blaise pour que son regard quitte les portes et retourne vers les autres troisième années de sa maison.

- Qu'est-ce qui lui a pris ?

Autour de lui, Daphné et Pansy avaient toujours les yeux écarquillés et Théo haussa les épaules, l'air de ne pas comprendre non plus.

À la table de Griffondor, les rouge et or supposèrent qu'il s'agissait simplement d'une réaction à ce qui lui était arrivé à Pré-Au-Lard, et ne se posèrent pas davantage de questions. Les Serdaigles et les Poufsouffles en vinrent à peu près à la même conclusion.

Et pendant ce temps, une nouvelle rumeur concernant le Golden Boy de Griffondor commença à se propager parmi les élèves...

-o-oOo-o-

Harry attendit que tous les autres membres du dortoir se soient couchés pour sortir discrètement le journal de Tom et refermer ses rideaux. Une inspiration profonde plus tard, il était dans la grotte aux cristaux, déjà installé au bord du lac souterrain.

- Tom ?

L'ancien préfet apparut un instant après lui et s'installa également sur son rocher préféré.

- Harry, le salua-t-il. Comment s'est passée ta semaine ?

Le Griffondor s'allongea sur le dos et passa ses mains sur son visage, avant de lâcher un gros soupir fatigué et de laisser ses bras retomber en croix, ses doigts arrivant dans l'eau.

- À ce point ? se moqua Tom.

- Ma semaine était parfaitement normale jusqu'à aujourd'hui, répliqua Harry.

- Et qu'est-ce qu'aujourd'hui a eu de si spécial ? demanda le Serpentard.

Le brun observa l'ancien préfet, qui admirait les reflets de l'eau dans les cristaux au plafond, et eut un petit sourire en coin. S'il voulait jouer à l'indifférence polie...

- J'ai découvert deux nouveaux passages dans la Chambre, annonça Harry. Un qui débouche à l'infirmerie et un qui monte jusqu'à la tour d'Astronomie. J'ai récupéré une carte qui montre les déplacements et la localisation de toutes les personnes à Poudlard et les emplacements de tous les passages secrets qui ne sont pas liés à la Chambre. Je suis allé à Pré-Au-Lard en étant invisible et j'ai écouté une conversation entre le Ministre de la Magie et des professeurs, où j'ai eu la confirmation que Sirius Black était le meilleur ami de mon père, qu'il avait été témoin à son mariage, qu'il était apparemment son Gardien du Secret et qu'il était aussi mon parrain. Oh et j'ai fait tomber Malfoy sur le chemin du retour parce qu'il insultait mes amis, et il a quitté le diner en ayant l'air furieux.

Les yeux de son mentor s'étaient tournés vers lui avec intérêt à la première phrase, puis s'était écarquillés progressivement jusqu'à ce qu'il se retrouve bouche bée à la fin de sa tirade. Lorsqu'Harry eut terminé et fit un grand sourire, le Serpentard prit quelques secondes pour enregistrer toutes les informations et émit un petit rire.

- C'est ce qu'on peut appeler une journée bien remplie, finit-il par admettre. De quelle partie veux-tu discuter exactement ? Ou plutôt, par quoi veux-tu commencer ?

- La carte a été créée par quatre personnes qui s'appelaient les Maraudeurs, ça te dit quelque chose ?

Tom réfléchit longuement, puis secoua la tête pour indiquer une réponse négative.

- Le nom des Maraudeurs m'évoque vaguement quelque chose, j'ai dû l'entendre à un moment en temps que Lord Voldemort. Mais ça ne m'a pas plus marqué que ça. Dommage, des personnes capables de créer un artefact aussi puissant que cette carte auraient eu toute leur place à mes côtés.

Harry fut légèrement déçu, mais se contenta de hausser les épaules. Les élèves qui avaient créé la carte n'avaient pas utilisé leurs vrais noms, et n'étaient probablement pas à Serpentard si l'ancien mage noir n'avait pas pu les recruter. Mais ça ne réduisait pas beaucoup les possibilités. Pour tout ce qu'il en savait, les Maraudeurs avaient pu étudier à Poudlard bien avant Tom. Le Griffondor soupira en se disant qu'il aurait bien aimé les rencontrer. Il était prêt à parier que les jumeaux Weasley et ces quatre-là se seraient entendus à merveille.

Il était si plongé dans ses réflexions qu'il faillit louper la question du Serpentard.

- Tu as bien dit un peu plus tôt que Sirius Black était ton parrain ?

- D'après McGonagall, acquiesça Harry.

- Si ton père et lui étaient aussi proches, ça ne me surprend pas. Ce qui m'étonne en revanche, c'est que personne ne t'en ait informé à ton arrivée dans le monde sorcier. Encore que...

Les deux descendants de Salazar échangèrent un regard, et soupirèrent en levant les yeux au ciel.

- Dumbledore, déclara le Griffondor.

- Évidemment, approuva Tom. Quelque part, je suis presque surpris de me poser encore la question. Il a dû justifier ça par le besoin de te protéger, j'imagine. Avoir un parrain en prison pour meurtres et association avec un mage noir n'est pas du meilleur effet sur un enfant de onze ans.

- Mais même dans ce cas, il aurait pu me le dire cette année au lieu de me laisser croire que c'était juste un meurtrier fanatique fou décidé à m'assassiner ! s'énerva Harry en tapant du poing contre son rocher.

Tom se contenta de hocher la tête en silence. Depuis le temps qu'il connaissait le jeune Griffondor-presque-Serpentard, il avait compris que lorsque le garçon s'emportait, mieux valait le laisser exprimer sa colère plutôt qu'essayer de le calmer. Certains de leurs entraînements d'Occlumancie avaient été... mouvementés.

- Parce que tu es persuadé de son innocence, maintenant ? demanda-t-il à la place.

Toujours allongé sur le dos, le Griffondor passa une main dans ses cheveux. Tom songea avec amusement que ces derniers ne pouvaient probablement pas être davantage en désordre, de toute façon.

- Oui. Non. C'est compliqué, soupira Harry. Mais il y a trop de choses qui clochent. S'il était le meilleur ami de mon père à Poudlard, qu'il a été son témoin, son Gardien du Secret, que mes parents l'ont désigné comme mon parrain, que tu es sûr qu'il n'a pas rejoint Voldemort pour les trahir, qu'il s'est infiltré dans Poudlard à l'heure à laquelle j'étais le moins susceptible d'être au dortoir...

- Je vois ce que tu veux dire, l'interrompit Tom. Et je suis d'accord avec toi, trop de détails pointent vers une explication différente de la version officielle.

Harry se tourna vers l'ancien préfet, et lui adressa un sourire triste.

- Je voudrais juste pouvoir lui parler et lui demander sa version de l'histoire.

Doucement, Tom se baissa pour poser une main sur l'épaule du jeune Griffondor et la serra brièvement en lui adressant un sourire encourageant.

- Souviens-toi de ce que je t'ai dit au début de l'année. À mon avis, lui aussi souhaite te rencontrer. Après tout, s'il est décidé à te tuer, ce dont je doute de plus en plus, il va avoir besoin de te trouver. Et s'il veut juste revoir son filleul, il parait évident qu'il finira par te contacter aussi.

- J'espère, souffla Harry.

L'idée qu'il lui restait une vraie famille, quelqu'un qui voudrait réellement de lui au lieu de le maltraiter comme le faisaient les Dursleys, avait allumé une petite flammèche d'espoir au fond de son coeur. Si son parrain n'était pas un criminel, il pourrait peut-être passer du temps avec lui et en apprendre plus sur ses parents et sa famille.

À côté de lui, Tom ne loupa pas l'émotion qui prenait doucement place dans les yeux verts, et sentit une pointe d'inquiétude s'installer dans sa poitrine. Même si Harry et lui descendaient tous les deux de Salazar, et faisaient donc partie de la même famille au sens large, ce n'était pas comparable avec un lien aussi proche. Black était le tuteur légal de Harry, son parrain, et avait été un ami proche de ses parents. Il pouvait lui apporter bien plus que ce que l'ancien préfet pourrait, et c'était avant même de compter les détails comme la différence d'âge.

Lorsqu'il reporta son regard attentif sur Harry, Tom réalisa d'un coup que celui-ci était encore fragile, aussi bien émotionnellement que mentalement. Les dommages infligés par les pathétiques et monstrueux moldus qui lui servaient de gardiens ne disparaitraient sans doute jamais, et mettraient des années à guérir.

Si Black détruisait le frêle espoir que le protégé de l'ancien mage noir était en train de placer en lui, il y avait de grandes chances que Harry n'arrive pas à s'en relever. En voyant le mélange de tristesse et de timide espérance s'enchainer sur le visage du jeune sorcier, Tom sentit sa détermination se renforcer. Dans l'éventualité où Black trahirait les espoirs de Harry, l'ancien mage noir se promit de faire comprendre à l'évadé à quel point il était malvenu de faire souffrir un sorcier qui était sous la protection du Seigneur des Ténèbres.

Lorsqu'Harry se tourna vers lui avec un air surpris, le Serpentard jura intérieurement. Ses pulsions meurtrières avaient dû déborder et faire réagir les alarmes mentales que le Griffondor avait mis en place.

- Désolé, fit Tom avec un sourire, j'étais perdu dans mes pensées.

- Concernant les Dursleys ou Dumbledore ? fit Harry en levant un sourcil.

- Pourquoi est-ce que ce serait forcément sur ces méprisables excuses d'êtres humains ?

- Parce que ce sont les seules personnes qui te donnent des envies de meurtre au point de déclencher mes alarmes, répliqua le plus jeune.

Par moments, l'ancien mage noir se demandait s'il n'était pas en train de trop bien former son apprenti, protégé et petit-cousin éloigné. La facilité déconcertante avec laquelle Harry s'appropriait et maitrisait des formes de magie complexes à seulement treize ans dénotait un talent extraordinaire et une grande puissance magique. Un état de fait qui mettait de plus en plus régulièrement Tom dans ce genre de situation délicate.

- Et si on parlait plutôt de ce qui s'est passé avec Draco ?

Harry regarda son mentor d'un air qui indiquait parfaitement ce qu'il pensait du changement de sujet, mais comme il n'avait pas plus envie que ça de parler des deux autres possibilités, il laissa couler.

- En revenant de la Cabane Hurlante, commença-t-il, j'ai...

Il remarqua immédiatement que l'ancien préfet allait l'interrompre et devina pour quelle raison. Harry fronça les sourcils, et laissa sa voix véhiculer son agacement en reposant sa tête sur la roche dans un soupir exaspéré.

- Non je ne suis pas entré dedans, par Merlin ! Pourquoi est-ce que tout le monde pense que je vais forcément sauter à pieds joints dans le premier endroit dangereux que je croise ? protesta le Griffondor.

- Parce que c'est exactement ce que tu as tendance à faire et tu le sais, répliqua Tom. Maintenant que ce point est réglé, je t'en prie, continue.

Le plus jeune le fusilla du regard, sans que ça ait le moindre effet. Parfois, avoir un ancien mage noir avec des décennies d'expérience reconverti en mentor était pratique. Et parfois, c'était juste agaçant, parce que rien ne semblait pouvoir l'effrayer.

- Bref, grommela Harry, en revenant de la Cabane Hurlante, j'ai vu mes amis sur le chemin principal, et Malfoy était à quelques pas derrière eux. Il a commencé à traiter Hermione de Sang-de-bourbe et Ron de Traître à son Sang, et a ajouté qu'ils iraient bien ensemble puisque j'avais rejeté Hermione.

Tom haussa un sourcil.

- Cette dernière affirmation est correcte ?

Le Griffondor le regarda un instant sans comprendre, puis explosa de rire.

- Hermione est comme une soeur pour moi, finit-il par dire, et c'est réciproque. Comme on est tous les deux enfant unique, on se comprend bien. Je ressens la même chose pour elle que pour Neville, la regarder autrement serait juste...

Harry eut un frisson et une grimace dégoutée. Rien que l'idée le mettait excessivement mal à l'aise. Il n'avait jamais vue Hermione autrement que comme sa meilleure amie, et était persuadé que ça ne changerait pas.

- Je vois, sourit l'ancien préfet. Mais je suppose que l'insinuation de Draco t'a énervé ?

- Évidemment que ça m'a énervé, soupira le plus jeune. Je déteste quand les insultes portent sur quelque chose sur lequel on n'a aucune influence. Et en plus, Hermione a de plus en plus de mal à supporter Ron cette année.

- Et donc ?

- Et donc, j'ai peut-être profité de ma cape d'invisibilité pour lui faire un croche-pied, baisser le pantalon de Crabbe, tirer sur l'écharpe de Goyle pour le faire tomber sur Malfoy, et pousser Crabbe pour qu'il tombe au même endroit.

Tom le regarda un instant tenter d'avoir un air innocent. Autant les puppy eyes de Harry étaient particulièrement redoutables, autant il n'était jamais très convaincant lorsqu'il s'essayait à l'innocence. Un rictus malicieux apparut sur les lèvres de l'ancien mage noir.

- J'imagine que je ne peux pas complètement te blâmer. Il a lancé les premières insultes et tu ne t'es pas fait prendre, c'est le principal... et une attitude digne d'un Serpentard, ajouta Tom avec un clin d'oeil.

- À force d'être coaché par un expert, j'ai pris les bons réflexes, sourit le Griffondor.

- La flatterie ne te mènera nulle part avec moi, jeune homme.

- Ça valait le coup d'essayer, fit Harry en riant.

Après quelques autres piques du même genre, le plus jeune commença à bâiller et se fit rapidement envoyer au lit par son mentor. Une fois retourné sur son lit, Harry pouffa de rire. Si on lui avait dit que l'âme de Lord Voldemort lui reprocherait un jour de ne pas assez dormir...

Une fois le journal rangé dans sa cachette habituelle, le Griffondor se rappela qu'il avait oublié de mentionner l'existence de Lupin et de Pettigrew parmi les amis de son père et Black. Tom avait paru mal à l'aise la première fois qu'il avait évoqué le professeur de Défense et s'était appliqué à changer le sujet rapidement, donc il y avait sans doute un secret à découvrir là-dessous. Quant à Peter Pettigrew, Harry doutait qu'il y ait grand-chose à dire sur lui, mais toutes les pistes étaient bonnes à explorer.

Harry s'étira, posa ses lunettes sur la table de chevet, et bâilla une dernière fois avant de laisser tomber sa tête sur son oreiller. Même si ce n'était qu'une illusion créée par son esprit, la roche sur laquelle il s'était allongé manquait cruellement de moelleux. Il s'endormit en songeant qu'il devrait peut-être ajouter des coussins dans ses cachettes mentales.

-o-oOo-o-

Le lendemain matin, au petit-déjeuner, la moitié des élèves sembla regarder le petit groupe des quatre Griffondors avec plus d'attention qu'à l'accoutumée. Harry ne s'en préoccupa pas outre mesure, et commença à se servir. Au bout de cinq minutes, Hermione prit la parole.

- Je comptais aller à la bibliothèque ce matin pour faire des recherches, vous voulez venir avec moi ?

Harry comprit aussitôt à son regard qu'elle avait l'intention de poursuivre la discussion concernant Black qu'ils avaient commencé la veille.

- Compte sur moi, déclara-t-il. Il faut que je révise la théorie du Poison Indétectable pour le cours de Potions.

- Moi aussi je vais venir, ajouta Neville, je n'arrive toujours pas à retenir toutes les étapes de la potion de Ratatinage.

Ron les regarda avec une expression proche du désespoir absolu.

- Sérieusement, vous allez passer votre dimanche matin à la bibliothèque pour étudier le cours de Rogue ?

- Tu es le bienvenu pour réviser avec nous si tu veux, proposa Harry. Ou aider Hermione dans ses recherches.

Le sorcier roux grimaça immédiatement, la phrase du héros de Griffondor étant ce qui se rapprochait le plus de sa vision de l'enfer. Il n'y manquait que les araignées pour parfaire le tableau.

- Je... j'ai promis à Seamus et Dean que je... heu... leur laisserai une chance de me battre aux échecs en jouant à deux contre un ! Pas vrai les gars ?

Les deux autres Griffondors le regardèrent sans comprendre pendant une seconde, et en voyant son air presque suppliant, finirent par accepter. Eux non plus n'avaient pas grand-chose de prévu pour la journée, et comme il pleuvait dehors, ils allaient probablement passer leur dimanche dans la salle commune.

Hermione, Neville et Harry finirent rapidement leurs assiettes et se levèrent en disant à Ron qu'ils le retrouveraient au déjeuner. En sortant de la Grande Salle, la sorcière se pencha vers son meilleur ami, sachant que Neville l'entendrait puisqu'il était juste derrière eux.

- Je n'arrive pas à croire qu'il n'ait toujours pas compris le truc depuis l'an dernier !

- Ne sois pas trop dure avec lui, 'Mione, tu sais bien qu'il ne voit que ce qu'il veut voir, répondit Harry en riant doucement.

Aucun des trois ne remarqua les regards attentifs derrière eux, et les chuchotements qui emplirent la Salle dès qu'ils eurent passé les portes.

Ils retournèrent rapidement au dortoir pour prendre leurs affaires et se dirigèrent droit vers la bibliothèque. En passant devant le bureau de la bibliothécaire, ils lui firent tous un sourire et s'adressèrent à elle dans le sacro-saint chuchotement propre à son domaine.

- Bonjour madame Pince, firent-ils en choeur.

La sorcière leva le nez de l'ouvrage qu'elle était en train de consulter et les reconnut aussitôt. Elle hocha la tête pour leur rendre leur salut et leur fit un petit sourire.

Lorsque les garçons avaient commencé à accompagner Granger l'année précédente, elle s'était méfiée. Mais une fois que Weasley avait cessé de venir avec eux, Potter et Londubat s'étaient avérés être parfaitement polis et calmes en présence de leur amie. Les voir étudier tranquillement et chuchoter doucement au fond de la pièce pour ne pas déranger les autres utilisateurs avait fait sourire la bibliothécaire à quelques reprises. Il était agréable de voir des Griffondors apprécier la bibliothèque à sa juste valeur.

Madame Pince les regarda s'éloigner pour aller sur une des tables les plus éloignées, vérifia distraitement la parfaite tenue de son chignon, et retourna à son livre avec un air satisfait.

Une fois installés à leur table préférée, les trois Griffondors allèrent chercher les livres dont ils avaient besoin. Harry et Neville revinrent rapidement avec chacun un livre sur les potions, mais leur amie mit plus de temps, et revint avec quatre ouvrages épais. Aucun des trois ne mentait jamais lorsqu'ils trouvaient des excuses pour aller à la bibliothèque sans Ron, et les deux bruns étaient même en train de progresser dans la matière de prédilection des Serpentards. Ça n'empêchait pas lesdits Serpentards de torpiller leurs chaudrons en cours et Rogue de leur enlever des points au moindre problème, mais eux-mêmes avaient conscience de leurs progrès et ils tentaient de garder à l'esprit qu'il s'agissait du plus important.

- Tu as pris quoi ? s'enquit Harry.

- Les Grands Procès Sorciers du XXème siècle, le Droit Criminel Sorcier, et les recueils des décisions du Magenmagot des années 1981 et 1982, énuméra-t-elle. Le cas de Black sera forcément mentionné quelque part là-dedans, je n'ai plus qu'à le trouver.

- Bon courage, lui sourit Neville.

Et pendant un bon moment, les trois amis se concentrèrent sur leurs devoirs et leur recherches respectives.

Environ vingt minutes plus tard, un groupe de Serdaigles s'installa à une table proche de la leur. Ils n'étaient toutefois pas assez près des Griffondors pour entendre leur conversation, et les trois amis ne s'en préoccupèrent donc pas plus que ça. Au cas où, Harry lança quand même un sort de bulle de silence informulé et sans baguette autour de leur table, sans que personne ne s'en rende compte. Il se sourit à lui-même en testant discrètement son efficacité au bout de cinq minutes, et s'amusa beaucoup de la réaction ahurie de Neville et Hermione.

Au bout d'une heure, Neville indiqua qu'il allait s'absenter pour aller aux toilettes. Harry lui fit un petit signe de la tête pour indiquer qu'il avait entendu, mais Hermione demeura plongée dans ses livres.

Moins d'une minute après, la sorcière tourna une page avec un air exaspéré. Ses lèvres étaient pincées, ses sourcils froncés, et Harry était content d'avoir fini ses devoirs lorsqu'elle commença à parler.

- C'est incompréhensible ! fulmina-t-elle. Le procès de Black n'est répertorié nulle part ! Pour tous les autres Mangemorts et ceux qui ont suivi Tu-Sais-Qui, il y a au moins le verdict final qui est indiqué, mais pas pour Sirius Black ! C'est à croire qu'il n'a même pas eu un procès avant d'être envoyé à Azkaban !

Le garçon à la cicatrice fronça les sourcils, et se leva pour aller à côté de son amie et vérifier les informations qu'elle indiquait. Sa main suivit les lignes qu'Hermione avait indiquées, et il prit un air perplexe à son tour.

- C'est bizarre... il n'y a que la date de son arrestation et celle de son entrée à Azkaban.

- Et regarde ici, fit-elle en décalant sa main, c'est censé être la colonne qui indique tout ce qui a été utilisé pour obtenir la vérité pendant les procès et les interrogatoires.

Harry posa son index à la ligne pointée par Hermione et se mit à lire à voix basse.

- Black a été détenu pendant moins de vingt-quatre heures et n'a été soumis ni au serment sur sa magie, ni au Veritaserum. Veritaserum ? demanda-t-il en se tournant vers Hermione.

La sorcière releva la tête, renvoya une masse de boucles désordonnées derrière son épaule, et entreprit d'expliquer rapidement ce dont il s'agissait.

- Une potion très compliquée à faire, et dont quelques gouttes suffisent à forcer n'importe qui à dire la vérité. C'est impossible de mentir jusqu'à ce que ses effets disparaissent. C'est pour ça que le Veritaserum est utilisé dans certains procès criminels, mais son usage est très encadré. Il faut absolument que l'accusé demande à l'utiliser, ou bien...

- Ou bien qu'il s'agisse d'un procès pour meurtre ou utilisation d'un sortilège impardonnable, acheva Neville qui venait de se rasseoir en face d'eux.

Harry et Hermione relevèrent la tête d'un coup, n'ayant pas entendu leur ami revenir. Celui-ci conserva son air sérieux et indiqua les livres d'un signe de tête.

- Vous avez trouvé le procès de Black ?

- Non, justement. Il a été arrêté le soir d'Halloween, et a été emmené à Azkaban dès le lendemain après-midi, résuma la sorcière. Aucune trace de procès, aucune mention d'un interrogatoire ou de quoi que ce soit du même genre.

Neville fronça les sourcils.

- C'est étrange. Peut-être que les recueils sont incomplets ?

- J'en doute, tous les autres cas sont mentionnés dans les archives. On trouve au moins les verdicts, même pour le procès de Lucius Malfoy, ou des époux Lestranges, ou d... Neville ? s'interrompit-elle.

Le Griffondor avait soudainement pâli et Harry se précipita à côté de lui. En un clin d'oeil, il se rappela de ce que Tom lui avait dit concernant les parents de son ami et posa une main sur son bras.

- Neville, ça va aller ? fit-il doucement.

Le second Griffondor hocha faiblement la tête, le regard rivé sur la table. Hermione lança un regard perdu à Harry, qui hésita à répondre. Après une minute de silence, ce fut Neville qui parla d'une voix éteinte.

- Bellatrix et Rodolphus Lestrange ont torturé mes parents jusqu'à les rendre fous, murmura-t-il. Ils sont à Sainte Mangouste depuis... depuis ce jour-là.

Hermione écarquilla les yeux et mit ses mains devant sa bouche sous le choc. Aussitôt après, elle se précipita auprès de Neville pour le prendre dans ses bras.

- Nev', je suis désolée, je n'avais aucune idée de ce que... de... de tout ça, fit-elle d'une voix tremblante.

Harry avait un tout petit peu reculé quand Hermione s'était approchée, mais avait toujours sa main sur le bras de son ami. Il serra légèrement pour marquer son soutien avant de la retirer, et se déplaça pour le regarder dans les yeux.

- On est là pour toi si tu as besoin de nous, déclara-t-il. Et je suis vraiment désolé pour ce qui leur est arrivé.

Neville rendit son étreinte à Hermione, puis lui signala gentiment qu'elle pouvait le lâcher. Lorsqu'elle recula, il observa ses deux plus proches amis. Hermione avait les yeux brillants et le regardait d'un air sincèrement désolé et triste. Harry était un peu plus calme, mais son regard exprimait une compassion qui n'avait pas besoin de passer par des mots ou des gestes physiques. Le brun tourna ses yeux bleus vers la table pour se donner du courage, puis força un petit sourire avant de les regarder.

- Merci. Et ne t'en fait pas 'Mione, tu ne pouvais pas savoir. Je me doutais que ça finirait par sortir à un moment ou à un autre.

La sorcière aux cheveux châtain affichait un air coupable, mais était rassurée que Neville ne lui en veuille pas et qu'il emploie son surnom. Lorsqu'elle sentit la main d'Harry se poser sur son épaule, elle tourna les yeux vers lui et le faible sourire qu'elle avait réussi à afficher s'élargit un petit peu.

Neville finit par s'éclaircir la gorge, et força la conversation à retourner à son point d'origine.

- Donc tu disais qu'il manque le procès de Sirius Black ?

Les deux autres sorciers suivirent son exemple sans hésiter. Il était évident que leur ami n'avait pas plus envie que ça d'approfondir le sujet de ses parents. Les trois Griffondors se mirent du même côté de la table, devant trois des quatre livres qu'Hermione avait rapportés.

- En fait, on dirait qu'il n'en a même pas eu un, précisa-t-elle. Et même si beaucoup de procès ont été expédiés après la chute de Vous-Savez-Qui, il y a toujours eu au moins une audience ou des aveux sous Veritaserum ou serment avant d'envoyer les coupables à Azkaban.

- Sauf pour Black, ajouta Harry. Et sachant qu'il s'est à peine passé une journée entre son arrestation et son envoi en prison, on devrait pouvoir trouver des traces juridiques d'un procès.

- C'est vraiment bizarre, admit Neville.

Le Golden Boy hocha la tête, et se rappela soudain de quelque chose. Il claqua des doigts en réalisant un détail primordial, attirant l'attention de ses amis, et se mit à fixer l'étagère en face de lui sans la voir.

- Quand j'ai entendu leur conversation, le ministre a dit que les aurors ont retrouvé Black au milieu du carnage et qu'il avouait avoir causé la mort de mes parents. Est-ce qu'ils auraient pu se contenter de ça et l'envoyer en prison sans faire plus de recherches ?

- Possible, admit la sorcière à contrecoeur. Mais ça sous-entendrait que le Ministère de la Magie a commis une faute très grave. Personne n'est censé être condamné à une peine aussi lourde sans avoir au moins une audience devant le Magenmagot.

Les trois Griffondors se consultèrent du regard, perturbés par l'hypothèse. Le garçon à la cicatrice relut une dernière fois les quelques lignes qui évoquaient le nom de l'évadé, et se retourna vers ses amis. Les deux fronçaient légèrement les sourcils et étaient mal à l'aise après leur découverte.

- Tout ça ne me plait vraiment pas, déclara Neville.

- Moi non plus, murmura Harry.

- C'est à n'y rien comprendre, soupira Hermione. Plus on apprend de choses, moins ce que Dumbledore et le Ministère racontent a de sens.

- Ce qu'il faudrait, déclara Harry, c'est pouvoir parler directement à Sirius Black et lui demander sa version des faits.

Hermione et Neville le regardèrent avec des yeux ronds.

- Harry, commença le brun, même en supposant qu'il est innocent, il a passé douze ans à Azkaban. Cette prison rend les gens fous. Il n'y a pas vraiment moyen de dire comment il va réagir en te voyant.

- Et ce n'est pas un risque qu'on peut prendre, appuya la sorcière, pas alors que Tu-Sais-Qui est toujours en fuite, même affaibli.

Le garçon à la cicatrice soupira. Parfois, pendant ce genre d'occasion, il hésitait vraiment à révéler l'existence de Tom à ses amis pour leur montrer à quel point il était différent du terrifiant Seigneur des Ténèbres qui avait fait trembler l'Europe. Mais comme à chaque fois, il se retint.

- De toute façon, ce n'est pas comme si je pouvais partir à sa recherche, admit-il. Je pense qu'on n'apprendra rien de plus aujourd'hui, on devrait y aller.

- Vous ne voulez pas qu'on en profite pour avancer sur les leçons d'Histoire et de Charmes, plutôt ? On a dit à Ron qu'on le rejoindrait pour le déjeuner, vous vous souvenez ? Autant en profiter pour travailler.

Neville et Harry se regardèrent, et haussèrent les épaules avant d'accepter. Rester un peu plus longtemps au calme de la bibliothèque ne les dérangeaient pas outre mesure, et ce serait toujours des révisions en moins quand la période des examens arriverait.

Neville alla ranger les livres de Potions, et revint avec deux ouvrages consacrés aux Guerres des Gobelins si chères au professeur Binns. De leur côté, Hermione et Harry étaient allés reposer les ouvrages de droit et avaient bifurqué pour prendre quelques manuels de Charmes et Enchantements, auxquels Hermione ajouta un livre de Runes.

- Tu as aussi pris Etude des Runes, 'Mione ? s'étonna le garçon à la cicatrice.

- Bien sûr, c'est passionnant ! sourit son amie. Et ça donne accès à toute une branche de la Magie, tu sais ? Les runes servent dans beaucoup de rituels de protection en tout genre, ça peut même renforcer des sorts de soin ou des potions.

- Vraiment ?

La jeune sorcière hocha énergiquement la tête, ce qui fit voler ses boucles autour de son visage. Ils quittèrent l'allée pour retourner vers leur table, passant à côté des Serdaigles par la même occasion.

- Si ça t'intéresse, je peux te montrer ce que j'ai déjà appris, proposa-t-elle timidement.

- Ce serait avec plaisir, 'Mione, sourit le brun. De ce que tu m'en dis, je pense que ça pourrait me plaire.

- Alors c'est décidé ! se réjouit-elle. On a juste besoin de trouver un moment pour s'y mettre sans être dérangés.

- Je suis certain qu'on pourra dégager quelques heures dans la semaine pour ça, fit Harry en riant.

Ils finirent par s'asseoir en souriant, Hermione s'installant à côté de Harry et en face de Neville, qui les regardait avec un air perplexe.

- De quoi vous parliez ?

- Hermione va m'apprendre les bases de l'Etude des Runes, expliqua Harry.

- Oh, d'accord, sourit l'autre brun. Je posais juste la question parce que les élèves à l'autre table vous regardaient vraiment bizarrement.

D'un même mouvement, les trois Griffondors tournèrent la tête vers la table des quatrième années à côté desquels ils venaient de passer. Les bleu et bronze chuchotaient furieusement entre eux, trop bas pour être entendus, mais jetaient de fréquents coups d'oeil dans leur direction. Lorsqu'ils remarquèrent qu'ils étaient dévisagés en retour, tous les Serdaigles se levèrent et se dépêchèrent de sortir de la bibliothèque.

- Qu'est-ce qui leur prend ? s'étonna Harry.

- Aucune idée, admit Hermione en haussant les épaules. En attendant, vous voulez commencer par réviser les Charmes ou l'Histoire ?


Commentaire de la bêta : enfin un chapitre avec un peu plus de serpents... Je ne peux qu'approuver ! Et vous, qu'en avez-vous pensé ?