N/A : Je me suis beaucoup trop amusée à écrire une certaine partie de ce chapitre en particulier, et je pense que ça va se voir x)

Résumé du chapitre précédent :

Les Serpentards lancent une rumeur sur une relation amoureuse entre Harry et Hermione. Harry fait part de ses doutes à Tom, qui ne reconnait pas le nom des Maraudeurs mais reste persuadé que Sirius n'était pas au service de Lord Voldemort. Hermione, Neville et Harry vont faire des recherches à la bibliothèque et constatent l'absence de procès de Black. Neville mentionne le sort de ses parents à ses amis, Hermione propose à Harry de lui apprendre les bases de l'Etude des Runes.


Lorsque Harry, Neville et Hermione arrivèrent dans la Grande Salle pour le déjeuner, toutes les conversations s'interrompirent pour les regarder entrer. Le garçon à la cicatrice fronça les sourcils un instant, mais se dirigea tout de même vers la table de Griffondor et sa place habituelle. Neville s'assit à sa droite, et Hermione s'installa en face, à côté de Ron.

- Pourquoi tout le monde nous dévisage plus que d'habitude ? demanda Harry après quelques secondes.

Le héros de Griffondor regarda autour de lui. Seamus et Dean haussèrent les épaules d'un air confus, et Ron semblait tout aussi perdu concernant l'attitude des autres. En revanche, un peu plus loin, Lavande se mordait les lèvres et son regard oscillait entre Harry et Hermione avec envie. Au bout de quelques secondes, Harry renonça à comprendre ce qui se passait et résolut d'ignorer complètement les autres élèves. Si c'était encore une rumeur stupide à son sujet, il en serait informé bien assez tôt.

À la fin du repas, Harry, Neville, Hermione, Ron, Dean et Seamus étaient en train de discuter de la meilleure façon d'occuper leur après-midi lorsqu'un groupe de Poufsouffles s'approcha d'eux. La plupart étaient en train de glousser, et une des filles finit par s'avancer, probablement pour faire office de porte-parole.

- Dis Harry, on se demandait si tu... enfin si vous étiez...

Un peu perdu, le Golden Boy regarda sa meilleure amie, que la Poufsouffle avait désignée en même temps que lui, mais Hermione avait l'air tout aussi étonnée. Sans un mot, la sorcière aux cheveux bouclés se rapprocha de lui au cas où son aide serait nécessaire, et Harry retourna son regard vers son interlocutrice.

- Si Hermione et moi on est... ? finit-il par demander.

Sans répondre directement, la Poufsouffle poussa un petit cri exalté et s'enfuit en rougissant avec tout le reste de son groupe. Tous les Griffondors ayant assisté à la scène restèrent silencieux quelques instants, perplexes devant l'échange qui venait d'avoir lieu.

- Salle commune ? lança finalement Dean.

- Salle commune, confirma Harry.

L'incident fut consciencieusement laissé de côté pour le reste de la journée.

-o-oOo-o-

Le lundi matin, toute la Grande Salle se retrouva en ébullition à l'arrivée du courrier. Harry comprit finalement la cause de tous les regards lorsque Neville étala son exemplaire de la Gazette du Sorcier entre eux deux pour qu'il puisse parcourir l'article en première page. La seule lecture du titre lui fit écarquiller les yeux.

Le Garçon-qui-a-Survécu... pour aimer ?

Par Rita Skeeter

Il a été porté à l'attention de ce reporter que le jeune Harry Potter aurait finalement succombé aux charmes de l'amour ! Notre jeune héros – qui a d'après nos sources hérité de l'incontestable beauté de ses parents – serait en effet en train de vivre ses premiers émois à Poudlard, en la personne d'une de ses plus proches camarades de classe.

La si chanceuse demoiselle qui fait désormais l'envie de toutes les jeunes filles de Grande-Bretagne ne serait autre qu'Hermione Granger, une jeune Griffondor Né-moldue avec laquelle il a d'ailleurs partagé plusieurs de ses aventures (voir page 5 et 6) durant ces deux dernières années.

Plusieurs élèves de la fameuse école ont remarqué le rapprochement indéniable entre les deux tourtereaux au cours des dernières semaines, et il ne fait aucun doute qu'il s'agit de la consécration d'un amour qui s'est développé dès leur première rencontre. "Je me souviens encore de la réaction d'Harry lorsqu'Hermione a été pétrifiée l'an dernier, il était brisé et effondré" nous confie miss Bennett, élève à Serdaigle. "Je comprends pourquoi maintenant, et je suis heureuse pour eux, même si je suis un peu jalouse."

Un sentiment sans aucun doute partagé par bon nombre de jeunes sorcières dans tout le pays !

L'article continuait encore sur plusieurs paragraphes, mais Harry n'eut pas besoin d'en lire plus. Il releva la tête, croisa les yeux marrons de sa meilleure amie, constata l'air incrédule sur son visage, et explosa de rire.

- Harry, ça n'a rien de drôle ! s'énerva aussitôt Hermione.

- Dé... Désolé 'Mione, hoqueta le Griffondor entre deux éclats de rire. C'est juste... l'idée que... toi et moi...

Et il repartit dans un fou rire, sous le regard réprobateur d'Hermione, amusé de Neville, abasourdi de Ron, et curieux de tout le reste de la Grande Salle. Finalement, la sorcière soupira et fit signe à ses trois amis de la suivre pendant qu'elle se levait avec la visible intention de retourner à la tour de Griffondor le plus vite possible. Harry était toujours en train de rire, mais essaya de suivre le rythme imposé par sa meilleure amie avant qu'elle sorte de la Grande Salle.

- 'Mione, excuse-moi, c'est nerveux !

- Je me doute, grinça-t-elle.

Quelques minutes plus tard, les quatre Griffondors étaient dans leur salle commune et s'étaient assis dans les fauteuils à côté de la bibliothèque. En partant plus tôt du petit-déjeuner, ils avaient le temps de discuter un peu avant d'aller en Métamorphose. La montée des escaliers avait fini par calmer le fou rire de Harry, et il regardait désormais son amie avec un sourire gêné.

- Désolé 'Mione, mais cet article était tellement ridicule...

- J'avais compris, soupira-t-elle. Au moins maintenant on sait pourquoi tout le monde nous dévisageait ces derniers jours.

Ron sembla hésiter à dire quelque chose, et se lança finalement d'une voix incertaine.

- Du coup... vous êtes... ensemble ?

Deux paires d'yeux indignés le dévisagèrent aussitôt.

- Bien sûr que non ! répondirent-ils en même temps.

- Ron, Hermione est comme ma soeur, expliqua Harry. C'est comme si on suggérait que tu étais avec Ginny.

Ron prit aussitôt une teinte verdâtre, et Hermione hocha vivement la tête pour marquer son approbation.

- Harry ne m'a jamais intéressé de cette manière. Pas plus que toi ou Neville d'ailleurs, sans vouloir vous vexer. Vous êtes mes meilleurs amis et j'ai beaucoup d'affection pour vous, ajouta-t-elle d'un air gêné, mais pas... pas comme si j'étais amoureuse. Plus comme des frères de substitution.

Neville sourit, et parut heureux d'entendre qu'Hermione l'avait définitivement adopté dans leur petit groupe. Harry savait que lui non plus n'éprouvait pas de sentiments romantiques pour leur amie, mais l'appréciait beaucoup. La comparaison avec les membres d'une fratrie correspondait sans doute bien à ses propres ressentis. De son côté, Ron avait l'air déçu, mais s'abstint de faire un commentaire.

- Du coup, qu'est-ce que vous voulez faire à propos de cet article et de la rumeur ? demanda Neville.

Harry haussa les épaules. Il s'était attendu à une rumeur bien pire qu'une simple supposition erronée sur sa vie amoureuse.

- Pour être honnête, je m'en fiche. Tant que les personnes qui comptent pour moi connaissent la vérité, ce que pensent les autres m'est complètement égal.

- Hermione ? demanda Neville.

- Si les élèves de cette école sont assez stupides pour croire ce genre de rumeur absurde, ce n'est pas mon problème, déclara-t-elle fermement. Et publier un démenti ne servira à rien à part en faire encore plus parler. Rita Skeeter est connue pour faire des articles à sensation et tordre la vérité dans tous les sens jusqu'à obtenir le titre le plus racoleur possible.

- Attendez, vous voulez dire que vous n'allez rien faire ? s'exclama Ron.

Harry et Hermione échangèrent un regard, et la sorcière reconnut l'étincelle qui brillait dans les yeux verts de son meilleur ami. C'était le signe qu'il avait une idée en tête et qu'il allait essayer de les convaincre de l'appliquer. Elle soupira, et répondit en haussant les épaules.

- Tant que personne ne m'attaque dans les couloirs, je ne vois pas pourquoi je devrais consacrer du temps et de l'énergie à essayer de convaincre qui que ce soit que cet article n'est qu'un tissu de mensonges.

- Après, si quelqu'un nous pose la question, il va de soi qu'on dira la vérité, déclara Harry d'un air innocent.

- Personne n'osera vous poser la question directement et tu le sais très bien, répliqua Neville avec ironie.

- Possible, admit Harry avec un éclat malicieux dans le regard.

- Donc vous allez faire semblant de sortir ensemble ? demanda Ron.

Harry dévisagea le sorcier roux pendant un instant, et constata qu'il avait un peu de mal à suivre leur raisonnement.

- Absolument pas, répondit Hermione de façon catégorique.

- Ni Hermione ni moi n'allons changer quoi que ce soit, ajouta Harry.

- Ils vont juste laisser les gens tirer des conclusions tout seuls et s'amuser à les voir imaginer n'importe quoi, conclut Neville.

Ron les regarda comme s'ils étaient devenus fous, et les trois autres se mirent à rire. Au bout de quelques instants, cependant, il finit par secouer la tête et rire avec eux.

- Donc vous n'êtes pas ensemble, vous n'allez pas faire semblant, et vous allez dire la vérité à tous ceux qui vous posent la question ?

- C'est ça, répondit Harry en souriant.

Avant qu'ils puissent continuer à parler, le portrait du chevalier s'ouvrit sur Seamus et Dean, qui avaient l'air en plein désaccord. Dès qu'ils virent les quatre autres, ils se dirigèrent vers eux.

- Harry, commença Dean, est-ce que tu pourrais confirmer à cet idiot...

- Hey ! protesta l'irlandais.

- ... qu'il n'y a rien entre Hermione et toi et que c'est juste une rumeur stupide ?

À voir leurs têtes, Harry fut aussitôt persuadé qu'ils avaient fait un pari sur le sujet.

- Hermione est ma meilleure amie, mais on ne sort pas ensemble, déclara-t-il.

Dean eut un regard triomphant, et Seamus grogna de déception. Les deux Griffondors se dirigèrent vers la chambre, et les quatre restés dans la salle commune entendirent le premier pousser une exclamation.

- Je t'avais dit d'arrêter de croire tout ce que raconte la Gazette !

Lorsque le groupe descendit pour rejoindre leur salle de classe, Ron fit remarquer que maintenant que Seamus était au courant, le reste de l'école allait l'être aussi. Harry ne répondit pas, mais un petit sourire flottait sur ses lèvres.

McGonagall mena son cours comme à l'accoutumée. La directrice de Griffondor était probablement trop rodée aux diverses rumeurs qui pouvaient courir à Poudlard pour être distraite par celle-ci. En revanche, tous les autres élèves avaient les yeux rivés sur Hermione et Harry, qui demeurèrent aussi attentifs à la leçon qu'il l'étaient d'habitude.

Au déjeuner, les quatre amis furent abordés par Fred et George. Les jumeaux arboraient un regard machiavélique, et s'approchèrent du héros de Griffondor avec un air faussement éploré.

- Harry, tu as conscience de nous avoir brisé le coeur ?

- Avec une préfette en devenir, en plus ?

- Choisir une personne qui a le nez dans les livres, quelle tragédie !

- Nous aurions pu t'apporter tellement plus qu'elle !

- Vous m'en voyez désolé, répondit le brun.

Et il les regarda repartir dans un flot de lamentations que n'importe qui avec un minimum de sens critique pourrait déclarer factices. Lorsque Fred et George s'interrompirent finalement pour entamer leur repas comme si de rien n'était, Dean regarda Harry d'un air incrédule.

- Qu'est-ce que c'était que ça ? demanda-t-il.

- Ça, c'était Fred et George qui ont compris ce qui se passe et qui ont décidé d'en rajouter une couche dans les rumeurs, soupira Hermione. Apparemment, ils vont essayer de faire d'Harry un bourreau des coeurs.

Le noir regarda immédiatement son meilleur ami, et les deux éclatèrent de rire.

- Ron, tes frères sont géniaux ! s'exclama Seamus.

- Je sais pas si je l'aurais formulé comme ça, maugréa le concerné.

- En tout cas, il y a des gens qui ont l'air d'y croire, fit Neville.

Il indiqua d'un coup de tête un groupe de Griffondors un peu plus loin à leur table, et quelques Poufsouffles qui s'étaient retournés avec un manque de discrétion particulièrement flagrant.

- À votre avis, combien de temps la rumeur va tenir avant que tout le monde comprenne que c'est n'importe quoi ?

- On parle de Harry, avança Neville. Vu la façon dont la presse réagit en général, et vu que c'est censé être sa première histoire d'amour... au moins un mois, je pense.

- J'aurais dit deux semaines, trois au plus, contra Hermione. Les gens se lasseront vite quand ils comprendront qu'il n'y a rien à découvrir.

Les diverses estimations sur le sujet, avec divers arguments à l'appui, les tint occupés pour le reste de la journée.

-o-oOo-o-

À la fin de la première semaine, Harry et Hermione se retrouvèrent seuls à la bibliothèque le vendredi après-midi. Ron avait écopé d'une retenue avec Rogue pour avoir insulté Malfoy pendant le cours de Potions, et Neville s'était vu proposer par Chourave de l'aider à traiter des Champifleurs.

En arrivant à leur table habituelle pour faire leurs devoirs, les deux amis eurent la surprise de voir que toutes les tables proches étaient déjà occupées par des groupes d'élèves curieux. La jeune sorcière soupira, mais installa malgré tout ses affaires avec la ferme intention de faire ce pour quoi elle était venue. Harry s'installa en face d'elle, et lança de nouveau un sort de bulle de silence avant de lui parler.

- On peut s'exprimer tranquillement, l'informa-t-il à voix haute.

- Harry, chuchota-t-elle, on est à la bibliothèque et tout le monde nous écoute.

Le brun sourit malicieusement, se racla la gorge et se mit à parler d'une voix haute et claire.

- Je suis un troll en tutu rose qui collectionne les sculptures de zombies albinos.

Hermione écarquilla les yeux et regarda autour d'elle. Madame Pince n'était nulle part en vue, et si tous les élèves les regardaient avec plus ou moins de discrétion, aucun ne parut réagir à la déclaration farfelue du Golden Boy.

- Comment...

- Bulla Silentia informulée, lui révéla Harry en souriant. Personne autour de nous ne peut entendre ce qu'on dit. Je l'ai lancée quand on s'est installés.

Hermione en fut bouche bée.

- Tu... Harry, où est-ce que tu as appris ce sort ? Et depuis quand tu peux faire de la magie informulée ? C'est Dumbledore qui te l'a appris ? Lupin t'a donné des cours particuliers ? Les sortilèges qui couvrent une zone définie ne sont pas étudié avant la quatrième année !

Le Griffondor lui lança un regard d'excuse et passa la main dans ses cheveux. Il aurait dû se douter que sa meilleure amie exigerait des explications, mais il n'avait pas pu se retenir de montrer un peu ce qu'il savait faire.

- J'ai pensé que c'était le genre de sort qui serait pratique à maîtriser, admit-il finalement. Je m'entraine de mon côté quand j'ai le temps.

- Je... Harry, soupira-t-elle. Je ne sais même pas par où commencer, mais c'est irresponsable de ta part.

- Désolé ? s'excusa-t-il. Mais admets que c'est pratique.

Hermione lui lança un regard de reproche particulièrement marqué, et se lança dans un sermon de cinq bonnes minutes sur les raisons pour lesquelles il ne devrait pas se lancer tout seul dans l'étude et la pratique de sorts qui étaient au-dessus de leur niveau.

Lorsqu'elle eut fini, Harry fit de son mieux pour avoir l'air de regretter ses actes, et Hermione soupira longuement avant que son regard se radoucisse.

- Désolée, s'excusa-t-elle à son tour, je suis un peu à cran en ce moment. Toutes les filles du dortoir ont passé la semaine à me demander des détails sur toi, sur notre relation, ou à me regarder comme si elles hésitaient entre devenir ma meilleure amie ou mourir de jalousie.

Harry écarquilla les yeux. Il n'avait pas idée que la situation chez les filles de leur année ressemblait à ça. Tous les garçons de sa chambre étaient au courant que la rumeur était fausse, et il ne s'était pas posé plus de questions.

- C'est moi qui suis désolé, 'Mione. Tu veux qu'on fasse un démenti pour qu'elles te fichent la paix ?

- Je ne suis pas sûre que ça changerait quoi que ce soit maintenant, grimaça-t-elle.

Harry imita sa grimace en réalisant la véracité de la remarque, et après un regard d'excuse, il se plongea dans ses devoirs. Hermione en fit de même, et ils travaillèrent dans un silence confortable pendant deux heures.

Après avoir fini son devoir de Métamorphose, Harry remarqua que quelque chose clochait chez sa meilleure amie.

- 'Mione, tu sais que si quelque chose ne va pas, tu peux m'en parler ? fit-il doucement.

- Hum ? Tout va bien. Pourquoi est-ce que quelque chose n'irait pas ?

- Tu es bloquée sur la même page depuis dix minutes.

Prise en flagrant délit, la meilleure élève de sa promotion rougit et laissa tomber les apparences pour révéler une attitude légèrement nerveuse.

- Rien d'important, tenta-t-elle. Juste des pensées qui m'encombrent la tête.

- Si ça t'empêche de finir une rédaction, c'est important. Qu'est-ce qui te préoccupe ?

La sorcière tritura ses boucles un moment, hésitante à se confier. Harry suspectait déjà le sujet d'être assez personnel, mais le tic lui confirma qu'il s'agissait bel et bien de quelque chose d'important. Le Golden Boy préféra attendre que son amie se lance plutôt que de forcer une discussion. Si Hermione souhaitait lui en parler, elle le ferait d'elle-même. Harry sentit une vague d'inquiétude l'envahir à l'idée que sa meilleure amie ne lui fasse pas confiance pour la soutenir, quel que soit son problème.

Au bout d'une minute, Hermione inspira un grand coup, puis se lança.

- C'est... à propos de... des relations, fit-elle d'une petite voix.

- Des relations ? reprit Harry d'un air confus.

- Tu te souviens quand j'ai dit que même si je vous aimais beaucoup tous les trois, c'était de manière fraternelle et pas amoureuse ?

Harry hocha la tête, sans vraiment comprendre où sa meilleure amie voulait en venir.

- Et bien, entre ça et les discussions que j'ai été forcée d'avoir avec les autres filles du dortoir, j'ai été forcée de... réfléchir à tout ça. Et je... je crois que les garçons ne m'intéressent pas, acheva-t-elle dans un souffle.

Harry pencha la tête sur le côté avec une expression perplexe. Quelques instants plus tard, il comprit ce qu'Hermione était en train de sous-entendre et il écarquilla les yeux.

- Tu veux dire que tu penses que tu es attirée par les filles ?

Il se mordit la lèvre en voyant sa meilleure amie être au bord des larmes après sa question, et se pencha immédiatement vers elle.

- 'Mione, commença-t-il, tu...

Il n'eut pas le temps de prononcer un mot de plus avant que sa meilleure amie éclate soudainement en sanglots.

- Je ne sais pas Harry, je suis complètement perdue ! Je n'ai aucune idée de ce que je ressens, je ne sais pas où j'en suis, tout est embrouillé dans ma tête ! Je ne sais même pas si c'est normal de penser ça ! Toutes les autres parlent de toi et des garçons comme si c'était évident, mais je sais que pour moi c'est différent ! Au début je pensais que c'était juste parce que vous êtes mes amis, mais ce dont elles parlent, les... les réactions qu'elles décrivent, je n'en ressens aucune quand je regarde les garçons ! Je ne suis même pas sûre de ce que je ressens quand je regarde les filles ! Par Circé, je ne suis même pas sûre de ce que je ressens tout court ! Harry, je suis complètement perdue et...

Harry l'entraina dans une étreinte rassurante et Hermione s'arrêta d'un coup. La sorcière était toujours assise, mais Harry s'était levé et avait posé ses bras autour de ses épaules, avant de ramener sa tête bouclée contre son torse.

- 'Mione, tout va bien. Respire.

En parlant, Harry se mit à faire des cercles dans son dos pour l'aider à se calmer. La méthode parut fonctionner, et lui permit de gagner un peu de temps pour réfléchir à ce que Hermione venait de lui dire.

Les Dursley avaient toujours traité les homosexuels de dégénérés et de malades mentaux dépravés, mais comme ils disaient à peu près la même chose des sorciers ou de tout ce qui n'était pas comme eux... Et quand Tom lui avait fait subir La Discussion à son anniversaire, l'ancien mage noir avait expliqué le fonctionnement des relations avec les deux genres de façon totalement naturelle.

Harry lui-même ne savait pas quoi en penser, ni où se situer, et réalisa qu'il ne s'était tout simplement jamais posé la question. Sa vie était déjà assez remplie et occupée comme ça. Toutefois, Hermione était en pleine réflexion et il était évident que ce que Harry allait lui dire aurait une grande influence sur la façon dont elle allait gérer cet aspect de sa vie. Le garçon à la cicatrice réfléchit environ une minute, et profita de ce que sa meilleure amie avait retrouvé son calme pour la lâcher et s'asseoir à côté d'elle. Les contacts physiques le mettaient toujours aussi mal à l'aise, et il n'avait fait une exception que parce qu'Hermione était en train de faire une crise d'angoisse au milieu de la bibliothèque.

Il la regarda droit dans les yeux et s'efforça d'avoir l'air aussi sérieux que possible.

- Hermione, ce n'est pas grave de ne pas savoir et de ne pas être sûre pour une fois. Prends tout le temps dont tu as besoin pour comprendre comment tu te sens. Tu n'es pas anormale, tu n'es pas bizarre, tu es ma meilleure amie et peu importe qui tu aimes, ça ne change pas qui tu es ni à quel point tu es importante pour moi.

Hermione renifla et lui fit un petit sourire. Harry relâcha une tension qu'il n'avait pas réalisé avoir en constatant la réaction de sa meilleure amie. Apparemment, il avait trouvé les bons mots pour la rassurer et l'assurer de son soutien.

- Et puis tu sais, poursuivit Harry avec une pointe d'humour, je me fiche que ce soit une fille, un garçon ou une sirène qui te plaise. Je le ou la menacerai de la même manière dans tous les cas, ajouta-t-il avec un clin d'oeil.

- Harry ! lui reprocha-t-elle en riant.

- Quoi ? Tu penses vraiment que je laisserais ma meilleure amie sortir avec n'importe qui ?

- Tu... espèce d'idiot, fit-elle avec chaleur.

Il y eut un petit silence, puis elle le regarda droit dans les yeux.

- Merci, murmura-t-elle. Je crois que j'en avais besoin.

Harry lui fit un sourire sincère, et ses yeux véhiculèrent la même affection que d'habitude lorsqu'il lui répondit.

- Je suis toujours là pour mes amis quand ils ont besoin de moi, 'Mione. Que ce soit pour défendre ou pour écouter.

Les deux amis se sourirent, et retournèrent tranquillement à leurs livres. Ils avaient tous les deux conscience qu'après une discussion aussi sensible, ils avaient l'un comme l'autre besoin d'un semblant de solitude pour réfléchir et se remettre de leurs émotions.

Ni Harry ni Hermione n'avait prêté la moindre attention aux regards curieux et avides qui avaient suivi toute la scène. Pas plus qu'ils n'avaient remarqué les deux Serpentards à moitié cachés derrière une allée de livres.

-o-oOo-o-

Après le diner, la salle commune des Serpentards avait rapidement été occupée par presque tous les membres de la maison vert et argent, afin de profiter de leur vendredi soir. Draco était dans son fauteuil habituel, entouré par le reste des troisième années. Blaise et Daphné étaient en train de finir de raconter ce qu'ils avaient vu à la bibliothèque.

- Et quand Granger s'est mise à pleurer, Potter est allé la prendre dans ses bras, expliqua l'italien. Elle s'est calmée et il est retourné s'asseoir.

- Après, Potter a dit quelque chose qui l'a fait rire, et ils se sont souris avant de recommencer à travailler jusqu'à ce que Londubat les rejoigne, acheva Daphné.

Théo laissa échapper un sifflement surpris, et réfléchit quelques instants avant de formuler sa conclusion.

- Peut-être qu'ils sont vraiment ensemble en fin de compte, admit-il.

- Potter déteste les contacts physiques, répliqua sèchement Draco. Vous êtes sûrs de ce que vous avez vu ?

- Certain, affirma Blaise. De toute façon, il y avait au moins trois tables de Serdaigles et de Poufsouffles autour d'eux, ils n'ont pas pu le louper.

- C'est dommage qu'on ne les ait pas entendus, soupira la blonde. On aurait pu en apprendre tellement plus.

C'était une déclaration avec laquelle tout le groupe – et probablement une bonne partie de l'école – était d'accord.

- Je me demande ce qui a fait pleurer Granger, murmura Pansy. Elle n'est pas du genre à craquer facilement. Draky-chou, tu n'y serais pas pour quelque chose ?

- Si je connaissais un moyen de faire pleurer Granger, il y a longtemps que je m'en serais servi, répliqua le blond d'un air sombre.

- N'empêche, qui aurait cru qu'on avait vu juste ? fit Théo d'un air amusé.

- Tout le monde, visiblement, rétorqua Daphné.

Tous les regards se tournèrent vers la blonde, qui était assise sur le bord gauche du canapé en face de la cheminée. Sa réplique était un peu trop teintée de sarcasme pour ne pas être relevée.

- Daphné ? l'interrogea Blaise.

- Sérieusement, soupira-t-elle, ne me dites pas que vous êtes convaincus que les deux Griffondors les plus influents de cette maison stupide sont ensemble !

- Reconnais qu'il y a quand même de sérieux indices qui...

- Évidemment qu'il est proche d'elle, admit la blonde, ils sont amis depuis le premier jour de Poudlard ou presque. Mais il est exactement pareil avec Londubat, et je vous parie qu'on pourrait trouver autant d'indices d'une relation entre ces deux idiots si on cherchait suffisamment !

- Daphné, tu...

- Potter ne prend jamais personne dans ses bras et ne laisse personne lui dire quoi faire, intervint Draco d'une voix glaciale. Granger fait exception dans les deux cas.

Daphné se retrouva incapable de contrer cet argument, et se leva en serrant les poings, son regard fixé sur les moulures de la cheminée.

- Je suis quand même convaincue qu'il n'y a rien de plus entre eux qu'une écoeurante amitié griffondorienne, insista-t-elle.

- On peut toujours aller leur poser la question, ricana Blaise. Mais après ce que la soeur de Séphira a entendu il y a moins de deux semaines, je pense qu'on a toutes les preuves qu'il nous faut.

Théo et Pansy regardèrent l'italien d'un air curieux, et celui-ci sourit en se délectant d'avance de leur réaction. Il reprit l'histoire qu'il avait entendue avec un grand sourire et en modifiant son intonation sur les parties qui concernaient des citations.

- Apparemment, Granger a proposé à Potter de lui montrer ce qu'elle avait déjà appris dès qu'ils auraient un moment sans être dérangés, et il avait l'air assez enthousiaste pour accepter avec plaisir et dégager quelques heures dans la semaine suivante.

- Et on a vu Londubat et Weasley tous seuls cette semaine à plusieurs reprises, rappela Pansy.

Même Crabbe et Goyle échangèrent un bref regard. Il n'y avait pas cinquante manières d'interpréter ce genre de discours, et à part Daphné qui avait l'air de toujours catégoriquement nier l'évidence et Draco qui restait impassible, tous les autres avaient l'air de se faire la même réflexion.

- Il semble que Potter ait jeté son dévolu sur quelqu'un d'aussi pathétique que lui, murmura finalement l'héritier Malfoy. Le Golden Boy et la Sang-de-bourbe, ils sont tellement Griffondors que c'en est écoeurant.

- Draco, ne me dis pas que toi aussi tu...

- Donne-moi une autre explication, Greengrass, la coupa-t-il. Une seule autre hypothèse qui expliquerait pourquoi il y a autant de preuves qui s'accumulent, et aucun équivalent avec Londubat, ou même Weasley.

Daphné reconnut en un clin d'oeil, rien qu'au ton employé par le Prince de Glace, qu'elle avait perdu la discussion. Elle baissa les yeux et se rassit sur le canapé, toujours en désaccord, mais sans répliquer.

- Au moins, on a accès à un tout nouvel éventail de possibilités pour se moquer d'eux, lança Théo.

Sa tentative de détendre l'atmosphère fonctionna, et entraina Pansy et Blaise à sa suite. Daphné finit par les rejoindre à contrecoeur pour suggérer quelques idées, mais Draco demeura d'humeur orageuse pour le reste de la soirée.

-o-oOo-o-

Les semaines jusqu'aux vacances de Noël furent de plus en plus pénibles pour Harry. La sentence de Buck était toujours en délibération, même si Hagrid était certain de conserver son poste de professeur. La Gazette publiait au moins un article par semaine sur la relation entre Hermione et Harry, en inventant une nouvelle rumeur à chaque fois ou presque. D'après le journal, ils avaient déjà rompu pour se remettre ensemble au moins trois fois, et Rita Skeeter intégrait régulièrement des interviews d'élèves qui expliquaient à quel point Harry avait brisé des coeurs, ou suggérait une intrigue amoureuse secondaire qui impliquait Neville ou Ron.

Le Golden Boy était la plupart du temps amusé par le feuilleton inventé sur sa vie amoureuse, et Hermione était devenue blasée par l'attention au bout de trois semaines.

Rogue avait remplacé Lupin pour deux jours après que celui-ci soit tombé malade, et avait ignoré tout le chapitre qu'ils étaient en train d'étudier pour commencer à travailler sur les loup-garous. Naturellement, Hermione avait protesté et Malfoy avait imité un hurlement de loup, ce qui avait valu des points en moins à la première et une simple remarque au second.

Pendant la sortie suivante à Pré-Au-Lard, Harry avait de nouveau rejoint ses amis sous sa cape d'invisibilité et avait passé l'après-midi avec eux. Il en était revenu avec un petit sac de chocolats, qu'il avait partagé avec les trois Griffondors après avoir réalisé qu'ils étaient trop sucrés à son goût.

Son problème majeur venait du fait qu'entre les sorties auxquelles il pouvait désormais participer, les cours de Runes qu'Hermione lui donnait deux à trois fois par semaine, leurs séances à la bibliothèque, les cours et les entrainements de Quidditch, Harry n'avait pratiquement pas eu le temps d'aller voir Artémis. Il avait à peine pu passer en coup de vent saluer Myrtille à une ou deux reprises, et avait le plus grand mal à trouver des occasions de pratiquer les exercices que Tom lui donnait chaque semaine.

Même ses discussions avec l'ancien préfet étaient devenues plus brèves. Harry l'avait informé qu'il commençait à apprendre les bases de l'Etude des Runes avec Hermione, ce que Tom avait chaleureusement approuvé, et que la presse avait décidé de les mettre ensemble, ce qui l'avait beaucoup amusé. Après avoir beaucoup insisté, l'ancien mage noir avait également fini par admettre avoir causé du tort au professeur de Défense, mais avait refusé de dire de quelle manière exactement. Par ailleurs, toutes ses tentatives de se remémorer les souvenirs des jours précédents la nuit d'Halloween s'étaient soldées par des échecs. Le Serpentard avait admis à contrecoeur qu'il craignait de ne pas pouvoir s'en rappeler avant d'être réuni avec le reste de son âme.

Black n'avait pas refait parler de lui, et le Ministère était en conséquence au bord de la crise de nerf. Harry avait été appelé par Dumbledore après sa sortie à Pré-Au-Lard avec ses amis, et le directeur l'avait retenu pour une très, très longue discussion concernant sa sécurité, ses amis, les leçons, et même sa supposée relation avec Hermione. Le garçon à la cicatrice avait senti ses barrières mentales être attaquées pendant la totalité du temps qu'il avait passé dans le bureau, mais avait réussi à protéger ses souvenirs les plus privés. Dumbledore n'avait eu accès qu'à des images de cours, d'entrainement de Quidditch ou de repas dans la Grande Salle.

Harry en était sorti épuisé, mais rassuré quant à sa maîtrise de l'Occlumancie et reconnaissant envers son mentor. L'épisode ne fit rien pour améliorer la faible estime que le jeune Griffondor avait désormais pour Dumbledore.

Malgré tout, ce qui fatiguait le plus le Golden Boy était l'attitude des Serpentards. Depuis le premier article publié sur la relation entre les deux Griffondors, leur maison rivale multipliait les provocations plus ou moins vulgaires et les attaques vicieuses. Les cours de Potions étaient devenus tout simplement intenables et Harry était certain de n'avoir pas eu plus de deux jours d'affilée sans que Malfoy l'insulte ou tente de rabaisser Hermione.

Il commençait presque à anticiper avec impatience le moment où tous les élèves rentreraient chez eux pour Noël et où il pourrait enfin avoir la paix. Certes, sans Tom avec qui discuter n'importe quand, il serait un peu plus seul que l'année précédente, mais il était certain de pouvoir enfin souffler. Sans compter qu'il pourrait enfin repasser un peu de temps avec son familier. Et avec la carte du Maraudeur, éviter Rusard, Dumbledore et les quelques professeurs qui resteraient au château serait un jeu d'enfant.

Lors de leur dernière discussion avant qu'Harry confie le journal de Tom à son rival, les deux descendants de Salazar s'assurèrent de couvrir le maximum de problèmes susceptibles de survenir. Le Serpentard força Harry à écrire une liste d'exercices à effectuer sans faute pendant son absence, et lui indiqua quoi écrire dans la lettre destinée à Lucius Malfoy. Tom insista également sur le fait qu'il n'abandonnait pas Harry, et qu'ils se retrouveraient à la fin de l'année scolaire. Le jeune Griffondor eut la gorge serrée au moment d'achever leur conversation, mais décida de faire confiance à son mentor.

Ce qui ne l'empêcha pas d'avoir du mal à s'endormir une fois le carnet refermé.


Commentaire de la bêta : Un jour, Malfoy comprendra que la jalousie c'est mal... En attendant, félicitons Daphnée pour sa clairvoyance et profitons de l'histoire !