N/A : Bon bah puisque tout le monde à l'air de bien le supporter, on continue avec des points de vue différents hein :p

Résumé du chapitre précédent :

Draco donne le Journal de Tom à son père, et prend mal le fait que celui-ci fasse passer un message de Harry avant lui. Harry passe ses vacances à être plus productif que n'importe quel étudiant réaliste (l'autrice comprise). Le jour de Noël, Harry ouvre ses cadeaux et découvre dans le lot un Eclair de Feu à l'origine inconnue. Il suspecte Sirius Black d'être derrière le cadeau, l'apporte à McGonagall et en profite pour demander l'autorisation de rejoindre le cours d'Etude des Runes. Rogue, dans le bureau également, sent ses soupçons se renforcer.


Severus utilisa la cheminée de son bureau pour se rendre au manoir Malfoy à seize heure tapantes, et fut accueilli par un elfe de maison qui le guida jusqu'à la serre. Il s'agissait d'une immense pièce vitrée au coeur de l'ancienne demeure, dans laquelle se pavanaient des paons albinos à toute heure du jour. Le Maître des Potions n'avait jamais compris d'où venait l'obsession de son ami pour ces animaux, et avait résolu de s'abstenir de tout commentaire tant que les volatiles restaient à leur place.

Presque tout l'espace était rempli de plantes rares et exotiques venues du monde entier, plantées stratégiquement afin que l'ensemble trouve un équilibre subtil entre nature sauvage et harmonie. Un petit pavillon en bois blanc était installé au centre exact de la serre, et était accessible par un élégant chemin de pierres blanches.

Severus fut, comme à chaque fois, reconnaissant pour l'existence des charmes de régulation de température. Chaque plante était ainsi dans son environnement idéal, et les visiteurs qui se rendaient dans le pavillon ne se retrouvaient pas en sueur au bout de cinq minutes. Lorsque le professeur arriva en vue de la petite construction, il constata que les trois Malfoy y étaient déjà installés. Lucius se leva pour l'accueillir, un début de sourire malicieux sur les lèvres.

- Joyeux Noël, Severus. Je suis ravi de voir que tu es parvenu à t'arracher à ton laboratoire pour nous rendre visite.

- Oui, oui, joyeux Noël, grommela l'enseignant.

Narcissa et Draco le saluèrent à leur tour, puis la discussion s'orienta sur les présents échangés et reçus. Comme toujours lorsque Severus venait au manoir Malfoy, le thé était excellent et les pâtisseries qui l'accompagnaient étaient délicieuses. Néanmoins, au bout de quelques minutes, Severus nota que son filleul avait l'air plus terne qu'à l'accoutumée. Dans la mesure où le jeune sorcier prenait habituellement un plaisir immense à parler de ses cadeaux, le fait n'était pas à négliger.

- Draco ? s'enquit l'enseignant, le reste de sa question sous-entendue par un haussement de sourcil.

Le jeune Serpentard eut un air surpris, mais répondit après un bref haussement d'épaules.

- Je vais bien.

- Tu as l'air un peu fatigué, suggéra Severus.

Le professeur remarqua l'hésitation de son filleul, et sentit ses soupçons se renforcer lorsque Draco se mit à fixer une branche qui frôlait une des colonnes du pavillon.

- J'ai mal dormi la nuit dernière, murmura le jeune Serpentard. C'est tout.

Severus haussa un sourcil, pas dupe de la manoeuvre. Il échangea un bref regard avec Narcissa, dont l'air préoccupé convainquit le professeur de ne pas approfondir le sujet.

- Comment se portent les choses à Poudlard ? s'enquit Lucius pour détourner la conversation.

- Tout bien considéré, admit Severus, ça pourrait être pire. Black ne s'est pas manifesté, du moins pas directement, ajouta-t-il.

Les trois blonds le dévisagèrent avec un intérêt non dissimulé.

- Quelqu'un a envoyé un balai à Potter pour Noël, le dernier modèle, je crois. Il a eu le réflexe étonnamment mature de l'apporter à sa directrice de maison, et j'ai passé une bonne partie de la journée à vérifier qu'il n'était pas ensorcelé.

- Et alors ? demanda Narcissa dont la curiosité était piquée.

- Rien du tout. Minerva va le faire examiner par Lupin et probablement Dumbledore, mais je ne pense pas qu'ils trouveront quoi que ce soit. Le garçon pourra sans doute l'utiliser dès le prochain match.

- Donc maintenant, Potter a un Eclair de Feu, résuma Draco avec amertume. Formidable.

Severus échangea un regard rapide avec Lucius. Quelque chose clochait dans l'attitude de Draco, et le professeur de Potions était en train de se demander s'il n'allait pas avoir une petite conversation avec son filleul avant de repartir.

- Il va aussi très probablement rejoindre le cours d'Etude des Runes après les vacances, ajouta Severus d'un ton mesuré.

Narcissa écarquilla les yeux, et reposa sa tasse de thé sur la table.

- Il va commencer l'option au beau milieu de l'année ? s'étonna-t-elle.

- Granger partage ses cours avec lui depuis des semaines, intervint Draco. Il me l'a dit la veille du départ, se justifia-t-il en voyant les regards surpris.

- Severus ? interrogea Lucius.

- C'est exact, confirma l'enseignant. Le fait est que Babbling va lui faire passer un test ou deux, et s'il a le niveau, il pourra rejoindre le cours. Mais comme il s'agit de Potter et Granger...

Le professeur laissa sa phrase en suspens pour boire une gorgée de thé, et laissa aux trois autres le soin de compléter eux-même la fin de sa phrase, qui ne souffrait pas deux interprétations.

- J'avoue être assez surprise qu'il se tourne vers cette matière, admit Narcissa en saisissant délicatement une madeleine. A-t-il donné une explication à cet intérêt soudain ?

- Apparemment, fit Severus d'une voix neutre, il veut en savoir plus sur les formes de Magie Protectrice.

- Un choix judicieux, dans ce cas, approuva l'aristocrate. J'y songe, ça veut dire que tu vas partager une classe de plus avec lui, Draco.

Le plus jeune aquiesça, mais son visage s'assombrit. Severus ne s'en préoccupa pas outre mesure. Il n'y rien de surpenant à ce que Draco ne soit pas enchanté par la perspective.

- À propos de Potter, reprit le Maître des Potions en se tournant vers Lucius, tu as eu des nouvelles concernant...

Il s'interrompit en se rappelant que Draco, et peut-être Narcissa, n'étaient vraisemblablement pas informés de l'échange que Lucius et lui avaient eu avec Potter à la fin de l'année précédente. À voir la façon dont la mâchoire de Draco était en train de se crisper, en tout cas, son filleul n'était pas au courant. Lucius comprit toutefois à quoi il faisait référence en un clin d'oeil et répondit en choisissant soigneusement ses mots.

- En effet. Cependant, je suis tenu de conserver une certaine discrétion sur le sujet, à la demande expresse de notre ami commun.

Severus haussa un sourcil incrédule et reposa sa tasse pour regarder Lucius. Un discret hochement de tête de la part de l'aristocrate acheva de convaincre le professeur qu'il avait bien entendu.

- Voilà qui est des plus inattendus, murmura l'enseignant d'une voix pensive avant de soupirer. Potter semble vouloir passer maître dans l'art de réussir l'impossible.

- J'en ai bien l'impression, répondit Lucius avec un sourire amusé.

Après que les deux amis de longue date échangent un dernier regard entendu, Severus vit Narcissa se tourner vers son fils, qui paraissait de plus en plus énervé.

- Draco, tout va bien ? Tu n'as même pas touché aux macarons à la vanille, remarqua-t-elle en voyant son assiette. Je croyais qu'il s'agissait de tes préférés ?

La remarque, pourtant innocente, fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase chez le plus jeune. Il leva un regard furieux vers ses parents et son parrain, et Severus fronça les sourcils par pur réflexe professoral.

- Quelle délicate attention de vous rappeler de mon existence, ironisa Draco. Peut-être que pour les prochaines vacances de Noël, vous devriez directement inviter Potter à nous rejoindre pour qu'il ait l'occasion de vous entendre chanter ses louanges ?

- Un instant, jeune homme, intervint Lucius.

- Depuis que je suis rentré, vous n'avez plus que son nom à la bouche. Par Salazar, j'entends déjà assez parler de lui à l'école ! s'énerva le jeune Serpentard en serrant les poings. Est-ce que c'est trop demander que ma propre famille me fasse passer en premier, de temps en temps ?

- Draco, sois raisonnable, déclara Narcissa avec fermeté. Tu as toujours été au coeur de nos attentions et...

- Vraiment ? Est-ce que vous avez réalisé qu'il n'y a pas eu une seule journée depuis que je suis rentré où son nom n'a pas été mentionné ? Et je ne parle même pas d'aujourd'hui ! ajouta-t-il avec amertume. Il ne s'est même pas passé dix minutes entre le moment où Oncle Sev' est arrivé et le moment où vous avez oublié mon existence pour vous concentrer sur les derniers exploits de Potter !

- Draco Malfoy, tu vas te calmer immédiatement ! gronda Lucius en se levant de son siège. Un tel comportement est indigne de ton rang.

Livide, le plus jeune se leva à son tour et fixa son père sans ciller en posant brutalement ses mains sur la table. Severus observa la scène en silence, quelque peu choqué par l'attitude de son filleul. En temps normal, le ton employé par Lucius l'aurait fait s'excuser immédiatement, mais Draco semblait être trop en colère pour céder.

- Non, j'en ai plus qu'assez que tout le monde autour de moi ne parle que de lui ! Toute la journée à Poudlard, j'entends à quel point Potter est brillant, ou puissant, ou charmant, à quel point il réussit tellement bien un sort ou comment il a sauvé untel ! Par Salazar, même les membres de ma propre maison sont pratiquement à ses pieds ! Il n'y a que lorsque je revenais ici que j'avais l'impression d'enfin entendre autre chose, mais maintenant même vous ne parlez plus que de lui !

À la fin de sa tirade explosive, Draco était presque hors d'haleine, et Severus devina aux légers tremblements de sa voix que les larmes ne devaient pas être loin.

- Draco, tu es consigné dans ta chambre jusqu'au diner et privé de vol jusqu'à nouvel ordre, déclara Lucius d'une voix glaciale. Nous discuterons de ton attitude lorsque tu te seras calmé. Dobby !

L'elfe apparut dans un pop et s'inclina aussitôt. Avant même qu'il puisse dire un mot, Lucius donna ses ordres.

- Raccompagne mon fils à sa chambre et veille à ce qu'il n'en sorte pas jusqu'au repas. Il a également interdiction de toucher à ses balais jusqu'à ce que j'en décide autrement. Aucune exception.

- Bien Maître Lucius, Dobby fera comme Maître Lucius a dit.

L'elfe de maison s'approcha de Draco, qui s'était figé sous le choc de la décision de son père. Dobby toucha le bout des robes du jeune sorcier, et claqua des doigts pour les transporter jusqu'à la chambre de Draco. Une fois que les deux furent partis, Lucius se rassit en soupirant.

- Et bien, déclara Rogue après une gorgée de thé, je pense que j'ai ma réponse concernant l'étrange état de mon filleul. Aussi difficile à croire que ça puisse paraître, on dirait bien que Draco est jaloux de son rival.

Les deux blonds lui lancèrent un regard vaguement irrité, qu'il ignora avec aisance.

- Je n'arrive pas à croire que mon propre fils puisse réagir de manière aussi puérile, grommela Lucius.

Severus et Narcissa arborèrent aussitôt un air dubitatif, mais s'abstinrent de tout commentaire sur le sujet. L'un comme l'autre possédait assez de tact pour éviter de rappeler au patriarche de la famille Malfoy ses propres réactions lorsqu'il était encore élève à Poudlard.

- J'imagine que c'était à prévoir, soupira Narcissa. Draco a toujours eu l'habitude d'obtenir tout ce qu'il voulait, jusqu'à ce que Potter lui refuse son amitié.

- Ça n'explique tout de même pas une telle attitude, objecta Lucius.

- Parce que vous n'avez pas eu l'occasion de les voir à Poudlard, intervint Severus.

Les deux autres se tournèrent vers lui dans une question muette. Le professeur de Potions soupira, et entreprit d'expliquer de la façon la plus succincte possible la situation géopolitique d'une école remplie d'adolescents.

- Potter contrôle directement ou indirectement trois maisons sur les quatre. Les Griffondors sont pratiquement à ses ordres, les Poufsouffles lui mangent dans la main, les Serdaigles prennent en compte ses décisions avant d'agir. Et en révélant publiquement qu'il était un fourchelangue, puis en sortant vainqueur d'une confrontation avec un basilisk après avoir trouvé la Chambre des Secrets, il a gagné le respect de la grande majorité des Serpentards. Même si aucun de mes serpents ne l'admettrait ouvertement devant Draco, ajouta-t-il en haussant les épaules.

Lucius hocha la tête en signe de compréhension, et Narcissa reprit sa tasse de thé sur la table après une brève interruption de son geste.

- Est-ce qu'il s'en sert pour attaquer Draco et les Serpentards ? demanda-t-elle.

Severus pinça les lèvres, ennuyé de ne pas pouvoir répondre par l'affirmative sans mentir.

- J'aimerais pouvoir dire que c'est le cas, mais non. Du moins, pas tant que mon cher filleul n'attaque pas en premier, nuança l'enseignant. Dans ce cas-là, il réplique avec autant de verve, mais ça reste dans le cadre de la rivalité qu'ils ont construit dès leur arrivée à Poudlard. Potter a aussi le soutien incontestable de Dumbledore, et de la plupart des professeurs.

- Et Draco ne supporte pas d'être supplanté en terme de popularité ? devina Lucius.

Severus nota que l'aristocrate commençait à comprendre où il voulait en venir, et trouvait du même coup une explication rationelle à l'attitude de son fils. Severus hésita un instant avant de répondre.

- En partie, oui, mais il y a plus que ça. J'observe Potter depuis le début de l'année, et j'ai de plus en plus l'impression qu'il n'a pas conscience de l'influence qu'il a sur le reste de l'école, ou de l'image qu'il renvoie. En tout cas, il agit comme tel.

Narcissa réfléchit un instant, et acheva sa réflexion à voix haute.

- Potter réussit naturellement et inconsciemment à obtenir ce que Draco doit lutter pour gagner et conserver. Et si en plus il ne s'en rend pas compte et ne s'en sert pas, mon dragon doit en être malade.

- Draco est un Malfoy, objecta Lucius en fronçant les sourcils. Il vaut mieux que tous les sorciers présents à Poudlard et il le sait.

- Et c'est exactement pour ça qu'il ne supporte pas que Potter soit placé sur un piédestal, Lucius, le morigéna-t-elle. Draco a grandi dans l'idée qu'il était meilleur que tout le monde, et voilà qu'en arrivant à Poudlard, il tombe sur quelqu'un qui le force à remettre cette certitude en question sans même en avoir l'intention !

Severus hocha la tête dans une approbation silencieuse. C'était également la conclusion à laquelle il était arrivé après ses observations personnelles de Potter durant les derniers mois. Il termina sa tasse et se leva.

- Je ferais mieux de retourner à Poudlard avant que Potter ne fasse des siennes, expliqua le Maître des Potions. Il se comporte de façon un peu trop responsable ces derniers temps, et ça ne m'inspire absolument pas confiance.

- Severus, fit Lucius avec un sourire amusé, depuis le temps, tu pourrais admettre que tu veux juste éviter d'affronter ton filleul lorsqu'il est de mauvaise humeur.

L'enseignant ne daigna pas gratifier la remarque d'une réponse, et salua brièvement Narcissa avant de repartir dans son mouvement de robes habituel.

Restés seuls, le couple d'aristocrates le plus admiré de la haute société britannique échangea un regard qui faisait office de départ des négociations.

- C'est contre toi qu'il s'est énervé, finit par déclarer Narcissa avant de boire une gorgée de thé.

- Et c'est justement pour ça que c'est à toi qu'il parlera plus facilement, contra Lucius.

- Peut-être, mais c'est de ta compréhension et de ton approbation dont il a besoin, pas des miennes, argumenta-t-elle. Pour une relation père-fils saine, ce genre de discussion est primordiale.

- Puisqu'on parle de ça, rappelle-moi qui s'est chargé de la "Discussion" cet été ?

La sorcière lui lança un regard vaguement agacé. Narcissa n'avait aucune difficulté à reconnaitre qu'elle éprouvait une affection profonde pour son mari, mais parfois, avoir épousé un pur Serpentard avait des répercussions qu'elle qualifiait volontiers de désobligeantes.

- Très bien, je vais aller lui parler en premier. Mais n'espère pas y échapper pour autant. Après tout, ajouta-t-elle avec un sourire machiavélique, c'est toi qui a dit à notre fils que vous discuteriez de son attitude une fois qu'il se serait calmé. Et un Malfoy ne revient jamais sur sa parole, n'est-ce pas, très cher ?

Lucius retint une grimace de justesse. La plupart du temps, il adorait sa femme et était fier d'être à ses côtés comme elle était aux siens. Et parfois, il était forcé de se rappeler qu'il avait épousé une Black.

-o-oOo-o-

Harry était un peu anxieux à l'idée d'avoir son niveau évalué par la professeure Babbling, mais celle-ci le mit rapidement à l'aise.

Apparemment, l'enseignante avait été surprise lorsque la directrice adjointe lui avait signifié les intentions du jeune Griffondor, mais avait accepté de soumettre son potentiel nouvel élève à quelques tests.

Le mardi matin qui suivit Noël, le Golden Boy alla donc frapper à la porte du bureau de la professeure de Runes, un peu nerveux malgré son assurance devant Rogue trois jours plus tôt.

- Entrez, fit-elle depuis l'intérieur. Ah, monsieur Potter, je vous attendais.

Harry prit le temps d'observer la pièce autour de lui. Il avait toujours eu l'impression que le bureau d'un enseignant en disait beaucoup sur lui, ou dans le cas présent, elle.

La pièce était majoritairement décorée dans les tons bleu et bronze si chers aux Serdaigles, mais les deux grandes fenêtres qui donnaient sur le parc la rendaient très lumineuse. Un bureau était installé à côté d'un mur qui servait de bibliothèque, permettant ainsi à son utilisatrice d'avoir ses livres à portée de main. Plusieurs outils et objets étaient disposés dans un cabinet en bois à l'opposé de la pièce, et une cheminée était encastrée dans le mur à gauche de la porte. Quelques fauteuils et une petite table sous lesquels reposait un tapis complétaient le décor. L'endroit semblait équilibré entre un usage pratique et une volonté de le personnaliser un peu.

La professeure elle-même s'était levée pour accueillir Harry, et lui adressait un sourire rassurant. Elle avait une très longue tresse de cheveux blancs passée par-dessus une épaule, et qui lui arrivait presque à la taille. En dépit de la couleur de ses cheveux et des lignes au coin de ses yeux, elle ne semblait pas avoir plus de quarante ou cinquante ans. Ses yeux étaient d'un bleu foncé et véhiculaient un étrange mélange de gentillesse et de fermeté, qui correspondait à la description qu'Hermione lui avait faite de Babbling. L'enseignante portait des robes bleu pâle, qui avaient l'air doublées avec une matière blanche très douce. Globalement, Harry avait une première impression positive.

- Bonjour professeur Babbling, déclara-t-il poliment. Merci de me recevoir.

- Je vous en prie. Venez, nous serons plus confortablement installés près du feu pour cet entretien.

Le Griffondor lui en fut aussitôt reconnaissant. La neige était en train de tomber depuis deux jours et même avec un pull, le château demeurait un peu trop froid à son goût. Lorsqu'ils furent tous les deux assis, l'enseignante reprit la parole.

- Donc, monsieur Potter, déclara-t-elle, j'ai cru comprendre que vous souhaitiez rejoindre mon cours ?

- Oui professeur, si c'est possible.

- J'espère que vous comprenez qu'il ne s'agit pas d'une décision à prendre à la légère. L'Etude des Runes est une matière complexe qui nécessite une grande attention et un travail très régulier.

Bathsheba observa attentivement l'élève en face d'elle, et fut satisfaite de le voir hocher la tête avec sérieux et détermination. Minerva lui avait déjà expliqué qu'il avait étudié la matière de son côté avec Hermione Granger, mais un petit rappel ne pouvait pas faire de mal.

- Avant que nous commencions l'évaluation à proprement parler, indiqua-t-elle, je voudrais vous poser une ou deux questions concernant vos motivations.

- Quelles questions, professeur ? s'enquit-il.

- Tout d'abord, pourquoi souhaitez-vous prendre l'Etude des Runes comme option supplémentaire ?

La professeure de Runes observa avec un certain amusement l'étincelle passionnée qui s'alluma dans le regard de son potentiel futur élève. Au minimum, son intérêt paraissait sincère.

- Parce que je veux en apprendre le plus possible sur toutes les formes de Magie Protectrice, répondit le Griffondor, et parce que de ce qu'Hermione m'a déjà montré, je trouve que les Runes sont vraiment intéressantes. C'est comme former de nouveaux sortilèges à l'aide d'un alphabet, chaque lettre a une signification, mais leur combinaison permet de réaliser des barrières solides ou de renforcer des sorts de soins, ou de multiplier la puissance de certains rituels !

La professeur se mit à sourire en observant le jeune sorcier se retenir de bouger les bras dans tous les sens au fur et à mesure de sa tirade. Potter semblait enthousiaste et avoir déjà saisi toutes les possibilités qu'offraient sa matière, un bon point pour lui. Elle décida toutefois de lui poser une question délicate pour jauger sa réaction.

- Dans ce cas, pourquoi ne pas l'avoir prise dès le début de l'année ?

Bathsheba dissimula son amusement en observant le fameux héros de Griffondor être soudainement embarrassé et éviter son regard. Dire que cet enfant avait défait Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom en étant bébé, et avait affronté un basilisk en combat singulier l'année précédente... Le voir stresser pour un simple entretien avait quelque chose d'à la fois attendrissant et rassurant. Sous son titre de héros et sa bravoure, Potter restait un sorcier de treize ans.

- Je ne m'étais pas beaucoup renseigné sur les options, avoua-t-il finalement, et on m'a juste dit que l'Etude des Runes était une matière très compliquée... Mais quand Hermione m'a expliqué à quoi ça pouvait servir et a commencé à me montrer les leçons, j'ai eu envie de continuer.

- Je vois, approuva l'enseignante. Vous n'êtes pas le premier à changer d'avis concernant vos options, monsieur Potter, mais je dois vous prévenir que peu d'élèves ont atteint le niveau requis pour pouvoir rejoindre ma classe en cours d'année. Vous pensez être à la hauteur ?

Le jeune Griffondor inspira un grand coup, et planta deux yeux verts déterminés dans ceux de l'enseignante.

- Oui professeur.

Une étincelle d'intérêt et de défi s'alluma dans le regard de Bathsheba. Elle aimait la détermination chez ses élèves, c'était une qualité nécessaire pour avancer dans l'utilisation des Runes. D'un coup de baguette, elle fit léviter parchemin, plume et encre jusqu'à la table entre Potter et elle, puis croisa ses mains devant son visage, les coudes sur les accoudoirs.

- Dans ce cas, veuillez commencer par inscrire sur ce parchemin l'intégralité des runes de l'alphabet scandinave, puis me donner le nom de chacune d'entre elle.

Sans hésiter, Harry attrapa le matériel à sa disposition, et commença son évaluation en priant Merlin et Salazar pour que sa mémoire ne lui fasse pas défaut.

-o-oOo-o-

Presque deux heures plus tard, il sortit du bureau de la professeure Babbling avec un air ravi. Celle-ci lui avait annoncé au bout des deux heures qu'il avait le niveau suffisant pour rejoindre son cours, et qu'il pouvait dès à présent commander les livres dont il allait avoir besoin.

Un peu plus tard dans la journée, le directeur convoqua une réunion des professeurs présents au château pour faire un bilan de leurs observations sur une possible tentative d'intrusion de Black. Personne n'ayant rien relevé, la discussion s'acheva en quelques minutes et McGonagall en profita pour interroger la professeure de Runes.

- Bathsheba, comment s'est passée l'évaluation de Potter ? s'enquit-elle. C'était bien ce matin ?

- Seriez-vous inquiète pour votre lionceau, Minerva ? sourit-elle avec amusement.

Avant que la directrice de Griffondor puisse répondre, Dumbledore intervint.

- À quelle évaluation faites-vous référence, ma chère ?

- Potter a comme nouvelle lubie de vouloir entrer dans le cours d'Etude des Runes au milieu de l'année, répliqua Severus.

Immédiatement, Filius, Pomona, et Aurora – les seuls autres professeurs restants pour cette partie des vacances – se mirent à écouter attentivement la conversation.

- La curiosité de ce jeune homme est admirable, reconnut Dumbledore. Quel dommage qu'il ne soit pas possible de satisfaire une telle requête, même pour lui, soupira le directeur. Soyez sûre de le ménager lorsque vous lui transmettrez votre refus, Bathsheba.

- Mes excuses, Albus, mais j'ai déjà informé le garçon qu'il pourrait bel et bien rejoindre ma classe à partir de la rentrée.

Tous les professeurs présents la regardèrent avec surprise, et dans le cas de Dumbledore, avec une pointe de contrariété. La professeure de Runes était connue pour être juste, mais exigeante envers ses élèves. Et elle n'était certainement pas censée pratiquer le traitement de faveur.

- Ma chère Bathsheba, soyez réaliste, raisonna Albus. Il n'est pas décemment envisageable d'exiger d'Harry qu'il rattrape la moitié de l'année en si peu de temps, et je suis certain qu'il s'en voudrait de ralentir ses camarades.

- C'est justement pour éviter une telle situation que je lui ai fait passer une évaluation ce matin, rétorqua la professeure de Runes.

- Et comment s'en est sorti le jeune Potter ? demanda Filius avec curiosité.

L'enseignante se radoucit en songeant aux deux heures pendant lesquelles elle n'avait clairement pas ménagé le Griffondor.

- Brillamment, admit-elle. Ses connaissances de base sont solides, et il n'a commis presque aucune erreur dans les exercices plus complexes que je lui ai imposés. Il a largement le niveau de rejoindre mon cours sans ralentir les autres élèves.

Bathsheba fit une pause, sembla réfléchir quelques instants, puis se sourit à elle-même avant de poursuivre.

- En fait, je m'attends même à ce qu'il rejoigne le niveau de miss Granger et monsieur Malfoy assez rapidement. Il semble avoir une compréhension instinctive du fonctionnement des runes et de leur utilisation, ce qui est assez rare pour son âge. J'ai hâte d'observer ses progrès, ajouta-t-elle avec un air ravi.

- Et bien, s'amusa Aurora, on dirait qu'il vous a fait une forte impression. Mais dites-moi, comment se fait-il qu'il ait atteint un tel niveau sans suivre le cours ?

- De ce qu'il m'a dit lorsqu'il m'a présenté sa requête, il a demandé de l'aide à miss Granger, déclara Minerva.

Tous les professeurs échangèrent des regards et des sourires entendus à la mention de ce nom. Si Potter avait réellement une quelconque facilité avec les runes, des séances de mise à niveau avec la meilleure élève de Poudlard ne pouvaient que l'amener à l'excellence.

Seul Dumbledore était quelque peu contrarié. Harry était censé chercher son soutien et son aide au moindre doute, aide qu'il accorderait généreusement, bien qu'au compte-gouttes afin que le garçon reste respectueux et reconnaissant. Hors, depuis le début de l'année, non seulement Harry n'était pas venu le voir une seule fois de son plein gré, mais il semblait même l'éviter. Peut-être qu'un début de crise d'adolescence le poussait à remettre en question les figures autoritaires, mais dans ce cas, il faudrait s'assurer de mettre un terme à cette attitude au plus vite.

Albus savait que le garçon devait rester malléable, s'il devait un jour être en mesure d'accomplir sa destinée et anéantir Tom. Le directeur se rappela brièvement la discussion qu'il avait eu dans son bureau avec le jeune Griffondor, et ses échecs répétés pour entrer dans l'esprit d'Harry, alors que celui-ci l'avait regardé dans les yeux à quelques reprises. À sa grande surprise, il s'était fait repousser dès qu'il avait voulu accéder à sa mémoire, et n'avait eu accès qu'à quelques souvenirs dénués d'importance.

Si ce n'était pas impossible, il aurait juré que quelqu'un avait formé le garçon à l'Occlumancie. Mais seuls Severus et lui auraient pu la lui enseigner à un tel niveau, et le directeur était persuadé que jamais son Maître des Potions n'aurait accepté de former le fils de James Potter. Non, il y avait forcément une autre explication. En attendant, le plus urgent était de raffermir son emprise sur Harry et s'assurer qu'il lui resterait loyal. Par exemple, en lui rappelant qu'il ne pouvait prendre une nouvelle option que grâce à sa magnanimité, et lui indiquer qu'il s'agissait d'un privilège. Avec la bonne formulation, Harry n'aurait pas d'autre choix que de se sentir redevable.

Satisfait de sa décision, le directeur reprit son air bienveillant et se tourna vers ses professeurs, qui semblaient avoir pris à coeur de discuter des performances de la vedette de l'école dans leurs classes respectives.

- Ma foi, si le problème de son niveau est réglé, je pense que rien ne s'oppose à ce qu'il rejoigne votre option, Bathsheba. Je lui enverrai moi-même un message pour l'informer officiellement de la modification de son emploi du temps.

Seul Severus haussa un sourcil devant les non-dits du directeur, et il rangea l'information dans son esprit en même temps qu'il sortait du bureau surpeuplé pour rejoindre ses quartiers. Apparemment, le vieux manipulateur avait besoin d'affirmer son autorité sur Potter. Intéressant. Severus regretta un instant que Lucius n'ait pas eu l'occasion de lui en dire plus lors de sa visite au manoir Malfoy. Le professeur de Potions sentait que quelques indices supplémentaires pour comprendre le comportement de la mascotte de Griffondor ne seraient pas de trop.

En revanche, écouter le reste du corps enseignant complimenter Potter sur ses talents ou son attitude dans leurs cours le faisait toujours grincer des dents par principe. À son grand regret, il était forcé d'admettre que depuis que celui-ci et Londubat accompagnaient Granger à la bibliothèque, leurs progrès dans sa matière étaient notables. Le professeur de Potions réfléchit un instant à la possibilité de leur laisser une chance de prouver leur niveau dans sa propre classe en travaux pratiques, mais renonça tout aussi vite. S'ils voulaient de meilleures notes dans sa matière, ils devraient apprendre à se battre contre ses serpents pour les obtenir.

-o-oOo-o-

Harry reçut la lettre de Dumbledore le lendemain matin, et haussa les sourcils d'un air douteux en la lisant. Comme si le directeur avait eu son mot à dire sur la décision finale. Harry fut beaucoup plus intéressé par une lettre du professeur de Défense, qui lui proposait de le rejoindre dans son bureau dès le lendemain après-midi pour une première séance consacrée aux Détraqueurs.

La nouvelle le mit d'assez bonne humeur pour faire un signe de tête enjoué et un sourire au directeur lorsqu'il le croisa dans un couloir. Celui-ci sembla satisfait de son attitude, et Harry comprit en un instant que le directeur avait interprété son geste comme sa réponse à "la généreuse exception qu'il acceptait de faire" en sa faveur. Le Golden Boy soupira et constata, pas pour la première fois depuis le début des vacances, que Tom lui manquait. Sans la présence de son mentor, il se sentait un peu plus vulnérable à Poudlard, et perdait un ami avec qui il n'avait pas besoin de cacher son histoire, ses nouvelles capacités, ou ses réflexions sur Dumbledore.

Harry se força cependant à faire confiance à l'ancien préfet. Tom lui avait promis qu'il ne le laisserait pas affronter l'été seul, et lui avait conseillé de se reposer un peu plus sur ses amis les plus fiables et sur Artémis. Harry avait forcé un sourire, et avait accepté en sachant qu'il regretterait de ne pas pouvoir continuer à lui demander son avis lorsqu'il en aurait besoin. Avec un peu de chance, il serait suffisamment occupé au retour de ses amis pour ne plus y penser. Il n'était pas certain de pouvoir perdre – de quelque façon que ce soit – une autre figure protectrice.


IMPORTANT : si vous lisez cette histoire d'un coup parce qu'elle est complète, faites une pause ici. Allez dormir s'il est tard, hydratez-vous ou allez manger si ça fait longtemps que vous n'avez pas fait l'un et/ou l'autre, et reprenez plus tard. Prenez soin de vous, cette fic sera toujours là quand vous reviendrez ;)