N/A : En dépit de la chaleur, des moustiques, des maux de crânes et de ma faculté à préparer le chapitre à la dernière minute après avoir oublié de le faire plus tôt, voici la suite de l'histoire.
Résumé du chapitre précédent :
Rogue va chez les Malfoy pour un thé de Noël, et Draco prend mal que la discussion tourne encore autour de son rival. Harry passe l'examen d'entrée de la professeure de Runes et réussit.
Le jeudi après-midi, Harry arriva dans le bureau du professeur Lupin pile à l'heure, et fut reçu avec un sourire. Le jeune Griffondor sentait la nervosité monter, sans que la leçon à venir y soit pour grand-chose. Plus qu'un moyen de combattre les Détraqueurs, Harry espérait pouvoir demander à son professeur s'il avait vraiment connu ses parents. Avec un peu de chance, Lupin accepterait peut-être même de parler d'eux.
Harry toqua poliment, et la porte s'ouvrit quelques secondes plus tard sur le professeur de Défense.
- Harry, le salua-t-il avec un sourire, entrez donc. Vous avez passé un bon Noël ?
- Oui professeur, et vous?
- Moins intéressant que le vôtre, répondit l'enseignant avec une pointe de malice. Je me suis laissé dire que vous aviez reçu un cadeau un peu particulier ?
En même temps qu'ils discutaient, les deux Griffondors s'étaient dirigés vers les fauteuils. Une théière fumante et un assortiment de biscuits et de chocolats étaient déjà prêts sur la petite table.
- Oui, fit Harry. Une personne anonyme m'a envoyé un Eclair de Feu. Mais McGon... Le professeur McGonagall m'a dit qu'elle n'avait rien trouvé jusqu'à maintenant.
- Il n'y a pas eu qu'elle, confirma Lupin. Nous avons été trois professeurs au total à vérifier ce balai et aucun de nous n'a trouvé la moindre trace de modification. Et entre nous Harry, ajouta-t-il avec un clin d'oeil, pas la peine d'employer son titre avec moi, McGonagall a été ma professeure aussi lorsque j'étais à Poudlard.
Le garçon à la cicatrice eut un sourire gêné, mais hocha la tête. Puis il passa une main dans ses cheveux, et hésita quelques secondes avant de finalement se lancer.
- Dites, professeur... j'ai entendu dire que vous aviez connu mes parents à Poudlard.
Remus se figea au milieu de son mouvement en entendant la question. Albus lui avait formellement interdit d'aborder le sujet avec Harry au début de l'année. Le directeur avait été très clair, et prit le temps d'expliquer à quel point le garçon serait bouleversé s'il venait à apprendre le lien qui existait entre son professeur et Sirius. Remus avait accepté à regret, le bien-être du fils de son ami passant en priorité quoi qu'il advienne. Mais puisque Harry était visiblement déjà au courant d'un certain nombre de choses... Remus décida que lui parler un peu de James et Lily, tout en laissant de côté Sirius et Peter, ne pourrait que lui être bénéfique.
- C'est le cas, admit Remus avec douceur. Vous l'avez sans doute déjà beaucoup entendu, mais vous leur ressemblez au-delà de ce que vous pouvez imaginer.
L'enseignant vit les yeux verts s'écarquiller et un espoir sincère s'installer sur le visage en face du jeune sorcier qui lui faisait face. Le professeur de Défense sut à cet instant qu'il avait pris la bonne décision. Harry avait de toute évidence envie et besoin d'en savoir plus sur ses parents.
- Tout le monde me dit que je ressemble à mon père, sauf les yeux.
- Ah, sourit Remus en hochant la tête, les yeux de Lily... Tout à fait entre nous, votre père est pratiquement tombé sous le charme de votre mère la première fois qu'il a croisé son regard. Le vert émeraude est devenu sa couleur préférée peu de temps après, au grand dam de... des autres Griffondors, se reprit-il in extremis.
L'enseignant sourit en se remémorant ce qui avait été son premier jour à Poudlard. James et Sirius étaient devenus meilleurs amis à la seconde où ils s'étaient rencontrés, mais le premier avait passé plusieurs minutes à fixer la jeune Né-moldue rousse avec un air stupide pendant le festin.
- Comment... comment ils étaient, tous les deux ? demanda Harry avec une timidité inhabituelle.
- Lily était incroyable, déclara Remus. Votre mère était la sorcière la plus gentille que j'ai jamais rencontrée, elle pouvait... elle semblait voir la beauté partout, peut-être encore plus là où personne d'autre ne voulait la voir. Elle m'a beaucoup aidé à une période de ma vie où tous les autres me tournaient le dos.
Remus serra sa tasse de thé un peu plus fermement que nécessaire, et eut un petit rire en se rappelant un autre souvenir, avant de regarder son élève avec une étincelle de malice.
- Mais sous ses airs fragiles et délicats se cachait un des plus monstrueux tempéraments que j'ai vu dans ma vie, et son sarcasme était dévastateur. James en a fait les frais plusieurs fois. Elle n'était pas facile à énerver, mais croyez-moi, lorsque c'était le cas, mieux valait ne pas être sur son chemin. J'ai cru comprendre qu'il s'agissait de deux traits de caractère dont vous avez hérité.
Embarrassé par la remarque, le jeune Griffondor rougit et tourna son regard vers la cheminée pendant un instant. Remus lui sourit avec chaleur. Harry paraissait heureux d'en apprendre plus sur ses parents par quelqu'un qui les avait connu.
- Elle avait l'air formidable, murmura finalement Harry.
- Elle l'était, approuva Remus. Lily était une jeune femme exceptionnelle en plus d'être une sorcière extrêmement douée, et de ce que j'ai pu voir, vous tenez d'elle bien plus que vos yeux.
Le garçon à la cicatrice sourit et retourna son regard vers son professeur après quelques secondes de silence.
- Et mon père ?
- Ah, James... C'était un esprit libre et borné, une combinaison dangereuse qui l'a mené droit dans les ennuis un certain nombre de fois, reconnut Remus en évitant d'entrer dans les détails. Une autre qualité dont vous avez hérité, si j'en crois ce qu'on m'a dit.
Remus observa Harry faire un grand sourire à mi-chemin entre l'embarras et l'amusement. Un sourire que l'enseignant avait pu observer de nombreuses fois lorsqu'il était à Poudlard, des années plus tôt. Toutefois, Remus avait déjà pu remarquer que les blagues du fils de son ami étaient moins cruelles que n'avaient pu l'être celles de James et Sirius à l'époque. Probablement parce que l'animosité entre le jeune Malfoy et Harry reposait sur des racines moins nocives que celle de James et Severus.
Avec des motivations aussi différentes, il n'était pas si étonnant que Harry soit plus modéré dans ses revanches. Le jeune Griffondor semblait s'énerver davantage lorsqu'on s'en prenait à ses amis, mais il avait jusqu'à présent évité les vengeances trop humiliantes.
- Il faut que vous sachiez cependant que par-dessus tout, James n'abandonnait jamais ses amis et ne fuyait jamais le danger. C'était un des hommes les plus courageux qu'il m'ait été donné de fréquenter.
Une pointe de tristesse brillait dans les yeux de son élève, mais Remus nota la fierté et le bonheur que Harry éprouvait à en apprendre un peu plus sur ses parents.
- Et en parlant de courage, déclara l'enseignant en changeant de sujet, il me semble que vous êtes venu pour une raison précise, n'est-ce pas ?
Harry retrouva aussitôt son sérieux, et son regard devint déterminé.
- Les Détraqueurs, confirma-t-il.
- Commençons par le début. Que savez-vous des Détraqueurs ?
Le garçon à la cicatrice n'eut pas besoin de réfléchir pour répondre. Entre les discussions avec Tom, ses propres recherches lorsqu'il avait eu le temps, et ses deux rencontres avec eux, les informations s'étaient gravées dans sa mémoire.
- Ce sont les Gardiens d'Azkaban. Ils sont couverts d'un voile noir et d'une cagoule, et on ne sait pas à quoi ils ressemblent en-dessous. Ils se nourrissent de toutes les émotions positives et des souvenirs heureux de leurs victimes, jusqu'à ce qu'elles soient piégées définitivement dans leurs pires souvenirs et émotions, c'est comme ça qu'ils se reproduisent, récita-t-il. Ils provoquent du froid tout autour d'eux, et se déplacent presque toujours en groupe. Ils peuvent aussi aspirer l'âme de leur victime s'ils en ont le temps et s'ils peuvent suffisamment s'approcher d'elle.
En face de lui, le professeur de Défense écarquilla les yeux avant de rire, et Harry douta pendant un instant de ce que cette réaction signifiait.
- Et bien, je saurai qui interroger lorsque le cours portera sur ces créatures, sourit l'enseignant. C'est une réponse très complète, et je n'ai rien à y ajouter. Ce qui me permet donc de passer directement à l'étape qui nous intéresse, comment s'en protéger.
- Vous avez parlé du sortilège du Patronus la dernière fois, déclara Harry.
- Et je présume que vous avez fait des recherches dessus ?
Le jeune Griffondor fit un sourire gêné, mais hocha la tête avant de dire ce qu'il avait trouvé à la bibliothèque. Passer une bonne partie de ses weekends là-bas avait l'avantage de lui permettre d'étudier toutes sortes de sujets, qu'il avait auparavant tendance à repousser à plus tard. Hermione aurait été fière de lui.
- D'après ce que j'ai lu, fit Harry, c'est un sort qui utilise le bonheur pour repousser les Détraqueurs grâce à une brume qui peut prendre la forme d'un animal.
- C'est à peu près ça, approuva l'enseignant. Plutôt que le bonheur cependant, c'est un souvenir, le plus heureux possible, qu'il vous faut invoquer. Plus le souvenir est heureux, plus l'effet sera puissant, expliqua-t-il. La brume argentée est la forme générale du patronus, un animal est plus rare car il nécessite davantage de puissance. Le point le plus important à retenir, c'est que votre patronus durera aussi longtemps que vous serez capable de maintenir votre concentration sur le souvenir invoqué.
En voyant l'air surpris de son élève, Remus sourit. Harry était brillant en Défense, c'était un fait indépendant de toute forme de favoritisme qu'il aurait pu avoir à son égard. Il ne semblait pas se rendre compte que ses connaissances et sa compréhension de cette matière dépassait déjà le niveau de son année. Ou même que le sortilège qu'il s'apprêtait à apprendre était destiné aux élèves de septième année, voire aux cours de formation pour devenir Auror.
- Comment on choisit la forme animale d'un patronus ? demanda Harry avec curiosité.
- On ne la choisit pas. Elle représente toujours une partie forte du sorcier qui l'invoque, expliqua Remus. Parfois elle représente l'animal qu'il serait sous sa forme animagus, parfois un animal qui est lié à un souvenir ou une personne importante de sa vie, parfois un animal qui représente une qualité... De nombreuses rumeurs circulent sur la signification d'un patronus, mais à ma connaissance, aucune théorie fiable à cent pour cent n'a encore été établie.
Le garçon à la cicatrice enregistra les informations, et une idée lui vint en tête.
- Est-ce que mes parents pouvaient produire un patronus animal ?
L'ancien Griffondor hocha la tête.
- Tout à fait. Celui de James était un cerf, et celui de Lily était une biche. Une légende raconte que lorsque deux personnes sont compatibles romantiquement, cela se reflète dans leurs patronus, ajouta Remus en souriant. Je vous laisse imaginer leurs têtes la première fois qu'ils les ont invoqués avec succès.
Harry sourit largement, heureux de savoir que ses parents avaient apparemment été un couple bien assorti.
- Passons à l'aspect pratique, à présent, déclara le professeur en se levant.
Le garçon à la cicatrice reposa sa tasse désormais vide, et suivit Lupin jusqu'à une salle de classe. Lorsqu'ils entrèrent, Harry constata qu'elle était agencée de la même façon que pendant leur première leçon avec l'épouvantard. La même armoire était au milieu de la pièce.
- L'incantation nécessaire est "Expecto Patronum", et le mouvement de baguette est un simple tour de poignet. Répétez-les quelques fois pour être certain de bien les maîtriser.
Le jeune Griffondor s'exécuta une dizaine de fois pour chaque, jusqu'à ce que sa prononciation soit impeccable et son mouvement rodé. Un bruit dans l'armoire en face de lui attira son attention et il tourna la tête avec l'intention d'interroger Lupin, mais celui-ci le devança.
- Il y a toujours un épouvantard dans cette armoire. Je n'allais pas prendre le risque de vous faire affronter un vrai Détraqueur, expliqua-t-il sur le ton de l'évidence. Mais les effets seront les mêmes, bien qu'un peu plus faibles.
- L'idéal pour un entrainement, ironisa Harry en s'avançant.
- En effet. Concentrez-vous sur un souvenir à présent, cherchez-en un qui soit le plus heureux possible. Laissez-le vous envahir, retrouvez les émotions que vous avez ressenties, et focalisez votre esprit dessus.
Le jeune sorcier ferma les yeux, et chercha dans sa mémoire un moment qui pourrait correspondre à ce que son professeur lui demandait. Lorsqu'il en trouva un, il sourit et rouvrit les yeux.
- Je crois que j'en ai un.
- Dans ce cas, nous pouvons faire un premier test. Vous avez bien l'incantation et le mouvement de poignet en tête ?
Harry hocha la tête, toujours concentré sur son souvenir et le bonheur qu'il avait ressenti à ce moment-là.
- Alors c'est parti, déclara Remus en ouvrant l'armoire d'un coup de baguette.
Quelques instants après, la porte s'ouvrit sur une silhouette noire encapuchonnée qui flottait dans les airs et se dirigeait lentement vers Harry.
Celui-ci sentit la peur saisir son esprit, mais tenta de se concentrer sur son souvenir autant qu'il le pouvait, et parvint tout juste à prononcer l'incantation. Il ne vit pas le résultat avant de s'évanouir, le faux Détraqueur s'étant assez approché de lui pour qu'il entende le cri de sa mère.
Il se réveilla un peu plus tard, assis sur une chaise, et regarda autour de lui. L'enseignant vit qu'il était réveillé et lui tendit une barre de chocolat en souriant.
- Pour un premier essai, c'était impressionnant.
- Je me suis évanoui, grimaça Harry en mangeant.
- Oui, mais le Détraqueur a dû s'approcher bien plus près que les dernières fois, et vous êtes parvenu à prononcer l'incantation et à faire le bon mouvement de baguette.
Le jeune Griffondor pinça les lèvres et détourna le regard, visiblement déçu du résultat de sa tentative. Remus soupira dans un mélange de résignation et d'amusement. Le garçon était aussi têtu que ses deux parents l'avaient été. Il s'accroupit en face de lui et lui parla doucement.
- Harry, il s'agit réellement d'un très bon résultat. Gardez en tête qu'il s'agit d'un sortilège que la plupart de vos camarades peinent à réaliser en septième année. Et je ne les fais certainement pas affronter un Détraqueur pour le leur apprendre.
Il y eut un silence de quelques secondes, mais le garçon à la cicatrice accepta finalement de regarder de nouveau son enseignant.
- Quel souvenir avez-vous invoqué ?
Pris de court, Harry improvisa une réponse. Il ne pouvait pas décemment expliquer qu'il s'agissait du moment où il avait effectué le rituel de familier avec Artémis et réalisé qu'il ne serait plus seul.
- Mon premier vol sur un balai, répondit-il.
- Ce n'était pas assez puissant. Prenez le temps d'en chercher un autre, et nous ferons un nouvel essai, d'accord ?
Le jeune sorcier hocha la tête, et se mit à réfléchir. Qu'est-ce qui l'avait rendu le plus heureux jusqu'à maintenant ? Vu ce à quoi avait ressemblé sa vie jusque-là, il lui aurait été plus simple de répondre à la question opposée. Il utilisa une des techniques de méditation que Tom lui avait enseignées pour mettre son esprit au clair. Toutes les années passées chez les Dursley étaient immédiatement à écarter, et les étés avec eux aussi. Lorsque Neville lui avait rapporté les noms de la famille Potter ? Non, il avait été ému, heureux et touché, mais si le rituel avec Artémis ne suffisait pas, ce souvenir-là ne suffirait pas non plus. Il continua à fouiller sa mémoire, jusqu'à tomber sur une image qui datait de sa première année.
- J'ai trouvé, déclara-t-il doucement.
- Vous êtes sûr ?
- Certain. Si celui-là ne marche pas, aucun de mes souvenirs ne fonctionnera.
Sans un mot, Remus observa son élève se mettre en place, une nouvelle détermination brûlant dans ses yeux. C'était une flamme semblable à celle de Lily lorsqu'elle avait décidé quelque chose, tout en présentant des caractéristiques distinctes. Remus s'étonna une fois de plus de voir en Harry autant de ses parents, tout en étant une personne si intensément différente.
Il regretta une fois de plus de ne pas avoir pu prendre le garçon avec lui après la mort de James et Lily. Malheureusement, à l'époque, Albus lui avait fait comprendre – très diplomatiquement, mais sans lui laisser le moindre espoir – que sa condition particulière ne rendrait pas la chose possible. Remus n'avait cédé qu'en ayant la promesse que le fils de ses amis serait en sécurité, et bien traité dans un endroit tenu secret.
Dans ce genre de moment, il regrettait de n'avoir pas eu l'occasion de le voir grandir, ou de passer un peu de temps avec lui. Cependant, comme il n'était ni un membre de sa famille directe, ni son parrain, Remus n'avait eu aucun moyen légal de demander à le voir.
- Erm... professeur ?
Remus sursauta, et réalisa qu'il s'était perdu dans ses pensées sans s'en apercevoir. Il secoua la tête et retourna à son rôle d'enseignant. À défaut de voir grandir Harry, il avait la possibilité de partager quelques moments importants avec lui et lui apprendre tout ce qu'il savait pour qu'il puisse se défendre.
- Prêt ? demanda-t-il à la place.
Quand son élève hocha la tête, Remus déverrouilla l'armoire, et vit une fois de plus l'épouvantard s'avancer sous la forme d'un Détraqueur. Mais cette fois, à sa grande surprise, Harry ne flancha pas et prononça la formule d'une voix nettement plus assurée.
- Expecto Patronum !
Une brume argentée s'échappa de sa baguette, et envahit la pièce autour d'eux, repoussant progressivement la créature dans l'armoire. Au bout d'une vingtaine de secondes d'efforts, Remus put refermer la porte à distance sans avoir à intervenir une seule fois. Lorsqu'Harry tomba sur ses genoux en haletant, il s'approcha aussitôt et lui tendit une nouvelle barre de chocolat.
- Par Godric, Harry, c'était... c'était extrêmement impressionnant, fit-il après avoir cherché ses mots.
L'enseignant s'assit également pour s'assurer que son élève pourrait bien observer son visage pour constater sa sincérité. Réussir à produire une brume aussi dense au deuxième essai était exceptionnel, surtout pour un sorcier de treize ans. Merlin, c'était à croire qu'il avait hérité des capacités combinées de James et Lily quand il s'agissait de puissance magique.
Le sourire radieux qu'Harry lui adressa fut de loin ce qui rendit le professeur le plus heureux dans sa réussite.
- Quel souvenir avez-vous utilisé ? s'enquit-il avec curiosité.
Harry attendit d'avoir retrouvé son souffle et mangé un ou deux carreaux de chocolat pour répondre.
- Mes parents, avoua-t-il. La première fois que j'ai observé le miroir du Riséd, je les ai vu, tous les deux, et ils m'ont regardé comme s'ils me reconnaissaient. Quand j'ai pu découvrir leurs visages, après toutes ces années à me demander à quoi ils ressemblaient, c'était... le plus beau moment de ma vie.
Harry acheva sa déclaration dans un murmure, et Remus dut se faire violence pour retenir les larmes qui menaçaient de déborder. Il posa une main sur l'épaule du jeune sorcier, et lui sourit avant de répondre avec une grande douceur.
- Je suis certain qu'ils seraient aussi fiers de leur fils que je le suis.
Harry eut un léger frisson au contact physique, mais les mots de son professeur firent céder un barrage dans son esprit. Avant qu'il s'en rende compte, il était en train de pleurer. Il n'entendrait jamais ses parents le lui dire en face, mais que quelqu'un qui les avait connu soit fier de lui pour qui il était et ce qu'il pouvait réussir...
Avant qu'il le remarque, le professeur l'avait pris dans ces bras et le rassurait avec des mots calmes. Un peu mal à l'aise au début, Harry finit par accepter l'étreinte comme il avait accepté celle de Tom. Une preuve que quelqu'un était là pour le soutenir sans le juger pour un moment de faiblesse.
-o-oOo-o-
Après cette première leçon, Harry retourna à sa salle commune épuisé mais heureux, et passa une heure à échanger émotionnellement avec Artémis pour lui faire comprendre ce qui s'était passé. Lorsqu'il lui avait reparlé des Détraqueurs et de la proposition de Lupin, la basilisk avait été rassurée de savoir qu'il allait trouver un moyen de s'en protéger. Les créatures de ténèbres étaient pratiquement les seules à ne pas craindre les diverses capacités mortelles des Rois des Serpents, et Artémis ne pourrait donc pas le protéger elle-même en cas d'attaque.
Les jours suivants, le Golden Boy partagea son temps entre les leçons particulières pour renforcer son patronus, la Chambre pour passer un maximum de temps en compagnie de son familier, et le terrain de Quidditch dès qu'il récupéra son Eclair de Feu.
La première fois qu'il monta dessus et décolla, une joie immense s'empara de lui. Son nouveau balai était dix fois plus maniable que le précédent, et beaucoup plus rapide. Harry se mit à enchainer des figures plus complexes et à voir jusqu'où il pouvait pousser les pointes de vitesse. Les exercices qu'il réalisa dans les jours qui suivirent avec le Vif d'Or – par beau ou mauvais temps – le confortèrent dans l'idée qu'il s'agissait d'un balai exceptionnel.
La veille du retour de vacances, pour leur dernière leçon avant quelques temps, Lupin complimenta Harry plus vivement que jusqu'alors. Le professeur de Défense semblait confiant quant à sa capacité à produire, à terme, un patronus qui prendrait une forme animale. Mais toujours d'après l'enseignant, la brume qu'il parvenait à invoquer et maintenir était désormais assez puissante pour se protéger de la plupart des attaques.
-o-oOo-o-
Harry sut que le Poudlard Express était arrivé lorsque le bruit emplit d'un coup la salle commune de Griffondor, dans laquelle il était tranquillement occupé à finir le livre d'Hermione.
- Harry ! s'exclama celle-ci en entrant. Comment vas-tu ? Tu as passé de bonnes vacances ? Oh, est-ce que c'est le livre que je t'ai envoyé ?
- Du calme 'Mione, répondit le brun en riant. Je vais bien, mes vacances se sont bien passées, et oui c'est bien ce livre-là. Il est très intéressant, mais un peu compliqué par endroits.
Alors qu'elle allait répliquer, Ron suggéra qu'ils aillent tous déposer leurs affaires de voyage avant de discuter, et Neville, qui était juste derrière lui, approuva la suggestion après avoir salué Harry.
Le garçon à la cicatrice se leva également avec l'intention d'aller poser son livre. Si ses amis étaient de retour, il ne le finirait pas avant leur prochaine séance à la bibliothèque. Il prit toutefois le temps d'en discuter un peu avec Hermione, pointant un chapitre qui lui avait donné du fil à retordre.
- Après, argumenta-t-il, c'est probablement parce que c'est une variante de l'alphabet runique à laqu-
- HARRY ! hurla une voix depuis la chambre.
Le garçon à la cicatrice se précipita immédiatement pour voir ce qui se passait, pour tomber sur un Ron blême et figé devant son lit, à côté d'un Neville incrédule et de Dean et Seamus dont les mâchoires s'étaient décrochées.
- Qu'est-ce qui se passe ?
Derrière lui, Hermione était montée en vitesse et semblait tout aussi perplexe.
- Ron, tout va bien ? demanda-t-elle.
- Si je vais bien ? SI JE VAIS BIEN !? explosa le sorcier roux. Harry, pourquoi tu nous as rien dit et d'où il sort !?
Le héros de Griffondor remarqua soudainement l'Eclair de Feu qu'il avait laissé sur son lit après sa séance d'entrainement du matin, et soupira de soulagement. La voix alarmée de Ron lui avait fait craindre bien pire que ça.
- C'est un de mes cadeaux de Noël, commença-t-il, mais...
- Quelqu'un t'a envoyé un Eclair de Feu en cadeau de Noël ? l'interrompit Dean avec des yeux ronds.
À côté de lui, Seamus siffla d'un air impressionné. Harry hocha la tête une fois, et poursuivit.
- C'est un peu long à raconter, donc est-ce qu'on pourrait attendre d'être installés pour en parler ?
- Bien sûr, répondit aussitôt Neville. On dépose nos affaires et on arrive.
Moins de deux minutes plus tard, les quatre Griffondors s'installèrent dans les fauteuils en face de la cheminée. Ils furent aussitôt rejoints par Dean et Seamus, Fred et George qui avaient entendu leur frère hurler et venaient aux nouvelles, et quelques autres membres de leur maison qui étaient également curieux. En voyant qu'il avait un tel public, Harry soupira mais accepta de reprendre son explication.
- Donc, j'ai reçu un Eclair de Feu pour Noël, mais...
- TU AS QUOI !?
L'exclamation venait d'Olivier, qui avait entendu les trois mots magiques et regardait désormais son Attrapeur avec des étoiles dans les yeux.
- Harry, c'est absolument génial ! continua-t-il. Avec ça, les Serdaigles n'ont aucune chance ! Il faut absolument qu'on revoit toute la stratégie d'équipe pour le prochain match, je vais tout de suite aller mettre en place un nouveau programme d'entrainement ! Oh et si ça ne te dérange pas, je pourrais l'essayer ?
Devant l'enthousiasme sans borne de son capitaine, Harry rigola et lui promit qu'il n'y voyait pas d'inconvénient. Olivier s'éloigna aussitôt pour aller écrire toutes ses nouvelles idées, qui prendraient en compte l'excellente nouvelle. Fred et George riaient encore quand le Gardien referma la porte de sa chambre.
- Est-ce que quelqu'un d'autre va hurler quand je vais recommencer à parler ? demanda Harry.
Il regarda autour de lui, et ne croisa que des réponses et des réactions négatives.
- Donc, comme je le disais, j'ai reçu un Eclair de Feu pour Noël, mais...
- TU AS QUOI !?
Harry ne fut pas réellement surpris, mais soupira en levant les yeux au ciel tout en cachant son sourire. De son côté, Hermione lança un regard désapprobateur aux jumeaux, qui rigolaient devant les têtes des autres Griffondors, accompagnés en cela par Seamus qui trouvait leur blague très drôle.
- Mais je l'ai reçu de manière anonyme, acheva Harry quand le bruit se fut calmé.
Il n'avait pas fini sa phrase qu'Hermione était déjà redressée dans son fauteuil, le regard inquiet et le ton réprobateur.
- Harry, tu ne songes pas sérieusement à le garder ? Tu ne sais même pas qui te l'a envoyé, il pourrait être piégé !
- Bien sûr qu'il va le garder ! répliqua Ron. C'est un Eclair de Feu, par Merlin ! Même les professionnels ont du mal à en obtenir !
- Harry, tenta doucement Neville, est-ce que tu l'as fait vérifier ?
Le héros de Griffondor envoya un remerciement mental à la déité à l'origine de la patience de Neville, dont la remarque avait eu le mérite de tuer dans l'oeuf la dispute qui était en train de monter entre les deux autres.
- J'ai d'abord réfléchi à qui pouvait me l'avoir envoyé, exposa le Golden Boy, et je me suis dit que Black aurait pu le faire. Donc, j'ai respecté ma promesse d'être raisonnable, fit-il en fixant la sorcière, et je l'ai apporté à McGonagall pour qu'elle l'examine. Lupin et Rogue l'ont vérifié aussi, et comme aucun d'entre eux n'a rien trouvé, elle me l'a rendu.
Hermione rougit légèrement en se faisant rappeler qu'elle avait été un peu insistante quant à la sécurité de son ami, mais se rasséréna totalement en constatant qu'Harry avait eu les bons réflexes. Elle se détendit de nouveau, et son regard se radoucit avant qu'une réflexion lui vienne à l'esprit.
- Tu penses que c'est Black qui est derrière ce cadeau ?
- Je croyais qu'il voulait tuer Harry ? lança Seamus.
- On vous a entendu en parler un soir, ajouta Dean en guise d'explication.
- De toute façon, c'est déjà ce que pense tout le monde, fit Fred.
- Alors ne vous en faites pas pour ça, compléta George.
Le garçon à la cicatrice hésita un instant, mais haussa les épaules. Après tout, il n'avait rien de particulièrement sensible à dire, et si la discussion dérapait sur des informations plus secrètes, il serait toujours temps de la poursuivre plus tard.
- La personne qui me l'a envoyé est restée anonyme et avait les moyens d'acheter un balai pareil. Ça ne laisse pratiquement que Sirius Black. Et je suis sûr que les professeurs pensent la même chose, sinon ils n'auraient pas passé plusieurs jours dessus.
La logique était imparable, mais Hermione la contra aussitôt en fronçant les sourcils.
- Mais en supposant que ce soit Black qui t'ait fait ce cadeau, ça voudrait dire qu'il a au moins dû aller à Gringotts pour faire le transfert d'argent. Il se serait forcément fait arrêter dès qu'il aurait mis un pied dans la banque.
- Non, répliqua Neville.
Tous les regards se tournèrent vers lui, et il bougea sur son siège, mal à l'aise à l'idée d'être au centre de l'attention. Contredire ouvertement Hermione était assez rare pour provoquer ce genre de réaction, et même Harry le regardait avec curiosité.
- Gringotts est le domaine des gobelins, expliqua Neville. Même s'ils travaillent en cheville avec le Ministère de la Magie, ils ont une moralité très différente de la nôtre. Les lois sorcières ne s'appliquent pas vraiment à Gringotts, et les gobelins traiteront Black comme un de leurs clients, évadé de prison ou pas.
- Mais c'est insensé ! protesta Hermione. C'est un meurtrier présumé, et...
- Et le chef actuel d'une des plus riches familles d'Angleterre, lui rappela doucement Neville. Il est le dernier héritier de la lignée directe, ça fait automatiquement de lui le propriétaire de tous les coffres des Black. Les gobelins ne se mettront jamais un tel client à dos.
- Neville a raison, approuva George. Bill travaille pour Gringotts.
- Il nous a parlé du mode de réflexion des gobelins, poursuivit Fred.
- Et de ce que nous en avons retenu, nous pouvons vous affirmer-
- Que Sirius Black était pratiquement intouchable dès qu'il a mis un pied dans la banque.
Il y eut un moment de silence, pendant lequel tous le petit groupe réfléchit à ce qui venait d'être dit.
- Mais comment il a fait pour aller jusque dans la banque sans se faire prendre ? releva Dean.
- On parle de Sirius Black, ironisa Harry. Après Azkaban et Poudlard, il ne lui manquait plus que Gringotts au palmarès de toutes les places inviolables de Grande-Bretagne dans lesquelles il a pu entrer ou sortir sans se faire prendre.
- C'est pas faux, reconnut Seamus avec une grimace. Mais n'empêche, pourquoi il t'a envoyé un Eclair de Feu pour Noël s'il veut te tuer ?
Le garçon à la cicatrice haussa les épaules, et répondit avec une pointe d'humour.
- Aucune idée. Si tu le croises, pose-lui la question pour moi, tu veux ?
Il eut toutefois un rapide regard en direction d'Hermione et Neville, qui étaient assis l'un à côté de l'autre dans le canapé. Les deux lui rendirent son regard entendu et firent un hochement de tête discret pour marquer leur approbation. C'était un point supplémentaire qui venait s'ajouter à la – désormais longue – liste des raisons pour lesquelles ils doutaient de plus en plus de la culpabilité de Black.
Harry avait hésité à prévenir Ron de la même manière, mais le roux était occupé à rire à sa dernière phrase et était de toute façon assis trop près des deux autres membres de leur dortoir. Harry estima qu'il valait mieux clore la discussion de cette manière, et annonça l'autre nouvelle importante de ses vacances à Neville et Hermione pendant que plusieurs conversations se lançaient de l'autre côté.
- Au fait, j'ai demandé à McGonagall pour l'Etude des Runes, et la professeur Babbling m'a évalué après Noël pour vérifier mon niveau.
- Et alors ? demanda aussitôt son amie.
La sorcière avait un visage plein d'espoir à l'idée que son meilleur ami la rejoigne dans une de ses matières préférées. Lorsqu'elle avait commencé à lui expliquer ses cours, elle avait été ravie de voir qu'il comprenait aussi rapidement qu'elle et avait autant accroché avec la matière et les possibilités qu'elle offrait.
Harry lui adressa un grand sourire et un clin d'oeil.
- Alors j'espère qu'il y a un siège de libre à côté de toi dans cette classe parce que je vais y être dès la reprise des cours.
- Oh Harry ! s'écria-t-elle en se jetant sur lui pour lui faire un câlin. Félicitations, je suis tellement fière de toi !
Elle se rappela soudain ce que Neville lui avait discrètement dit dans le train concernant le problème de leur ami avec les contacts physiques, et retourna à sa place avec un regard d'excuse.
- Désolée, j'avais oublié que...
- Tout va bien, 'Mione, répondit Harry avec un air un peu tendu. Et merci, je n'y serais pas arrivé sans toi, ajouta-t-il sincèrement.
- Pas arrivé à quoi ? demanda Ron.
Le sorcier roux avait interrompu sa discussion avec Dean et Seamus en voyant Hermione se jeter soudainement sur Harry avec un immense sourire.
- Harry va rejoindre le cours d'Etude des Runes, répéta Neville.
- Pardon !? s'étouffa Ron. Pourquoi ?
- Parce que ça m'intéresse et que j'étudie cette option avec l'aide d'Hermione depuis environ deux mois, soupira le Golden Boy.
- Et pourquoi tu n'en as parlé à personne ? accusa-t-il.
Tout les Griffondors de leur petit groupe, même Fred et George qui avaient recommencé à mijoter leurs prochaines blagues à voix basse, le regardèrent d'un air abasourdi.
- Attends, tu n'étais pas au courant ? s'étonna Seamus.
- Parce que toi tu le savais ? s'indigna Ron.
- Je croyais que tout le monde était au courant, renchérit Dean d'un air perplexe. Je veux dire, ils passaient des heures à réviser ensemble toutes les semaines, et Harry a eu un dictionnaire de Runes sur sa table de chevet pendant un moment...
- On confirme qu'ils n'ont pas été discrets, ajouta Fred.
- Ça a même été dans la Gazette à un moment, enchaina George.
- Deuxième semaine de décembre.
- Ils avaient fait un jeu de mot déplorable.
En constatant que tout le monde semblait être au courant sauf lui, Ron sentit une colère sourde monter en lui.
- Ça vous amuse de toujours me laisser de côté ? cracha-t-il.
- Ron, on ne cherchait pas à te laisser de côté, tempéra Hermione. On pensait vraiment que tu avais remarqué en même temps que tout le monde.
- Oh bien sûr, parce que tout le monde remarque un livre de chevet ou des séances de révisions ! railla le roux.
Toutes les personnes présentes s'abstinrent de répondre pour éviter que Ron explose dès le premier jour du retour à Poudlard. Son tempérament colérique était au moins aussi connu que les tendances autoritaires d'Hermione dès qu'il s'agissait de révisions. Mais si la sorcière aux cheveux bouclés s'était calmée depuis que Neville et Harry l'accompagnaient à la bibliothèque, Ron avait évolué de la façon opposée.
Toutefois, et même en voulant éviter une explosion, Harry avait conscience que ne pas répondre à une telle provocation n'était pas dans les habitudes des Griffondors, et que les choses risquaient de dégénérer en un clin d'oeil s'il n'intervenait pas. Il ravala la réplique cinglante qui lui brûlait les lèvres, et se força à sourire le plus aimablement possible avant de changer de sujet.
- À propos de livre, qu'est-ce que vous avez tous reçus comme cadeaux de Noël ?
- Ma grand-mère m'a offert un manuel sur le maniement de l'épée, grimaça Neville. Je ne sais pas comment lui dire que même si c'est une tradition dans ma famille, j'ai plus de chances de me blesser tout seul que de toucher mon adversaire...
Un éclat de rire général accueillit sa déclaration, et Harry le remercia d'un clin d'oeil. Son ami venait de désamorcer avec succès une situation de crise que le héros de Griffondor n'avait absolument pas envie de gérer au retour des vacances. Et à voir les réactions discrètes d'Hermione, celle-ci était tout aussi agacée que les deux bruns par le comportement infantile et capricieux de Ron. Visiblement, agir de façon plus mature ne faisait pas partie de sa liste de résolutions pour la nouvelle année.
