N/A : Ne préparez jamais un déménagement avec des chats. Jamais. Le carton que vous avez prévu de remplir sera TOUJOURS celui parfait pour une sieste improvisée.
Résumé du chapitre précédent :
Remus enseigne à Harry le sortilège du Patronus et les deux Griffondors discutent de James et Lily. Harry récupère son Eclair de Feu et commence à s'entraîner avec. Les élèves reviennent à Poudlard à la fin des vacances, et découvrent le nouveau balai de Harry. Ils discutent de Black et comment l'évadé a pu s'y prendre. Harry annonce à ses amis qu'il va rejoindre le cours d'Etudes de Runes, et Ron pique une crise parce qu'il était le seul à ne pas être au courant... ou plutôt ne pas avoir remarqué.
Lorsqu'il reçut son emploi du temps modifié, Harry constata que l'Etude des Runes avait lieu le lundi matin, juste après Métamorphose. Au moins, Hermione savait déjà où était la salle de classe et il ne risquait pas d'arriver en retard pour son premier cours.
Le premier jour de la reprise, le petit-déjeuner se passa dans une ambiance presque calme - pour Poudlard. Le cours de Métamorphose passa à toute vitesse, et Harry et Hermione se dirigèrent vers leur classe suivante sans voir le discret regard approbateur de McGonagall.
Harry et Hermione passèrent le trajet à discuter du devoir qu'ils avaient eu à préparer pour cette matière et de leurs résultats respectifs. Ils n'étaient plus qu'à quelques mètres de la porte lorsqu'ils aperçurent Malfoy, qui semblait les attendre.
- Alors comme ça Potter, tu as réussi à te faire accepter, fit le Serpentard d'un air dédaigneux. Dis-moi, tu as dû soudoyer Babbling pour qu'elle accepte, ou la supplier ?
- Tu devrais lui poser directement la question, Malfoy, répliqua Harry. Je suis sûr qu'elle serait ravie d'apprendre la haute opinion que tu as de son éthique professionnelle.
Le blond le fusilla du regard, mais le reste de son visage semblait figé dans un air méprisant.
- Peu importe comment tu as réussi à la convaincre, tu ne tiendras pas deux semaines avant d'abandonner, déclara-t-il.
- Oh vraiment ? répondit Harry avec une innocence feinte.
- Ça me parait évident. C'est déjà un miracle que Granger arrive à suivre cette option, alors clairement, c'est au-dessus de tes faibles capacités intellectuelles.
Harry eut un petit sourire, et fit un décompte dans sa tête en partant de trois. Lorqu'il arriva à un, un toussotement se fit entendre derrière son rival, et celui-ci se retourna pour faire face à la professeure de Runes, vêtue de robes bleu nuit, sa fameuse tresse blanche sur son épaule gauche, et les sourcils froncés.
- Monsieur Malfoy, je suis extrêmement déçue par votre attitude. Vous devriez savoir que je ne tolère pas ce genre de comportement dans mon cours, encore moins envers un nouvel élève.
- Professeur, je...
- Je suis parfaitement au courant du type de relation que vous entretenez avec monsieur Potter, l'interrompit-elle froidement, mais sachez, et cela vaut pour vous deux, qu'aucun écart de ce genre ne sera toléré dans ma classe.
- Bien sûr, professeur, répondit Harry.
L'enseignante hocha la tête, et se tourna vers le Serpentard, qui semblait fulminer.
- Monsieur Malfoy, je passe l'éponge pour aujourd'hui, mais il s'agit de la première et dernière fois. Lorsque mes élèves entrent en classe, j'attends d'eux que leur attention soit sur ma leçon et rien d'autre. Suis-je bien claire ?
- Oui, professeur, finit par murmurer le blond.
- Bien. Dans ce cas, veuillez entrer, tous les trois. Monsieur Potter, je suppose que vous souhaitez vous asseoir à côté de miss Granger ?
- Si c'est possible, professeur, fit Harry avec un sourire.
Babbling parut réfléchir quelques instants, puis exposa sa solution à voix haute en même temps qu'ils entraient dans la salle, s'attirant des regards curieux des autres élèves déjà installés.
- Vous pouvez demander à miss Graham de se déplacer à côté de monsieur Campbell, je ne pense pas que ça les dérangera.
- Merci professeur, répondit Hermione en souriant également.
Une fois les changements de places effectués, l'enseignante alla se placer derrière son bureau pour une courte explication.
- Bonjour et bonne année à tous. Comme vous avez sans doute pu le remarquer, nous avons un nouvel élève parmi nous. Monsieur Potter a exprimé le souhait de rejoindre le cours d'Etude des Runes et après évaluation, j'ai estimé qu'il avait un niveau suffisant. Je vous prie donc de vous montrer courtois avec lui, et je vous rappelle que la bienséance et la politesse ne sont pas optionnelles lorsque vous entrez dans cette salle.
Son regard s'arrêta un instant sur le Serpentard qu'elle avait surpris à l'extérieur, puis sur son nouvel élève, afin que les deux comprennent que le message était valable dans un sens comme dans l'autre.
- Bien. Cette petite mise au point étant faite, veuillez sortir la traduction que je vous ai demandé de préparer pendant les vacances.
-o-oOo-o-
Harry sortit du cours en ayant assez faim pour avoir envie de courir jusqu'à la Grande Salle, mais l'esprit ravi. Hermione et lui avaient revu les notions de base ensemble, mais pouvoir suivre le cours officiel était nettement plus agréable. Harry adorait avoir la possibilité de demander directement au professeur si telle ou telle interprétation était envisageable, et pourquoi. Sur le chemin de la Grande Salle, il se retrouva à discuter avec sa meilleure amie du meilleur moyen de traduire la rune de l'eau dans un texte qu'ils avaient étudié et la façon de l'utiliser. Ils étaient si concentrés sur leur débat qu'ils ne s'interrompirent que lorsque Neville se mit à remplir leurs assiettes.
Celui-ci les regarda avec un air amusé et légèrement moqueur.
- Je me permets d'intervenir, sinon vous allez oublier de manger.
Harry et Hermione s'excusèrent immédiatement d'un air gêné et, remercièrent leur ami avant de se concentrer sur leurs assiettes. Neville attendit qu'ils aient avalé quelques fourchettes avant de poser une question, partagé entre politesse et curiosité.
- Le premier cours d'Harry s'est bien passé ?
- À part Malfoy qui avait décidé de nous attendre devant la salle pour m'insulter, très bien, répliqua le brun.
À ces mots, Ron releva la tête de son assiette.
- Malfoy ? Il est dans ce cours aussi ? Mais ça fait encore une raison de plus de ne pas y aller !
- Ron, la présence de Malfoy ne devrait pas empêcher Harry de suivre un cours qui l'intéresse, soupira Hermione. D'autant que la professeure Babbling ne tolère pas les insultes ou les affrontements dans son cours. Elle a réprimandé Malfoy juste avant d'entrer quand elle l'a entendu.
À ces mots, le Golden Boy eut un sourire malicieux, qui fit hausser un sourcil à Neville dans une question muette.
- Il se peut que j'ai remarqué que Babbling était juste derrière la porte avant... d'encourager Malfoy à poursuivre sa description de mes capacités intellectuelles, admit Harry sans cesser de sourire.
Neville se mit à rire, mais Ron devint aussitôt sérieux, ayant apparemment remarqué un détail de grande importance.
- Entre nous Harry, c'était bien joué, mais quand tu souris comme ça pour l'expliquer, on dirait un Serpentard. C'est flippant.
Harry haussa les épaules. Il n'était pas encore prêt à admettre ouvertement qu'il aurait pu, voire dû, aller à Serpentard dès le départ, mais était en revanche confortable avec l'idée de se comporter comme un des leurs de temps en temps.
- Ça a marché et Malfoy a pris le blâme, contra le Golden Boy, c'est le plus important, non ?
Ron sembla soupeser le pour et le contre, et finit par se décider pour le premier. Dans le doute, causer du tort à un des perfides serpents passait avant le reste, et c'était d'autant plus vrai si le perfide serpent en question était Malfoy.
-o-oOo-o-
Le reste de la journée se passa sans encombres, et Harry remarqua pendant le cours d'Enchantements que la nouvelle de son apparition en cours de Runes avait déjà fait le tour de l'école. Plusieurs Serdaigles lui adressèrent la parole avant le début de la classe pour lui demander son avis sur la matière ou la professeure. Apparemment, rejoindre une option réputée comme difficile lui avait fait marquer des points auprès des bleu et bronze.
Harry n'avait pas d'objection à échanger quelques mots avec eux, et dans la mesure où ils lui avaient tous parlé de cours, tout allait bien pour lui. Il préférait ça aux regards haineux ou aux questions sur sa prétendue relation avec Hermione.
À son grand étonnement, la Gazette avait publié un article sur sa meilleure amie et lui juste avant la reprise des cours, sur la fin de leur supposée relation. Rita Skeeter avait raconté sur un ton mélodramatique à quel point les deux Griffondors avaient finalement rompu pour préserver leur belle amitié, et avaient eu besoin de cette expérience pour se rendre compte qu'ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre.
Harry avait haussé les sourcils en lisant l'article, puis était passé à autre chose. Pour une fois qu'une partie du contenu s'approchait de la vérité, il n'allait pas se plaindre. D'autant qu'avec ce type de conclusion, ni Hermione ni lui n'étaient vus comme le méchant de l'histoire.
En revenant du diner, les quatre amis s'installèrent dans la salle commune avec l'intention de discuter jusqu'à ce que la fatigue les envoie rejoindre leurs lits. Ron manifesta cependant son intention d'aller récupérer des dragées surprise de Bertie Crochue, et se leva pour aller dans la chambre.
Il revint moins d'une minute plus tard, les mains vides mais l'air furieux.
- HERMIONE ! cria-t-il.
Tous les Griffondors qui étaient dans la salle commune tournèrent la tête vers lui en une seconde. Personne n'eut le temps de lui demander ce qui se passait avant qu'il pointe un index accusateur vers la sorcière, toujours en avançant vers elle.
- Ton horreur poilue a tué Croûtard ! accusa-t-il sans cesser de crier.
En un coup d'oeil, Harry vit Pattenrond, tranquillement installé sur les genoux d'Hermione, et l'air complètement choqué de cette dernière. Lorsque le sorcier roux arriva à moins de deux mètres d'elle sans décolérer, le Golden Boy s'interposa.
- Ron, calme-toi.
- Que je me calme !? Son monstre a tué mon rat, et c'est moi qui doit me calmer !?
Le regard d'Harry devint glacial, et sa posture se fit menaçante. Ses yeux se fixèrent dans ceux de Ron, et lorsqu'il parla, sa voix était devenue aussi tranchante que l'acier.
- Tu ne t'approcheras pas d'Hermione ou de Pattenrond tant que tu seras dans cet état.
La phrase tenait plus de l'ordre que de la déclaration, et le Griffondor irradiait un mélange d'autorité et de puissance magique par tous les pores de sa peau. En un instant, toute la salle commune retint son souffle, et plusieurs élèves déglutirent ou s'éloignèrent instinctivement de la zone d'affrontement.
Il était très rare qu'Harry ait besoin de rappeler de quoi il était capable, mais dans ce genre de moment, toutes les personnes présentes étaient prêtes à croire sans hésiter qu'il avait tué un basilisk en combat singulier.
En face de lui, Ron se figea, choqué par l'aura menaçante que dégageait son ami. Harry n'avait même pas perdu le contrôle de sa magie, seule son attitude était devenue effrayante. Le sorcier roux fit un pas en arrière sans s'en rendre compte, et oublia immédiatement ce qu'il était sur le point de dire.
- Merci, fit Harry en relâchant légèrement la pression. Maintenant, est-ce que tu peux nous expliquer ce qui se passe ?
Le garçon à la cicatrice retourna s'asseoir, mais prit cette fois la place la plus proche d'Hermione, celle-ci étant toujours bouche bée. Pattenrond fixa le garçon à la cicatrice du regard avec une grande attention, puis hocha la tête dans ce qui ressemblait à une salutation respectueuse avant de se rouler en boule. Neville se rapprocha discrètement du fauteuil d'Hermione également, marquant ainsi où allait son soutien.
Resté debout, Ron finit par se laisser tomber sur le fauteuil le plus proche de lui, qui faisait plus ou moins face aux trois autres de l'autre côté de la cheminée. La disposition avait des allures de tribunal, mais personne n'eut l'audace de le faire remarquer. En voyant tous les regards tournés vers eux, Harry soupira et fit un discret mouvement de poignet.
- Plus personne ne nous entend, déclara-t-il avec assurance.
Neville esquissa une ébauche de sourire, il avait déjà vu le héros de Griffondor pratiquer ce sort à la bibliothèque une bonne vingtaine de fois. Au départ, il avait été aussi choqué qu'Hermione à l'idée que leur ami soit capable d'un tel niveau de magie informulée et sans baguette. Puis, au fur et à mesure des séances, entre l'aspect pratique indéniable du sort et le fait qu'il s'agisse d'Harry, Neville s'était habitué et se contentait désormais d'admirer la performance. Les lois habituelles de la Magie semblaient toujours faire des exceptions pour Harry Potter, après tout, c'était un simple fait qu'il fallait accepter.
En revanche, Ron n'était pas au courant, et ne comprit pas ce qui venait de se passer.
- Harry, on est dans la salle commune, lui rappela-t-il. Tout le monde nous entend.
- Neville ? sourit le garçon à la cicatrice.
Harry n'eut même pas besoin de regarder son ami pour que le message passe. Il avait fait exactement la même chose avec Hermione la première fois qu'il avait fait une démonstration du sort à leur ami. Sans ciller, Neville sortit la première phrase susceptible de provoquer un tollé parmi les Griffondors présents.
- Je vais demander Pansy Parkinson en mariage et je veux que mon témoin soit un Scroutt à Pétard en robe rose à fleurs jaunes.
Hermione pouffa de rire en imaginant la scène, Harry eut un sourire hilare, et Ron s'étouffa devant la déclaration. Il passa presque vingt secondes à s'en remettre avant de remarquer que personne d'autre qu'eux quatre n'avait réagi. Écarquillant les yeux, il s'adressa à Harry.
- Comment tu as fait ça ?
- Un sort de bulle de silence, expliqua le Golden Boy. Maintenant, est-ce que tu pourrais nous expliquer ce que tu veux dire par "Pattenrond a tué Croûtard" ?
Le sorcier roux retrouva aussitôt un air furieux, mais commit l'erreur de recroiser le regard d'Harry en voulant crier sur la boule de poils rousse. Les yeux verts avaient repris leur éclat froid, et Ron s'interrompit pour réprimer un frisson. Lorsqu'il parvint finalement à formuler une phrase, il était toujours en colère, mais la contrôlait un peu mieux. Juste un peu.
- Croûtard a disparu et il y a du sang partout autour de mon lit ! C'est forcément cette sale bête qui l'a mangé !
- Pattenrond ne ferait pas une chose pareille, protesta Hermione.
- Hermione, ton chat est un monstre dangereux ! accusa Ron. Il n'y a que lui qui peut avoir attaqué Croûtard. Tout le monde sait qu'il le déteste sans raison depuis le début de l'année.
Alors que l'étincelle agacée dans les yeux d'Hermione commençait à se faire plus vive, Neville intervint d'une voix posée.
- Pattenrond est un croisement entre un chat et un Kneazle, tuer un rat qui pourrait transmettre des maladies à sa maîtresse serait une réaction logique pour lui. Mais si c'était vraiment le cas, il aurait aussi eu des traces de sang sur lui, ou il y aurait des restes de Croûtard dans la cham-
- Toi, personne ne t'a demandé ton avis, cracha le sorcier roux.
- Ronald ! intervint Harry d'une voix menaçante.
La température sembla chuter de nouveau, et Hermione et Neville sentirent un frisson les parcourir. La colère d'Harry n'était pas dirigée contre eux, mais ils ressentaient malgré tout le danger qui émanait de lui. Ses yeux lançaient des éclairs en direction de Ron et transmettaient un avertissement clair. Entre la scène de la veille et l'attitude de Ron ce soir, le sorcier roux était en train d'atteindre les limites de la patience du héros de Griffondor.
Harry avait les jambes légèrement écartées devant lui et était penché en avant, les mains jointes et les coudes sur les genoux. Sa voix était redevenue froide et sa prononciation ressemblait de nouveau plus à une série d'ordres qu'autre chose.
- Être en colère ne te donne pas le droit de parler à Neville de cette façon. Tu ne peux pas continuer à exploser à la figure de toutes les personnes autour de toi à chaque fois qu'il se passe quelque chose qui t'énerve.
Un silence glacial accueillit sa déclaration, et les quatre sentirent que leur lien amical ne tenait plus qu'à un fil. Si Ron laissait son tempérament prendre le dessus, ce serait probablement la fin de son amitié avec Harry. Ron sembla en prendre conscience et ravala sa réplique, avant d'éviter le regard de son ami et de s'enfoncer dans son fauteuil. Le héros de Griffondor soupira, et fit signe à Neville de poursuivre.
- Les prédateurs ne mangent pas toutes les parties de leur proie, continua Neville. Si Pattenrond avait mangé Croûtard, il resterait des... preuves un peu partout dans la chambre, acheva-t-il avec une grimace.
- Et Pattenrond a eu toute l'année pour attaquer ton rat, rappela Hermione. Ça n'a aucun sens qu'il ne le fasse que maintenant. Mais je suis désolée que Croûtard ait disparu, ajouta-t-elle.
La dernière phrase sembla calmer légèrement le sorcier roux, qui grommela un vague remerciement avant de s'agiter dans son fauteuil, toujours sans regarder Harry.
- Peut-être que Croûtard est juste blessé ou malade et qu'il est allé se cacher quelque part le temps de récupérer, suggéra Neville. Si c'est le cas, il reviendra de lui-même en temps voulu.
Harry retint une grimace. Si c'était le cas, mieux valait pour le rat de compagnie de Ron qu'il ne se soit pas caché dans les conduits utilisés par Artémis. Son familier appréciait toujours autant la chair des rongeurs, même après avoir diversifié son régime en y ajoutant des acromentules.
Toutefois, Ron semblait accepter un peu mieux cette idée et après une minute à y songer, sembla retrouver un semblant de calme.
Harry annula son sort de silence, et s'enfonça dans son fauteuil avant de lancer un sujet de conversation complètement différent.
- Je me demande ce qu'Hagrid va nous faire faire demain, déclara-t-il avec un sourire.
- Aucune idée, admit Hermione. J'espère qu'on reverra Buck, sa sentence n'est toujours pas décidée.
- Ça traine toujours ? s'étonna Neville.
- Oui, soupira la sorcière, apparemment Lord Malfoy refuse de faire un compromis.
La discussion se poursuivit tranquillement, et ils finirent tous par aller se coucher.
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Le lendemain après-midi, en arrivant au cours de Soins aux Créatures Magiques, les Griffondors constatèrent avec dépit que Malfoy n'avait toujours pas renoncé à l'option. Ils choisirent toutefois de l'ignorer avec soin, et se dirigèrent plutôt vers Hagrid, qui avait l'air de bonne humeur.
- Bonjour à tous, et bonne année !
- Bonjour Hagrid, sourit Harry.
Les Griffondors l'imitèrent aussitôt. Sa démonstration de la veille avait marqué la plupart des rouge et or, qui semblaient nettement plus attentifs à lui depuis le début de la journée.
Derrière eux, les Serpentards remarquèrent le changement, et Théo haussa un sourcil.
- Qu'est-ce qui leur arrive aux lionceaux ? Ils sont encore plus soumis à Potter que d'habitude.
- Il paraît que Potter a eu un désaccord avec Weasley hier soir, chuchota Daphné. Apparemment, il était assez énervé pour effrayer toute sa salle commune.
- Et la tour de Griffondor est toujours debout ? ironisa Blaise.
La blonde haussa les épaules.
- C'est ce que j'ai entendu, répondit-elle.
- Dommage que Weasley ne soit pas totalement tombé en disgrâce, regretta Pansy. Pas vrai, Draky-chou ?
- Toutes mes excuses, fit Draco d'un ton sarcastique, j'étais persuadé d'avoir exprimé mon désintérêt pour cette conversation de façon assez évidente.
La brune fit mine de bouder devant la rebuffade, mais retourna assez vite à un comportement normal pour écouter le demi-géant expliquer l'objectif du cours.
- Comme il fait un peu froid en ce moment, on va tous aller ramasser du bois à la lisière de la forêt et allumer un feu de joie pour les salamandres. Ça vous va ?
Avant qu'un des Serpentards puisse lancer une réplique acerbe, le Golden Boy avait déjà répondu par l'affirmative et commençait à s'éloigner, suivi par le reste des Griffondors.
- Bon, je suppose qu'on ferait mieux d'y aller aussi, soupira Blaise. Il est fichu de nous noter sur la quantité de bois qu'on ramasse.
C'est en grommelant dans la neige que les vert et argent se mirent au travail, à l'exception de Draco qui laissa Crabbe et Goyle se charger de sa part. Il était hors de question qu'il se casse le dos à ramasser de stupides branches qui risqueraient d'abimer et salir ses vêtements. À la place, il observa les différents élèves et la façon dont ils s'y prenaient, trouvant un plaisir sadique à voir Weasley et Brown trébucher tous les deux mètres.
Environ une demi-heure plus tard, un gros tas de bois était réuni entre la cabane du garde-chasse et la lisière de la Forêt Interdite. Le demi-géant en saisit une partie pour organiser un bûcher grossier, tandis que les élèves se tenaient à quelques mètres de distance pour plus de sécurité.
- Un volontaire pour allumer le feu ? Harry ?
Le héros de Griffondor sourit et s'avança en sortant sa baguette.
- Incendio !
Un jet de flammes jaillit de sa baguette pour aller droit sur le tas de bois organisé, qui s'enflamma aussitôt et se mit à brûler avec ardeur.
- Merci Harry, le remercia Hagrid. Maintenant, on va aller chercher les salamandres et les regarder s'amuser, d'accord ? Ron, Neville, Dean, venez avec moi, ça devrait suffire. Les autres, ne vous approchez pas du feu !
Les trois Griffondors le suivirent, en croisant les doigts pour que le transport n'implique pas des risques de morsures ou de brûlures. Hermione en profita pour regarder Harry en souriant, lui faisant parfaitement confiance pour rester en sécurité. Son ami semblait était resté immobile à tout juste un mètre du bûcher, captivé par les flammes qui dansaient librement dans l'air froid.
Par une espèce de miracle, Hagrid et les trois autres revinrent avant que les Serpentards lancent une remarque provocatrice, avec chacun un seau dans les bras.
- Faites bien attention à les lancer dans les flammes, d'accord ? prévint le garde-chasse. Les autres, vous pouvez vous approcher un peu, disons à deux mètres. Harry ?
- Hmm ? Oh, désolé Hagrid, fit le brun en s'écartant.
Un à un, les seaux qui contenaient les petites créatures reptiliennes furent vidés en direction du feu, et de petits couinements réjouis s'échappèrent bientôt du brasier. Tous les troisième années s'approchèrent pour observer les petits lézards, pendant que le demi-géant expliquait leurs caractéristiques générales.
- Les salamandres ont tout le temps besoin d'être au chaud, elles adorent un bon feu de joie. Là par exemple, on peut entendre qu'elles sont contentes. Elles ne devraient pas tarder à sauter entre les bûches, et vous allez voir que la couleur de leur peau est devenue orange ou rouge.
- Pourquoi orange ou rouge ? demanda Neville. Elles étaient jaunes dans les seaux.
Très bonne question, Neville ! s'exclama Hagrid. Elles changent de couleur en fonction de la température des flammes. Si vous trouvez une salamandre trop pâle, mettez-la vite dans un feu ou donnez-lui du poivre pour la réchauffer.
- Est-ce qu'elles peuvent cracher du feu ? demanda Parvati avec fascination.
- Non, fit Hagrid en riant. Ça, c'est une capacité de dragon. Les deux espèces sont liées aux flammes, mais ça s'arrête là. Par contre, une salamandre en colère pourra essayer de vous sauter dessus pour vous brûler avec son corps ou les flammes autour d'elle.
- Et jusqu'à quelle température peut monter leur chaleur corporelle? interrogea Hermione.
- Ah ça, ça dépend des espèces. Par exemple, en Amazonie...
Pendant que le garde-chasse continuait à discuter avec les Griffondors, le Golden Boy était retourné se perdre dans sa contemplation des flammes. Daphné ne put retenir un commentaire ironique, juste assez fort pour être entendue par le Golden Boy.
- Potter, le feu ne va pas brûler plus fort parce que tu le regardes, tu sais ?
Celui-ci ne tourna même pas la tête vers elle, et la blonde jeta un oeil en direction des autres Serpentards, sans remarquer le léger grondement qui provenait du brasier. Draco eut un petit sourire arrogant, et reprit un peu plus fort.
- Tu vois bien qu'il est occupé à chercher où il a pu laisser tomber son cerveau en ramassant les branches. Mais vu la taille, je pense que ça va être impossible de le retrouver à temps...
Cette fois, le brun tourna un regard agacé vers son rival, qui conserva un petit sourire satisfait. Cependant, avant que le Griffondor puisse répliquer, les flammes se mirent à gronder un peu plus fort et il jeta un coup d'oeil au brasier.
La suite se passa à toute vitesse. Blaise eut le temps de voir Potter écarquiller les yeux, puis se jeter entre Draco et le feu à l'instant où trois formes bondissaient des flammes.
- HARRY ! hurla quelqu'un un peu plus loin.
Le Golden Boy leur tournait le dos, mais sembla siffler de douleur avant d'effectuer un mouvement de rejet, et les trois formes furent relancées dans le brasier. Après ça, Potter tomba à genoux en plaquant ses bras contre son torse, et émit ce qui ressemblait à un gémissement de douleur.
Granger arriva la première et s'agenouilla devant lui à toute vitesse, rapidement suivie par Londubat et le garde-chasse. Ni Blaise ni les autres Serpentards n'avaient bougé entre-temps, et essayaient toujours de comprendre ce qui s'était passé dans les dernières secondes.
- Harry ! Tu- oh mon dieu, souffla-t-elle en devenant blême.
- Harry, tu- oh par Godric, murmura Londubat avant de prendre la même couleur. Hagrid, il faut absolument l'emmener à l'infirmerie !
- Non, contra Granger. Il ne peut pas être transporté dans cet état, il faut que quelqu'un aille chercher Pomfrey immédiatement !
- On y va ! crièrent Thomas et Finnegan. Ron, viens avec nous !
Les trois se mirent à courir en direction du château, pendant que les autres élèves de Griffondor poussaient des petits cris de détresse horrifiée en apercevant l'état de leur leader.
Granger et Londubat restèrent à côté de Potter, et tentèrent de rester calmes en lui parlant doucement. Le Golden Boy n'avait pas dit un mot.
- Harry, il faudrait que... que tu t'allonges sur le dos, murmura la sorcière. Tu t'en sens capable ?
Le brun ne répondit pas, mais se laissa progressivement tomber sur le côté, soutenu par Londubat.
- Hagrid, il nous faut quelque chose pour que sa tête ne soit pas dans la neige, ordonna Granger.
Le demi-géant s'éloigna aussitôt vers sa cabane, aussi choqué que le reste des élèves par ce qui venait de se passer. Blaise retrouva soudainement sa mobilité en entendant Pansy et Théo – qui étaient les premiers à voir l'autre côté de Potter – émettre un hoquet horrifié. Lorsque le Griffondor se retrouva dos sur le sol, l'italien sentit son estomac se retourner.
L'uniforme de Potter était détruit jusqu'à dévoiler son torse, et toute la peau entre la base de son cou et ses côtes n'était plus qu'une seule plaie sombre, entourée par des cloques. Du sang coulait un peu partout, et le Serpentard constata avec horreur que l'intérieur des avants-bras et des mains du Griffondor était dans le même état. Le visage du Golden Boy était crispé dans une expression de douleur contenue, mais quelques larmes dépassaient de ses paupières closes.
À côté de lui, il entendit Draco murmurer quelques mots d'une voix tremblante.
- Salazar... qu'est-ce qui t'a pris, Potter ?
Pansy fut celle qui réussit à se reprendre le plus rapidement, et se précipita auprès de Granger, qui tenait la tête du brun dans ses mains pour l'empêcher de toucher la neige. Au moment où la brune sortit sa baguette, elle fut arrêtée par une réplique cinglante.
- Ne vous approchez pas de lui ! cria Granger. J'ai vu ce qui s'est passé !
Tous les Serpentards observèrent Granger en silence. La sorcière les fusillait du regard sans se préoccuper des larmes qui commençaient à couler le long de ses joues.
- Vous trouvez ça drôle de l'insulter !? De passer votre temps à le rabaisser sans jamais vous demander à quel point vos remarques peuvent être blessantes !? Evidemment, c'est facile de se moquer de ceux qui n'ont pas grandi dans le monde sorcier ! Mais est-ce que vous vous êtes déjà mis à sa place, même une seule seconde !?
- Hermione, intervint Londubat.
La sorcière renifla pour cacher un sanglot, mais continua sa tirade.
- Non, il faut qu'ils comprennent !
Elle dirigea de nouveau son regard furieux vers les Serpentards.
- Vous ne savez rien d'Harry, RIEN ! Mais vous êtes cruels avec lui depuis le premier jour où il a mis les pieds à Poudlard ! Alors que lui, il donnerait sa vie pour chacun d'entre vous sans hésiter ! Par Merlin, il vient de se jeter devant Malfoy pour le protéger des salamandres ! hurla-t-elle.
Granger s'arrêta un instant, haletante et sanglotante, pour baisser la tête et regarder le visage de Potter. Le héros de Griffondor était toujours figé dans une expression douloureuse et peinait à respirer. Elle déplaça doucement une mèche de cheveux qui était collée à son front par la sueur, et lui sourit avec un mélange de tendresse et de tristesse.
Lorsqu'elle releva la tête pour les regarder, ses yeux étaient si pleins de haine et de mépris que Blaise fut certain qu'ils déglutirent tous avant de baisser la tête de honte. Sauf Draco, qui était toujours immobile, et dont le regard était fixé sur la blessure de son rival.
- Vous me dégoûtez, cracha finalement Granger entre deux sanglots. Tous autant que vous êtes. Vous prétendez être l'élite du monde sorcier, mais la vérité, c'est qu'il y a plus de valeur dans un cheveu d'Harry que dans toute votre maison.
Un silence de mort suivit sa déclaration. Blaise savait qu'aucun des Serpentards ne dirait quoi que ce soit. Il n'y avait rien à dire.
C'est dans le même silence glacial qu'Hagrid revint et déposa un coussin hideux sous la tête du Golden Boy, puis que Pomfrey arriva en courant et eut une exclamation choquée en voyant l'état de son patient.
Elle l'emmena finalement jusqu'à l'infirmerie par lévitation, après avoir lancé un sort de stase pour que son état n'empire pas pendant le trajet. Tous les Griffondors la suivirent, mais l'infirmière leur indiqua sèchement qu'elle n'autoriserait aucune visite.
- On... on devrait rentrer, finit par murmurer Daphné.
Une série de hochements de tête sans enthousiasme fut la seule réponse qu'elle obtint, et ils rentrèrent lentement au château pour rejoindre leur salle commune.
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Le diner se fit sans le héros de Griffondor, et tout le château apprit ce qui s'était passé en un temps record. Hermione avait été la seule autorisée à accompagner Harry à l'infirmerie, et uniquement parce que McGonagall, Dumbledore et Lupin s'y étaient précipités et avaient exigé une explication que seule la jeune sorcière avait été en mesure de fournir.
La discussion avait débouché sur une réunion dans le bureau du directeur, où Hagrid, Rogue et Malfoy avaient été convoqués également. Sans surprise, aucune punition n'avait été donnée à quiconque puisque les salamandres avaient agi de façon incompréhensible et que les distances de sécurités avaient été respectées. La décision officielle n'empêcha toutefois pas la table des rouge et or de fusiller du regard leur maison rivale pendant tout le repas. Et il était évident que les Poufsouffles et les Serdaigles étaient également du côté du héros de Griffondor.
Harry Potter qui s'interposait pour prendre une attaque à la place de Draco Malfoy, après que celui-ci l'ait insulté de surcroît, n'était clairement pas le meilleur moyen de rendre les Serpentards plus populaires auprès des autres maisons. Et tant que Potter serait à l'infirmerie, il ne ferait pas bon se promener seul dans les couloirs avec une cravate verte le soir.
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À l'infirmerie, Pomfrey avait rapidement mis à la porte tous les curieux et les professeurs pour pouvoir se concentrer sur son patient. Les brûlures de Potter étaient extrêmement graves et avaient détruit une grande partie de son épiderme. Elle répara de son mieux les différentes structures l'une après l'autre, dans un travail délicat et de longue haleine. Les dégâts occasionnés aux nerfs étaient conséquents, mais pas irréparables en agissant vite et avec les bonnes potions. Cependant, la blessure nécessiterait plusieurs jours de récupération, même avec l'aide de la magie.
Lorsqu'elle eut soigné tout ce qui pouvait l'être en l'état actuel des choses et enveloppé les trois zones de bandages, la Guérisseuse s'autorisa à souffler. Potter était resté sous l'emprise du sort de stase, et elle lui avait enlevé son uniforme pour mieux accéder à ses blessures. Pendant un instant, l'infirmière avait cru remarquer une trace noire bouger au niveau de son cou, mais s'était rapidement concentrée sur le plus urgent.
Épuisée, la Guérisseuse entoura le lit de charmes pour réguler la température et la prévenir au cas où le garçon se réveillerait. Dehors, la nuit était tombée depuis déjà un bon moment, et utiliser sa magie pour un exercice aussi long et complexe ne lui était plus arrivé depuis quelques temps. Le jeune Potter était désormais hors de danger, et l'infirmerie était un des lieux les plus lourdement protégés de l'école. Dans un soupir fatigué, Poppy finit par sortir de son domaine pour aller se coucher. Avec un peu de chance, son patient le plus régulier dormirait toute la nuit cette fois.
Commentaire de la bêta : stupide héros n'est-ce pas ? Se mettre dans cet état pour protéger quelqu'un censé être son ennemi... À votre avis, comment cet événement va influer sur la relation Drarry ? Pour le savoir, rendez-vous dans deux semaines ;)
