N/A : Je suis de retour pour vous jouer un mauvais tour ! Non, plus sérieusement, déso pas déso pour le tour émotionnel que va prendre cette Saint-Valentin par rapport à celle de l'année précédente. Je suis un monstre mais vous avez choisi d'être là à vos risques et périls :p

Réponse à Etourneau : Ravie de savoir que tu adores cette histoire ;) Et merci pour la gommette étoile et les compliments (et le pardon pour le retard du dernier chapitre XD)

Résumé du chapitre précédent :

Artémis rejoint Harry à l'infirmerie, et part avant l'arrivée d'un visiteur mystère. A son retour dans la Grande Salle, Harry annonce qu'il refuse que qui que ce soit s'en prenne aux Serpentards en son nom. Blaise rejoint Neville, Hermione et Harry à la bibliothèque pour remercier Harry et faire un premier pas vers une forme de trêve. Griffondor gagne le match contre Serdaigle, en partie grâce à la performance d'Harry sur son Eclair de Feu. Sirius trouve le moyen de rentrer dans le dortoir de Griffondor et attaque le lit de Ron. Neville et Harry vont chercher McGonagall, qui appelle ensuite le directeur et d'autres professeurs pour sécuriser l'endroit et fouiller le château (encore). Harry s'inquiète plus de la Saint-Valentin qui approche que de l'intrusion de Black (à juste titre *rire démoniaque de l'auteure*)


Les jours passèrent dans un calme relatif jusqu'au quatorze février. Harry sentit sa pointe d'inquiétude augmenter progressivement en constatant que Fred et George n'avaient pas l'intention de l'inclure dans leurs plans. En ce qui concernait les autres élèves, l'enthousiasme de la fête avait petit à petit remplacé la tension liée à l'intrusion de Black. Pour ne rien arranger, la Saint-Valentin tombait un lundi, au grand dam du héros de Griffondor qui aurait préféré passer la journée enfermé dans la Chambre des Secrets.

Il retarda toutefois autant que possible le moment où il se retrouverait trainé de force dans la Grande Salle par Hermione et Ron. La première pour qu'ils ne soient pas en retard en Métamorphose, le second parce qu'il refusait de louper le petit-déjeuner. Neville adressa un regard d'excuse à Harry, aussitôt démenti par l'étincelle amusée qui brillait dans ses yeux. En revanche, personne ne savait où étaient passés Fred et George, ce qui était plus que suspect.

- 'Mione, tenta Harry pour la troisième fois, je t'assure que je peux sauter le petit-déjeuner.

- Hors de question ! Si tu as faim, tu ne seras pas capable de rester attentif en cours. Et puis franchement Harry, ce n'est pas si terrible, alors arrête de dramatiser.

Harry grommela une série de termes peu flatteurs, mais finit par se laisser entrainer hors de la tour de Griffondor pour rejoindre la Grande Salle. Lorsqu'il s'assit, il constata que les jumeaux étaient déjà assis à leur place habituelle, un air un peu trop parfaitement innocent plaqué sur le visage.

- Harry, quel plaisir de te voir, firent-ils en choeur.

Le garçon à la cicatrice en fut d'autant plus soupçonneux, mais renonça à obtenir la moindre miette d'information. Quand Fred et George décidaient de garder une blague secrète, elle restait secrète. Du moins jusqu'à ce qu'elle vous explose à la figure.

Dumbledore se leva, vêtu des mêmes robes mauves immondes, pour prononcer pratiquement le même discours sur la beauté et la pureté du sentiment amoureux. Il l'acheva avec un grand sourire en annonçant qu'au vu du succès de l'année précédente, le même sort permettrait aux lettres et paquets de rejoindre directement la personne concernée. Harry grogna une nouvelle fois en entendant la nouvelle, et pria toutes les déités disponibles pour que personne ne lui envoie rien cette année.

Recevoir des cadeaux qu'il n'appréciait pas, de la part de parfaits inconnus, n'était toujours pas sa vision du romantisme. Il en allait de même pour les lettres. Aucun de ses prétendus soupirants énamourés ne cherchait jamais à le connaitre ou à lui adresser la parole le reste de l'année. Harry doutait même qu'il y ait plus d'un quart d'entre eux qui puissent avoir le moindre réel intérêt pour lui. Après tout, une fois qu'on enlevait l'étiquette célèbre du Garçon-qui-a-survécu, il ne restait pas grand-chose d'intéressant à découvrir et Harry en avait parfaitement conscience.

C'est pourquoi, lorsque la première enveloppe rose arriva devant lui en flottant, il soupira et l'écarta d'un geste las. Par chance, un plat de biscuits de Dully était assez proche du Griffondor pour lui remonter le moral.

- Ça va aller Harry ? lui demanda Neville.

- Il va bien falloir, maugréa le concerné.

En face de lui, Hermione lui envoya une grimace compatissante. Sa popularité n'avait pas décru à cause d'un scandale comme celui du fourchelangue l'année précédente. La sorcière avait prédit qu'il allait probablement recevoir davantage de notes et de cadeaux qu'en deuxième année, et avait paru désolée de ne rien pouvoir faire pour l'aider.

Les quatre Griffondors se rendirent à leur cours de Métamorphose avec un peu d'avance pour s'installer où ils le souhaitaient, dans les premiers rangs. McGonagall et les autres élèves arrivèrent rapidement après eux.

- Bonjour à tous. Aujourd'hui, nous allons-

La phrase de l'enseignante fut interrompue par une explosion d'étincelles roses, qui entoura chaque personne de paillettes scintillantes pendant une dizaine de secondes avant de disparaitre.

- Qu'est-ce que- commença la professeure.

Une fois de plus, elle fut interrompue, cette fois par une série d'exclamations horrifiées ou étranglées.

Quand Harry et les autres se retournèrent, ils réalisèrent que chaque personne avait désormais une partie de son corps ou de ses vêtements rose. La classe en était nettement plus bariolée. Une petite note, rose également, apparue sur le bureau de chaque personne, et ils se précipitèrent tous pour la déplier et la lire.

À tous les coeurs de Poudlard, bienvenue dans la journée la plus rose de votre vie !

A neuf heures précisément, une potion s'activera et colorera une partie de votre corps ou de vos vêtements d'une délicate nuance de rose. Sachez que rien n'est dû au hasard. Cherchez la personne dont l'endroit coloré est identique au vôtre.

S'il s'agit d'un vêtement, c'est qu'il s'agit d'une personne avec qui vous pourriez bien vous entendre. S'il s'agit d'une partie de votre corps, vous faites partie des chanceux qui découvriront avec qui ils partagent un intérêt amoureux potentiel... ou déjà existant.

Pour celles et ceux qui n'apprécieraient pas cette généreuse intervention, il existe deux moyens de vous débarrasser de ce petit changement. Attendez que la couleur disparaisse d'elle-même à minuit, ou recevez un bisou de la personne qui vous complète !

Signé, les cupidons de Poudlard.

PS : le bisou ne doit pas obligatoirement se faire sur la bouche, bande de malpropres !

Harry dut se mordre la lèvre pour retenir un rire, et s'appliqua à regarder ce qui avait changé chez les autres. Il remarqua rapidement que Neville et Hermione avaient tous les deux les ongles roses. De son côté, Ron était désormais l'heureux détenteur d'une cravate rose bonbon, qu'il essaya d'enlever lorsqu'il s'en rendit compte.

- Ron, commença Neville, à ta place j'éviterais d-

- Je ne peux pas l'enlever ! s'énerva le roux.

- J'ai l'impression qu'on ne pourra vraiment pas s'en débarrasser autrement que par les moyens inscrits dans la note, soupira Hermione. Harry, tu-

Elle s'interrompit en levant les yeux vers lui et resta la bouche ouverte, figée au milieu de sa phrase. Le Golden Boy regarda sa meilleure amie avec un air perplexe, puis compris qu'elle avait dû voir ce qui avait changé de couleur chez lui. Neville et Ron se mirent également à le fixer sans rien dire, l'air très perturbés.

- Quoi ? demanda Harry avec un léger malaise.

Une fois passée la surprise et la découverte, un bon nombre d'élèves s'étaient tournés vers leur petit groupe de quatre pour observer le garçon à la cicatrice.

- Oh mon dieu, couina Lavande, Harry a les yeux roses !

Le concerné écarquilla les yeux et chercha un miroir autour de lui, pour s'en faire tendre un par Hermione qui le sortit de son sac. Harry nota distraitement qu'il s'agissait du même qu'elle avait utilisé pour repérer le basilisk à la bibliothèque l'année précédente. Lorsqu'il tomba sur son image cependant, il fut surpris de voir que ses yeux, normalement verts, avaient pris une teinte rose irisée. Le changement était déroutant, mais il comprenait désormais pourquoi ses amis le regardaient bizarrement.

- Au moins, ça ne devrait pas être trop compliqué de trouver l'autre personne, sourit Neville.

- Très drôle, Nev, grommela Harry. Hermione et toi avez tous les deux les ongles roses, je te ferai remarquer, alors je pense que la fiabilité de leur potion est à revoir.

- Dans tous les cas, mieux vaut s'en débarrasser maintenant, résuma Hermione. Neville, tu peux t'approcher un peu ?

La sorcière se pencha en avant pour faire un bisou sur la joue du brun, qui eut l'air un peu mal à l'aise au contact.

- Mes ongles sont toujours roses, remarqua-t-elle avec surprise.

- Attends, j'ai l'impression qu'il y a une différence, nota Neville en tendant ses mains.

Lorsque la sorcière aux cheveux bouclés en fit de même, ils comprirent où était le problème. L'index de la main gauche d'Hermione était normal, ainsi que l'auriculaire droit de Neville.

- Il faut qu'on ait exactement les mêmes parties du corps roses, comprit Hermione. Donc juste les ongles ne suffisent pas, il faut que ce soit la même combinaison, ajouta-t-elle en soupirant.

Avant qu'ils puissent continuer leur conversation, un toussotement rappela l'ensemble de la classe à l'ordre et tous les élèves se tournèrent vers McGonagall.

- Puisque toute cette agitation est terminée et que cette blague s'avère inoffensive, bien que déplacée, veuillez vous concentrer de nouveau sur le cours. Comme je le disais avant d'être interrompue, nous allons aborder aujourd'hui...

-o-oOo-o-

Draco était dans la salle de bain de son dortoir lorsque la magie fit effet autour de lui et que la note apparut. Il laissa échapper un soupir exaspéré en lisant le contenu, et observa le miroir en face de lui pour voir ce qui avait changé. Il n'eut pas besoin de chercher très loin en croisant deux prunelles roses qui lui rendirent son regard.

- Formidable, grinça-t-il.

Comme s'il avait besoin que quelqu'un dans cette école s'imagine avoir la moindre chance avec lui. Sa frustration fut d'autant plus grande que ses yeux étaient facilement repérables, contrairement à d'autres parties du corps plus discrètes.

Draco passa les trente minutes suivantes à essayer de changer ou dissimuler leur couleur, sans résultat. Quoi que les fichus jumeaux Weasley – puisqu'il s'agissait forcément d'eux – aient utilisé comme potion, elle était trop complexe pour que le Serpentard parvienne à la contrer. Draco dut se résoudre à aller à son cours d'Etude des Runes avec ses prunelles roses, au lieu de leur élégant gris habituel.

Il sortit prudemment de la chambre et trouva la salle commune pratiquement déserte. Les troisième années de Serpentard n'ayant pas cours le lundi matin en dehors des options, ils avaient tous dû partir à la recherche de leur partenaire ou étaient allés observer les changements chez les élèves des autres maisons. Certains devaient être assez grotesques et la pensée provoqua un semblant de sourire sadique sur ses lèvres. Avec un peu de chance, Potter et ses groupies auraient une allure encore plus ridicule que d'habitude.

Le Prince de Glace décida d'aller en avance à la salle de Runes, afin de pouvoir lancer une ou deux répliques à son rival avant d'entrer en classe. Après la remarque de Babbling au premier jour de la nouvelle année, il ne voulait pas prendre le risque de l'énerver en se moquant ouvertement de Potter pendant son cours. Cependant, avant et après le cours demeurait hors des consignes de Babbling, et Draco comptait bien profiter de l'opportunité.

Très satisfait de son programme, le Serpentard s'éloigna des donjons, seul pour une fois, et se dirigea vers sa classe en ignorant les élèves autour de lui. Il était presque arrivé lorsqu'il entendit une conversation gloussée entre trois Poufsouffles sur son chemin.

- Tu en es sûre ? pressa la première.

- Certaine ! Parvati vient de m'envoyer une fausse lettre d'amour pour me prévenir !

- Harry Potter qui a les yeux roses, c'est si romantique... soupira la troisième avec un regard énamouré. Il faut absolument trouver qui est son amoureuse !

- Des yeux roses, ça se remarque facilement, reprit la première. Je me demande qui est fait pour lui...

Le blond se figea en les entendant, et remercia mentalement Salazar pour ne pas avoir laissé les trois idiotes lui prêter la moindre attention. Sans réfléchir, il fonça pour franchir les trois derniers couloirs en baissant les yeux, et entra dans la salle adjacente à celle d'Etude des Runes avant d'en verrouiller la porte.

Harry Potter avait les yeux roses. Son fichu rival était la personne dont la partie du corps correspondait à la sienne. Et il avait cours avec lui dans moins de quinze minutes. Toute l'école allait être au courant avant le déjeuner s'il n'agissait pas très vite, et Draco refusait de subir une humiliation pareille. Comment qui que ce soit pouvait oser penser que Potter et lui pourraient être... Salazar, la seule idée lui retournait l'estomac.

Draco se força à respirer lentement en se répétant qu'un Malfoy ne perdait jamais son sang-froid. Il lui fallait une solution, et rapidement. Il existait un moyen de faire disparaitre les effets de cette fichue potion, après tout. Il fallait juste trouver le moyen de croiser Potter avant le cours sans que personne d'autre ne les voie. Mais le Griffondor allait être en compagnie de Granger, qui remarquerait ses yeux à la seconde où Draco leur adresserait la parole.

Une idée lui vint en tête en se remémorant la discussion entre les trois filles dans le couloir, et faute de mieux, il la mit en pratique en grinçant des dents. Une fois que ce fut fait, il se tourna et dirigea son regard vers le tableau pour retrouver l'air le plus calme et le plus impassible possible. Il était hors de question qu'il laisse Potter mener la conversation comme les deux dernières fois où ils s'étaient retrouvés seuls.

Cinq minutes plus tard, il entendit la porte se déverrouiller, s'ouvrir, puis se refermer et être reverrouillée immédiatement après.

- Je suis là Malfoy, qu'est-ce que tu as de si urgent à me dire ? demanda une voix curieuse.

- Potter, fit-il en se retournant.

Le blond remarqua aussitôt la nouvelle couleur d'yeux de son rival, en même temps que ceux-ci s'écarquillèrent sous la surprise en voyant les siens. Toutefois, le brun sembla se remettre rapidement de son étonnement et un sourire amusé étira ses lèvres.

- Jolie couleur, déclara-t-il. Tu t'es lassé du gris ?

- Très drôle. Mais il est hors de question que je passe la journée avec une apparence aussi ridicule.

En face de lui, Potter pencha légèrement sa tête sur le côté, une étincelle malicieuse dansant dans ses prunelles. Le Griffondor s'appuya nonchalamment sur la table la plus proche, son sac sur l'épaule, et attendit un peu avant de parler.

- Dommage, parce que moi ça ne me dérange pas du tout.

- Je me fiche que ça te plaise ou non, répliqua Draco. Je refuse que le reste de l'école nous voie comme ça.

Toute trace d'amusement disparut de l'expression du Golden Boy en un éclair, et sa voix se chargea d'une légère froideur lorsqu'il répondit.

- Evidemment, j'imagine à quel point ce serait humiliant pour le Prince de Glace de Serpentard si les gens apprenaient que tu pourrais être intéressé par moi.

Draco ne dit rien pendant quelques instants et le fusilla du regard. Son rival avait un peu trop bien résumé la situation dans laquelle il se trouvait.

- Ne fais pas comme si l'idée ne te dégoûtait pas, Potter.

- Je te l'ai dit dès que je suis entré, répliqua le Golden Boy, ça ne me dérange pas d'avoir les yeux roses. Si ça te pose un problème, tant pis pour toi. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'aimerais éviter d'être en retard en cours.

À la fin de sa phrase, il se décala de la table et se dirigea vers la porte en lançant le sort de déverrouillage. Derrière lui, Draco sentit la panique monter. Il était hors de question que le reste de l'école apprenne qu'il était la personne supposément complémentaire de Potter, et il ne pouvait pas rester enfermé dans une salle jusqu'à minuit.

Sans réfléchir davantage, il se précipita à la suite de son rival avant qu'il ouvre la porte et lui attrapa le poignet pour le retenir.

- Tu ne sortiras pas d'ici tant que je n'aurai pas récupéré mes yeux, menaça-t-il.

Potter se retourna lentement, et l'agacement transparut clairement sur son visage.

- Toutes mes excuses, fit-il d'un ton sarcastique. Je n'avais pas réalisé que la simple idée qu'on puisse avoir un quelconque lien te révulsait à ce point.

Avant que Draco puisse répliquer, le Golden Boy tourna son poignet pour saisir la main de son rival dans la sienne, et la mena jusqu'à ses lèvres pour poser un délicat baiser dessus, les yeux clos et la tête légèrement penchée en avant. Une petite explosion de paillettes roses les entoura tous les deux pendant quelques secondes, avant de disparaitre. Lorsque le brun rouvrit les yeux, ils avaient retrouvé leur couleur émeraude. Il lâcha la main de Draco et le fixa un instant avant de se rediriger vers la porte.

- Tes yeux sont de nouveau gris, lança-t-il en la franchissant.

Draco resta figé quelques instants, sa main encore levée et son cerveau incapable de traiter les dernières secondes convenablement. Il n'arrivait pas à croire que Potter, Potter, venait juste de lui faire un baisemain. Lorsqu'il réalisa qu'il sentait encore la légère trace des lèvres du Griffondor sur sa peau, ses joues se colorèrent de gêne et d'embarras. Refusant de réfléchir davantage à l'évènement, Draco le repoussa au fin fond de son cerveau et se dépêcha de sortir.

Il marcha juste assez vite pour rattraper le Golden Boy au moment où celui-ci ouvrait la porte.

- Messieurs Potter et Malfoy, les accueillit Babbling avec un air réprobateur. Pile à l'heure. Veuillez vous asseoir et ne pas déranger les autres.

Sans un mot, les deux rivaux se dirigèrent à leur place respective et sortirent leurs affaires pendant que la professeure commençait son cours, une épingle à cheveux rose dépassant de sa tresse blanche.

-o-oOo-o-

À la fin du cours de Runes, Harry soupira. Il avait été incapable de se concentrer sur la leçon ou les exercices que l'enseignante leur avait donné. Sa discussion avec Malfoy l'avait remué, et l'attitude du Serpentard s'avérait plus blessante que ce qu'il aurait cru. Harry pouvait comprendre la surprise et le malaise à l'idée qu'une potion suggère une quelconque compatibilité romantique entre eux. Cependant, que le blond soit à ce point dégoûté et horrifié à la simple évocation de l'idée...

Harry était assez lucide pour réaliser qu'il n'était clairement pas le meilleur parti qui soit pour un Sang-pur du standing de Malfoy. Il n'avait rien d'intéressant ou de remarquable en dehors d'une célébrité dont il se passerait volontiers et l'avait plus ou moins accepté. Mais se faire rappeler aussi brutalement que même dans le cadre d'une blague, son rival était révulsé par l'idée, demeurait difficile à encaisser. Par Merlin, Harry était au courant qu'il n'était pas spécialement beau, intelligent ou sophistiqué, qu'il ne connaissait pratiquement rien du monde sorcier et que tout ce qu'il y avait d'intéressant chez lui était une cicatrice en forme d'éclair ! Il n'avait pas besoin de ce genre de rappel.

En soupirant, Harry rassembla ses affaires et essaya de ne plus y penser. Malfoy avait juste mis en évidence ce qui se passerait si tous ses prétendus soupirants apprenaient à le connaître. Aucun d'eux n'essayait de voir au-delà de l'image du Garçon-qui-a-Survécu telle qu'elle était présentée dans la Gazette. Et s'ils le faisaient, ils découvriraient en un instant qu'il était bien loin du héros décrit par les journaux. Le fameux Golden Boy avait une vie pleine de problèmes, et peu de qualités ou de choses à offrir en échange. Personne de sensé ne pourrait réellement et sincèrement vouloir de lui, Harry le savait mieux que personne. Il était déjà plus qu'heureux d'avoir des amis qui l'appréciaient et restaient à ses côtés malgré les ennuis qu'il attirait.

Et en parlant d'amis et d'ennuis, Harry sentit Hermione le fixer avec un air assez suspicieux pour le sortir de ses pensées.

- Harry. Tes yeux.

- Oui ? répondit-il. Qu'est-ce qu'ils ont mes yeux ?

- Ils sont redevenus verts, accusa-t-elle.

Le héros de Griffondor hésita un instant à répondre la vérité, mais renonça. Après avoir passé plus d'une heure à ruminer sur la façon dont son rival avait réagi, il n'avait aucune envie de subir un deuxième discours du même genre.

- Oui, et ?

Sa meilleure amie eut l'air encore plus suspicieuse qu'avant, et s'approcha de lui avec un regard menaçant.

- Harry, pas de ça avec moi. Comment tu t'en es débarrassé ?

Le garçon à la cicatrice ouvrit la bouche pour répondre, mais son regard croisa une paire d'yeux gris furieux et il haussa les épaules à la place.

- J'ai trouvé l'autre personne, et j'ai appliqué les instructions qui étaient sur la lettre. Est-ce qu'on peut clore le sujet et aller manger ? demanda-t-il avec un sourire crispé.

Hermione recula, surprise par le ton un peu trop neutre qui cachait mal une pointe de tristesse et de regret. Si son meilleur ami avait vraiment trouvé la personne en question, son attitude n'avait aucun sens. La sorcière aux cheveux châtains allait poser davantage de questions pour éclaircir ce mystère, lorsqu'elle vit le regard d'Harry. Deux grands yeux verts qui la suppliaient presque de passer à autre chose et de ne pas s'appesantir sur le sujet. En soupirant, elle rendit les armes et passa son sac sur son épaule.

- Pas de soucis, répondit-elle. On devrait se dépêcher, je suis sûre que Neville et Ron sont déjà dans la Grande Salle.

Les deux amis sortirent en silence de la salle de classe. Hermione ne s'arrêta pas pour autant de réfléchir à la question, et commença à analyser toutes les possibilités envisageables afin de trouver qui pouvait bien être responsable de l'état de son meilleur ami.

En arrivant au déjeuner, ils trouvèrent la Grande Salle en ébullition. Tout le monde regardait tout le monde pour essayer de trouver qui était son ou sa partenaire, et même la table des professeurs n'était pas épargnée. Harry dut se mordre les lèvres pour ne pas rire en voyant la magnifique cape rose de Rogue voler derrière lui lorsqu'il se leva. Le professeur de Potions avait l'air absolument furieux, et le garçon à la cicatrice espéra pour Fred et George qu'ils n'avaient pas laissé de preuve derrière eux.

McGonagall avait également une épingle à cheveux rose qui dépassait de son chignon, et discutait tranquillement avec la professeure de Runes. Visiblement, les deux étaient satisfaites de la façon dont les choses avaient tourné et comptaient simplement conserver l'accessoire jusqu'à la fin de la journée.

Dumbledore avait des lunettes roses qui – dans un exploit incompréhensible – trouvaient le moyen de jurer avec ses robes. Lupin arborait une chemise rose qui ne semblait pas le déranger le moins du monde, pas plus que le chapeau rose de Chourave ne semblait lui poser de problème. Les autres professeurs étaient absents ou avaient de toute évidence trouvé un moyen de dissimuler les modifications qui avaient eu lieu.

L'atmosphère joyeuse et la frénésie de recherches entre élèves remonta le moral d'Harry, qui s'assit à table avec des pensées plus légères, jusqu'à ce qu'une exclamation de surprise retentisse en face de lui.

- Harry ! s'exclama Ron. Tes yeux sont redevenus verts !

Immédiatement, toutes les personnes qui avaient pu l'entendre se retournèrent pour en obtenir la confirmation visuelle.

- Alors, qui était l'heureuse élue ? demanda Neville avec un sourire.

Harry haussa les épaules en soupirant, et répondit de la façon la plus concise possible.

- Secret.

Autour de lui, des exclamations à la fois indignées et curieuses se mirent à retentir pour avoir plus de détails. En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, la rumeur que le héros de Griffondor avait une petite-amie secrète fit le tour des quatre maisons de Poudlard. Harry ne prit même pas la peine de démentir, sachant pertinemment que ça ne servirait qu'à donner plus de poids aux racontars. À la place, il ignora toutes les questions et se concentra sur son assiette. Au bout de quelques minutes, Harry se retrouva à davantage pousser les aliments avec sa fourchette que manger quoi que ce soit. Il continua à ignorer toutes les lettres qui s'entassaient à côté de son verre.

De l'autre côté de la Grande Salle, à la table des Serpentards, le bruit de la dernière nouvelle concernant le Griffondor le plus populaire de l'école finit par arriver jusqu'au groupe de troisième année.

- Une petite-amie secrète, vraiment ? railla Pansy. C'est ridicule.

- Peut-être, mais c'est vrai qu'il avait les yeux roses ce matin et qu'il ne les avait plus au déjeuner, contra Daphné.

- Sans compter qu'il refuse de dire de qui il s'agit, appuya Théo.

- Draco, demanda Blaise, tu as Etude des Runes avec Potter et Granger non ? Il avait toujours les yeux roses à ce moment-là ?

Le blond eut un regard ennuyé et fit un léger mouvement d'épaules, mais daigna participer à la discussion.

- Pourquoi est-ce que je perdrais mon temps à vérifier ce genre de détail ?

- Parce que tu remarques tout ce qui concerne Potter ? rappela Daphné. En tant que Serpentards, nous avons l'habitude d'observer attentivement nos adversaires, ajouta-t-elle diplomatiquement.

L'héritier Malfoy haussa un sourcil, pas dupe de la manoeuvre, et fit semblant de réfléchir quelques instants avant de donner une réponse.

- Ils étaient verts quand il est sorti du cours.

- Donc, en déduisit Blaise, il a dû trouver sa dulcinée entre ses deux cours de la matinée.

Draco se retint de justesse de grincer des dents en entendant le terme employé par Blaise. Il était hors de question que qui que ce soit apprenne la vérité, et puisque Potter avait enfin décidé d'agir intelligemment et de se taire sur le sujet, Draco n'allait rien dire. Une pointe d'amertume monta insidieusement dans sa poitrine en constatant que malgré ses beaux discours, son rival semblait faire tout son possible pour conserver l'identité de sa personne complémentaire secrète.

S'il y avait bien une chose qui définissait davantage un Griffondor que la bravoure stupide, c'était assurément l'hypocrisie. Potter avait été très insistant sur le fait que lui, du haut de son noble piédestal de héros populaire, n'était pas gêné à l'idée de montrer à tout Poudlard qu'ils avaient tous les deux les yeux roses. Et bien sûr, il avait pointé du doigt le fait que ce serait seulement Draco qui se sentirait humilié par une telle démonstration. Mais face à la réalité, le célèbre et courageux Golden Boy de Griffondor n'avait même pas osé avouer la vérité à Granger, et cachait soigneusement à tout le reste de l'école qui se cachait derrière la seconde personne aux yeux roses.

Draco réalisa soudainement l'amère vérité. Entre eux deux, Potter était celui qui avait été le plus embarrassé à l'idée que son rival soit la personne qui lui était assignée dans ce petit jeu. Après tout, comment imaginer que le valeureux héros de Griffondor puisse éprouver un autre sentiment que haine ou mépris pour Draco Malfoy ? La mascotte de Griffondor avait une image parfaite à présenter au monde. La possibilité qu'il ait des sentiments envers son rival, quelqu'un qui passait son temps à l'insulter, le rabaisser, et monter une maison entière contre lui... Potter en serait humilié, moqué, et pointé du doigt comme faible.

Draco repoussa son assiette, incapable d'avaler quoi que ce soit d'autre. La fausseté et l'hypocrisie dont son rival faisait preuve l'écoeurait au point de lui couper l'appétit. Quant au souvenir du moment où Potter avait pris sa main pour... Draco en avait des haut-le-coeur rien que de s'en rappeler. Dire que le Griffondor avait eu le culot de lui sortir une réplique selon laquelle Draco était celui qui était révulsé par l'autre !

- Draky-chou, tout va bien ? s'inquiéta Pansy.

Sans répondre, le blond lui lança un regard meurtrier, et fut satisfait de voir la brune s'éloigner aussitôt.

- On était en train de parler de nos changements, déclara Blaise.

- Pansy, Théo et moi on a des ongles roses, ajouta Daphné, mais pas tous les doigts.

- Moi c'est un lacet, soupira Blaise sur un ton mélodramatique. Hélas, il semble que je ne sois pas destiné à trouver l'amour cette année.

Autour de lui, Théo haussa un sourcil moqueur, tandis que Daphné et Pansy levaient les yeux au ciel en souriant. Ils ne prirent pas la peine de mentionner Crabbe et Goyle, les deux arborant chacun une chaussure gauche rose bonbon qui les rendait particulièrement ridicules.

- Et toi Draco? demanda Théo.

- Je ne vois pas en quoi ça vous concerne, répliqua sèchement le blond.

- Draco, asséna Daphné, je refuse de croire que parmi tous les élèves de cette école, il n'y a pas une seule personne susceptible de t'intéresser.

Le Prince de Glace la regarda d'un air hautain et réprobateur.

- Pour ton information, Greengrass, c'est le cas.

Une vérité absolue s'il en était. Personne à Poudlard ne pouvait prétendre approcher le niveau nécessaire pour pouvoir prétendre à la place de membre de la prestigieuse famille Malfoy.

Draco comprit en un clin d'oeil que Daphné ne comptait pas s'avouer vaincue si facilement. La blonde échangea un coup d'oeil rapide mais peu discret avec les trois autres, qui semblaient d'accord avec elle.

- Dans ce cas, suggéra Blaise d'un ton innocent, tu ne verras pas d'inconvénient à nous dire quelle partie de ton apparence a changé de couleur ce matin ?

Draco lui jeta un regard noir, destiné à gagner le temps dont il avait besoin pour trouver une solution plausible. Quelque chose qui lui permettrait de gagner du temps, ou dont il pourrait modifier la couleur lui-même au cas où les autres Serpentards seraient un peu trop curieux.

- Et dire que je pensais que seuls les Griffondors manquaient suffisamment de tact pour poser des questions sur la couleur des sous-vêtements, railla-t-il.

Sa réponse eut le mérite de clouer le bec de tout leur petit groupe. Satisfait, Draco retourna à son air impassible pour trouver un moyen de faire regretter son hypocrisie à son rival.

-o-oOo-o-

À la fin de la journée, Harry félicita chaudement Fred et George, qui étaient devenus les champions de Griffondor en parvenant à faire porter une cape rose à Rogue pendant toute une journée. En dépit de son apparent engouement pour leur réussite, le garçon à la cicatrice alla se coucher assez tôt après le diner.

Les lettres creuses et les paquets superficiels l'avaient épuisé, et sa discussion avec Malfoy lui pesait toujours sans qu'il comprenne pourquoi. Après une journée de réflexions, Harry finit par déduire que sa réaction était due au fait que depuis sa rencontre avec Tom et Artémis, il commençait doucement à croire en sa propre valeur en tant que personne et que peut-être, peut-être, il n'était pas qu'un monstre ou une image creuse montrée au public. Les mots de son rival lui avaient renvoyé ses insécurités en pleine figure, et Harry regretta une fois de plus de ne pas pouvoir parler à son mentor.

Sans qu'il s'en rende compte, Neville et Hermione l'avaient suivi du regard, inquiets de la tristesse et de la fragilité qu'ils avaient remarqué toute la journée dans ses yeux. Les deux amis échangèrent un regard entendu après que la porte se soit refermé sur Harry.

Laissant Ron à sa partie d'échecs contre Dean, Neville et Hermione firent mine de sortir des livres de la bibliothèque de la salle commune et de s'installer pour lire, à l'abri des oreilles indiscrètes. Pour plus de sécurité, ils décidèrent de parler à voix basse, et songèrent chacun de leur côté qu'il devraient demander à Harry de leur enseigner son sort de Bulla Silentia.

- Je n'aime pas le voir comme ça, soupira Neville.

- Moi non plus, acquiesça Hermione. Je me suis creusée la tête toute la journée pour chercher qui pouvait bien être l'imbécile censé être sa moitié, mais sans résultat.

- Tu penses vraiment que c'est cette personne mystère qui l'a mis dans cet état ?

- Qui d'autre Nev' ? demanda-t-elle. Il était normal en Métamorphose, mais en sortant d'Etude des Runes, il était devenu sombre et mélancolique.

Neville réfléchit, essayant de mettre les pièces de ce trop grand puzzle en place. Il n'avait pas la prétention de pouvoir rivaliser avec la logique et l'intellect d'Hermione, mais ça ne l'empêcherait pas d'essayer.

- Donc c'est quelqu'un qu'il a eu le temps de voir dans l'intercours. Et sans que tu t'en rendes compte.

- Maintenant que j'y pense, se rappela Hermione en fronçant les sourcils, il a reçu une lettre d'amour bizarre pendant qu'on marchait. Il a eu l'air surpris en la lisant, et puis il m'a dit d'y aller et qu'il me rejoindrait directement en classe.

- Et quand il est entré, il avait de nouveau les yeux verts ?

Hermione réfléchit quelques instants avant de répondre. Elle était généralement trop concentrée pendant ce cours pour s'intéresser à quoi que ce soit d'autre. Observer son environnement une fois qu'elle était à sa place était une tâche reléguée à l'arrière-plan de ses préoccupations.

- Je suppose, admit-elle lentement, puisqu'il n'a embrassé personne pendant le cours et que j'ai remarqué le changement de couleur avant qu'on sorte de la salle.

- Donc ça ne laisse vraiment que quelques minutes dans un couloir ou une salle de classe pas loin, en déduisit Neville.

- Mais même dans ce cas, objecta Hermione, il se serait fait voir puisque Malfoy est entré juste après lui, il aurait forcém-

Elle s'interrompit et écarquilla les yeux devant la possibilité folle qui lui était venue à l'esprit. En face d'elle, le brun la regardait d'un air perplexe, mais attendit patiemment qu'elle expose l'idée qu'elle venait d'avoir.

- Et si... je sais que ça a l'air absurde, mais... et si c'était Malfoy ?

Neville resta bouche bée pendant une dizaine de secondes en comprenant ce qu'elle sous-entendait. Puis il retrouva l'usage de son cerveau et la regarda d'un air incrédule.

- 'Mione, je sais qu'ils ont une relation un peu spéciale, mais de là à penser qu'Harry et Malfoy pourraient... par Godric, je ne suis même pas sûr de pouvoir le dire, fit-il en grimaçant. Il se détestent depuis le premier jour !

- Justement ! contra-t-elle. Qui à Poudlard en dehors de Malfoy voudrait absolument refuser d'être vu aux côtés d'Harry pour la Saint-Valentin ?

Neville concéda l'argument avec un hochement de tête. L'idée ne lui plaisait toujours pas, mais il devait admettre que c'était jusqu'à présent la seule explication cohérente qu'ils avaient. Harry ne refuserait pas de donner la moindre indication permettant d'identifier quelqu'un sans une bonne raison. Toutefois, en supposant que cette théorie soit la bonne, elle soulevait une autre question.

- Mais si c'est le cas, pourquoi est-ce qu'Harry a réagi comme ça ? demanda-t-il. Le connaissant, il aurait plutôt trouvé ça amusant comme situation.

- Je l'ignore, reconnut Hermione. Mais je ne serais pas surprise d'apprendre que Malfoy s'est montré cruel avec lui. Ce fichu Serpentard ne loupe jamais une occasion de le rabaisser, soupira-t-elle.

Les mots "et Harry est fragile émotionnellement" ne furent pas prononcés à voix haute, mais les deux Griffondors savaient qu'ils achevaient leur conversation. Sans un mot, ils se plongèrent dans leurs réflexions avant de reposer leurs livres et d'aller dormir. Aucun des deux ne s'était vraiment donné la peine de chercher qui avaient la combinaison d'ongles roses correspondant aux leurs, et l'inquiétude pour leur ami avait de toute façon amplement supplanté une quelconque idée de recherche.