N/A : je sais, on est vendredi et pas dimanche, tout va bien, promis. Je serais juste incapable de publier ce chapitre dimanche parce que *insérer raison valable de votre choix*, et entre le poster en avance ou en retard, on m'a suggéré de le poster en avance. Par conséquent... enjoy ;) et bonne rentrée à toutes les personnes concernées !
N/A 2 : J'ai glissé une référence à un film d'animation que j'adore, cookie virtuel à celles et ceux qui la trouve !
Résumé du chapitre précédent :
Lors de la Saint-Valentin, Fred et George forcent tout Poudlard à voir la vie en rose. Les yeux de Harry virent au rose, ceux de Draco aussi... et après s'en être débarrassé, chacun d'eux se persuade que l'autre avait honte d'être vu comme un partenaire potentiel (le pouvoir du quiproquo et du dramaaaa).
À l'insu des Griffondors, une scène similaire se déroulait au même instant dans une autre salle commune. Dans les donjons, Daphné, Blaise et Théo avaient patiemment attendus que les autres Serpentards soient distraits ou absents pour discuter de la journée. Plus précisément, Blaise et Daphné voulaient discuter, et Théo était en train de lire, allongé sur le canapé. Les deux Serpentards étaient installés sur les fauteuils situés à sa droite, et profitaient de la chaleur diffusée par la cheminée.
- Je ne sais pas pour vous, commença Daphné, mais moi je refuse de croire l'histoire de slip rose de Draco.
- Il met des caleçons, intervint Théo sans lever le nez de son livre.
La blonde ferma les yeux un instant et laissa échapper un soupir exaspéré en se pinçant l'arête du nez. Bien que ce genre de détail soit toujours intéressant à savoir, ce n'était pas le type d'information qu'elle désirait obtenir pendant cette discussion.
- L'éternelle question de slip ou caleçon à part, je suis d'accord, déclara Blaise en s'étirant. Ça ressemblait un peu trop à une excuse parfaite. Il a sûrement juste trouvé la bonne personne dans la matinée et s'est débarrassé du rose avant qu'on le croise.
- Dommage qu'aucun de nous n'ait pris Runes, regretta Daphné. On aurait pu vérifier à ce moment-là.
Les trois Serpentards demeurèrent silencieux pendant quelques secondes, puis l'italien changea de sujet avec un sourire machiavélique.
- Et maintenant, passons à la vraie question. Qui est la petite-amie mystère de Potter ?
- Ou le petit-ami, contra Théo depuis le canapé.
Ni Blaise ni Daphnée ne firent mine de relever le détail sémantique, et se contentèrent d'un bref haussement de sourcils pour indiquer que la possibilité avait été prise en compte d'entrée de jeu. En l'absence de confirmation de Potter, ils avaient tous deux l'intention de n'écarter aucune option.
- Autant procéder par élimination, fit la blonde en sortant de quoi écrire.
- C'était forcément quelqu'un en deuxième, troisième ou à la rigueur quatrième année, commença Blaise.
- Je suis d'accord, approuva-t-elle. Maintenant, qui est-ce qu'on a vu avoir une partie rose avec certitude au déjeuner ? On devrait pouvoir éliminer une bonne partie des candidats.
- Weasley, Londubat et Granger avaient toujours du rose, énuméra l'italien. Pour les autres, je sais que...
Ils continuèrent à lister leurs observations pendant une dizaine de minutes, jusqu'à noter dans une colonne presque tous les noms des trois années concernées.
- Et la fille Weasley ?
- Sourcils roses, intervint Théo.
Le Serpentard était toujours le nez dans son livre, plus pour la forme qu'autre chose. Théo était resté sur le même paragraphe depuis que ses amis avaient entamé la conversation, qui s'avérait nettement plus intéressante que l'intrigue policière qu'il était en train de lire. Daphné soupira, et inscrivit le nom et l'information correspondante.
- On n'arrivera à rien comme ça, il va falloir recouper avec d'autres méthodes.
- Le timing ? proposa Blaise. La potion s'est activée au premier cours, mais on sait par Draco que Potter avait de nouveau les yeux verts en sortant d'Etude des Runes, donc logiquement, il les avait aussi en entrant.
- Très juste, approuva la blonde. Donc il a trouvé et embrassé cette mystérieuse personne pendant l'intercours.
Renonçant définitivement à maintenir les apparences, Théo se redressa dans le canapé et posa son livre à côté de lui avec un marque-page. Après avoir posé son menton sur ses mains jointes, il poursuivit le raisonnement de ses amis.
- La personne devait avoir cours tout près de la salle de Babbling, suggéra-t-il. Voire même ne pas avoir cours avant pour avoir le temps d'apprendre que Potter avait les yeux roses et lui proposer un rendez-vous secret.
- Bien vu, appuya l'italien.
Daphné inscrit les nouveaux paramètres sur le parchemin, et s'interrompit brusquement.
- Attendez une minute... On n'avait pas cours ce matin.
- Non, confirma Blaise, mais Draco avait Etude de Runes en fin de mati- Oh, fit-il en réalisant où Daphnée voulait en venir.
- Est-ce que quelqu'un a vu Draco entre le moment où la potion s'est activée et le déjeuner ? demanda-t-elle.
- Pas que je sache, admit Théo. Mais Daphné, est-ce que tu es sérieusement en train de sous-entendre ce que je crois que tu sous-entends ?
La blonde se mordit les lèvres, mais posa sa plume et commença à compter sur ses doigts.
- Personne ne l'a vu après l'activation de la potion, son excuse pour ne pas avoir de rose visible est plus que bancale, il a eu le temps d'apprendre que Potter avait les yeux roses, Il a eu l'opportunité de le voir pendant son intercours tout en arrivant à l'heure en Runes, et n'oublions pas que Potter a refusé toute la journée de dire de qui il s'agissait et que personne ne s'est manifesté.
Blaise et Théo échangèrent une petite grimace entendue. C'était majoritairement des détails sans lien direct, mais c'était beaucoup de détails qui pointaient tous dans la même direction.
- Au moins, ça expliquerait pourquoi Draco a été d'aussi mauvaise humeur toute la journée, plaisanta l'italien.
- Mais ça voudrait dire que la potion des jumeaux estimait qu'ils avaient le potentiel d'être un couple, objecta Théo. Et soyons honnêtes deux minutes. Ces deux-là ne seront jamais ensemble. Ils s'entretueraient en moins de vingt-quatre heures.
- Je ne parierais pas là-dessus, sourit Blaise avec un sourire machiavélique.
- Je rejoins Théo, déclara Daphné en grimaçant. Ils se détruiraient mutuellement avant même de s'approcher. Et ni Potter ni Draco n'accepterait d'embrasser l'autre.
Blaise n'opposa pas d'arguments supplémentaires, mais conserva son sourire. Parfois, avoir une mère comme la sienne avait ses avantages. Lady Zabini avait éduqué son fils très tôt pour qu'il ait conscience de toutes les façons dont la séduction et la passion peuvent s'exprimer. Du point de vue de Blaise, il était déjà évident que Draco était en plein déni concernant le Golden Boy de Griffondor. L'italien était un peu moins certain des sentiments de Potter, mais il était persuadé que le brun finirait par tomber sous le charme du Prince de Glace de Serpentard. Pris d'une soudaine inspiration, il attrapa un parchemin vierge et de quoi écrire pour noter son hypothèse et la dater. Si jamais ses soupçons se confirmaient, il aurait de quoi bien s'amuser dans le futur.
-o-oOo-o-
L'épisode de la Saint-Valentin marqua la fin de la trêve qui avait tenu jusque-là entre les Serpentards et les Griffondors. Les moqueries et les insultes reprirent, mais Harry remarqua rapidement que seul Malfoy osait l'attaquer directement. Zabini tint sa promesse, et le reste des vert et argent parurent s'aligner sur son attitude. En revanche, ils s'amusaient beaucoup à provoquer Ron, et les trois autres Griffondors passaient presque plus de temps à retenir le sorcier roux qu'à répondre aux Serpentards.
Finalement, ce fut pendant les derniers jours de mars que la situation explosa.
La sentence de Buck devait être décidée le lundi soir et rendue publique durant la journée du mardi. Harry était particulièrement anxieux à l'idée que l'hypogriffe puisse subir une punition, et espérait de tout coeur que Tom était parvenu à convaincre Lucius Malfoy de renoncer à une mise à mort. Son mentor lui avait promis qu'il ferait en sorte de sauver la créature, et l'ancien mage noir ne lui avait jamais menti jusque-là.
En arrivant au cours de Soins, les quatre Griffondors réalisèrent qu'Hagrid était aussi nerveux qu'eux, voire davantage. La leçon en fut encore plus désorganisée que d'habitude, et le demi-géant jetait des coups d'oeil fréquents à l'hypogriffe qui dormait derrière sa cabane.
Durant les cinq dernières minutes, un hibou à l'air officiel se posa à côté du garde-chasse, qui s'excusa à peine avant de déchirer l'enveloppe pour lire la lettre. La tristesse déchira sa voix lorsqu'il répondit à la question muette de ses élèves.
- C'est la lettre du Ministère, fit Hagrid en tentant de contenir des larmes. Ils disent que Buck va être exécuté à la fin de l'année.
Un silence régna pendant quelques secondes après l'annonce. Harry était très pâle, et tous les autres Griffondors étaient muets. Finalement, une voix hautaine et satisfaite s'éleva depuis les rangs des Serpentards.
- Je demanderai à mon père de le faire empailler, je suis sûr qu'il sera à sa place dans la salle commune de Griffondor.
Harry se retourna en un éclair et marcha droit vers Malfoy, le regard noir de fureur et une aura menaçante formant une brise autour de lui. En le voyant arriver, tous les autres élèves eurent le réflexe de s'éloigner et de lui laisser un accès dégagé. Sans même prononcer un mot, Harry sortit sa baguette et la pointa sur la gorge de son rival, qui se figea de stupeur. À l'instant où le héros de Griffondor allait ouvrir la bouche pour lancer un sort, une main se posa sur son épaule, accompagnée d'une voix autoritaire.
- Harry, arrête ! Il n'en vaut pas la peine.
Quelques secondes passèrent dans un silence absolu, puis le Golden Boy ferma les yeux et baissa sa baguette. Il se tourna vers sa meilleure amie avec un regard dur, mais hocha la tête et la laissa approcher davantage. Elle-même semblait avoir du mal à contrôler sa colère face à l'attitude de Malfoy, mais avait apparemment réussi à conserver un semblant de sang-froid.
Un regard partagé avec sa meilleure amie confirma à Harry qu'Hermione se sentait bouillir de colère, et aurait volontiers laissé Harry lancer un sort à l'insupportable Serpentard. Seule sa connaissance des règles et sa certitude qu'une quelconque vengeance ne permettrait pas de sauver Buck lui permettait de rester lucide. Harry nota que la sorcière avait un regard aussi noir que le sien, la mâchoire serrée, et utilisa la sensation de sa main sur son épaule comme un ancrage auquel s'accrocher pour ne pas céder.
Cependant, lorsque Harry retrouva un début de self-contrôle et que l'air cessa de tourbillonner autour de lui, un mouvement au coin de son oeil lui fit remarquer le sourire goguenard de Malfoy et un début de ricanement. Avant même que Harry puisse se retourner, Hermione lâcha son épaule et franchit en deux pas la distance qui la séparait du Serpentard, une expression folle de rage sur le visage.
Avant que quiconque puisse agir, son bras droit décrivit un arc de cercle et Hermione envoya son poing droit sur la figure de Malfoy. La force de l'impact le fit presque tomber et il porta immédiatement ses mains à son nez avec un cri de douleur.
- Hermione !? s'exclama Harry d'une voix incrédule.
Sans se préoccuper le moins du monde de l'attroupement derrière elle, la sorcière aux cheveux bouclés fit demi-tour, et retourna vers ses amis le menton levé et l'air satisfait. Lorsqu'elle fut de nouveau au milieu des rouge et or, elle prit une grande inspiration et eut un sourire dur.
- Ça fait du bien, déclara-t-elle.
- À nous aussi, fit Ron. Beaucoup de bien, même.
Tous les Griffondors la regardèrent avec admiration, et même Hagrid avait l'air un peu choqué – mais pas mécontent – par la scène.
- Je pense que le cours est fini pour aujourd'hui, dit-il finalement avec un sourire triste. Oh et vous autres, emmenez le jeune Malfoy à l'infirmerie pour son nez !
Les deux maisons se scindèrent aussi vite que possible et les élèves se dirigèrent vers le château. Harry hésita à rester avec le garde-chasse pour l'épauler, mais comprit qu'il avait besoin d'un peu de temps seul pour se remettre de la nouvelle.
D'un commun et silencieux accord, Neville, Hermione et lui se dirigèrent vers la bibliothèque pour se plonger dans leurs devoirs et occuper leur esprit.
Une fois installés, le garçon à la cicatrice lança son sort habituel et laissa libre cours à ses émotions à travers son lien avec Artémis. La basilisk répondit aussitôt par une émotion curieuse et inquiète, et Harry fit de son mieux pour lui faire comprendre ce qui s'était passé. Au cas où, il essaya de se concentrer pour lui envoyer une image mentale de Buck. Ils n'étaient pas encore parvenus à exploiter cette partie de leur lien de familier, mais ça n'empêchait pas le brun d'essayer régulièrement.
À sa grande surprise, il sentit le fil invisible qui les reliait se renforcer brièvement. Moins d'une seconde plus tard, la surprise d'Artémis pulsait à travers le tatouage qui s'était lové sur son avant-bras gauche, et Harry comprit qu'elle avait reçu l'image. Un léger sourire s'installa sur ses lèvres en constatant que leur lien se renforçait.
Harry passa le reste de la séance à essayer de renouveler la chose, et à laisser Artémis tenter de faire de même de son côté. Ils réalisèrent rapidement que l'exercice leur demandait beaucoup d'énergie et de concentration, et que la méthode semblait mieux fonctionner si une forte émotion était liée à l'image.
Lorsque les trois Griffondors sortirent de la bibliothèque pour aller déposer leurs affaires avant d'aller manger, ils eurent la surprise de tomber sur Blaise Zabini adossé au mur en face de la porte.
- Potter, fit-il en se redressant.
- Zabini, intervint Hermione, après ce qui s'est passé, je crois que tu ferais mieux de ne rien dire et de partir.
La sorcière aux cheveux bouclés était devenue menaçante, et le Serpentard leva les mains devant lui en signe de paix.
- Vu ton crochet du droit, je n'aurais pas pris le risque sans une bonne raison, sourit-il. Je dois juste parler à Potter en privé pendant une minute ou deux, c'est tout.
Harry haussa un sourcil, mais accepta d'un signe de tête. Hermione pinça les lèvres en désapprobation et Neville fronça légèrement les sourcils, mais après quelques échanges de regard en silence, ils résolurent de lui faire confiance et s'éloignèrent.
- Je vous retrouve rapidement, promit Harry en se dirigeant vers la première salle de classe vide sur son chemin.
Une fois entré, il sortit sa baguette pour verrouiller la porte, et lancer son sort de silence. Le héros de Griffondor avait l'intuition que ce qui allait se dire ferait mieux de rester privé. Derrière lui, l'italien sourit avec une pointe d'ironie en reconnaissant les sorts prononcés.
- On t'a déjà dit que tu avais des tendances paranoïaques, Potter ?
- Non, répondit-il sur le même ton. La plupart des gens se concentrent plutôt sur mes tendances suicidaires.
Le sourire du Serpentard s'élargit un peu plus, puis il parut se rappeler de la raison de leur entrevue et retrouva son sérieux. Zabini sortit une enveloppe de son uniforme, et la tendit au Griffondor.
- Draco devait te la remettre après l'annonce de la sentence de l'hypogriffe, expliqua-t-il. Mais compte tenu des circonstances, j'ai un peu peur qu'il essaie de vous tuer, toi et Granger, si je le laisse s'approcher.
- Il a vraiment mal pris le coup de poing dans le nez, pas vrai ? fit Harry sans éprouver le moindre remord.
Le Griffondor saisit l'enveloppe et remarqua que seul son nom était inscrit dessus. Il regarda Zabini, attendant que celui-ci développe son explication ou réponde à sa question.
- Je n'ai pas pour habitude de parler de mes amis à leurs rivaux, déclara lentement le Serpentard, mais j'imagine que la réaction de Draco est assez facile à deviner. Pour répondre à ta question, il est absolument furieux. À la place de Granger, je serais prudent dans les prochains jours.
- Hermione n'est pas idiote, répliqua Harry. Elle se doute qu'il va tenter quelque chose.
L'italien haussa les épaules, l'air de dire qu'il ne s'agissait plus de son problème. Indiquant la lettre d'un mouvement de tête, il reprit la parole.
- La lettre est de Lucius Malfoy. Il m'a écrit après les vacances de Noël pour me dire qu'il aurait peut-être besoin de te faire passer des messages, et que j'étais prié de m'en charger au cas où Draco ne serait pas en mesure de le faire.
Surpris, Harry écarquilla légèrement les yeux et ouvrit la lettre pour lire le contenu du message.
Monsieur Potter,
Lorsque vous lirez cette lettre, la sentence officielle de l'hypogriffe aura déjà été prononcée. Il a été porté à mon attention que vous aviez une certaine affection pour la créature, et j'ai donc fait en sorte de parvenir à un compromis qui nous conviendrait à tous deux.
Mon fils ayant publiquement exigé la mise à mort de l'animal, je suis – pour une question d'honneur et de principe – dans l'obligation de faire en sorte que celle-ci s'ensuive. Néanmoins, cette exécution aura lieu à la fin de l'année scolaire et en privé. Seuls le bourreau, le professeur de Soins aux Créatures Magiques et moi-même seront présents.
J'ai l'intention de laisser la vie sauve à l'hypogriffe, sous la condition que les deux autres personnes présentes prêtent serment de garder son existence secrète. La créature pourra donc retourner vivre dans la Forêt Interdite ou ailleurs, tant qu'elle ne se fait pas remarquer à Poudlard.
J'espère que cette solution vous conviendra autant qu'à moi, et je compte sur votre discrétion.
Lucius Malfoy.
À la fin de la lettre, Harry avait une main devant la bouche et ses yeux étaient embués. Tom ne lui avait pas menti, et Lucius Malfoy était prêt à prendre le risque de laisser la vie sauve à Buck malgré l'annonce officielle. Et l'aristocrate avait bien compris ce qui comptait le plus pour le Griffondor. Peu importait la version du Ministère, Harry voulait juste que Buck reste en vie. Si le prix à payer pour l'obtenir était une mise à mort factice, Harry était plus que prêt à l'accepter.
Il finit par se rappeler qu'il n'était pas seul lorsqu'il remarqua l'air embarrassé du Serpentard en face de lui. Le Griffondor essuya rapidement les quelques larmes d'un revers de manche, et reporta son attention sur son interlocuteur.
- Est-ce que je dois transmettre une réponse ? demanda Zabini.
Harry hocha la tête, et prit une grande inspiration avant de parler pour s'assurer que sa voix ne tremblerait pas.
- Dis-lui que sa solution me convient parfaitement, et transmets-lui mes sincères remerciements, s'il te plait.
- Ce sera fait, répondit l'italien.
Quelques instants plus tard, le Griffondor avait caché la lettre dans son uniforme et enlevait les sorts de silence et de verrouillage pour qu'ils puissent ressortir. Avant d'ouvrir la porte, il adressa un regard confus au Serpentard.
- Entre nous, je m'attendais à ce que tu me demandes des explications.
- Entre nous, répliqua Zabini avec ironie, un Serpentard digne de ce nom est toujours discret lorsqu'il se retrouve mêlé à des affaires qui ne le regardent pas.
- Façon de dire que tu aimerais bien savoir, mais que tu ne veux pas prendre le risque d'énerver Lucius Malfoy ? traduisit Harry.
L'italien se mit à rire et les deux sortirent de la salle.
- Dire que je pensais que tous les Griffondors étaient des cas désespérés, fit-il après que son hilarité se soit calmée. On dirait qu'il y en a quelques-uns qui savent se servir de leur cerveau.
Le garçon à la cicatrice lui adressa un clin d'oeil complice assorti d'un sourire malicieux.
- Garde ça pour toi, je m'en voudrais de ternir notre réputation de... comment vous dites déjà ? Bourrins sans cervelles ?
- Une des expressions les plus populaires, mais pas ma préférée, sourit Zabini. Personnellement, j'ai un faible pour la confrérie burlesque de demeurés radoteurs.
Ce fut au tour d'Harry de rire franchement, jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'endroit où leurs chemins se séparaient. Ils étaient pile dans le moment de creux où les élèves allaient reposer leurs affaires, et n'étaient pas encore revenus dans la Grande Salle. Dans ce court intervalle, ils se firent face et échangèrent un sourire.
- Merci de m'avoir passé cette lettre, Zabini.
- À charge de revanche, Potter, répliqua l'italien avec un signe de main.
Et sur un hochement de tête poli, ils se dirigèrent vers leurs salles communes respectives pour retrouver leurs amis avant d'aller manger.
-o-oOo-o-
Harry expliqua à Neville et Hermione que le Serpentard voulait simplement le prévenir que Malfoy était furieux et allait chercher à se venger dans les jours à venir. Hermione perdit quelques couleurs, mais resta déterminée à ne pas regretter son geste. McGonagall avait empêché Rogue de lui infliger la moindre punition en martelant que la provocation du Serpentard était révoltante. Après une longue discussion, le professeur de Potions avait fini par céder face à une directrice adjointe inflexible. Hermione s'en était tirée avec un simple sermon sur la violence physique et la nécessité de ne pas y avoir recours à l'avenir.
De son côté, Blaise estima plus prudent de transmettre lui-même la réponse de Potter au père de Draco, puisque le blond ne décolérait pas. À tous les coups, la simple mention de son rival suffirait à le faire exploser. Il écrivit donc discrètement sa lettre à l'intention de Lucius Malfoy, et se rendit à la Volière avant la fin du couvre-feu. En dépit de ce qu'il avait affirmé au Golden Boy un peu plus tôt, il continua à réfléchir à ce qui pouvait bien justifier que Lucius Malfoy et Harry Potter entretiennent une forme de correspondance.
-o-oOo-o-
Le vendredi de la même semaine était le premier avril, une journée redoutée par toute l'école depuis l'arrivée de Fred et George Weasley. Pour l'occasion, Harry avait proposé un marché aux jumeaux. Il leur rendait la carte du Maraudeur pour deux jours, en échange d'une immunité pour les vingt-quatre heures du premier jour du mois. Ceux-ci avaient tenté de négocier pour trouver un moyen de lui faire une farce, mais le héros de Griffondor avait été intraitable et les jumeaux avaient fini par céder en riant. Fred admit un peu plus tard qu'ils étaient très fiers de l'esprit retors dont leur petit frère d'adoption avait fait preuve.
Harry était déjà un peu plus serein à l'idée qu'il n'aurait pas à redouter les blagues des redoutables jumeaux pour la journée. Il n'avait donc plus qu'à se méfier des Serpentards en général et de Malfoy en particulier. Son rival n'avait toujours pas pris sa revanche contre Hermione ou lui, et le Griffondor commençait à s'en inquiéter. Le fait qu'ils aient Potions ce jour-là n'était pas pour le rassurer.
Le temps qu'ils arrivent à la table du petit-déjeuner, une dizaine de personnes portaient déjà les marques très visibles de diverses blagues. Apparemment, Fred et George avaient réutilisé leur méthode colorée inventée pour la Saint-Valentin, et plusieurs élèves arboraient une apparence entièrement orange, rose, violette, rouge, verte, bleue ou jaune. La coloration variait de leurs vêtements à leurs chaussures, en passant par leurs cheveux et leur peau.
Un peu plus tard, Dumbledore fit l'erreur de manger du lemoncurd et se retrouva vêtu de robes arc-en-ciel, ce qui parut beaucoup l'amuser. Quelques autres personnes avaient dû en prendre également, puisqu'un ou deux élèves dans chaque maison se retrouvèrent à arborer une tenue arc-en-ciel. Ginny, qui était concernée, râla un peu en constatant que le mélange de couleurs jurait avec ses cheveux, mais Harry nota son sourire hilare moins d'une minute plus tard et en conclut qu'elle n'était pas plus énervée que ça.
- Harry, demanda Dean d'un air suspicieux, comment ça se fait que tu aies l'air aussi tranquille ?
- Disons que j'ai négocié avec Fred et George il y a quelques jours, admit le brun en souriant.
- Quoi ? s'indigna faussement Seamus. Mais c'est honteux ! Comment tu as fait pour les convaincre de te laisser tranquille ?
Le Golden Boy se contenta de sourire un peu plus largement, et se mit à rire quand chacun des jumeaux apparut d'un côté de l'irlandais en le faisant sursauter.
- La réponse est très simple, déclara Fred, il se trouve que notre petit frère d'adoption est remarquablement retors.
- Et il a trouvé le moyen de nous faire une proposition que nous ne pouvions pas refuser, compléta George.
- Et moi alors ? s'exclama Ron avec espoir. Vous allez me laisser tranquille aussi aujourd'hui ?
- Pour quel motif ? demanda George.
- Je suis votre frère !
- Ginny est notre soeur et ça n'a pas l'air de la déranger, signala Fred.
Tous les troisièmes années tournèrent la tête vers la benjamine de la fratrie, qui faisait de grands signes à une Serdaigle blonde, elle aussi porteuse d'un uniforme arc-en-ciel. La rouquine était en train de rire, et semblait somme toute plutôt amusée par la situation.
- Mais vous n'allez rien faire à Harry ! protesta Ron.
- Uniquement parce que j'ai négocié avec eux, intervint le concerné. Et crois-moi, ça n'a pas été facile.
- En effet, confirma Fred. Le preux Golden Boy est un négociateur de premier ordre.
À côté de lui, George hocha la tête d'un air approbateur, puis les deux Griffondors retournèrent à leur place pour finir leur petit-déjeuner. Ron fixa le garçon à la cicatrice avec un mélange de reproche et de jalousie pendant assez longtemps pour que celui-ci soupire.
- Qu'est-ce qu'il y a, Ron ?
- Tu as trouvé un moyen pour que mes frères te fichent la paix et tu ne m'en as pas parlé ? l'accusa le roux.
- Je n'en ai pas parlé à Hermione ou Neville non plus, fit le brun en haussant les épaules. Et ce n'est pas comme si ça avait été facile de les convaincre, ajouta-t-il en grimaçant.
En voyant l'air buté et vexé de Ron, Hermione se leva en déclarant qu'ils devaient se dépêcher s'ils voulaient être à l'heure pour le cours de Potions. Neville et Harry profitèrent de la suggestion pour se lever également et stopper la crise avant qu'elle ne commence.
En sortant de la Grande Salle, le héros de Griffondor jeta discrètement un oeil vers la table de Serpentard et intercepta le regard de son rival. Malfoy lui adressa un petit sourire arrogant, qui fit froncer les sourcils à Harry. Le Griffondor eut tout à tout un mauvais pressentiment.
En arrivant dans la salle de classe, il remarqua que Rogue avait l'air encore plus méfiant qu'à l'accoutumée. Après la cape rose de février, le professeur de Potions semblait anticiper une attaque du même genre de la part des jumeaux et était visiblement déterminé à ne pas la laisser arriver.
Les Griffondors s'installèrent de leur côté de la salle, et les Serpentards firent de même. Harry avait toujours l'intuition que son rival allait leur jouer un sale tour, et n'aimait pas la tension qui s'installait dans son ventre. Si au moins il avait la certitude d'être la seule cible de Malfoy, il pourrait anticiper et se tenir prêt à invoquer un bouclier. Mais il avait peur que son rival cherche à s'en prendre à Hermione en priorité, et Harry n'était pas encore capable d'invoquer des champs protecteurs magiques sur des zones aussi larges.
- Aujourd'hui, vous allez travailler par groupe de deux et préparer un philtre de Confusion, déclara Rogue. Les instructions sont à la page cinquante-sept de votre manuel.
Immédiatement, tous les élèves ouvrirent leurs livres pour commencer à lire la page consacrée à la potion et établir la liste des ingrédients à aller chercher. Tous les Griffondors allèrent les chercher ensemble, mais les Serpentards préférèrent n'envoyer qu'un élève sur deux pour réunir les éléments nécessaires.
En revenant à la table qu'il partageait avec Neville, Harry fronça les sourcils. Il avait la très nette impression que quelque chose avait changé, sans pouvoir dire quoi exactement. Méfiant, il fit signe à l'autre brun d'attendre un peu, le temps qu'il vérifie que tout allait bien. Alors qu'il observait le chaudron d'un air suspicieux, un mouvement le surprit et il remarqua deux petits bonbons sautiller sur la table.
Incrédule, il allait prévenir Neville lorsque les deux bonbons bondirent d'un coup beaucoup plus haut pour se diriger droit vers leurs bouches. Avant même qu'il ait le temps de comprendre ce qui se passait, il sentit la friandise se dissoudre dans un affreux goût de sucre et de médicament.
Harry était encore en train de grimacer quand il sentit son corps se modifier et entendit des exclamations de surprise autour de lui.
- MALFMPHFF ! fit Ron.
Harry se retourna juste à temps pour voir le roux essayer de hurler des injures à son rival, alors que sa bouche restait obstinément close. Lorsqu'il comprit ce qui se passait, le visage de Ron prit une teinte de rouge de plus en plus soutenue. La vision fit sourire le Golden Boy pendant une fraction de seconde, la blague n'était pas si mal trouvée.
Puis son regard tomba sur Hermione, et Harry sentit tout son amusement partir en fumée pour se transformer en colère. Les deux dents de devant de sa meilleure amie s'étaient allongées jusqu'à faire plusieurs dizaines de centimètres, et des larmes commençaient à couler sur ses joues. Peu d'élèves étaient au courant, mais Hermione complexait sur ses incisives, qui étaient un tout petit peu plus longues que la normale. L'attaquer sur ce point précis de son physique dénotait une volonté de la blesser profondément en l'humiliant le plus possible.
Mais avant qu'il puisse s'avancer pour la soutenir, Neville poussa un cri de surprise et lui tomba dessus. Le héros de Griffondor comprit rapidement que son ami avait les deux jambes collées l'une à l'autre et ne pouvait plus se tenir debout sans être déséquilibré. Harry l'aida à s'asseoir, et comprit au passage à quelle modification il avait lui-même eu droit.
Apparemment, Malfoy avait remarqué que ses cheveux étaient toujours un peu trop en bataille, et avait donc décidé de les lui faire pousser afin qu'ils lui arrivent à la taille. Et vu la façon dont ils ondulaient autour de lui, son rival avait probablement tenté de combiner cet effet avec une potion pour les hérisser, mais le mélange n'avait de toute évidence pas fonctionné comme prévu.
Harry inspira un grand coup, s'obligea à ne pas céder à la colère tant qu'il était sur le terrain de ses adversaires, et se tourna vers Rogue, qui était aussi impassible qu'à l'accoutumée.
- Professeur, fit-il le plus calmement possible, est-ce que nous pouvons aller à l'infirmerie ?
- Et pour quelle raison vous laisserais-je quitter mon cours, Potter ? répliqua l'enseignant.
Le Griffondor compta lentement jusqu'à dix dans sa tête et se concentra sur le calme qu'il sentait à travers le tatouage.
- Parce que nous venons d'être victimes de farces qui vont nous empêcher de réaliser convenablement la potion que vous nous avez demandé.
- Personnellement, je ne vois aucune différence, déclara Rogue en fixant Hermione.
Ce fut trop pour la jeune sorcière, qui sortit de la salle en enfouissant son visage dans ses mains, ses épaules secouées par de gros sanglots. Ron se précipita aussitôt derrière elle après être devenu très blanc, puis très rouge. Neville se redressa tant bien que mal, et Dean et Seamus vinrent le soutenir chacun d'un côté pour l'aider à se relever et l'accompagner à l'infirmerie.
Du côté des Serpentards, les élèves avaient observé la scène avec un amusement croissant jusqu'à ce que Granger s'enfuie de la salle en pleurant. Blaise s'était senti assez mal à l'aise, et un regard partagé avec Pansy lui confirma qu'il n'était pas le seul. À l'inverse, il remarqua que Draco semblait très content de lui, à l'exception d'une pointe d'agacement en constatant que le bonbon prévu pour Potter n'avait pas eu l'effet escompté. Associer deux potions était un procédé assez délicat qui ne donnait malheureusement pas toujours le résultat prévu, après tout.
Pour sa part, Draco s'estimait satisfait. Chacun des sous-fifres de son rival était humilié sur un point physique sensible. Londubat était toujours mal à l'aise concernant son nom de famille, Weasley n'arrivait jamais à fermer sa bouche, et Granger avait honte de ses dents de castor. Le seul petit bémol était l'effet sur Potter. Ses cheveux en bataille étaient bel et bien plus longs, mais au lieu de se hérisser, les longues mèches ébènes bougeaient doucement autour de lui en accompagnant ses mouvements.
Même si le Griffondor était plutôt immobile pour l'instant, occupé à fixer son parrain, qui lui rendait son regard sans ciller. Finalement, lorsque Potter se décida enfin à reprendre la parole, ce fut avec une voix glaciale et parfaitement assurée.
- Puisque nous n'allons pas tomber d'accord, professeur, je vous propose d'en rester à nos attitudes habituelles. Donc mettez-nous une retenue pour être allés à l'infirmerie après que votre chouchou ait fait de son mieux pour nous humilier, enlevez-moi des points pour manque de respect envers un enseignant, et attendez que je sois sorti pour féliciter Malfoy d'avoir si bien réussi ses potions.
Tous les élèves présents sentirent la température chuter drastiquement dans la pièce, et Draco ne fit pas exception. Aucun élève n'osait parler comme ça au directeur de Serpentard. Aucun. Et Potter le faisait le plus naturellement du monde, sans ciller, sans hésiter, sans bafouiller ou reculer. Sans compter que le Griffondor était ouvertement en train d'accuser le professeur de Potions de faire du favoritisme éhonté et de se montrer partial envers ses élèves.
Draco se mordit les lèvres en constatant que son rival venait de piéger son parrain en une tirade. Ce dernier ne réagit d'ailleurs pas immédiatement, jusqu'à ce qu'un coin de ses lèvres s'étire d'un millimètre. Son regard changea également pour contenir ce que Draco aurait d'habitude associé à de l'amusement, mais devait forcément être autre chose.
- Dans la mesure où vos camarades n'ont pas eu la décence d'attendre mon autorisation, je retirerai effectivement des points à Griffondor, Potter. Par ailleurs, j'attends une note justificative de l'infirmière pour vos absences à tous. Et ne laissez pas vos affaires trainer dans ma classe.
Sans un mot, la mascotte de Griffondor hocha la tête et se retourna pour récupérer son sac et ceux de ses amis. Lorsque ce fut fait, au lieu de marcher directement vers la porte, il s'arrêta dans l'allée pour regarder Draco droit dans les yeux.
- Tu aurais dû te contenter de t'en prendre à moi, Malfoy.
La phrase n'était pas prononcée sur un ton particulièrement menaçant ou agressif, et le blond parvint à rester parfaitement inexpressif. Les deux rivaux se toisèrent pendant un instant, puis Potter détourna le regard pour se diriger vers la porte à grands pas.
