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Chapitre 35
L'après-midi était passé à une vitesse folle. Bilbo avait eu du mal à croire que la neige pouvait être propice à des jeux. Lui qui n'avait subi que sa froideur et son humidité avait découvert qu'en fait, quand on était avec les bonnes personnes, ça pouvait être très drôle !
Flash-back...
Après avoir écouté l'explication de Kíli concernant la luge, Bilbo avait grimacé et commençait sérieusement à regretter d'avoir accepté, mais le prince avait tellement insisté qu'il avait fini par céder. Sauf que la vue des pieds protégés uniquement par une semelle de cuir cousue sur de la laine avait donné des frissons au nain...
Du coup, ils étaient descendus ensemble à la boutique du cordonnier et l'homme avait très vite commencé la fabrication d'une paire de bottes adaptées à ses pieds.
Et en attendant que le travail soit fini, ils se baladaient dans les différentes allées jusqu'à ce que Bilbo s'arrête devant une vitrine où était exposé un bonnet bordé de fourrure.
-C'est joli... Marmonna-t-il.
-Il te plait ?
-Beaucoup...
-Alors on va te le prendre !
-Mais non ! Je n'en ai pas besoin !
-Tu risques d'avoir froid dehors et je n'ai pas du tout envie de subir la colère d'oncle Thorín si jamais il t'arrive quelque chose. Allez viens, on va l'acheter.
Et le nain n'attendit pas l'accord de son petit oncle pour l'entrainer à l'intérieur de la boutique. Dix minutes plus tard, ils en ressortaient avec le fameux bonnet ainsi qu'une écharpe et repartirent se promener.
-Mais j'y pense, tu vas avoir besoin de chaussettes ! S'exclama le prince alors qu'ils marchaient tranquillement.
-J'en ai déjà, au cas où vous ne l'auriez pas vu ! Rétorqua Bilbo d'un air ironique.
-Elles ont trop épaisses, tu vas avoir mal aux pieds avec ça dans tes bottes, il en faut des plus fines...
-Vous êtes sûr ?
-Je suis pratiquement né avec des bottes, alors crois-moi, j'en suis sûr ! Affirma Kíli.
Bilbo grimaça. Lui aussi avait porté des bottes, mais il n'avait jamais eu droit aux chaussettes. Il le suivit alors à l'intérieur d'une boutique dans laquelle plusieurs rouleaux de tissus de différentes couleurs et matières étaient posés sur une grande table. Ils n'eurent pas à attendre longtemps avant qu'un rideau soit poussé et qu'un nain, portant une petite paire de lunettes et un ruban autour de son cou ne fasse son apparition.
-Que puis-je pour vous ? Oh... votre altesse, soyez le bienvenu dans mon établissement ! S'exclama-t-il en s'inclinant devant Kíli.
Puis il aperçut enfin Bilbo qui était caché par la silhouette plus large du prince.
-Je suis ravi de vous revoir, votre altesse. Et je vois avec plaisir que les vêtements que je vous ai confectionnés vous vont à merveille, mais je bavarde, je bavarde... que désirez-vous ?
-Il a besoin de deux paires de chaussettes assez fines mais hautes. Répondit Kíli.
-Bien sûr... je vous les ferais livrer demain matin, ça vous ira ?
-Non, il nous les faut maintenant, nous sortons et il en aura besoin pour mettre ses bottes.
-Si ça pose un problème, je peux m'en passer... Murmura Bilbo, très gêné.
-Non, on va faire de la luge et peut-être du patin alors tu as besoin de chaussettes pour mettre tes bottes ! Insista Kíli en le regardant. Si vous ne pouvez pas exécuter cette commande, je peux toujours aller voir ailleurs... Reprit-il à l'attention du tailleur.
Le nain, qui avait froncé les sourcils en entendant que le hobbit allait mettre des bottes, se redressa et machinalement, repositionna ses lunettes sur son gros nez.
-Je suis tout à fait capable de vous satisfaire, votre altesse. Il faudrait juste que vous me disiez quelle couleur et quelle matière vous préférez. Continua-t-il en regardant Bilbo.
Le hobbit se mordit la lèvre et regarda Kíli d'un air suppliant. Il n'y connaissait rien en chaussettes !
-Des couleurs vives, ça te plairait ? Et chaude aussi, en laine fine mais chaude, d'accord ?
Bilbo hocha la tête, un peu dépassé par tout ça. Kíli prit donc les choses en main et le tailleur s'empressa de chercher ce qui pourrait faire plaisir à ses clients royaux.
-Les nains ne portent pas vraiment de couleurs vives, mais en attendant de vous en faire, je peux vous proposer celle-là. Voulez-vous les essayer ?
Bilbo n'aimait toujours pas l'aspect de ses pieds martyrisés, mais le tailleur les avait déjà vu alors il n'hésita pas. S'il devait remettre des bottes pour se protéger du froid de la neige, il devait en passer par là, alors il s'installa sur un tabouret, retira les chaussettes faites par Ori et tendit la main pour prendre celles que tenait le tailleur.
-Je ne sais pas d'où viennent celles que vous portez, mais la qualité laisse à désirer... Déclara le nain en reniflant dédaigneusement.
-C'est un ami qui les a tricotés exprès pour moi et elles sont parfaites ! Grinça Bilbo.
Kíli croisa les bras et lâcha un petit ricanement en voyant l'autre nain devenir rouge. Le tailleur avait oublié que le jour où il était allé prendre les mesures du compagnon du roi, le scribe royal était entré dans les appartements avec une paire de chaussettes pour le hobbit et il venait juste de critiquer son travail.
Chose que le hobbit n'avait pas vraiment apprécié s'il en jugeait par sa réaction plutôt vive.
-Je m'excuse votre altesse, je n'avais pas l'intention de dénigrer votre ami...
Après quelques secondes plutôt embarrassantes, il s'accroupit aux pieds de Bilbo.
-Puis-je regarder si elles vous conviennent ?
-Je pense que je peux le savoir tout seul, même si je n'en ai jamais eu comme celle-là...
-Bien sûr votre altesse...
-Tu te sens bien dedans mon oncle ?
A cette appellation, le tailleur releva vivement la tête et regarda le prince. Son souverain lui avait dit que le hobbit était son compagnon d'âme, mais s'il lui avait donné le titre d'altesse, entendre le jeune prince l'appeler "mon oncle" était tout à fait étrange, même si c'était logique finalement.
-Oui, elles me vont.
-Parfait, on les prend ! Combien je vous dois ?
-Permettez-moi de vous les offrir, votre altesse. Les couleurs ne sont pas celles que vous auriez voulu alors je vous les offre.
-Mais non ! S'indigna Bilbo, tout travail doit être payé !
-Alors considérez-les comme un cadeau de bienvenu dans ma boutique. Insista le tailleur.
-Nous vous remercions... Déclara alors Kíli en inclinant légèrement la tête. Et faites livrer l'autre paire dans les appartements de mon oncle.
-Bien sûr votre altesse, je le ferais en personne.
En attendant d'avoir les bottes, Bilbo les retira et remit celles d'Ori, sous le regard pincé du tailleur. Kíli attendit sagement, puis il prit le bras de Bilbo avant de sortir de la boutique.
-Nous devrions aller voir si tes bottes sont finies !
-Faudra le payer, lui. Si tout le monde me fait des cadeaux parce que vous êtes le prince et que je suis le compagnon de Thorín, ils vont finir par faire faillite... Gronda Bilbo.
-Ne t'inquiète pas pour eux. Les nains sont durs en affaires et je n'en connais pas un seul qui ne sait pas marchander. Crois-moi, ce n'est pas une paire de chaussettes ou de bottes qui les fera mettre la clef sous la porte...
Légèrement rassuré, Bilbo marcha tranquillement jusque chez le cordonnier. Ils durent patienter un peu, mais le hobbit était stupéfait de la rapidité avec laquelle le nain avait coupé puis cousu le cuir. Le bout des bottes était recouvert de métal, à la mode naine et il y avait de la fourrure à l'intérieur.
Bilbo grimaça en la voyant, mais le cordonnier expliqua qu'il avait pensé que comme ça, les bottes s'adapteraient à ses pieds, et pas l'inverse. Sceptique, Bilbo mit d'abord ses nouvelles chaussettes et c'est avec une certaine réticence qu'il les enfila, s'attendant à souffrir, mais il constata avec stupeur qu'il n'en était rien.
Ses larges pieds de hobbit étaient parfaitement à l'aise et ses orteils n'étaient pas du tout compressés.
-Elles sont absolument parfaites ! S'exclama-t-il en se levant du tabouret.
Il fit quelques pas et regarda le cordonnier en souriant.
-C'est tout doux et moelleux, comme si je marchais sur de la mousse ! Rajouta-t-il étonné. Je me sens très bien dedans, merci !
Puis il regarda Kíli avec insistance et celui-ci sortit une petite bourse de la poche de son manteau.
-Oh non non ! S'exclama le cordonnier en levant ses mains. Je vous en prie, c'est un cadeau ! C'est la première fois que je fais des bottes pour un hobbit !
-Et ça y est, ça recommence... Marmonna Bilbo.
Le prince se mit à rire, décontenançant le cordonnier qui se demandait ce qu'il avait dit ou fait de si drôle.
-Vous allez accepter ces pièces, sinon, je crains fort que vous deviez rendre des comptes au roi si Bilbo se plaint auprès de lui !
Thorín Oakenshield avait beau être un souverain juste et apprécié, il n'en était pas moins connu pour ses sautes d'humeur et son effroyable caractère. Et le nain se demanda qui était le petit homme pour que le prince soit avec lui et surtout, qu'il puisse se plaindre auprès du roi !
D'où venait-il ? Qui était-il ? Et qu'est-ce qu'un hobbit faisait si loin de chez lui ?
Après avoir remercié le marchand pour son admirable travail, Bilbo et Kíli sortirent puis s'approchèrent de la grande porte. Ils saluèrent les sentinelles, puis le prince marcha tranquillement pendant quelques mètres avant que la couche de poudre blanche ne l'attire irrésistiblement. Il se baissa et fit une boule de neige qu'il lança sur Bilbo.
-Hey ! Mais ça va pas ?
-Oh allez ! Ça fait pas mal !
Le nain en confectionna une autre et Bilbo renifla avant de se décider à en faire autant. Il ne serait pas le seul à avoir des flocons de neige froid dans le cou !
Si le hobbit eut du mal à se laisser aller, il finit par y prendre goût et c'est en riant qu'il courut après Kíli, armé d'une énorme boule de neige. Le nain rigolait si fort qu'il trébucha et Bilbo en profita pour la lui enfoncer juste entre son manteau et son cou. Le couinement du prince le fit éclater de rire et même si la neige qui commençait à fondre lui donnait de terrible frissons, Kíli était ravi de le voir s'amuser.
Et c'est ainsi que Thorín les découvrit peu de temps après, en train de jouer ensemble et rire...
Fin du flash-back...
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Fíli était assis devant la cheminée et jouait du violon, accompagné par les voix de Sigrid et de Dís qui chantaient un air doux. Nori fumait et les écoutait les yeux fermés, appréciant la tranquillité de la soirée. La vie à la Montagne Solitaire était plus trépidante, les nains qui y vivaient avaient le sang chaud et il avait du boulot.
Remettre la tête à l'endroit des nains belliqueux était quelque chose de plus complexe qu'il n'y paraissait, mais il s'en sortait bien. Le roi Thorín lui avait offert la chance extraordinaire de faire table rase de ses années de vie dissolue et il tenait à le remercier en faisant correctement son travail, même si les gardes de Dwalín n'étaient pas là juste pour faire beau.
Legolas était parti chasser, à la fois pour se défouler un peu et pour laisser les nains entre eux. La famille royale n'était pas désagréable à vivre, ils lui parlaient tous plutôt facilement et comme Nori passait beaucoup de temps avec sa propre famille, sortir et chasser lui faisait passer le temps.
De plus, il avait moins l'impression de profiter de l'hospitalité des nains en leur apportant du gibier pratiquement chaque soir. La chanson finie, Fíli reposa son violon avant d'allumer sa pipe.
-Tu es restée longtemps dehors aujourd'hui, je peux savoir ce que tu as fait avec l'elfe ?
Nori ouvrit les yeux et regarda la princesse Dís qui s'adressait à belle-fille.
-Nous avons discuté pendant que je semais...
-Legolas t'a aidé à jardiner ? S'étonna Fíli.
Sigrid éclata de rire en repensant à la tête de l'elfe alors qu'elle le grondait pour avoir arraché ses plants.
-Non, finit-elle par réussir à dire, il n'est vraiment pas doué pour ça, même si son peuple est très proche de la nature...
-Je ne suis pas sûre que ce que tu as fait cet après-midi serve à quelque chose. Nous ne sommes pas très friands de ce qui pousse dans la terre... Grimaça Dís.
-Mais moi oui. Et j'ai envie de manger des petits pois, je rêve de croquer dans une carotte et de manger de la soupe de poireaux ! S'enflamma Sigrid.
Emportée par sa passion pour la nourriture, elle n'avait pas remarqué que les trois nains qui l'entouraient faisaient une moue un peu dégoûtée à l'idée de manger les aliments dont elle parlait.
Puis Dís se mit à rire et donna quelques tapes sur l'épaule de son fils.
-Mon chéri, je crois que tu vas devoir faire avec les envies de ta femme !
-Si tu savais... ça ne date pas d'aujourd'hui... Grogna celui-ci.
Sigrid fit semblant de le gronder en vantant tous les bienfaits des légumes sur le corps humain, mais Fíli, pas convaincu le moins du monde continua de grogner tout en se redressant et en croisant les bras.
-Par Mahal... il a hérité des mimiques des Durïn ! Ma pauvre Sigrid, je te plains sincèrement ! S'esclaffa Dís.
Le reste de la soirée se passa entre chamaillerie et discussions sérieuses sur leur retour à la Montagne Solitaire. Et Dís renifla d'un air mauvais quand elle se rappela qu'ils devraient voyager avec un homme qui avait été plus que violent envers un membre du peuple des hobbits.
Elle espérait seulement que son frère ne laisserait pas son chauvinisme influencer son jugement lors de son procès.
Mais elle serait présente et au cas où, elle comptait bien lui faire entendre la voix de la raison. Quitte à lui faire rentrer dans le crâne à coup de hache...
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Il avait fait de la luge, il avait fait une mémorable bataille de boule de neige (qu'il avait perdue), il avait fait un nain de neige et il s'était amusé à glisser sur la rivière gelée en bas de Ravenhill.
Maintenant, il avait mal à sa jambe, il avait les mains gelées, son nez coulait et était rouge, mais c'était la plus belle journée qu'il n'avait jamais passée !
Allongé sur le dos, les bras écartés et le souffle court, il regardait le ciel.
-C'était absolument GE-NIAL ! S'écria-t-il.
Kíli se mit à sourire en l'entendant, puis il tourna la tête vers Bilbo, qui faisait une drôle de grimace alors qu'il essayait sans doute de se réchauffer le nez en soufflant de l'air chaud dessus.
-Tu as froid ? S'inquiéta-t-il en le voyant faire.
-Oui, au nez et aux mains... mais ça va !
-On devrait peut-être rentrer...
Bilbo ronchonna en entendant le prince.
-Mais je suis bien là !
-Pour quelqu'un qui ne voulait pas sortir... Se moqua gentiment Kíli.
-Ouais mais j'avais jamais joué dans la neige comme ça !
-On devrait rentrer quand même, le soleil ne va pas tarder à se coucher et tu dois avoir faim, non ?
Bilbo posa une main sur son estomac juste au moment où il gargouilla.
-Les nains sont juste en train de m'engraisser... Marmonna-t-il. Pourquoi est-ce que j'ai toujours faim depuis que je suis ici ? Avant, ça ne me faisait jamais ça !
Kíli ne répondit pas, se doutant que c'était parce que les hommes qui l'avaient enlevé ne voulait pas se ruiner à nourrir quelqu'un qui leur ramenait plus d'argent en faisant pitié et en restant maigre...
La neige lui refroidissait le dos et il n'avait pas envie de tomber malade, même si les nains avaient une robuste constitution, alors il se leva.
-Allez, debout ! On va aller aux cuisines boire quelque chose de chaud. Lui dit-il en lui tendant la main.
Bilbo la saisit et se redressa un peu difficilement. Il avait peut-être fait un peu trop d'effort et sa jambe lui faisait très mal, mais il n'avait pas du tout envie qu'on lui interdise de recommencer, alors il le cacha en souriant. Mais Kíli n'était pas dupe et s'en rendit compte très vite, surtout quand il le vit boiter alors qu'ils marchaient vers les grandes portes de la montagne.
Il avait bien pensé à lui proposer de le porter, mais il n'était pas sûr que son aide soit la bienvenue...
C'est quand il le vit glisser sur la neige qu'il pensa à un stratagème qui devrait marcher et sans le prévenir, il l'attrapa sous les bras et le passa sur son dos.
Bilbo ne s'y attendait pas du tout et poussa un cri alors qu'il se sentait soulevé de terre. Par réflexe, il entoura le cou du nain avec ses bras et faillit s'étouffer avec ses cheveux.
-Mais qu'est-ce que vous faites ? Couina-t-il.
-Accroche-toi à moi ! Lui répondit Kíli.
Dès qu'il sentit les jambes le serrer à la taille, il posa ses mains sous les cuisses du hobbit et se mit à sautiller en claquant la langue et en essayant, sans trop y parvenir, d'imiter le bruit du hennissement d'un cheval. Les petites mains qui lui serrait le cou étaient gelées et lui donnèrent de sacrés frissons, mais il pouvait le supporter.
En tout cas, c'était moins grave que de risquer la colère de son autre oncle s'il voyait son One boiter...
Un peu décontenancé par le comportement plutôt étrange de son compagnon de jeu, Bilbo se mit à rire quand il le vit se baisser un peu, faire des petits bonds puis redresser la tête en la secouant. Finalement, reposer sa jambe blessée le soulagea et c'est en poussant des cris de joie sous les pitreries du prince, qu'ils passèrent devant les gardes qui avaient du mal à garder leur sérieux...
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Thorín aurait pu rester des heures, debout sur les remparts, à regarder son neveu et son compagnon jouer dans la neige. Mais même si son cœur chantait en voyant le hobbit s'amuser comme un fou, il avait des devoirs qui l'attendaient alors il s'éloigna.
La nuit n'allait pas tarder à tomber et il se demandait s'il ne devrait pas envoyer un garde pour les faire rentrer, mais il changea vite d'avis. Même si Kíli était un prince et qu'il ne devrait pas se comporter de cette façon aussi peu royale que possible, il avait réussi à faire en sorte que Bilbo oublie ses soucis et ça, c'était le plus important.
Le hobbit avait beau être son compagnon, il pouvait se permettre de profiter un peu de la vie et d'être insouciant encore quelques temps. Parce qu'une fois que Thorín le déclarerait comme son conjoint à tous ses sujets, il ne pourrait plus se laisser aller comme ça.
Et cette constatation lui fendit le cœur...
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Leur retour dans la montagne ne passa pas inaperçue. Bilbo était toujours sur le dos de Kíli qui s'était tout de même calmé et qui maintenant, marchait tranquillement.
-Je pense que je peux descendre...
-Non, tu as mal à ta jambe et je ne veux pas que tu risques de finir enfermé à cause de ça.
-Mais non ! S'exclama Bilbo.
-Ne me raconte pas d'histoires, j'ai bien vu que tu boitais. Et si j'avais eu plus de jugeote, on serait rentré plus tôt... Marmonna Kíli, en colère contre lui-même.
Le prince s'en voulait énormément. Il avait passé un après-midi fantastique, mais s'il n'avait pas pensé qu'à lui et son envie de sortir plutôt que travailler, son petit oncle ne serait pas dans cet état. Depuis que Fíli était marié, ils ne s'amusaient plus ensemble.
C'était normal, il comprenait et n'en voulait pas à son frère. Mais leurs jeux lui manquaient, même s'il devait grandir lui aussi. Il allait bientôt se marier...
-Voilà, on y est !
Kíli aida Bilbo à descendre doucement et ensemble, ils poussèrent les portes des cuisines. Comme ils s'y attendaient, Bombur était devant ses fourneaux et une délicieuse odeur de ragout leur envahit les narines.
-Oh que ça sent bon... Gémit Bilbo en fermant les yeux.
-Un chocolat chaud ou du thé serait plus indiqué, tu ne trouves pas ? Lui dit Kíli.
-L'un n'empêche pas l'autre ! S'exclama le gros nain en se retournant. J'vous sers un bol ?
Bilbo se mordilla la lèvre, se demandant ce qu'il préférait. Il ne voulait pas abuser de la gentillesse du cuisinier et s'il mangeait maintenant, il n'aurait sans doute plus faim pour le repas du soir.
-Non merci, je vais plutôt prendre un thé...
-Alors il sera bien accompagné avec ça !
Bombur posa sur la table un petit panier dans lequel étaient soigneusement rangés des petites brioches apparemment encore chaudes et Bilbo inspira profondément la merveilleuse odeur qui s'en dégageait.
-Je sais qu'vous les aimez alors j'en ai toujours d'avance ! S'exclama le cuisinier en croisant ses mains sur son estomac proéminent.
Bilbo grimpa assez difficilement sur le large banc devant la table et Kíli grinça des dents alors que ses mains le démangeaient de l'aider. Mais il se retint de le faire, le hobbit n'avait pas vraiment besoin qu'on soit constamment derrière lui à le surveiller.
Une grande tasse de thé parfumé fut posée devant Bilbo, qui huma l'odeur en fermant les yeux.
-Qu'est-ce que ça sent bon... avec quoi c'est fait ?
-Ça fait partie des secrets que Dori ne voudra jamais avouer... Soupira Bombur en posant une tasse devant Kíli également.
Ils mangèrent et burent sous l'œil acéré du cuisinier qui veilla à ce que le petit panier de viennoiseries ne soit jamais vide. Puis Kíli fronça les sourcils en remarquant que Bilbo avait les joues un peu rouges.
-Tu vas bien ?
-On n'peut mieux ! Lui assura le hobbit.
En fait, il se sentait un peu chaud, mais il avait mis ça sur le compte d'être passé plutôt rapidement du froid du dehors à la chaleur des cuisines.
Mais un éternuement suivit d'un reniflement contredit ses paroles.
-Et zut... j'vais m'faire étriper... Marmonna Kíli en baissant la tête.
Puis il se leva, fit le tour de la table et s'approcha de Bilbo avant de lui tendre la main.
-Allez vient, on va voir Oín.
-Quoi ? Mais pourquoi ?
-Tu as dû attraper froid...
-Mais je me sens bien ! Affirma Bilbo juste avant d'éternuer à nouveau.
-Bah voyons... Ricana Kíli, c'est clair ! Allez, viens avec moi. De toute façon, il faut qu'il regarde aussi ta jambe. Et ne me dis pas que tu n'as pas mal ! S'exclama Kíli alors qu'il voyait son petit oncle commencer à ouvrir la bouche pour nier.
Bilbo ronchonna et se mit soudainement à renifler. Bon d'accord, il avait peut-être un peu mal. Mais ce n'était pas une raison pour aller voir le docteur !
-Je ne vais pas aller le voir à chaque fois que j'ai un truc qui cloche ! Je suis sûr que même vous, vous ne le faites pas ! Râla-t-il quand même.
-Thorín te dirait que je ne suis pas une référence... même si lui ne l'est pas non plus. Mais ce n'est pas une raison !
Le prince nain ne savait plus quoi dire pour l'inciter à le suivre. Mais il était plein de ressource et jouer la corde sensible, il savait faire.
-Bon bah je vais aller me préparer alors...
-Pour faire quoi ? Lui demanda Bilbo.
-Je ne sais pas ce que va me réserver Thorín quand il va apprendre ça, alors il vaut mieux que je me
prépare...
-Que... quoi ? Mais qu'est-ce que Thorín a à voir là-dedans ?
-J'étais avec toi cet après-midi et j'aurais dû faire plus attention.
-Et ?
-J'aurais pas dû te laisser dehors aussi longtemps. Tu as attrapé froid et ta jambe est douloureuse...
-Mais ce n'est pas de votre faute et je suis assez grand pour décider de ce que je veux faire ! Et puis c'est moi qui suis allé vous déranger, pas le contraire !
-Je crains fort que ça ne change rien...
Bilbo passa ses jambes par-dessus le banc et se laissa glisser doucement par terre, avant de s'approcher de la porte.
-Tu vas où ?
-Voir Thorín. Il n'est pas question que quelqu'un prenne à ma place !
Kíli se mit à sourire en imaginant la tête que son oncle ferait devant une si petite créature qui se permettrait de lui remonter les bretelles. Mais en attendant, il devait aller voir Oín.
-Pas avant d'être allé à l'infirmerie, ta santé est plus importante !
Bilbo ronchonna et grimaça mais le prince ne lâcha pas si facilement l'affaire et il dut finalement renoncer.
-D'accord... Soupira-t-il dramatiquement. Mais si jamais Thorín vous dit quelque chose...
-Ne t'inquiète pas pour ça... je connais mon oncle et je sais comment le prendre. Affirma Kíli qui se rendit compte aussitôt qu'il venait juste de se contredire. On y va ? Continua-t-il en espérant que Bilbo n'ait rien remarqué.
Après un autre soupir, le hobbit suivit le prince, non sans avoir salué le cuisinier qui resta bouche bée en l'entendant.
-Merci maitre Bombur. Votre cuisine est vraiment la meilleure !
Il s'inclina avant de sortir et Kíli fit un clin d'œil à son ami avant de refermer la porte derrière lui.
-Euh...
Encore une fois, le fameux cuisinier ne sut pas quoi dire. Ce hobbit était décidément quelqu'un de vraiment étrange...
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En attendant l'heure du diner, Thorín était allé rendre visite à Dwalín qu'il trouva dans l'armurerie. Il lui avait dit de le rejoindre sur les remparts, mais finalement, il avait changé d'avis. Plus tôt ils parleraient, plus vite il pourrait rejoindre son compagnon.
-Tiens donc... qu'est-ce que l'grand roi fait ici ?
-On doit discuter, tu te rappelles ?
-Aye... même si j'sais pas c'que t'as à m'dire... Ronchonna le guerrier.
-Ori...
Dwalín se détourna et fit quelques pas vers les racks où il prit une épée, qu'il fit tournoyer quelques instants.
-Tu sais que je ne vais pas te lâcher avec ça alors tu ferais mieux de t'y faire.
-Y'a rien à dire.
-Oh si ! Et tu vas m'écouter.
-J'ai l'choix ? Ricana Dwalín.
-Non. Assieds-toi...
Thorín attendit que son ami ait reposé l'arme et prenne place sur un des bancs qui longeaient le mur avant de se mettre devant lui en croisant les bras.
-Il se passe quelque chose entre vous ? Attaqua-t-il.
-Quoi ? Non ! S'exclama Dwalín en se levant brusquement.
-Pourquoi ?
Interloqué par une question à laquelle il ne s'attendait pas, le capitaine resta muet.
-Pourquoi ne te déclares-tu pas ?
-Bah... euh...
-Tu as quand même remarqué qu'il était très impressionné par toi et qu'il rougit dès qu'il te voit ?
Sans répondre, Dwalín reprit place sur le banc et posa ses coudes sur ses cuisses.
-Tu n'es pas intéressé ?
-Il est pas pour moi... Réussit-il à répondre enfin en regardant le sol.
-Et pourquoi ça ? S'étonna Thorín en s'asseyant à ses côtés.
-Il est trop bien pour moi...
-Ridicule !
-Non... je sais c'que j'vaux et je sais qu'il sera jamais à moi... Soupira Dwalín, désabusé.
-Si tu ne lui demande pas...
-Et Nori et Dori me laiss'ront jamais lui parler seul à seul... Coupa-t-il.
-Ils sont cousins, pas frères. Ori a le droit de décider ce qu'il veut et je pense qu'il est capable de leur dire.
-Il est trop jeune, j'vais passer pour quoi ? Un pervers ? Il vaut mieux que j'laisse tomber...
-En année hobbit, Bilbo a le même âge et je suis pourtant avec lui. Tu trouves que j'ai l'air d'un pervers ?
La voix clairement indignée de son roi lui fit relever la tête.
-Non, bien sûr que non ! Mais c'est pas pareil...
-Et en quoi n'est-ce pas la même chose, je te prie ?
-C'est un hobbit...
-Donc, ce n'est pas une question d'âge !
N'ayant plus vraiment d'arguments à opposer, Dwalín grogna et se renfrogna.
-Je sais que j'ai raison. J'ai toujours raison d'ailleurs... Se vanta Thorín. Si je comprends bien, il va y avoir plusieurs unions l'année prochaine...
-Non ! S'exclama Dwalín en se levant et en faisant face au roi.
-Tu n'as pas envie de vieillir à ses côtés ?
-Vieillir ? Mais j'suis d'jà vieux ! Et j'ai pas envie qu'il finisse seul quand j's'rais plus là. Il f'rait mieux d'choisir quelqu'un d'son âge...
-Crois-tu que je ne me sois pas dit la même chose ? Bilbo n'est pas un nain et il n'a pas la même espérance de vie que moi. La question que tu dois te poser est celle-là : préfères-tu vivre une vie solitaire pour épargner la souffrance à celui que tu aimes quand tu partiras, ou préfères-tu vivre plusieurs années de bonheur auprès de celui pour qui ton cœur bat, même s'il te survivra certainement longtemps ? Moi, je n'ai pas choisi, et je resterais seul pendant un certain nombres d'années, mais je sais une chose, je ne renoncerais pas à ce bonheur. Avoua Thorín.
-T'as l'air tellement sûr de toi...
-Parce que c'est le cas.
-Tu l'aimes ? Lui demanda soudainement Dwalín.
Les deux nains se firent face quelques instants en silence avant que Thorín ne capitule. Il connaissait Dwalín et il savait que s'il voulait que son ami ne passe pas sa vie à regretter son choix de rester seul, il devait faire des concessions.
-Oui.
-Comment tu peux en être aussi sûr après si peu d'temps ?
-Je n'ai jamais ressenti pour personne ce que je ressens quand je suis avec lui.
Dwalín regarda son ami et resta bouche bée. C'était bien la première fois qu'il se laissait aller à de telles confidences...
Et ça lui suffit. Si le nain le plus coincé de la Terre du Milieu en ce qui concernait les sentiments pouvait lui répondre ça, c'était que rien n'était perdu. Il pourrait peut-être tenter de parler au jeune scribe...
-Nori étant parti, tu n'auras que Dori sur le dos alors je te suggère de ne pas attendre.
Quand il vit l'air peu avenant sur le visage de son capitaine, Thorín n'hésita pas longtemps avant de continuer.
-Il me semble que la bibliothèque est l'endroit idéal pour une rencontre... fortuite ou non... Ajouta-t-il avec un léger sourire au coin de la bouche.
Après une dernière tape sur l'épaule de son ami, il tourna les talons et le laissa seul, entouré par des dizaines d'armures plus étincelantes les unes que les autres.
-Et ne tarde pas trop. Si Ori a du temps devant lui, ce n'est plus ton cas ! S'esclaffa-t-il avant de refermer la porte derrière lui.
Dwalín grogna en serrant les poings et en maudissant le roi, même si en son for intérieur, il savait qu'il avait raison. Il avait vaincu des orcs, des wargs et des gobelins. Affronter un nain qui lui arrivait tout juste à l'épaule et qu'il pourrait probablement soulever d'une main ne devrait pas être si compliqué, n'est-ce pas ?
oOoOo
Heureusement pour Bilbo, l'infirmerie n'était pas très éloignée des cuisines, parce que finalement, il devait reconnaitre que le prince avait raison. Les muscles de sa jambe n'avaient pas travaillé autant depuis qu'il avait été blessé et il souffrait vraiment. De plus, son nez commençait à le chatouiller et il avait un peu de mal à déglutir.
Pourvu qu'il ne tombe pas malade, il n'avait vraiment pas besoin de ça !
-Oín ?
-J'suis là !
Bilbo s'assit sur la chaise devant le bureau en soupirant de soulagement. Kíli, qui était debout derrière lui, grimaça en le voyant frotter sa cuisse. Son oncle allait vraiment le tuer à petit feu...
-Qui... oh Bilbo ! J'suis content d'te voir ! Enfin non, j'suis pas si content qu'ça, qu'est-ce qui vous amène ici ? S'inquiéta le docteur en s'approchant d'eux.
-Ce n'est pas très grave, mais j'ai un peu mal à ma jambe... et un peu à la gorge... Rajouta-t-il après avoir vue la moue pincée de Kíli.
-Voyons ça...
Oín lui fit ouvrir la bouche et fit un "hum hum" avant de s'agenouiller en grognant que la terre était décidément trop basse et releva la tête brusquement.
-Tu portes des bottes ? Et elles sont toutes mouillées... t'es allé où ?
-On est allé dehors faire de la luge et des nains de neige, c'était génial ! S'emporta Bilbo.
Kíli haussa les épaules, fataliste, quand le docteur le regarda de travers. Il prévoyait déjà que son oncle Thorín allait lui hurler dessus alors il allait devoir faire la queue s'il voulait lui faire des reproches...
-Et les bottes... ?
-On est allé chez le cordonnier qui les a faites à sa taille, lui expliqua le prince.
-J'ai pas mal avec et ça m'a protégé du froid et de la neige, sinon, j'aurais pas pu faire des glissades sur la rivière !
-Parce que vous êtes allés d'ssus ?
-Bah oui ! Pourquoi, il ne fallait pas ? S'inquiéta Bilbo qui tourna la tête pour voir Kíli.
-La glace n'est pas encore assez épaisse à mon avis. Vous auriez pu passer à travers...
Bilbo blanchit d'un coup en entendant ça. Ils auraient vraiment pu se noyer ?
-Oín est trop pessimiste, on ne craignait rien. Lui affirma Kíli.
-Vous êtes sûr ?
-On est toujours là, non ? Et si tu es mouillé, c'est juste parce qu'on a joué dans la neige !
-C'est vrai ! Acquiesça Bilbo en retrouvant le sourire.
-Tu as fait un peu trop d'effort à mon goût et j'sens bien qu'tu vas le regretter... Marmonna Oín en se relevant.
-C'est grave ? S'inquiéta le hobbit.
-Non, c'est juste musculaire... j'vais te donner une infusion que tu prendras avant le coucher. Et j'te conseille de prendre un bon bain chaud afin de détendre les muscles. Et ta canne, où elle est ?
-Dans la chambre...
-Kíli... Commença Oín.
-J'vais la chercher ! Le coupa le prince en s'éloignant déjà vers la porte.
Bilbo attendit sagement sur la chaise mais il était fatigué et il avait chaud. Et il éternua...
-J'ai l'impression qu'tu as un peu d'fièvre... Dit alors Oín après avoir posé la main sur son front.
-Nan... j'suis juste fatigué. Ça fait tellement longtemps que j'suis pas sorti ! J'ai plus l'habitude...
Pas convaincu, le docteur fit la grimace avant d'aller chercher une boite sur une étagère. Puis il prit un gobelet et versa de l'eau chaude d'une bouilloire avant de mettre un sachet dedans.
-J'te donne la boite et tu prendras un sachet trois fois par jour. Tu laisseras infuser avant de boire.
-Ça sert à quoi ?
-Ça va calmer les douleurs et faire baisser ta température. T'as pas mal à la tête ?
-Non !
La moue que fit Oín lui dit clairement qu'il ne le croyait pas.
-D'accord... un p'tit peu... Finit-il par avouer. Mais ça va aller, c'est pas grave !
-Effectivement, c'est pas grave, mais faut quand même surveiller ça, d'accord ? Maintenant j'pense que c'est bon, tu peux boire.
Bilbo obéit sagement et but le contenu du gobelet avant de le poser sur le bureau du docteur. Le goût était étrange mais pas désagréable, même si ça lui piqua un peu la gorge.
-Vous ne direz rien à Thorín, hein ?
-Et qu'est-ce qu'il ne faut pas me dire ? S'exclama une belle voix grave.
Bilbo sursauta et se tourna sur sa chaise.
Là, planté juste devant la porte, à côté d'un Kíli tout penaud se tenait Thorín.
-Thorín ? Qu'est-ce que tu fais là ? Lui demanda Oín.
-J'ai trouvé étrange de voir Kíli essayer de passer inaperçu alors je lui ai demandé ce qu'il faisait. Et j'étais plutôt inquiet d'apprendre que vous étiez passé par l'infirmerie... vous n'auriez pas quelque chose à me dire tous les deux ? Demanda-t-il à la fois à son neveu et à Bilbo.
Oh Yavanna... j'suis dans une bouse de dragon pas possible... Se lamenta le hobbit.
oOoOo
A suivre...
oOoOo
Et merci de me lire,
Ticoeur
