Souvenirs d'enfance
Parmi les rares souvenirs heureux de son enfance, les préférés de Shoto étaient certainement ceux avec ses frères et soeurs.
Passé (Shoto, 6 ans / Natsuo, 10 ans)
Shoto était dans sa chambre, recroquevillé dans son coin, tenant son oeil blessé. Il venait de sortir de l'hôpital. Il pleurait silencieusement quand il entendit un bruit, un tapotement sur la porte de sa chambre. Il savait que ce n'était pas son père : celui-ci ne toquait jamais. Il se détendit légèrement à cette pensée.
- En… entrez, dit-il d'une voix hésitante.
La porte s'ouvrit doucement et un jeune garçon aux cheveux blancs entra dans la pièce. Il tenait, près de sa poitrine, ce qui semblait être une tablette.
- Natsu-ni… Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda Shoto d'une voix tremblante.
- J'ai trouvé un film trop cool que j'aimerais te montrer, répondit Natsuo d'une voix délibérément enthousiaste, faisant attention de ne pas regarder le corps couvert de bandages de son frère.
- Oh, tu me montre alors.
Natsuo s'assit sur le lit de Shoto et tapota l'espace à côté de lui. Shoto se leva lentement et s'installa à côté de son frère.
- C'est quoi comme film ? demanda Shoto, légèrement excité.
- Ça s'appelle Frozen. C'est un film datant de l'époque pré-alter.
Natsuo tendit un écouteur à son frère. Devant le regard vide de ce dernier, il expliqua :
- Il ne faudrait pas qu'il nous entende…
Le visage de Natsuo contenait un éclat de colère à la pensée de son père.
- Merci, chuchota Shoto.
Et ils commencèrent le film.
Dans les semaines qui suivirent, chaque fois que Shoto semblait triste, Natsuo fredonnait Libérée, délivrée. Ça ne manquait pas de faire sourire son petit frère.
Futur (Shoto, 16 ans / Natsuo, 20 ans)
- Ni-san, ça te dit d'écouter un film ? demanda Shoto.
Il venait de quitter un autre de ces dîners de famille gênants auxquels ils assistaient seulement pour faire plaisir à leur soeur.
- Bien sûr, Otouto. Dans mon appartement ?
- Si ça te va. Les dortoirs sont toujours encombrés à cette heure-ci, répondit Shoto en montant dans la voiture de son frère.
Ils écoutèrent une mauvaise comédie et se moquèrent des personnages tout le long. Le lendemain matin, ils décidèrent de faire de leur soirée-film un évènement régulier.
Passé (Shoto, 5 ans / Touya, 14 ans)
La relation de Shoto avec Touya était la plus compliquée. Certains jours, Touya regardait Shoto avec affection et le soignait après l'entraînement tandis que d'autres, il le regardait avec haine et jalousie. Shoto avait appris à éviter Touya les mauvais jours. Aujourd'hui, c'était un bon jour. Shoto le comprit à la posture détendue de Touya quand il s'approcha de lui.
- Tu veux voir un truc cool ? demanda l'aîné en s'asseyant à coté de son cadet.
Ils étaient dans le jardin. Leur père était absent pour les deux prochains jours, ayant été réquisitionné à l'autre bout du Japon. Les bons jours de Touya sont plus fréquents quand Père est absent, songea distraitement Shoto.
- Bien sûr, Aniki !
Touya alluma doucement sa main. Les flammes en sortant formaient lentement une fleur.
- Wow… c'est super. Tu crois que je pourrais faire quelque chose comme ça avec mon feu ? demanda Shoto, excité.
- J'en suis sûr. Tu as toujours eu un excellent contrôle dessus.
Les yeux bleus de Touya s'assombrirent légèrement. La pensée « contrairement à moi » pesait lourdement au-dessus de sa tête. Les paroles de son père lui revenait à l'esprit, mais il les repoussa, ne voulant pas que Shoto le remarque.
Futur (Shoto, 15 ans / Touya, 24 ans)
Shoto était allongé sur son lit. Bakugo, son camarade de classe, venait de se faire kidnapper par la ligue des vilains et tout ce à quoi il pouvait penser étaient les paroles du vilain : « Pauvre petit Todoroki Shoto. » Mais ce qui le dérangeait le plus étaient ses yeux bleus familiers le regardant avec la même haine, mais maintenant, au lieu de la jalousie, l'autre émotion principale était le dédain. Shoto avait envie de vomir parce qu'il savait très bien pourquoi ses yeux étaient si familiers… Touya, ou peu importe comment il se faisait appeler maintenant, le haïssait. Son frère aîné le haïssait. Alors il fit la seule chose à laquelle il put penser : il se tut, ne parla de sa découverte à personne et quand la vérité fut révélée à tout le monde, il laissa remonter à la surface tout ce qu'il avait ressenti quand il l'avait découvert et personne ne sut jamais qu'il le savait déjà depuis plusieurs mois.
Passé (Shoto, 7 ans / Fuyumi, 14 ans)
- Shoto, tu peux venir ? demanda Fuyumi depuis la cuisine.
- J'arrive, Nee-chan, répondit-il en se dirigeant vers elle.
- Est-ce que tu pourrais couper les carottes s'il-te-plaît ?
- Bien sûr.
Shoto aimait beaucoup cuisiner avec sa grande soeur. Fuyumi faisait presque toutes les tâches de la maison depuis l'hospitalisation de leur mère et il voulait l'aider autant qu'il le pouvait.
- Qu'est-ce qu'on cuisine ? demanda Shoto.
- Le bento de Natsuo.
- Je pensais qu'il voulait le faire tout seul, s'étonna le cadet.
- Oui, mais il est tellement occupé à réviser pour son examen qu'il oublierait de manger si je ne lui mettais pas devant le visage.
Shoto ne put s'empêcher de glousser : ça ressemblait à son frère.
Futur (Shoto, 14 ans / Fuyumi, 21 ans)
- Shoto, tu dois te détendre, s'exaspéra Fuyumi.
- Désolé, Nee-chan, je suis juste stressé pour l'examen trimestriel.
- C'est pas une raison pour ne pas manger, répondit sa soeur eu lui poussant un bento devant le visage.
Shoto ne put s'empêcher de rire, un souvenir lui revenant en tête.
- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? Je m'inquiète juste pour ta santé !
- Je fais exactement comme Natsuo, hein ? On se plaignait toujours du fait qu'il oubliait de manger à l'approche de ses examens.
- Oui, et je ne peux pas en gérer deux ! Maintenant, mange ton bento et repose-toi.
- Encore désolé, Nee-chan.
Shoto prit son bento et le dévora. Quand il regarda de nouveau la table où reposaient il y a quelques minutes ses cahiers, il remarqua qu'ils avaient disparu.
- Fuyumi ! Rends-moi mes manuels ! s'exclama-t-il en courant vers sa soeur.
