Chapitre 5 : Mon secret non révélé :

Kei baissa les yeux sur Hinata à l'écoute de ses mots. Elle avait eu la tête ailleurs depuis qu'elle avait remis ses vêtements. Une attitude qui ne lui ressemblait peu mais elle ne nia pas qu'elle était en pleine indécision, ces derniers temps. "D'accord, dit-elle simplement, allons-y."

Shouyou la suivit tandis qu'ils quittèrent la chambre pour se rendre au vestibule. Ils furent silencieux pendant qu'ils traversèrent le couloir sombre parsemé de petites appliques brillant d'une lumière chaude tamisée en tentant d'ignorer les sons de claquements de fouet et autres gémissements qui émergeaient des autres pièces closes.

Le roux reconnut alors Reon-san à l'entrée, toujours présent pour veiller au grain. Ainsi si une personne hurlait ou appelait à l'aide, il intervenait afin de virer celui ou celle qui abusait de son ou sa partenaire. Cependant, ce genre de cas était très rare au donjon, Tendou-san faisait souvent des entretiens avant d'accepter quelqu'un et il était très doué pour voir au travers des gens.

Reon-san les salua d'un hochement de tête poli tandis que la réceptionniste du vestibule, une jeune femme joviale coiffée d'une queue de cheval haute blonde cendrée et à la douce senteur de lavande, leur sourit en leur demandant : "Coucou Shouyou et Kei, tout s'est bien passé?

- Au poil, Semi-san, lui répondit Shouyou tandis que Kei opina simplement de la tête, Tendou-san n'est pas là?" D'habitude, c'était lui qui accueillait les membres du donjon le soir, Semi-san travaillant à la réception de l'hôtel même.

- Satori a eu un empêchement familial et Jin me remplace là-haut, lui expliqua Eika Semi avec un léger soupir éreinté, tu sais ce que c'est."

Shouyou ne fit que hocher la tête sans rien dire avec amertume. Oui, il savait. Les anciennes du clan Tendou devaient certainement encore lui mettre la pression avec cette histoire de mariages. Pourtant, Semi-san est aussi une nymphe.

D'après ce que lui avait raconté Tendou-san, Semi-san et lui se connaissaient depuis très longtemps.

Un peu comme Tomomo et lui.

La voix de Tsukishima le coupa de ses réflexions. Il fut d'ailleurs surpris de la voir si empressée de partir. "Je dois rentrer, Hinata.

- Ah d'accord, fit Shouyou sur le coup de la surprise, euuuuh..." Est-ce qu'on pourrait se voir hors de jeux histoire qu'on... "On se revoit jeudi prochain?" Et zut! Faut dire, avec Semi-san à coté, j'aurais pas pu lui demander un rendez-vous correctement. "A moins que...

- Non, je suis libre et c'est d'accord, lui répondit Tsukishima avant de franchir l'entrée du donjon, à jeudi prochain."

Elle put enfin pousser un soupir de soulagement une fois sortie de l'hôtel. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas rester auprès de Hinata, bien au contraire.

C'était juste que... Kei marcha le long du trottoir sans faire attention des regards surpris ou effrayés des passants à coté d'elle.

L'odeur des fleurs d'été qu'embaumait Hinata en permanence était encore présent autour d'elle. La blonde se doutait qu'il devait être un descendant de nymphe comme elle et que sa vie ne devait pas être facile au quotidien à cause de ce simple fait.

Kei avait décidé de ne jamais se mêler aux affaires célestes bien qu'elle fut l'héritière en titre du clan Tsukishima, celui des nymphes des lotus. Sa mère avait fait en sorte qu'elle reste à l'écart afin qu'elle eut une vie normale le plus longtemps possible. Elle-même fréquentait rarement les réunions de sororité où se réunissaient les nymphes et leurs héritières.

Toutefois, la blonde les retrouvait quand même autre part.

Dans le travail à mi-temps qui révélait combien elle se mentait à elle-même.

Combien elle mentait aux autres, son colocataire et ami d'enfance mis à part.

Kei s'arrêta devant une vitrine, contemplant un instant son reflet en ayant un léger soupir.

Hinata et elle étaient partenaires de jeux, c'était un fait.

Ils pouvaient très bien ne s'en tenir qu'à ça et ne se consacrer qu'à l'assouvissement de leurs propres plaisirs. Mais je souhaite plus, je le sais et Hinata aussi.

Le roux ne le cachait pas et il n'était pas des plus discrets, non plus mais...

Habituellement, lors de ses sorties, Kei avait pour habitude de mettre ses écouteurs, histoire d'écouter de la musique afin de s'isoler du tumulte ambiant de la ville. Sauf quand elle allait au donjon voir Hinata. Elle prit une de ses longues mèches blondes et la mit derrière son oreille, dévoilant par la même occasion une rivière sinueuse de petits trous percés le long de son lobe.

Elle secoua la tête avant de reprendre son chemin pour rentrer chez elle, à quinze minutes de l'hôtel, dans un petit quartier où se trouvait la maison où elle vivait depuis sa naissance et à coté la petite maison d'édition de son frère ainé Akiteru dont l'appartement se trouvait à l'étage.

Leurs parents, tous deux descendants de nymphes, avaient décidé de retourner vivre dans les cieux et comme ce fut la même chose pour la matriarche de leur clan vassal, la famille Yamaguchi, Kei avait proposé à leur fils, qu'elle connaissait depuis petite, de venir vivre avec elle.

Même si elle ne lui avouerait jamais, Tadashi restait pour elle le petit frère qui l'avait suivi partout afin de se cacher des brutes qui l'avaient malmené à l'époque.

Et elle ne fut guère surprise de ne pas voir ses chaussures à l'entrée. Il avait du faire un tour au conbini du coin. Il y allait de plus en plus, ces derniers temps.

Kei se doutait qu'il y avait une autre raison que la deadline qui approchait à grands pas mais elle était tellement préoccupée par ses propres projets qu'elle ne lui avait pas encore posé la question.

De toute façon, connaissant Yamaguchi, il lui en parlerait dès qu'il serait trop stressé pour tout garder pour lui. La blonde retira ses bottines, mit sa veste sur le porte-manteau et se rendit dans le salon décoré par une étagère remplie de livres puis elle monta dans sa chambre où elle commença à se changer.

Sa jupe longue tomba au sol, suivi de son col roulé et du débardeur blanc qu'elle mettait en dessous. Ses chaussettes grises furent ensuite retirées puis elle se regarda un instant devant le miroir accolé à la porte de son mini-dressing, simplement vêtue de son soutien-gorge en triangle noir et de son slip de soie.

Kei officiait à la base en tant que romancière dont Akaashi-san était la responsable éditoriale. Son ancienne sempai depuis le collège travaillait pour son frère en plus de gérer son propre clan en tant que matriarche et même elle n'était pas au courant de...

Sa main frola son nombril où tronait un joli petit diamant.

Aux yeux de tous, Kei Tsukishima intimidait beaucoup de gens à cause de ses un mètre quatre-vingt-cinq, possédait un caractère des plus renfermés et une langue suffisamment acérée pour la rendre désagréable.

Son travail d'écrivaine la mettait d'office dans la case intellectuelle et ses lunettes n'aidaient pas non plus.

Son style vestimentaire accentuait ce constat.

Toutefois, seul Yamaguchi connaissait la vérité mais seulement parce qu'il l'avait surprise en ville quand elle sortait de son lieu favori.

Kei Tsukishima préférait le genre de tenues qu'aurait porté un fan de death metal plutôt que le look sage qu'elle arborait en permanence.

Les percings étaient pour elle un art qu'elle affectionnait tout particulièrement au point de fréquenter des salons ou d'en faire elle-même au salon de beauté le plus fréquenté de la sororité et tenue par la grande soeur d'une ancienne camarade de classe qu'elle n'appréciait guère.

Là-bas, la blonde se montrait telle qu'elle était sous un autre nom et même si elle restait la jeune femme calme et introvertie qu'elle était, elle se sentait libre.

Cependant, la question dans sa tête restait la même.

En temps normal, Kei s'en serait moquée du qu'en dira t-on. Elle se dissimulait surtout afin d'éviter que les anciennes du clan Tsukishima jasent sur sa mère.

Mais là, depuis sa rencontre avec Hinata, une autre appréhension était née.

Elle avait été rassurée que son corps avait l'air de lui plaire mais accepterait-il cette facette d'elle?

A suivre.