Chapitre 6 : Livraisons et confidences :

Comme à son habitude, Shouyou se leva de bonne heure afin de se préparer pour une matinée bien remplie. Il se fit son bol de riz à l'oeuf coutumier en guise de petit déjeuner en constatant combien la maison était vide sans sa famille.

Ses parents étaient repartis dans la résidence de ses grands-parents maternels à la campagne et Natsu poursuivait sa terminale en internat dans le lycée de jeunes filles affiliée à la sororité des nymphes.

L'établissement avait un système d'ascenseur mixte de l'école jusqu'à la fin du collège. Une fois au lycée, les descendants allaient dans l'internat réservé aux garçons, les filles allant dans celui qui leur fut réservé. Sa petite soeur comptait même succéder à leur mère en tant que matriarche une fois sa terminale finie.

Shouyou savait qu'elle y parviendrait vu son fort tempérament mais elle lui manquerait quand même quand elle s'envolerait dans les cieux. Natsu lui avait avoué qu'elle souhaitait réformer le système de l'intérieur en commençant par donner plus d'importance au role des hommes dans la hiérarchie.

Le clan Sawamura avait un peu commencé à en faire autant sous la décision de son héritière et nul doute que les mentalités évolueraient lentement mais sûrement.

En tous cas, ça ne changea pas qu'il devait se rendre au chantier de construction pour bosser. Le roux finit de savourer son plat favori avant de mettre le bol à laver et de sortir le bentô qu'il avait préparé hier une fois rentré chez lui afin de se changer les idées suite à sa tentative d'invitation manquée.

Tsukishima étant vite partie, il avait fait pareil sous l'oeil taquin de Semi-san et avait pris sa voiture pour se rendre jusqu'à sa maison. Le roux avait ensuite passé une partie de sa soirée allongé sur son lit à penser à une approche et en avait conclu qu'un conseil ne serait pas de trop. Surtout que ses amies furent majoritairement des femmes.

Il n'osait pas en demander trop à Keina (vu ses priorités du moment, ç'avait été déjà gentil de sa part de venir à la soirée de Tendou-san), Noya-san et Tanaka-san lui conseilleraient certainement d'être direct mais il avait peur de se ridiculiser devant Tsukishima.

Asahi-san était encore plus timide que lui, Suga-san et Daichi-san trop occupées dans leurs boulots respectifs et il préféra éviter Oikawa-san même si elle était la plus à même de l'aider dans ce genre de situations.

Quant à ses amis masculins, Tendou-san avait des soucis en ce moment, Kuroo-san et Bokuto-san se mêleraient un peu trop de sa vie privée avec leur curiosité grandissante, Hoshiumi-san n'était pas très branché affaires de coeur et Atsumu-san... Non, il risque surtout de me donner des conseils pour autre chose. Et y penser le fit rougir malgré lui.

Il ne restait donc qu'une seule personne.

Pas sùr qu'elle l'aiderait mais bon, il s'était promis de la voir donc. Le bip de son portable le tira de ses pensées. Shouyou alla alors dans le salon où il trouva son smartphone posé sur le canapé. Le message qu'il lut le fit soupirer. Quand on parlait du loup, ou de la reine dans ce cas-là.

"Besoin de couches pour Miyuki et du curry en poudre donc ramène-toi après que tu te sois lavé."

En clair, lave-toi après avoir fini ton boulot, fais mes courses et passe chez moi. Elle ne changera jamais.

Il était midi passé quand Shouyou sonna à la porte d'un appartement situé au quatorzième étage d'un immeuble de standing.

Une jeune femme à la longue chevelure de jais lachée le long de son dos et presqu'aussi grande que Tsukishima ouvrit brusquement la porte, la fatigue transparaissant au travers de son visage fatigué et des légères cernes sous ses yeux bleus épuisés. "Entre, lui ordonna-t-elle le laissant passer.

- Salut à toi aussi Tomomo, la salua Shouyou en posant le sac de courses afin d'enlever ses chaussures à l'entrée, je t'ai ramené ce que tu as demandé.

- Merci, la remercia son amie en prenant le sac, je suis trop crevée pour sortir, ces derniers temps." C'était rare que Tomomo avoue ses états de faiblesse et le fait qu'elle les lui confie montrait combien elle était éreintée. Elle ne s'était même pas énervée à la mention de son surnom.

Il s'installa sur la banquette du salon en admirant le ciel bleu depuis la baie vitrée pendant que Tomomo partit dans la cuisine faire du thé comme elle avait coutume de faire quand il venait la voir.

De son vrai nom Tomoe Kageyama (devenue Tomoe Iwaizumi depuis son mariage), ils se connaissaient depuis l'enfance car leurs familles vivaient non loin l'une de l'autre.

Le clan de Tomomo avait une influence moindre que le sien, il servait les Oikawa. Toutefois, cela n'empêchait la nymphe des myosotis à se chamailler avec lui à qui mieux mieux même maintenant à l'age adulte. Shouyou ne pouvait cependant s'empêcher d'être un peu faché à l'idée qu'elle se soit mariée avant lui.

Iwaizumi-san et elle avaient commencé à sortir ensemble au lycée malgré le fait qu'ils allaient dans des établissements différents et s'étaient mariés peu après la remise des diplômes.

Et maintenant, me voilà le parrain de leur fille. Le temps passe vite, quand même. La petite Miyuki était encore un bébé et avait encore du mal à faire ses nuits d'où la fatigue accumulée de Tomomo donc ça ne le gênait pas de l'aider.

Son amie d'enfance revint avec deux tasses chaudes. "Tiens, fit-elle en lui en tendant une.

- Merci. Tu tiens le coup?

- Ouais, affirma Tomoe en se laissant avachir sur le fauteil en face de lui, Miyuki a mieux dormi hier soir. Et toi? Ç'a été au chantier de construction?

- La construction avance bien, lui raconta Shouyou en buvant une gorgée de thé en appréciant la douce amertume du breuvage. Tomomo le réussissait super bien. Autant y aller en espérant qu'elle ne m'empoigne pas la tête. "Euuuuh, comment ça se passe quand Iwaizumi-san et toi avez rendez-vous? Je veux dire, il t'invite où d'habitude?"

Comme il se doutait, Tomomo manqua de recracher son thé, se leva prestement en posant brutalement sa tasse ce qui provoqua quelques éclaboussures sur la table basse en verre et fut sur le point de poser sa main sur la tête avant de la laisser tomber mollement à cause (ou plutôt grace) de son état d'épuisement. "Pourquoi tu me poses cette question, imbécile?, le questionna Tomoe d'un ton calme mais coupant, tu vois enfin quelqu'un?"

Shouyou réfléchit un instant à comment formuler sa réponse en faisant fi de la dernière question désobligeante. Tomomo avait toujours cette attitude surprotectrice concernant ses relations.

" Euh oui, je l'ai rencontrée durant une soirée où j'ai été avec Keina." Comme elle avait beaucoup d'estime pour Keina et le clan Kozume dont son amie fut la matriarche en dépit de son changement de nom au profit de celui de son époux, il savait que ça ferait mouche. "Elle s'appelle Kei Tsukishima. Elle et moi avons des caractères opposés mais elle est très gent..." Oh oh.

Les mains de Tomomo étaient en train de se crisper sur son fauteuil. Shouyou crut un instant que son amie d'enfance était nimbée d'une aura sombre et aussi menaçante que le ton de sa voix lorsqu'elle lui posa la question :"Tu. As. Dit. Que. Tu. Sortais. Avec. Cette. Teigne. De. Tsukishima?" Ouh là, on dirait qu'elle allait tuer quelqu'un. "Euh oui, tu as l'air de la connaitre, on dirait, hé hé, confirma-t-il avec un rire nerveux.

Tomoe reprit son calme à son grand soulagement. "Ouais, elle et moi allions au même lycée. On ne pouvait pas s'encadrer." Donc Tsukishima était bien une nymphe céleste vu que Tomomo avait suivi ses cours au même internat que Natsu. "Elle ne s'amuse pas à te rabaisser, au moins?

- Non, ne t'inquiètes pas, mentit-il prudemment. Il ne valait mieux pas que son amie apprenne dans quel contexte Tsukishima et lui s'étaient connus et encore moins ce qu'ils faisaient ensemble quand ils se voyaient.

Tomomo lui prodigua ensuite des conseils à sa grande surprise même si elle le faisait avec sa timidité habituelle, ce qui voulut dire en marmonnant de manière ronchonne tout en fuyant son regard. "Comme les bijoux, les vêtements et ce genre de franfreluches ne m'intéressent pas, Hajime m'invite au resto car il sait combien j'aime le curry."

Shouyou se retint de dire qu'aimer dans ce cas-là était un euphémisme.

"Tsukishima aime les pâtisseries, ajouta-t-elle presqu'entre ses dents, je la voyais se prendre des fraisiers au réfectoire."

Au moins, ça me donne un avantage. Je l'inviterai à la pâtisserie de Noya-san. "Ok, merci du conseil, Tomomo.

- De rien, soupira cette dernière en essuyant les petites flaques de thé sur la table du revers de la manche de sa chemise en dentelle marine, même si je me demande ce que tu lui trouves à..." Un bip sonore se mit à retentir. "Il va falloir que je te laisse." Le roux la regarda prendre son ordinateur portable pendant qu'il se leva pour partir. "Tout va bien?, lui demanda-t-il quand même avec inquiétude.

- Juste ma mère qui me donne les conseils de ma grand-mère concernant la gestion des affaires de mon clan." Elle marqua une pause en s'en voulant en avance de causer du souci à son frère de coeur (même si elle ne le lui dirait jamais à cet imbécile). "Je suis devenue la matriarche des Kageyama récemment.

- Mais comment?, s'indigna Shouyou, c'est Miwa-chan l'ainée, non?

- Oui mais la naissance de Miyuki a changé la donne, déclara Tomoe d'un ton désabusé, tu sais comme moi que les héritières ont plus de poids pour la succession. Miwa était contre mais Grand-mère n'a rien voulu savoir.

- Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas. Je sais que je ne suis qu'un descendant mais si ma mère peut t'aider de mon coté...

- C'est tentant mais je dois avant tout quérir de l'aide aux Oikawa en premier, ce sont elles mes suzeraines, fit Tomoe en lisant le message présent sur l'écran, par contre, je ferai appel à toi si la matriarche du clan Oikawa souhaite une alliance avec les Hinata."

Dans les cieux, chaque clan de nymphes conférait des vertus magiques aux arbres ou aux plantes avec lequels ils étaient liés. Seules les nymphes et les youkai avec qui elles commerçaient les connaissaient, gardant jalousement le secret et l'omettant donc aux descendants.

Ainsi, les graines de tournesol cultivées au fief du clan Hinata pouvaient décupler la puissance magique de la personne qui en mangeait.

Ce serait certainement un avantage non négligeable mais elle ne souhaitait pas user de Shouyou de la sorte, surtout qu'il se trouvait dans l'ignorance. "Je doute que la matriarche Oikawa m'en parle, par contre. Elle a d'autres préoccupations."

Des préoccupations qui concernaient surtout sa fille cadette.

- D'accord, valida Shouyou en la laissant ensuite tranquille, à la prochaine.

Il quitta discrètement l'appartement en espérant que tout irait bien pour Tomomo malgré tout.

La pauvre devait avoir beaucoup à gérer.

A suivre.