Chapitre 7 : Verveines... :
"Voilà, c'est terminé, déclara le jeune Tadashi Yamaguchi en regardant la dernière feuille de son manuscrit en train de sortir de son imprimante. Il avait passé le reste de la nuit à achever son dernier chapitre et bien que son responsable éditorial avait encensé son histoire, Tadashi avait quand même souhaité peaufiner son travail.
Une chance que sa chambre se situait au rez-de-chaussée tandis que celle de son amie d'enfance était à l'étage. Ainsi, son sommeil n'avait pas été dérangé... Quoique Tsukki avait toujours eu un sommeil profond. Tadashi ne la remercierait jamais assez de lui avoir proposé de vivre en colocation avec elle.
Sa mère veuve avait décidé de retourner aux cieux peu après que les parents de Tsukki eurent choisi de retourner au fief du clan Tsukishima.
Le clan Yamaguchi, constitué de nymphes des verveines, avait toujours servi les Tsukishima, nymphes des lotus dont les pétales qu'elles cultivaient avec soin pouvaient donner à la personne qui en buvait l'infusion une prédiction future à venir, un conseil pour le guider voire une vérité cachée bien qu'aléatoire.
De nombreux youkai venaient en acheter lors des périodes de succession. Même les nymphes elles-mêmes si elles avaient plusieurs héritières. Cela permettait d'éviter les conflits et autres querelles intestines au sein des clans.
Tadashi aurait bien voulu seconder sa mère dans sa tache, bien qu'il fut un homme mais comme elle le lui avait dit sous le couvert de plaisanterie, la seule chose qu'il pouvait faire dans ce genre de situation, c'était d'épouser une nymphe afin d'assurer la pérennité du clan.
Il savait que les anciennes du clan Tsukishima envisageaient une éventuelle union entre Tsukki et lui. Projet avorté par la mère de cette dernière qui refusait que sa fille se marie par convenance comme cela avait été le cas pour elle. Certes, les parents de Tsukki formaient un couple harmonieux mais ils souhaitaient avant tout le bonheur de leur fille cadette.
Tout comme ils avaient veillé à ce que leur premier né, Akiteru, ne subisse pas l'opprobre du clan uniquement à cause de son genre.
La mère de Tadashi avait eu la même réflexion à son égard. Son bonheur primait avaint toute chose. Ainsi, il avait préféré rester ici, au milieu des humains dont il était à moitié, entouré des personnes qui lui furent chères.
Toutefois, il y avait aussi une autre raison.
Une raison qu'il pensait revoir après avoir fait un tour dans la maison voisine où se trouvait la maison d'édition Fleur de Lune montée par le frère de Tsukki. Tadashi mit son manuscrit dans une enveloppe puis il sortit de sa chambre (qui avait été celle d'Akiteru avant qu'il déménage à coté) et prit une douche express à l'étage, histoire de se réveiller un bon coup.
Tsukki devait encore dormir, elle se levait vers les dix heures du matin, d'habitude. Cependant, Tadashi trouvait qu'elle veillait beaucoup ces derniers temps. Certes, son dernier roman en date avait autant pris son temps que le sien pour son livre mais il lui arrivait de sortir tous les jeudis soir sans qu'elle ne lui eut dit la raison.
Tadashi jugea qu'il n'avait pas à critiquer.
Après tout, il lui disait fréquemment qu'il allait à l'épicerie du coin en prétextant de faire les courses (vu leur travail, ils avaient choisi d'acheter à manger au jour le jour), mais il ne se cacha pas qu'il y allait plus que de raison.
Tsukki devait certainement se douter de quelque chose mais elle ne disait rien pour le moment. Ce n'est qu'une question de temps, pensa Tadashi. Cacher des choses le stressait et ça sortirait certainement bientôt, après qu'il aura fait ce qu'il ne cessait de temporiser par peur du rejet. Je lui demandrai pour elle aussi.
Il connaissait le secret qu'elle cachait aux yeux de tous pour l'avoir vue sortir d'un salon dédié aux piercings et aux tatouages un jour qu'il était en ville.
Oui, on pouvait reconnaître Tsukki en un clin d'oeil avec sa taille très grande pour une femme, sa chevelure blonde et ses lunettes.
Toutefois, vu la façon dont elle s'habillait, le maquillage qu'elle arborait sans oublier les lentilles de contact dont la couleur différait grandement avec le mordoré naturel de ses yeux, aucune personne de la sororité ne penserait voir la sage et silencieuse Kei Tsukishima avec ce look.
C'était tout simplement impensable. Néanmoins, ça n'expliquait pas ses rendez-vous du jeudi soir mais Tadashi se doutait qu'elle le lui dirait un jour.
Tout comme lui révélerait qui était son... Crush. Il préférait se limiter à cette désignation pour le moment.
Tadashi finit donc de se préparer, prit l'enveloppe dans sa chambre et sortit de la résidence après avoir enfilé ses chaussures. Une bonne chose que la maison d'édition fut juste à coté, il n'aimait pas trop quand il y avait trop de monde en ville. Il frappa donc à la porte une fois arrivé à destination.
A la base, c'était juste pour faire signe que quelqu'un arrivait, Akiteru étant soit confinê dans son bureau à vérifier les rendez-vous et le calendrier des planifications, soit dans la salle de pause à siroter un café, histoire de rester en forme.
Il n'y avait que peu d'écrivains sous son aile mais leurs oeuvres avaient un succès d'estime, ce qui permettait à Fleur de Lune de se maintenir à flots grace à la notoriété que Tsukki et lui apportaient.
Tadashi était plutôt romans à suspense tandis que son amie d'enfance avait décidé de passer des livres centrés sur les divers folklores, légendes et traditions aux romances, ce qui l'avait grandement surpris de sa part.
Il ouvrit la porte et se rendit dans le bureau de son responsable éditorial. Il n'y en avait que deux, Akaashi-san, qu'il se demandait comme elle parvenait à alterner entre son travail d'archiviste et la supervision des écrits de Tsukki et Tenma Udai, celui qui l'assistait et également compagnon d'Akiteru... Qu'il surprit dans une position très inconvenante dès qu'il fut sur le seuil de la porte ouverte.
A califourchon sur les genoux assis d'Akiteru qui en profitait pour l'embrasser langoureusement, les deux mains sur sa taille, tandis que son responsable éditorial était en train de passer sa main sous le pull de ce dernier et... "Ex-excusez-moi, bafouilla-il d'une voix stridente. Tadashi savait qu'il devait être en train de rougir mais là, il y avait de bonnes raisons pour qu'il le fasse, non?
"Je t'avais dit de fermer la porte, Aki, lui reprocha Udai-san en faisant la moue.
- Désolé mais sentir ton parfum de mandarine de bon matin, ça m'a titillé, lui murmura tendrement Akiteru avant de se reprendre et de saluer gentiment le petit Yamaguchi, bonjour Tadashi et désolé pour le choc.
- Ce... Ce n'est rien, le rassura Tadashi en tentant de calmer sa nervosité, euh... J'étais juste venu poser mon manuscrit, poursuivit-il en tendant l'enveloppe, le voici.
- Merci Yamaguchi-kun, fit Udai-san en se levant pour prendre le travail de l'écrivain. Tadashi remarqua un léger renflement sous le hoodie plutôt ample que portait le responsable éditorial. C'était vrai que cela faisait plusieurs semaines qu'il ne l'avait pas vu. "Vous... Vous êtes enceint?, se risqua-t-il à demander quand même.
Après tout, Udai-san était un descendant des nymphes des mandariniers tout comme Akiteru avait hérité du sang des nymphes des fraisiers comme son père. Tsukki avait pris le coté nymphe des lotus de sa mère ce qui était habituel quand une nymphe céleste donnait naissance à plusieurs enfants avec un partenaire issu d'un autre clan : les enfants héritaient soit du coté de la mère, soit celui du père mais aucun des deux en même temps.
Tenma lui répondit, un sourire détendu se dessinant sur ses traits délicats. Son physique était déjà androgyne, il n'en était que plus féminin à ce moment-là. "Oui, Aki et moi allons enfin être parents.
- C'est une fille, précisa Akiteru à son tour, même si les anciennes diront que je me serai acquitté de mon role de reproducteur, ajouta-t-il avec un rire amer, et pas à mot à Kei. Je lui réserve la surprise de lui annoncer qu'elle va être bientôt tante. D'ailleurs, comment va-t-elle, en ce moment? Elle ne me donne plus de nouvelles, termina-t-il avec un léger trémolo dans sa voix.
Tadashi et Tenma savaient combien Akiteru couvait sa jeune soeur, au grand dam de cette dernière d'ailleurs qui ne cessait de le rabrouer à force. "Tsukki va bien, lui répondit Tadashi d'un ton rassurant, elle a terminé son roman donc elle se repose un peu en attendant de passer à l'écriture du suivant."
Ce qui était vrai mais il évita de lui faire part de ses rendez-vous secrets et de son travail à mi-temps au salon Not Forget Myself (nom donné par sa propriétaire en guise de jeu de mots avec sa vraie nature).
Connaissait Akiteru, il irait voir Tsukki pour la harceler de questions et Tadashi ne souhaitait pas recevoir le traitement du silence qu'elle réservait dans ses moments de colère. "Elle pourrait quand même passer me voir, se plaignit le grand frère de son amie d'enfance, nous sommes juste à coté.
- Aki, tu oublies que Kei a vingt-deux ans et que c'est une grande fille, le tranquilisa Tenma en lui passant doucement les mains sur les épaules, elle fait les choses à son rythme."
Akiteru finit par opiner de la tête même si l'inquiétude continuait d'assombrir les traits de son visage. Je vais en toucher deux mots à Tsukki, se dit Tadashi en saluant le couple.
Il quitta ensuite la maison d'édition afin de se rendre à l'épicerie Shimada.
Là où se trouvait la nymphe de ses pensées.
A suivre.
