Chapitre 8 :... Et fleurs de pêchers :

"Alors, que se passe-t-il Azumane-sama?, demanda la boutiquière Makoto Shimada dans son arrière-boutique à une femme brune et plantureuse, vêtue d'un kimono aux teintes bordeaux et qui avait l'air d'avoir une bonne quarantaine d'années, bien qu'elle se doutait qu'elle fut en réalité plus agée. Les nymphes faisaient plus jeunes que leur age en vieillissant, après tout.

"Il y a que la maladresse de ma fille m'inquiète Shimada-sama, lui répondit Azumane-sama avec un soupir éreinté, elle a déchiré son voile lors de son dernier séjour aux cieux à cause de sa peur de mal faire, comme à son habitude." Elle secoua la tête d'un air exaspéré." J'ignore d'où ma petite Asahi tient cette sensibilité à fleur de peau. De certainement une de mes ancêtres, je ne vois que ça. Et c'est pour cette raison que je retarde la cérémonie de succession le plus possible, vous voyez.

- Ne vous en faites pas, je m'occupe des réparations, la rassura Makoto avec son coutumier sourire professionnel, toutefois, je pense que nos consoeurs vous en ont déjà parlé, il me fait les ingrédients nécessaires." La vendeuse continua d'un ton plus sérieux. "Bien que je sois la matriarche de mon clan, un empêchement fait que je ne peux pas accéder au monde des cieux pour le moment.

- Le clan des fleurs de pêchers subit encore cette malédiction archaïque?, s'enquit la matriarche Azumane d'une voix pincée, j'ai toujours pensé les nymphes originelles nobles de coeur.

- Cela ne concerne que les Shimada et ce n'est qu'un rite de passage, rien de plus, fit Makoto avec un sourire contrit, et puis, travailler chez les humains m'aide à me concentrer loin des tensions entre clans.

- Oui, concéda Azumane-sama, nous savons toutes que le pacifisme de notre sororité n'est que de façade. Bon, que dois-je vous apporter?, finit-elle par lui demander en sortant de son obi ocre un carnet qu'elle gardait afin de prendre des notes.

- Tout d'abord, une grenade de votre jardin, ensuite une mèche de cheveux de votre fille et enfin, un bout d'écorce de mes pêchers. Vous pouvez aller au Sakanoshita vous en procurer, ajouta-t-elle en ouvrant le tiroir d'une étagère en bois située à coté d'elle. Makoto en sortit un bocal rempli de petites fleurs d'un rose délicat. "Voici une fleur de pêcher imbibée de mon énergie magique, expliqua-t-elle en en retirant une, donnez ça au vendeur en guise de preuve que vous venez de ma part."

Comme elle se doutait, Azumane-sama fronça les sourcils d'un air douteux comme la plupart des nymphes qui venaient ici la consulter. Le Sakanoshita était l'unique boutique marchande de leur domaine.

Une boutique jadis tenue par deux hommes, l'un du nom de Ukai, qui avait été son précepteur enfant et l'autre répondant au nom de Nekomata qui lui l'avait été pour l'actuelle matriarche du clan Kozume.

Depuis Ukai-san avait cédé les rènes de sa boutique à son petit-fils Keishin et le compagnon de ce dernier, Takeda-san, un ancien serviteur du clan Tanaka, une famille vassale du clan Sawamura. "J'ai toute confiance au petit-fils d'Ukai-san, avoua Makoto avec un sourire rassurant, et acheter au Sakanoshita présente de bons avantages. Cela permet de faire preuve de discrétion et c'est aussi une bonne garantie de sécurité."

Il était vrai que de nombreux youkai passaient au Sakanoshita pour acheter les fruits et les plantes des nymphes. Ainsi, le danger de voler les plantations dans les fiefs restait moindre.

De plus, ce n'était pas tant que les nymphes veillaient jalousement sur leurs récoltes mais surtout qu'elles ne voulaient pas ternir cette image d'incarnation personnifiée de la beauté féminine en jetant des malédictions aux intrus.

Oui, la sororité des nymphes célestes est bien vaniteuse, se dit Makoto avec amertume. Le nombre de nymphes en visite dans son arrière-boutique qui avaient des remarques désobligeantes sur sa tenue sous couvert d'une inquiétude feinte...

Ses lunettes d'abord qualifiées de disgracieuses, sa tenue, composée d'un simple jean et d'un pull tricoté, trop masculine à leurs goûts et ses cheveux noirs coupés au carré, n'en parlons pas.

Elle descendait d'un des quatre clans de nymphes originelles, voyons, elle se devait d'être élégante et raffinée avant toute chose.

Des remarques que ni elle, ni sa mère avant elle, n'avaient tenu rigueur. Makoto s'appréciait telle qu'elle était. Un point, c'est tout.

En tous cas, sa remarque avait fait mouche. Azumane-sama semblait être encline à considérer sa proposition. "Très bien, j'irai. Si c'est la solution la plus avantageuse...

- Bien, en conclut Makoto, je réparerai le voile d'Asahi-sama dès que tout le nécessaire sera là.

- Je dirai à ma fille d'aller directement à votre boutique, déclara Azumane-sama en prenant la fleur de pêcher dans sa main afin de le mettre dans son obi, un grand merci, Shimada-sama.

- De rien. Je ne fais que mon travail. Comme toutes les Shimada avant moi."

Elle vit qu'Azumane-sama était sur le point d'ajouter autre chose et qu'elle se retint. Certainement une lamentation dans le genre "Quel dommage qu'une illustre nymphe comme vous reste cantonnée chez les humains au beau milieu des hommes."

Non, connaissant la matriarche du clan des grenadiers, elle dirait seulement "Quel dommage que vous retournerez pas dans les cieux où vous êtes née". Tout comme elle avec sa fille Asahi, la mère de Makoto l'avait eu par parthénogenèse, sans aucun homme. Elle n'avait donc aucun père biologique même si le vieil Ukai avait fait office de modèle paternel pour elle. "Je vous souhaite une bonne journée, finit-elle par dire, je vais vous raccompagner à la sortie de la boutique.

Azumane-sama hocha la tête et se laissa guider en traversant l'entrée de l'arrière-boutique où se trouvait son camouflage : une épicerie aux allures de conbini qu'elle tenait quand elle ne s'occupait pas des commandes venant des cieux en compagnie de Takinoue, son ami d'enfance issu du clan des nymphes des jonquilles au service du sien et désespéré de faire tourner la tête (et le coeur) de la jeune matriarche du clan Tanaka (ce qui était peine perdue étant donné le travail qu'elle faisait).

La matriarche des nymphes des grenadiers la salua une fois sur le seuil.

Cependant, Makoto n'eut pas le temps de penser à une éventuelle pause cigarette.

Azumane-sama avait fait place à son client favori devant la porte coulissante.

Elle se sentit étrangement revivre en humant les effluves de verveine qui lui parvinrent à ses narines et ses lèvres formèrent un sourire beaucoup plus authentique que celui réservé aux affaires.

"Eh bien, Yamaguchi-kun, que me vaut cette visite? Le roman est terminé?"

A suivre.