Chapitre 9 : Flirt à la pêche :
"Bon-Bonjour Shimada-san, cafouilla Tadashi, gêné de la voir d'aussi près. En temps normal, la vendeuse se trouvait à l'accueillir derrière la caisse après avoir discuté avec un habitué du voisinage ou bien en train de mettre les articles en rayon pendant que son employé, un homme blond sentant la jonquille un tantinet débonnaire, s'occupait de l'encaissement.
Mais là, Shimada-san se situait juste en face de lui, avec ce doux sourire qui avait le don de faire tambouriner son coeur, ces yeux sombres rieurs et... Elle sent si bon.
Cette suave senteur de pêche qui l'ensorcelait malgré lui autant qu'elle ne lui fit emettre des réserves quant à une éventuelle proposition de rendez-vous, en plus de leur grande différence d'âge. Shimada-san avait onze ans de plus que lui, elle le trouverait certainement trop jeune à son goût.
De plus, il n'avait de cesse de se rappeler de ce que lui avait raconté sa mère au sujet de certaines familles au sein de la sororité des nymphes : il existait quatre clans plus anciens dont on disait que les nymphes descendaient directement des divinités. Pour cette raison, on les nommait les clans des nymphes originelles et ils appartenaient tacitement à une sorte d'élite.
Les Shimada en était un des quatre et si l'épicière devant lui en faisait partie, alors... "Yamaguchi-kun?"
Tadashi sursauta légèrement à la mention de son nom. Mince, je suis encore en train de psychoter. Ça ne va pas, moi. "Euh oui, pardonnez-moi, Shimada-san. J'étais un peu ailleurs mais sinon, oui, je viens de transmettre le manuscrit à mon responsable éditorial.
- J'ai hate qu'il soit publié, alors, déclara Shimada-san en le laissant entrer, encore un roman à suspense?
- Oui et je ne vous dévoilerai pas la fin, la taquina Tadashi avec un petit sourire, vous avez tendance à deviner trop facilement. Là, j'ai décidé de faire plus compliqué." Shimada-san et lui avaient instauré un petit jeu quand il venait ici faire des courses : à chaque fos qu'il passait à la caisse, l'épicière tentait de deviner qui était le coupable du roman qu'elle était en train de lire et Tadashi devait lui répondre si c'était le cas ou non.
"Nous verrons ça, fit alors Makoto avec un air de défi, mais ça ne change pas que je craque pour vos histoires policières. Et je tiens à préciser que je suis très sélective en matière de polar, avoua-t-elle avec un bref petit sourire et un regard plein de sous-entendus encore plus furtif qui firent se demander à Tadashi s'il avait bien compris le sens.
- Euh... M-Merci, ça me touche de savoir que vous aimez autant mes livres." Ses joues rosies devaient certainement accentuer un peu trop les petites taches de rousseur sur son visage et il avait instinctivement fui le regard de Shimada-san mais là, son coeur était sur le point d'exploser.
Makoto, de son coté, exulta en son fort intérieur. Ça faisait depuis maintenant quelques mois que Yamaguchi-kun venait faire des achats à l'épicerie. Suite à une petite discussion à la caisse, elle avait appris qu'il était l'auteur de ses romans policiers favoris.
Depuis, ils discutaient au sujet des livres que le romancier écrivait ou bien de tout et de rien et elle ne se cachait pas qu'elle aimait bien quand Yamaguchi-kun passait la voir.
Cultivé, doux, adorable, son type même s'il était beaucoup plus jeune qu'elle.
La nymphe des fleurs de pêchers serait très tentée de fermer la boutique un instant et de le prendre à part entre les rayons mais ce serait beaucoup trop inconvenant. Et indécent aussi.
Bref, autant y aller en douceur, surtout qu'elle n'était pas agressive d'habitude, surtout que ses relations ne s'étaient résumées qu'à des aventures d'un soir auparavant.
La senteur des fleurs de pêchers avait cette foutue tendance à envouter les humains.
A leur faire croire que les nymphes étaient réellement des déesses à vénérer ou, dans les pires des cas, des sources de convoitise à posséder à tout prix d'où ces histoires de vols de voile afin d' empêcher les nymphes de repartir dans les cieux.
Les mythes en relataient suffisamment les faits.
Ce fut aussi le principal contrecoup des lignées des nymphes originelles.
Toutefois, avec Yamaguchi-kun, Makoto sentit qu'elle pouvait tenter le coup.
Certes, une appréhension liée à la jeunesse de ce dernier avait réfréné sa décision de le faire, surtout après l'avoir vu un jour en train de faire les courses avec l'héritière des Tsukishima (qui allait aussi rarement qu'elle aux réunions de sororité) mais maintenant, elle se disait qu' il valait mieux saisir l'occasion après tout.
En plus, il était un descendant de nymphe comme elle donc sa fragrance n'aurait peut-être pas le même effet. Un son de grelots, suivi de deux voix pleines de gouaille qui lui étaient familière, se firent entendre à cet instant. "Franchement, tu ne veux pas demander aux femmes de ta famille pour la redescente, la prochaine fois?, se plaignit une jeune femme blonde grimée d'une veste de kimono rouge ouverte sur un débardeur noir et un jean dont l'allure lui donna des airs de délinquante.
- Ben, on s'est croisés là-haut donc j'en ai profité, flirta un blond plus grand qu'elle avec un sourire canaille, et je ne vois que chuis pas le seul, poursuivit-il à la vue de Tadashi et Makoto, je pensais que tu croûlais sur les commandes, Shima? A moins que tu t'autorises une petite pause, finit-il en détaillant un moment Yamaguchi d'un air rempli de sous-entendus.
Makoto se pinça l'arrête du nez en se demandant ce qu'elle devrait leur reprocher. De parler un peu trop de leurs origines à pleine vue (une chance que Yamaguchi-kun fut l'un des leurs et le seul client de la boutique) ou bien de mettre le jeune homme sur qui, certes, elle avait des vues hyper mal à l'aise au point qu'elle eut peur qu'il se décide à partir là, tout de suite. "Bonjour à vous Saeko-sama et toi, Taki, si tu as le temps pour m'embêter, tu en as aussi pour tenir la boutique, non?, s'enquit l'épicière d'une voix froide qui effraya un peu Tadashi.
Shimada-san lui rappelait un peu Tsukki quand elle était énervée d'un coup.
Le pauvre Takinoue se gratta la tête avec gêne. "Euh ouais, je vais m'occuper des rayons, patronne.
- Quant à moi, je retourne à ma boutique et continuer mon boulot, fit Saeko en posant ses mains sur ses hanches, car j'ai deux nymphes à initier, moi, ajouta-t-elle à l'adresse d'un Takinoue qui, pour le coup, s'était rembruni, ça m'a fait quand même plaisir de te revoir, Mako, termina-t-elle en saluant Makoto.
- De même. Dites bonjour à Ryouko de ma part.
- J'y manquerai pas, dit Saeko avec un grand sourire, et je lui dirai que t'apporter une pâtisserie ou deux de ma part.
- Merci." Makoto se retourna ensuite vers Tadashi en lui proposant d'une voix mutine :"Est-ce que vous avez quelque chose à faire après, Yamaguchi-kun?
- Euh, pas pour l'instant, non." Que va-t-elle me demander?, se demanda Yamaguchi avec une certaine nervosité. Un rendez-vous? Ça veut dire qu'elle flirtait bien avec moi tout à l'heure, non? Ses mains devinrent moites d'un coup. Non, évitons d'avoir de faux espoirs.
Il y avait encore ces effluves de pêche qui lui firent tourner la tête.
Et ce sourire qui s'étira sur ses lèvres fines et rosées. Ça y est, je veux l'embrasser.
Son buste, dont le pull un peu ample ne dissimulait pas pour autant les courbes dessous, se rapprochait un peu trop de son torse. Et la toucher.
Ils ne furent qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Il crut se noyer dans le lac sombre de ses yeux. Shimada-san, qu'est-ce que vous faites?
Et la proposition de Shimada-san, murmurée d'une façon on ne peut plus sensuelle à son oreille, manqua de le faire s'évanouir. De bonheur ou d'excitation, il ne saurait que dire. "Dans ce cas, allons à l'arrière-boutique tous les deux discuter en privé."
A suivre.
