Portrait de Gian : the Sun

Ce matin encore, je me réveille après un sommeil parfaitement réparateur. Cela peut vous paraître anodin, néanmoins pour moi cela restera toujours un truc à la limite du réel... Je me souviens encore de l'époque où je ne dormais que deux heures par-ci par-là, comme un chien errant, trop effrayé à l'idée de roupiller au même endroit, au risque d'être attrapé par la fourrière, ou attaqué par d'autres molosses plus costauds.

C'était exactement moi : Ivan le délinquant, puis Ivan le Capo du CR:5. Je dormais n'importe où, n'importe comment, n'importe quand… Et cela avait tendance à me rendre très, TRES à cran. Non ! Je ne suis pas JUSTE un bâtard susceptible par nature, bande de glands!

Bref… Un jour ma somnolence chronique a subitement pris fin. C'était le jour où j'ai commencé à partager mes nuits… Avec cet idiot de Gian…

Et ce matin encore, je me réveille dans le lit du Boss, parfaitement reposé et bien sûr trop tard pour assumer mon planning ultra chargé… Je sais que je dois me bouger le cul si je ne veux pas être plus en retard, mais putain, pourquoi ce type est-il aussi parfait même quand il dort ?

Mon regard s'attarde sur ce corps fin, enchevêtré dans ses draps de soie. Sa respiration est lente et régulière. Elle fait délicatement se gonfler sa poitrine d'un mouvement répétitif… Il n'y a qu'un seul téton à l'air libre, durci par la fraîcheur qui s'insère par la fenêtre entrouverte. Je ne peux alors résister à la tentation de glisser ma main sur cette épaule tiède qui dépasse. Elle est encore plus douce que le tissu noble qui l'entoure…

Sous ma caresse, il lâche un léger soupir, et son épiderme se déforme d'une chair de poule… Sa bouche fine s'humidifie par reflex, me faisant par effet miroir ravaler ma propre salive... Si je l'embrasse maintenant, il va se réveiller n'est-ce pas ?

Je n'en ai aucune envie. Je veux continuer à le mater plus longtemps, sans qu'il ne le sache. S'il le savait, il se moquerait de moi, et moi que je l'insulterais en lui criant dessus, ne sachant que faire d'autre…

Putain fais chier. Je ne peux pas m'empêcher de fondre pour cet abruti. Fuck. Ces pensées mielleuses… Aaaah, j'ai envie de me gifler…

Ouais. J'ai voulu le détester. Dieu sait que j'ai essayé de ne pas céder. Mais ce type est trop… Il est trop tout… Nom d'un chien, son visage endormi, ses cheveux blonds comme les blés… Je ne peux pas… Je lutte, mais c'est trop pour moi… Alors, j'essaie de recouvrir mes yeux de ma main gauche, pour cacher de ma vue cette incarnation du pécher…

Mais aussitôt mes doigts s'écartent instinctivement devant l'image de deux chevilles frêles qui remuent légèrement. Ses mollets et ses jambes, façonnées par les cieux en personne, se contractent et s'étirent mollement.

J'ai toujours trouvé que la façon dont Gian se prélasse ressemblait plus à un chat qu'à un chien... Assez ironique pour un mec qui se fait appeler « Lucky Dog ». Et quand je le lui fais remarquer, il me répond que c'est pour compenser, parce que je me comporte déjà moi-même comme un gros chien… Ca explique aussi pourquoi on est un peu comme chien et chat…

Hé ! hé ! hé ! Non ! N'allez pas croire que je suis un pervers parce que ce bâtard l'a dit, ok? D'abord il me provoque H24, et après il s'étonne que je craque et que je me jette sur lui... Et je sais qu'il fait exprès ce con !

Parfois son attitude me rend tellement fou, que pour me calmer je suis obligé de me le faire sur le champ. Généralement ça le calme aussi. Ou sinon je lâche plus ou moins volontairement des TMI devant les autres. Généralement, ça, ça le fait vriller. Et il me met la misère après…

En fait, il veut avoir l'air invulnérable auprès de ses subordonnés… Alors se faire sauter par un de ses Capo, ce n'est pas génial comme image du Boss intouchable… Même si je comprends que ça l'agace, je suis obligé de faire ça… Car Gian ne laisse personne indifférent… Que ce soit Bernardo, Luchino, Guilio ou les vieux du conseil... Sans parler des mecs du GD… Ah. Et de moi aussi en fait…

Moi qui ai horreur des pédales… Sans déconner ce mec est un piège…

PUTAIN ! Ils ont tous des vues sur mon gars ! J'en suis sûr ! Ça se voit dans leurs regards ! Non, je ne suis pas parano ! Ce sont tous des tarlouzes!... Shit. Shit. Shit ! Voilà pourquoi je suis obligé de marquer mon territoire !

…Enfin mon territoire… Même après tout ce temps, je n'ai toujours pas l'impression que Gian soit réellement à moi. Il a beau le dire et même le prouver à sa manière, il n'en est pas moins NOTRE Boss. Nous dépendons tous de lui, moi comme les autres membres du CR:5… On la connaît celle-là. Cosa Nostra mes couilles…

Dans un monde idéal, Gian ne serait qu'à moi… Il n'y aurait que nous deux et personne d'autre. En vérité, j'aimerais ne pas avoir à le partager avec qui que ce soit. Je lui ai même proposé de créer notre propre gang, où peu importe que tu sois italien pur souche ou non, tout le monde serait égal. Pas de discrimination ! Mais lui, c'est son destin d'être le Boss du CR:5, donc il ne peut lâcher personne. Et il est intimement convaincu que moi non plus. Bien que je ne sois pas un vrai italien, mes liens avec ces mecs sont réels. Je n'ai pas le droit de les abandonner… Même pas pour lui… Cette façon de penser, ne le rend que plus honorable…

Parfois je me demande si nous sommes vraiment ensemble. Est-ce que je mérite sérieusement de partager le lit d'un type comme ça ? Je me sens si faible face à lui, si démuni. Il me fait un tel effet que je suis incapable de me défendre... Je suis tellement frustré… Avec le moindre de ses regards charmeurs il me désarme complètement. Je suis… désarçonné.

Qu'est-ce qu'il peut bien me trouver de spécial ? Avec tous ces types qui l'entourent et qui en pincent probablement pour lui... Pourquoi de tous m'avoir choisi moi? Le plus idiot, le plus vulgaire, le plus méchant avec lui...

Aaaah, c'est ridicule à quel point je l'admire... Autant dans sa fermeté et son charisme de Boss que dans sa douceur et sa fragilité lorsque je le tiens dans mes bras… Par contre quand il aboie comme un malinois tout le monde ferme sa gueule, même les vieux Consigliere… Dans ces moments-là, il est tellement sexy que je ne sais pas si j'ai plus envie de m'agenouiller pour lui embrasser les pieds ou de le prendre sauvagement contre un mur.

Shit. J'ai vraiment pensé ça ? C'est pas ce que je voulais dire ok ?... Oh et puis merde.

Il semble encore endormi. Alors je m'approche de lui pour respirer un peu son odeur. Il est propre. Lui qui a toujours été si laxiste sur l'hygiène… Depuis qu'on sort ensemble il s'est mis à se laver rigoureusement... Il n'a toujours pas compris que c'était son parfum naturel que je préférais… Heureusement, je perçois sous l'odeur de miel des champs de son gel douche, une subtile fragrance de sa sueur. Celle qui me fait perdre les pédales...

Allongé tout près de lui, je me penche de côté avec l'idée de l'embrasser dans le cou pour humer et goûter cette eau légèrement saline, au goût de GianCarlo… Alors que mon visage n'est alors plus qu'à quelques centimètres du sien, il ouvre soudain ses grands yeux dorés d'un battement de cil.

Je suis ébloui par ces deux soleils, et les étoiles qui prennent vie dans son sourire.

Sous le choc, mon rythme cardiaque s'accélère. Mes pensées se bousculent. Prêt à justifier de mes actes, je fronce les sourcils et bafouille. Mais j'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche que ses mains se sont déjà posées sur mon visage ébahi. Il m'attire à lui et me fait taire d'un baiser tendre et audacieux. Il m'embrasse les yeux fermés en gémissant fébrilement. Et face à son expression aussi paisible que licencieuse, je rejoins la liesse en vocalisant à mon tour ma félicité matinale.

Un frisson de honte traverse mon échine lorsque je prends conscience de ma propre voix qui gémit en concert avec la sienne. Cette pensée puérile est vite éclipsée par Gian. De toute façon, il n'y a que lui qui occupe mes pensées. Il n'y a que lui, dont j'ai toujours rêvé. Un vrai ami. Un vrai ami en qui avoir confiance…

Au bout de quelques secondes nos bouches s'éloignent lentement l'une de l'autre. Et une fois de plus, je peine à trouver mes mots… Evidemment, lui, prend la parole sans hésiter.

- Tu as bien dormi Ivan ?

Je déglutis péniblement. Cette andouille me pose la question tous les jours, comme si cela l'inquiétait vraiment. A moins que cela ne le réjouisse particulièrement de savoir que je ne dors bien qu'en sa compagnie… Shit. Il a cette manière unique et réconfortante d'enlacer ma tête contre sa poitrine, je me sens comme un enfant contre sa mère et je dors comme un bébé…

- Ouais et toi ? Ça fait longtemps que t'es réveillé ?

- Si la question est : « est-ce que je t'ai senti me dévisager sous toutes les coutures depuis une bonne demi-heure », la réponse est oui, répond-il d'un ton taquin.

- Fuuuuuck ! Pourquoi tu faisais semblant de dormir espèce de connard ?!

Et c'est reparti pour un tour.

Je fais semblant d'essayer de l'étouffer avec un oreiller. Il résiste. On se chamaille avec les doigts entrelacés, incapable d'être sérieux dans la bagarre... Il m'attaque en me mordant le cou. Je le pince en retour. Et enfin il me maîtrise avec des chatouilles sur les côtes. Le fourbe… J'en ris aux éclats comme possédé par Lucifer en personne…

Oh ? Bizarre. Avec la lumière auréolant son corps nu, je crois voir un ange assis à genoux sur moi.

Cette image éthérée stoppe le temps un instant, transformant ma pauvre âme de pécheur en un poète devant sa muse.

Merde… Je l'aime à en crever.