Portrait d'Ivan : The Moon

Hein? Qu'est ce qui se passe ? …Je l'ai chatouillé trop fort ou quoi ?

Le reflet du soleil fait briller les larmes naissantes d'Ivan que je n'avais même pas remarquées. Les commissures de ses yeux avaient pris une jolie couleur rosée qui tranchaient avec la pâleur de sa peau et le bleuté de ses cernes.

- I-Ivan... tu pleures ?

- Q-Quoi ?! Y a pas moyen que je pleure ! Qu'est-ce que tu racontes idiot ?!

Et ce Finocchio me dit ça en s'essuyant le visage. Bon, je vais faire comme si je n'avais pas compris…

- Ah bon ? Alors t'as juste une gueule de vampire triste, haha !

- Heeeein ?!

Je ne peux pas m'empêcher de le taquiner… La frustration dans la voix d'Ivan est une devenue comme musique pour mes oreilles. Dire qu'au début je pensais que c'était un gros connard bon qu'à cogner et aboyer… Je ne saurais expliquer comment tout a commencé entre nous… Ça s'est juste fait comme ça sans prévenir. Après avoir vu son vrai visage, je l'ai tout simplement laissé franchir la limite avec moi... Cependant, cela aurait très bien pu ne jamais arriver vu comment il cache bien son jeu…

Ivan est réalité un grand sentimental. Tendre, attentionné et altruiste. Surprenant n'est-ce pas ? Mais je l'ai vu à l'œuvre, aussi bien professionnellement que personnellement. Il prend soin de son quartier, de ses habitants avec une bienveillance et une patience sans pareil.

Et avec moi… Il a beau avoir l'air d'une brute épaisse parfois, lorsqu'il me parle comme un charretier, ou qu'il m'utilise pour combler ses besoins sexuels… En vérité il m'a toujours chéri de tout son cœur. Il fait le dur uniquement pour cacher ses vrais sentiments, de peur de paraître vulnérable face à moi…

Le jour c'est un vrai rustre sauvage qui la nuit se transforme en le plus tendre des amants. J'aime cette dualité chez lui. Il est si affectueux et si bestial à la fois... Doux comme un agneau et féroce comme un loup… Cazzo. Il me fait complètement tourner la tête…

Mais force est de constater qu'Ivan est effectivement obsédé par le sexe. Ce n'est pas pour me déplaire, mais putain, on baise vraiment comme des lapins. Dans un couloir, un cagibi, un chalet abandonné, entre deux missions. Rien ne l'arrête, il est infatigable. Et surtout un rien suffit pour la lui faire lever !

Généralement faire l'amour l'aide trouver le sommeil. Toutefois, quand il se réveille dans une crise de panique nocturne, à moitié somnambule je l'enlace et l'embrasse jusqu'à ce qu'il s'endorme, ce qui s'avère efficace jusqu'au lendemain matin… Néanmoins, j'adore lorsqu'on se réveille ensemble que ce soit à 3 heures ou à 10 heures du matin…

Parfois lorsque je fume mon tabac seul la nuit, appuyé sur le rebord de la grande terrasse de pierres, je sens deux membres puissants enlacer tendrement mon corps par derrière. Des mains bienveillantes qui caressent délicatement mes hanches et ma taille. C'est à ce moment-là que je bénis le surmenage de me causer à moi aussi des insomnies…

On peut tomber amoureux de mille et une personnes pour mille et une raison différentes. Mais avec Ivan il y a quelque chose de vraiment... Spécial. Une sorte d'alchimie parfaite entre nos caractères.

En fait nous sommes tous les deux des vrais gamins. On se chamaille pour un rien et la seconde d'après nous sommes les meilleurs amis du monde. Nous faisons les 400 coups ensemble… Il y a tellement de bons souvenirs que je ne saurais énumérer… Je me souviens de la fois où on s'est jetés dans le port en faisant exploser la bagnole pour échapper au GD et sauver la petite Rosalia. Putain c'était moins une, on avait vraiment failli crever cette fois-là. Mais lorsque nous avons repris conscience sur le remorqueur où nous avions échoué, nous n'avons pas pu nous empêcher d'exploser de rire comme des fous. Ensemble on est vraiment ingérables…

- …Ti amo…

Pardon ?

Euuuuuuh, pourquoi est-ce qu'Ivan me fixe comme ça avec ces yeux de merlan frit ? Attendez, attendez, c'est moi qui vient de dire ça à voix haute ?! Wooooooooh, qu'est ce qui m'a pris ?! C'est l'évocation de ce souvenir nostalgique qui m'a fait déraper. Qu'est-ce que je fais maintenant ?! Qu'est-ce que je fais ?!

- …Q-Qu'est-ce que tu viens de dire, Gian ?

Ma caboche, je t'en supplie trouve une blague, ou une pirouette n'importe quoi ! Je bégaie un peu, sans être foutu de pondre un truc pour me sauver. Quand soudain Ivan hystérique me choppe violement par les épaules et me secoue comme un baobab.

- Nom d'un chien t'as dit quoi Gian, là ?! Je suis pas bilingue en italien, mais me prends pas pour un con non plus !

Il a entendu de toute façon, alors pourquoi il me demande de répéter ? … Dire que je ne lui avais jamais dit avant aujourd'hui… Arrgh, ça m'a tout bonnement échappé ! Et il me met une de ces pressions avec ses yeux insistants et ses dents serrées… Pfff, c'est foutu de toute façon, alors à quoi bon nier ?

- Ouais. T'as très bien entendu. J'ai dit que je t'aimais I-Van Fi-O-Re.

Stupéfait, il lâche soudain ma clavicule qui était sur le point de céder tellement il la serrait fort. Et cette fois c'est le bout de son nez qui devient tout rose. Face à cette réaction adorable, je ne peux retenir un sarcasme de satisfaction.

- Oh, serais-tu ému par ma déclaration, ou quelque chose du genre ?~

Je l'interroge avec mon ton mielleux qui l'agace en espérant qu'il me rétorque une de ses vacheries habituelles. Mais rien ne vient, il reste muet comme une tombe. D'ailleurs maintenant que j'y pense, lui non plus ne m'a jamais déclaré ses sentiments officiellement… Ca a dû le perturber… Je commence à me demander si j'ai bien fait d'y aller au culot, quand soudain j'entrevois ses joues rouges et son expression intimidée.

- Tu… Tu le penses vraiment ?

C'est vraiment un crétin… Mais maintenant je suis rassuré… Alors je hoche la tête en signe d'approbation tout en continuant à lui sourire jusqu'aux oreilles. Malgré le pic de stress que ça m'a causé, je suis heureux d'avoir réussi à lui avouer ce que je pensais réellement depuis tout ce temps. Et par-dessus tout qu'il ne m'envoie pas chier avec sa pudeur et son nervosisme mal plac...

- … Mmmh… Nghh ?!

Qu'est ce qui se passe maintenant ? Je sens ses lèvres plaquées contre les miennes en train de les dévorer vivantes… Ooooh, Ivaaan… Cette fois c'est toi qui m'a pris par surprise~

Je réponds à son appel avec ferveur en fourrant ma langue dans sa bouche de la plus obscène des façons. On s'embrasse chaotiquement, tels de vrais bourrins. Puis, au bout de quelques instants, ma bouche se gonfle sous l'effet de ce baiser bordélique que ni l'un ni l'autre n'a envie de terminer.

Alors d'un geste passionné, je glisse mes doigts dans ses cheveux pour les emmêler dans tous les sens et continuer à le galocher. Ils sont légèrement poisseux de cire et de sueur mêlées, mais demeurent étonnamment doux, en dépit de toutes les décolorations qu'ils ont dû subir pour obtenir ce bleu délavé digne des meilleures gay pride. D'ailleurs cette couleur aurait dû me mettre plus tôt la puce à l'oreille concernant ses vraies préférences...

Entre deux coups de langue, nous ouvrons nos yeux en même temps... Nos deux âmes se connectent via nos regards… Le sien me fait penser à deux lunes d'hiver, d'un gris pâle et nacré aux subtils reflets bleus. Oh et il y a quelque chose d'autre que je trouve absolument ravissant chez Ivan. Ce sont ses adorables microscopiques taches de rousseur claires en haut de ses pommettes, stigmates de ses racines irlandaises. On ne peut les voir que de très près, comme par exemple maintenant pendant que nous sommes plongés dans le regard l'un de l'autre.

Mes doigts s'égarent lentement le long de sa mâchoire anguleuse. Il se laisse faire comme un chien obéissant mais arbore cette irrésistible mine boudeuse qui me fait craquer. Je suis incapable de décrire à quel point je l'ai dans la peau… Et je ne parle pas de ce tatouage CR:5 sous mon épiderme…

Sa bêtise, son orgueil, sa colère, sa jalousie : tous ses défauts, je veux tous les embrasser. Parce que le cœur d'Ivan est aussi pur qu'Anne aux pignons verts. Elle n'a toujours rêvé que d'une robe blanche pour être heureuse, et lui, d'un ami… Et celui qu'il a choisi pour remplir ce rôle, c'est moi. Cela vaut bien plus que n'importe quel titre de Boss. Cela n'a pas de prix.

Alors j'ai décidé que pour le restant de mes jours, je confierai ma vie à Ivan, de la même façon qu'il me confie la sienne…

- Bon… Ivan, tu me portes jusqu'à la salle à manger? Je commence à avoir la dalle…

- Quoi ? T'as cru que j'étais ton larbin ?!

Il râle, mais il s'exécute~. Et aussitôt il me balance une chemise sur la tête en grommelant et présente son dos pour que je grimpe dessus. Je suis sûr qu'au fond ça lui plaît de montrer à tout le monde qu'il m'a mis dans un tel état que je ne peux plus marcher ce matin~.

- Vas-y monte. Et t'as pas intérêt à te balader à poil devant les autres !

Trop content, je me presse contre lui comme aimanté par la chaleur et le parfum de sa peau tandis qu'il se lève facilement sous mon poids. Je me délecte quelques instants de cette sensation de protection qui m'enveloppe, en me réjouissant d'avoir dans ma vie cet idiot que j'aime tant.

Je n'attendais aucune réponse à ma déclaration impromptue mais finalement il me répondra quelques heures plus tard au beau milieu d'une partie de jambes en l'air. C'est tellement romantique, tellement maladroit et tellement Ivan aussi, de n'oser déclarer ses sentiments que dans un moment de faiblesse comme celui-là…

C'est vrai qu'il ne marche que rarement à visage découvert, mais chaque jour et chaque nuit, je découvre une nouvelle facette de cette lune mystérieuse qui fait chavirer mon cœur. Et en attendant qu'il se livre complètement, je possède déjà la chose la plus précieuse d'Ivan : ce magnifique sourire qu'il n'offre qu'à moi et qui illumine en ce moment son visage…