La Lance et le Marteau - Side Story I
Résumé
Lors d'un lendemain particulièrement difficile, Aloy semble avoir perdu les souvenirs de la soirée de la veille, qui a été bien arrosée par de la bière oseram. Et Érend ne semble pas vouloir l'aider à s'en souvenir...
Notes
Cette historie est une des scènes bonus dont j'avais parlé dans ma fanfic "La Lance et le Marteau". Je pense que cela peut être lu comme one-shot, mais en réalité, il prend place entre pendant le chapitre 13, avant le chapitre 14, reprenant une partie du chapitre 13 du point de vue d'Aloy. Cela permet d'approfondir un peu ses pensées et c'est intéressant d'écrire aussi de son point de vue (j'avoue avoir surtout écrit du point de vue d'Érend dans ma fic principale, ahah).
Bref, bonne lecture o/
Deux autres scènes suivront dans les jours qui viennent (faut bien faire passer le temps jusqu'à vendredi xD)
Side story I
Après une soirée bien arrosée
Sa bouche était pâteuse.
Ce fut la première pensée qui lui traversa l'esprit quand elle se réveilla.
Sa tête était douloureuse.
Ce fut la seconde pensée.
Qui osait frapper ainsi à sa porte ?
Ce fut la troisième pensée. À laquelle la réponse vint rapidement.
« Aloy ? » dit une voix de l'autre côté de la porte. « Est-ce que ça va ? »
Aloy reconnut aussitôt la voix d'Érend derrière le battant de la porte. Le Capitaine de l'Avant-garde semblait inquiet. La jeune femme avait d'abord été tentée de l'ignorer, afin de rester dans le noir le plus complet, mais se dit qu'elle ne pouvait décemment pas le laisser dans cet état d'inquiétude.
La rouquine s'assit sur le canapé où elle s'était réveillée et se passa une main dans ses cheveux. Son mal de tête la lancinait et elle n'avait vraiment pas envie d'aller ouvrir la porte. Ouvrir la porte signifiait voir de la lumière… entendre du bruit… Et sa migraine lui murmurait doucement que ce ne serait pas des plus agréable…
« Aloy ? » appela Érend en frappant à nouveau à la porte. « Est-ce que je dois ouvrir la porte à coup de marteau ? »
La dernière phrase avait été prononcée sur un ton plus bas, comme s'il s'interrogeait à voix haute. Aloy secoua doucement la tête. Le Capitaine était vraiment inquiet. Tant pis pour sa migraine, le principal était de le rassurer.
Elle se leva alors et faillit tomber en se prenant les pieds dans un seau. Elle jura et se demanda ce que faisait ce seau à cet endroit… Puis elle remarqua enfin qu'elle était couchée au rez-de-chaussée, sur le canapé d'Olin. Elle n'était même pas montée jusque dans la chambre…
Mon état devait vraiment être déplorable… pensa-t-elle avec une grimace en se passant une main sur le front. Plus jamais je ne boirai d'alcool… En tout cas, pas autant !
Elle se dirigea vers la porte, la déverrouilla et ouvrit. La lumière du jour lui agressa les yeux et elle eut envie de refermer le battant. Mais elle décida de juste plisser les yeux.
« Aloy, » dit Érend, manifestement soulagé de la voir se manifester. « Est-ce que ça va ? »
« Disons que je comprends maintenant l'expression 'avoir mal aux cheveux'... » répondit-elle avec une moue en se passant une main dans sa tignasse emmêlée. Elle réussit même à coincer un de ses doigts dans un nœud de mèches et batailla un moment pour s'en défaire. Elle en fut gênée mais Érend ne montra aucun signe de moquerie. Érend ne se moquerait jamais d'elle. Il la taquinait mais jamais méchamment. Après tout, c'était le premier à l'avoir réellement traitée comme si elle était un être humain normal, et non pas comme une paria…
« Je peux entrer ? » demanda-t-il après l'avoir examinée un moment. « Je pense que l'obscurité te fera plus de bien. »
Elle hocha la tête, reconnaissante, et le laissa entrer. Elle ferma la porte derrière lui et soupira de bien-être quand ils furent plongés dans la semi-obscurité de la pièce. D'un pas lourd, une main toujours posée sur son front, elle alla s'asseoir sur le canapé, son pied cognant une fois de plus le seau.
« Maudit seau ! » grommela-t-elle en se laissant lourdement tomber sur le sofa.
« Oh, tu as suivi mon conseil, » dit Érend, un peu amusé.
Aloy fronça les sourcils et leva les yeux vers le Capitaine de l'Avant-garde.
« Ton conseil ? » répéta-t-elle.
Elle se rendit alors compte que tout était flou dans sa tête. Elle se souvenait clairement du début de la soirée. Elle s'était beaucoup confiée à Érend, lui racontant tout, ou presque. Elle avait craint un moment qu'il ne juge ses propos d'irréalistes et d'impossibles… Mais Érend n'était pas Oseram pour rien. Les Oserams, la plus pragmatique de toutes les tribus qu'Aloy connaissait. Les Oserams qui avaient plus de bon sens que les Noras qui vénéraient une montagne ou les Carjas qui vénéraient le soleil. Sans doute Érend n'avait-il pas tout compris des propos d'Aloy - elle-même avait du mal à comprendre certains concepts - mais il l'avait écoutée et avait même posé des questions. Puis Aloy avait demandé à boire un deuxième verre de bière… Puis le noir complet.
« Oui, je t'ai dit hier soir qu'il valait mieux mettre un seau près de ton lit. Tu ne te souviens pas ? »
Aloy se sentit rougir et remercia la semi-obscurité de la pièce qui cachait sa gêne. Nous, elle ne s'en souvenait pas. Cela voulait-il dire qu'Érend l'avait ramenée chez elle ? Cela ne l'étonnerait qu'à moitié.
« Pour être tout à fait honnête… la soirée d'hier est un flou total… » avoua-t-elle d'un ton un peu piteux.
Elle avait honte de le dire à voix haute. Qu'est-ce qui lui avait pris de boire autant… ?
« Ah… » souffla Érend, comme totalement dépité.
« Comment ça 'Ah'... ? » demanda-t-elle en redressant aussitôt la tête. « Je me suis rendue ridicule, c'est ça ? J'ai fait des choses que je n'aurais pas dû… »
Oui, c'était forcément ça. Elle avait été ivre et elle avait été ridicule. Ses joues chauffèrent un peu plus. Elle qui avait toujours eu une maîtrise d'elle-même avait été sous l'emprise de l'alcool… Elle craignit un peu la réponse de l'Oseram.
« Quoi ? Non, non pas du tout… », s'empressa de répondre Érend.
Il semblait gêné et Aloy comprit qu'elle avait vraiment fait quelque chose. Elle fronça les sourcils. Si seulement elle se souvenait ! Elle allait l'interroger. L'avait-elle mis dans l'embarras ? Lui avait-elle fait honte d'une façon ou d'une autre ? L'avait-elle tourné en ridicule d'une quelconque façon ?
Elle ouvrit la bouche afin de l'interroger et ainsi pouvoir s'excuser, mais il reprit aussitôt la parole, comme pour ne pas lui laisser le temps de dire un mot : « Je t'ai apporté une potion contre la gueule de bois, » dit-il. « Si tu prends ça, ça ira mieux dans quelques heures. »
Il lui mit aussitôt la potion entre les mains. Elle n'eut même pas le temps de le remercier qu'il se détournait d'elle et ouvrait la porte pour partir. Elle ouvrit la bouche pour le rappeler, mais il l'interrompit à nouveau :
« On se voit plus tard, » dit-il d'un ton un peu trop enjoué pour être honnête.
Et il partit sans même attendre de réponse. Fronçant les sourcils, Aloy se gratta l'arrière du crâne tout en regardant la porte se fermer derrière Érend. Elle baissa les yeux sur la potion qu'il lui avait remise et tenta, dans un effort monstrueux, de se rappeler de la veille. Mais cela ne fit qu'accentuer son mal de tête.
Elle décida donc de boire la potion et retourna s'allonger sur le canapé d'Olin, après avoir remis le seau à sa place, au cas où.
Elle s'endormit rapidement, d'un sommeil sans rêve. Et quand elle se réveilla, quelques heures plus tard, elle se sentait mieux. La potion était vraiment efficace. Il lui faudra remercier Érend.
Elle se leva et se promit une fois de plus de ne plus boire d'alcool… Ou en tout cas, plus jamais au point d'oublier une soirée entière. Car si Aloy avait espéré que la potion et le sommeil lui ramèneraient ses souvenirs, elle devait en être déçue. C'était toujours le flou total…
La première chose qu'elle fit après s'être étirée de tout son long, ce fut de ranger le seau à sa place. Elle se rassit ensuite sur le canapé et démêla ses cheveux avec ses doigts, tout en réfléchissant encore et toujours à la soirée de la veille.
Alors qu'elle chipotait à ses cheveux, son focus tomba sur le canapé à côté d'elle. Elle fronça les sourcils et ramassa l'appareil. Elle le regarda un moment en réfléchissant avant de le mettre près de son oreille. Il était temps de vérifier quelque chose…
Elle alluma l'appareil et aussitôt, elle fut entourée par la toile familière, composée de douce lumière violette. Elle remarqua directement l'icône indiquant que de nouvelles activités avaient été enregistrées. Elle soupira. Ce n'était pas la première fois que son focus enregistrait ainsi, sans qu'elle ne fasse rien pour cela. Était-ce une bonne ou une mauvaise chose… elle ne saurait le dire. Elle repensa à l'enregistrement de l'Éclosion, qui avait été déclenché sans qu'elle le veuille vraiment… Elle repensa à la dernière image de Rost, qui avait été immortalisée au sein de ce petit appareil. Elle se mordit la lèvre inférieure, décida de repousser le souvenir de Rost. Ce n'était pas le moment…
D'une main légèrement tremblante, elle appuya sur l'icône et une fenêtre apparut dans son champ de vision. Elle appuya sur le petit triangle qui mit l'enregistrement en marche. Dans l'enregistrement, la Aloy de la veille était en train de regarder Érend partir, quittant la table avec deux verres qu'elle supposa être vides. Elle avait certainement chipoté à son focus en se passant une main dans les cheveux…
Elle vit Érend revenir avec le verre qu'elle avait demandé et ils parlèrent longuement. Aloy décida d'avancer rapidement car rien de fâcheux n'était arrivé pour le moment. Elle remit la vitesse normale quand elle constata que la soirée se terminait.
La voyant ivre, Érend proposa de la raccompagner chez elle. Aloy sourit. Elle avait deviné juste. Mais en même temps, c'était bien Érend, ça. Toujours attentif à elle et à son bien-être, voulant s'assurer que rien ne lui arriverait.
La scène d'après lui donna honte, par contre. Elle se sentit rougir quand elle comprit qu'elle était ivre au point de ne même pas savoir ouvrir sa porte ! Érend avait dû le faire pour elle. Il lui avait pris la clé des mains pour pouvoir ouvrir la porte.
-·- Et voilà, -·- disait l'Érend de l'enregistrement en ouvrant la porte. -·- Si tu veux un conseil, mets un seau à côté de ton lit, au cas où…-·-
Aloy grimaça tant dans l'enregistrement que dans le moment présent. Ainsi, c'était bel et bien lui qui lui avait conseillé de mettre un seau à côté de son lit. Sauf qu'Aloy n'avait même pas atteint le lit, se contentant du canapé. C'en était limite pathétique.
Dans l'enregistrement, elle se plaignait d'avoir la tête qui tournait, se demandant à voix haute quand ça s'arrêterait.
-·- Quand tu es remise de la gueule de bois ? -·- Érend rit un peu avant de reprendre son sérieux. -·- Mais en vrai, désolé, vraiment. Je n'aurais pas dû te donner ce deuxième verre… -·-
Elle le rassurait alors. Et tout ce qu'elle disait était vrai. Ce n'était pas de sa faute, à lui. C'était elle, Aloy, qui avait voulu oublier ses tracas du moment. C'était elle qui avait insisté pour boire une deuxième pinte bière alors que lui-même se demandait si c'était raisonnable. C'était elle qui avait voulu se déconnecter de ses tracas pour profiter du moment présent. C'était de sa faute à elle.
-·- Aloy, tu as toujours le droit de prendre une pause… Tu as le droit de te permettre des choses… Mais la prochaine fois, ce sera sans bière. -·-
La rouquine ressentit quelque chose au fond d'elle quand elle le vit faire un clin d'œil. Érend avait toujours eu ce genre de comportement un peu charmeur et elle devinait que ce n'était pas qu'avec elle. Mais cela ne l'empêchait pas de ressentir quelque chose d'étrange et d'inconnu. Quelque chose qu'elle n'avait jamais ressenti encore. Et qu'elle ne ressentait qu'envers l'Oseram.
Alors qu'elle s'interrogeait sur ses sentiments, l'enregistrement défilait et elle comprit enfin pourquoi il y avait comme un malaise quand Érend était venu lui donner la potion le matin-même… La veille, elle l'avait… embrassé !
Aloy mit l'enregistrement sur pause avant de se prendre le visage entre ses mains. Elle avait donc bel et bien fait quelque chose. Elle s'était rendue ridicule. Comment avait-elle pu faire une chose pareille ! Jamais plus elle n'oserait regarder Érend en face ! Elle l'avait attrapé par son écharpe et l'avait tiré à elle. Elle avait posé ses lèvres sur les siennes et de ce qu'elle voyait, ça n'avait pas l'air agréable. Elle se demanda un moment ce que les gens pouvaient apprécier dans le fait d'embrasser…
Après un moment à s'être apitoyée sur son sort, elle releva la tête. Érend semblait surpris dans l'enregistrement. Vraiment surpris. Après un moment d'hésitation, elle remit l'enregistrement en marche.
Elle se séparait d'Érend et avait les sourcils froncés.
-·- C'est ça embrasser… Ce n'était pas agréable… -·-
Aloy grimaça. Et elle grimaça encore plus quand elle entendit Érend approuver :
-·- En effet… -·-
Donc non seulement elle s'était rendue ridicule, mais en plus elle était nulle pour embrasser. Si elle pouvait remonter le temps, elle empêcherait tout cela d'arriver…
Dans l'enregistrement, elle lâchait l'écharpe d'Érend et elle crut voir comme de la culpabilité sur le visage du Capitaine de l'Avant-garde. Il ouvrit la bouche pour parler, mais elle-même reprit la parole tout en se passant une main dans les cheveux.
-·- Je suis désolée… Je suis une abomination qui ne sait même pas embrasser… Si c'est pas pathétique… -·-
Et en plus, elle s'apitoyait sur son sort. Ce n'était pas son genre. L'alcool faisait vraiment ressortir les pires côtés de sa personnalité ! Elle se promit alors de bannir purement et simplement l'alcool de sa vie. Comment Érend pouvait apprécier cela !
Alors qu'elle allait rentrer chez Olin, Érend la rattrapa par la main. Elle pouvait voir que ses gestes étaient empreints de douceur et de délicatesse, comme quand il avait pris Ersa dans ses bras la dernière fois qu'il l'avait vue. Et une fois encore, Aloy s'étonnait de voir un homme d'une telle stature pouvoir faire preuve d'autant de délicatesse.
-·- Aloy… -·-
Le cœur d'Aloy se serra dans sa poitrine. La voix d'Érend était empreinte d'une telle… tendresse ? Il semblait chercher les mots et la jeune femme vit le visage du Capitaine s'adoucir dans l'enregistrement. Elle déglutit tout en le regardant. Elle eut envie de mettre l'enregistrement sur pause pour pouvoir le regarder plus longtemps, mais rougit à cette pensée et laissa la vidéo défiler.
-·- Aloy, tu sais, il faut être deux pour embrasser… Et, comment dire… tu m'as pris un peu au dépourvu… -·-
C'était une façon plutôt polie pour dire qu'elle lui avait pratiquement sauté dessus… Elle crut que l'histoire allait se terminer là. Mais elle vit alors Érend tendre une main vers elle pour remettre une mèche de cheveux derrière son oreille. Puis, il posa cette même main sur sa joue. Aloy sentit une chaleur monter au sein de son ventre quand elle le vit se pencher vers elle afin de l'embrasser.
Aloy mit sur pause et reprit une nouvelle fois son visage entre ses mains. Elle posa ses coudes sur ses genoux et se pencha en avant. Ils s'étaient donc embrassés plusieurs fois. Mais surtout… Érend l'avait embrassée de lui-même. Elle ne savait pas quoi en penser. Est-ce que cela voulait dire qu'il était sincère quand il lui faisait ses numéros de séduction pas très subtiles ?
Elle releva la tête. Le baiser qui était figé sur son écran semblait doux et plus agréable que le premier qu'ils avaient échangé. Lui, au moins, il savait embrasser. Il avait certainement plus d'expérience que la paria qu'elle avait été. Elle se demanda si elle allait avoir le courage de continuer à regarder ou si elle allait fuir la réalité…
Elle fronça légèrement les sourcils, retira les mains de son visage et appuya sur le petit triangle avec détermination. Il fallait qu'elle sache ce qui s'était passé, ce qui avait été dit la veille.
Le baiser qu'ils échangeaient dans son enregistrement était doux jusqu'à ce qu'elle attrape son écharpe pour le tirer plus près d'elle. À ce moment-là, le baiser sembla changer et devenir un peu plus passionné. Les bras de l'Oseram passèrent autour d'elle pour le tenir contre lui et Aloy aurait bien voulu se rappeler la sensation que cela faisait. Alors que les secondes défilaient, la rouquine se disait que le baiser durait bien longtemps. Elle ne savait même pas qu'un baiser pouvait durer aussi longtemps.
Érend finit cependant par se séparer doucement d'elle et elle dit, d'une petite voix :
-·- C'était… bien plus agréable. -·-
-·- Je le prends pour un compliment, -·- dit Érend avec un sourire.
Aloy fit une petite moue en voyant son visage. Si elle semblait ivre, lui semblait fier qu'elle trouve son baiser agréable. Ah, cette fierté masculine…
-·- On pourrait pas… oublier le premier… qui était nul… -·-
Et l'alcool semblait lui avoir ôté toute capacité à parler correctement aussi, semblait-il. La voilà qui bégayait presque, maintenant…
-·- On peut aussi le qualifier d''inexpérimenté' plutôt que de 'nul'… -·-
Et même si elle était ivre, même si elle était certainement réellement nulle pour embrasser, il faisait quand même tout pour que ses sentiments soient préservés. Lui qui se moquait des sensibleries des Carjas pouvait néanmoins se montrer assez sensible quand il le voulait. Cela la fit sourire.
-·- On peut dire que c'est à cause de la bière… ? -·-
Aloy secoua la tête dans le présent. Vraiment n'importe quoi…
-·- Aussi, -·- approuva Érend.
Il la relâcha doucement mais pas totalement. Il garda ses mains sur ses hanches, comme s'il était réticent à l'idée de la lâcher. Et Aloy elle-même ne semblait pas décider à lâcher son écharpe.
-·- Maintenant, va te coucher. Et n'oublie pas le seau. -·-
La voix d'Érend semblait un peu plus rauque que d'habitude. Et il la lâcha finalement. La rouquine lâcha son écharpe tout en hochant la tête. Elle lui souhaita une bonne nuit et rentra. Puis, l'enregistrement prit fin, au moment où la porte se refermait sur le capitaine qui semblait être à la fois heureux et confus par ce qui venait de se passer.
Son focus lui demanda si elle voulait conserver l'enregistrement ou l'effacer. Elle hésita un moment puis décida de le conserver. Elle réfléchit alors au comportement d'Érend le matin même.
Pourquoi ne lui avait-il pas dit ce qui s'était passé la veille ? N'avait-il pas apprécié ? Ou peut-être… regrettait-il qu'ils se soient embrassés ?
Et elle-même, que devait-elle faire ? Lui avouer que son focus avait enregistré et qu'elle était donc au courant de tout ? S'excuser d'avoir fait ce qu'elle avait fait ?
Que ressentait-elle réellement face à ces baisers, de toute façon ? C'était la première fois qu'elle expérimentait ce genre de contact avec quiconque et elle ne s'en souvenait même plus. Devait-elle faire comme si elle avait réellement oublié la soirée de la veille ?
Cette pensée la frustra un peu mais elle se dit que c'était certainement le plus raisonnable à faire.
Puis, une autre pensée lui traversa l'esprit… Sylens avait-il assisté à tout cela ? L'idée la révulsa tellement qu'elle décida de retirer son focus. Il avait dit qu'il avait copié toutes ses données quand elle était à Brunante, avant qu'elle ne soit capturée par Hélis. Pouvait-il continuer à faire cela, même maintenant ? L'idée qu'il soit si présent dans sa vie privée ne lui plaisait vraiment pas. Il faudrait qu'elle réfléchisse à comment régler ce problème…
°o0o°
Les jours passèrent et Aloy tenta de faire parler Érend concernant la soirée qu'ils avaient passée ensemble et où ils s'étaient embrassés. Elle ne lui dit pas qu'elle savait tout, car elle voulait surtout voir sa réaction à lui. Mais il continuait de dire que rien ne s'était passé, que non, elle ne s'était pas rendue ridicule mais que oui, la prochaine fois, il surveillerait sa consommation de bière.
La frustration d'Aloy grandit encore plus à ses mots. D'un côté, cela voulait dire qu'il veillerait sur elle. Mais d'un autre, cela voulait-il dire qu'il ne voulait plus qu'elle l'embrasse ?
Elle décida donc d'arrêter de l'interroger… S'il ne voulait pas lui dire ce qui s'était passé, c'était qu'il ne voulait peut-être pas que cela se reproduise. Autant ne pas insister…
°o0o°
Aloy resta un peu plus longtemps à Méridian que ce à quoi elle s'était attendue. Elle savait qu'elle devait partir. Elle avait des choses à découvrir et des endroits à visiter. Elle devait en apprendre plus sur GAÏA et trouver un moyen d'arrêter HADÈS.
Un jour, alors qu'elle quittait le Pavillon après avoir discuté avec la nouvelle Faucon-Soleil, elle entendit un homme crier être à la recherche de personnes sans famille et sans amis pour une mission.
Eh bien, on dirait que c'est exactement fait pour moi… pensa amèrement Aloy en s'approchant de l'homme.
« Oh là, l'étrangère ! Je suis Vilgund. Tu es venue en ville chercher du travail ? »
C'était un Oseram et de toute évidence, il n'était pas présent en ville quand elle avait déjoué les plans de Dervahl… Depuis ce jour-là, tout le monde connaissait la 'Nora qui avait sauvé le roi et battu Dervahl'. C'était presque… rafraichissant.
« Ahah ! Des éclats ! Assez pour t'acheter une tenue plus adaptée… »
« Ok. Arrête là si tu veux que je t'écoute. »
Le regard qu'il lançait sur son corps la dérangeait. Elle avait bien envie de lui crever le seul œil qui n'était pas protégé par son cache-œil.
« Je… je voulais dire… qu'une jolie femme aussi bien faite que toi… »
Aloy grogna et fronça les sourcils. Le regard qu'elle lança audit Vilgund dut lui faire comprendre qu'il ferait bien d'arrêter ses sous-entendus, car il se racla la gorge.
Elle songea alors qu'Érend avait été pareil à leur première rencontre, lui disant qu'elle n'était pas faite pour rester dans un trou paumé comme le Cœur de la Mère et qu'elle serait mieux à Méridian. Était-ce un truc que faisaient tous les Oserams ? Certes, depuis, Érend n'avait plus jamais fait d'allusion sur son physique, même s'il avait encore parfois tendance à jouer le charmeur avec elle.
« J'ai… entendu une rumeur à propos d'un camp banuk, » dit Vilgund, ramenant Aloy à l'instant présent. « La rumeur parle de 'machines dociles'. Alors, j'ai payé des hommes pour enquêter. Juste enquêter, c'est tout ! Ces Banuks sont rusés… trop rusés ! J'ai payé d'avance, enfin, la moitié… Je n'ai pas de nouvelle depuis. »
La situation était presque cocasse : « Donc tu veux payer quelqu'un… pour retrouver ceux que tu as payés ? » ironisa-t-elle.
« Tsss. Ah ! Ils doivent être morts. Ce qui m'intéresse, c'est la rumeur. »
C'était donc le profit qui l'intéressait. Mais Aloy était intriguée également. Cette histoire de machines dociles… Est-ce que quelqu'un s'amusait à pirater les machines avec un dispositif semblable au sien et à celui de Sylens ? Elle doutait fort que Sylens soit derrière tout cela. Ce qui lui importait surtout, c'était la connaissance. Il n'avait certainement pas de temps à perdre à pirater des machines afin qu'elles n'attaquent pas les gens. Il n'était pas assez généreux pour cela…
« Tu peux m'en dire plus sur la rumeur au sujet du camp ? »
« Ha ! Le dernier groupe n'avait que la récompense à la bouche. Toi, tu es une maline. Ce camp est si petit qu'il n'a pas de nom, où la neige ne fond jamais. On dit que les Banuks y vivent en paix avec les machines. Le calme plat ! Ça bosse, ça garde, ça papote. Si c'est vrai, si on découvre comment ils font… Imagine la valeur sur ça aurait, pour toutes les tribus ! »
« Quand tu parles de valeur, tu veux dire qu'ils te paieraient, » dit Aloy, sans vraiment le questionner. Vilgund n'avait pas l'air d'être intéressé par le bien du plus grand nombre.
« Ha ! Oui. Je ne suis qu'un homme. »
Cupide et avec ses yeux pas dans sa poche, en plus de ça…
« Si je m'intéressais à cette rumeur… » commença Aloy.
« Tu n'aurais pas besoin d'aller grimper sur les épaules du monde, » dit Vilgund, convaincu. « C'est à la limite des terres banuks, sous l'Enclume de la Lune. Et j'ai l'impression que tu as l'habitude de te promener dans l'Est sauvage… Enfin, l'Est. »
Aloy haussa les sourcils. Il était étrange d'avoir autant de surnoms. Quand elle vivait parmi les Noras, elle était 'la paria'. Quand elle est en dehors des Terres Sacrées, elle est 'la Nora' ou 'la Sauvage'. Elle se souvint même du surnom donné par Sylens. 'Une abomination'. Seule Talanah la surnommait parfois 'la non-Nora'.
« S'ils vivent réellement parmi les machines sans les craindre dans ce camp… Hé bien, tu ne peux pas rater ça, pas vrai ? Je paie au retour. »
Aloy ne dit rien et se détourna. Cette histoire de machines dociles requérait qu'elle s'y intéresse de plus près et sans trop tarder. Elle décida alors d'aller sur le marché où elle avait vu une vendeuse vendre des objets banuks. Elle avait déjà commercé avec elle, lui remettant une espèce de sculpture sur laquelle était tombée par le plus grand des hasards et qui semblait l'intéresser vivement.
Alors qu'elle était penchée sur un manteau en fourrure qui ne serait certainement pas de trop pour un voyage vers le nord, elle fut surprise par Érend qui s'approcha d'elle.
« Alors, tu prépares ton prochain voyage ? »
Il avait dit cela sur le ton de la plaisanterie et Aloy hocha la tête.
« En effet, » dit-elle.
« Oh. Bien. Euh… » Il semblait pris au dépourvu. « Je t'invite à dîner ce soir, avant ton départ ? »
Aloy hésita un moment, mais finit par hocher la tête. Après tout, elle n'avait pas l'intention de boire de la bière et ne se rendrait ainsi pas ridicule.
Il lui sourit quand elle accepta son invitation et il partit, promettant de venir la chercher après sa journée de travail.
La jeune femme réfléchit alors. Notamment aux mots de Vilgund. La rumeur, si elle s'avérait correcte, intéresserait toutes les tribus. Les Carjas et les Oserams aussi…
Est-ce que… Non… Mais…
La rouquine repensait au voyage qu'ils avaient fait ensemble, dans le but de secourir Ersa. Quand elle était partie ensuite, après avoir battu Rougemors, elle s'était parfois sentie seule. Elle s'était dit que c'était juste le temps qu'elle se réhabitue à la solitude. Elle avait passé beaucoup de temps avec Érend, puis un peu avec Talanah, sans oublier les camps qu'elle attaquait en compagnie de Nil. L'ancienne paria qu'elle était reprendrait vite l'habitude de voyager seule, pas vrai… ?
Alors, pourquoi l'idée de demander à Érend de l'accompagner la démangeait autant… ?
°o0o°
« Alors, où tes pas vont-ils te mener, cette fois ? » demanda Érend, alors qu'ils étaient installés à une table d'un petit restaurant qui proposait des pains au porc.
Aloy le regarda un moment. Il semblait serein mais elle avait l'impression qu'il jouait la comédie. Et la tentation de lui demander de l'accompagner était toujours bien présente. Si elle le faisait, accepterait-il ? Et s'il acceptait, aurait-elle le courage de lui avouer qu'elle savait ce qui s'était passé le soir où elle avait trop bu ? Et si elle l'avouait, comment réagirait-il… ? Tant d'interrogations emplissaient son esprit.
« Je vais d'abord partir vers l'est, puis vers le nord, » expliqua-t-elle finalement en haussant les épaules. « Un certain Vilgund a parlé de choses étranges à propos d'un campement Banuk. »
« Vilgund ? » s'étonna le capitaine. « Celui qui n'arrête pas de brailler sur la place du marché ? »
« Oh, je vois que tu le connais, » taquina Aloy. Elle aurait bien rajouté d'autres qualificatifs concernant Vilgund, mais elle préféra ne rien dire.
« Quiconque avec des oreilles le connait… » fit remarquer Érend avec bon sens.
« Ce n'est pas faux, » dit Aloy, qui avait en effet été attirée par ses cris.
« Et tu vas donc aller dans un campement Banuk… Que penses-tu y trouver ? » s'enquit Érend.
« Des machines dociles, apparemment, » répondit-elle en haussant les épaules et en mordant dans son pain à la viande.
Elle laissa un moment de silence s'installer entre eux avant de reprendre : « Quelque chose qui rend les machines dociles… c'est intéressant pour tout le monde, non ? » Elle avait donc entamé le processus. Elle prit une profonde inspiration en chipotant dans son assiette, pensive.
« Tout le monde en retirerait quelque chose de positif, s'il était vraiment possible de rendre des Gueules-d'orage ou des Mastodontes dociles… Tu sais, ce serait bénéfique pour Méridian aussi… Et pour l'Avant-garde... »
Elle vit Érend se frotter le menton, comme s'il réfléchissait. Avait-il compris les sous-entendus de la jeune femme. « Tu veux que je dépêche quelques-uns de mes hommes pour t'accompagner ? »
Aloy se sentit rougir jusqu'à la pointe des cheveux. Elle secoua alors vigoureusement la tête. Il avait donc compris, mais à moitié. Érend sembla surpris de sa réaction.
« Oh, je pensais que tu sous-entendais que… »
« Je ne sous-entendais que je voulais être accompagnée par certains de tes hommes, » dit-elle en cachant sa gêne en buvant une gorgée de sa boisson. Puis, elle décida d'aller jusqu'au bout : « Je sous-entendais que je voulais être accompagnée par toi… » Elle but une autre gorgée tandis qu'Érend ouvrit de grands yeux. Peut-être qu'en réalité, Érend avait compris où elle voulait en venir et avait tenté de décliner poliment et doucement… Aloy se reprit alors et ajouta rapidement : « Mais je sais que tu es Capitaine de l'Avant-garde… Tu dois certainement avoir beaucoup de choses à faire à Méridian. J'irai donc s… »
« Non ! » s'écria-t-il en se levant soudainement de sa place, la faisant sursauter. « Je viens ! »
Cela surprit Aloy qui l'observa, les yeux ronds. Ainsi donc, il n'essayait pas d'éviter sa compagnie. Cela la rassura tellement qu'elle se mit à rire légèrement. Certaines têtes se tournèrent vers eux et, s'en rendant compte, Érend se rassit en se raclant la gorge. Il but une gorgée de bière pour reprendre contenance avant de déclarer :
« Comme tu dis, c'est le genre d'informations qu'il est bon d'avoir pour Méridian… et pour l'Avant-garde… Je confierai le commandement à l'un de mes hommes… »
Aloy hocha la tête et se sentit soudainement plus légère.
